Edito
Lettre de Michael Moore à Bush
Agir contre la guerre
Sortir de l'Otan?
Le Congrèsdu PS n'est pas joué
Réponses à la motion de François Hollande
Pendant la guerre, Raffarin...
Retraites : faire sauter le verrou des 37,5 ?
ISF et Loi Dutreil
UNEF
Ne pas laisser Keynes aux libéraux
La face cachée du "Monde"
Courrier des lecteurs, correspondants DS
G8 Evian
 

 
Guerre et hyper puissance
 
Les fondamentalistes d'extrême droite regroupés autour du mal élu Georges W Bush ont donc décidé, contre l'avis de l'écrasante majorité du monde, d'attaquer l'Irak, son peuple et son dictateur.
Les prétextes ne trompent personne : Colin Powell s'est même appuyé, devant la plus haute instance de l'Onu sur un "faux" accusant Saddam Hussein, fabriqué par les services secrets britanniques de Tony Blair, lequel s'est révélé être la copie d'un vulgaire mémoire rédigé douze ans plus tôt par un étudiant californien.
Seuls, JoséAznar et Tony Blair supportent ouvertement la guerre de l'hyper puissance US : les deux dirigeants se sont isolés de 90 % de leurs propres populations résolument hostiles. Au dernier moment, ces deux dirigeants déstabilisés ont même cherché des échappatoires. Ce qui a valu à Tony Blair de se faire traiter comme un laquais par le ministre US de la défense, Ronald Rumsfeld, déjà pourfendeur de la "vieille Europe " et n 'hésitant pas à déclarer qu 'il se passerait des quelques dizaines de milliers de soldats britanniques. Tony Blair est même en passe d'être minorisé dans son propre parti, et certains de ses leaders réclament même son départ, le ministre Robin Cook a démissionné...
Bush n'a pas pu convaincre le Conseil de sécurité de l'ONU malgré de multiples manœuvres acharnées pour tromper, pressionner, ou corrompre ses membres. Il n 'a même pas tenu compte du veto russe et chinois, ni de celui de la France et de l'Allemagne, des puissances autrement plus concernées par ce qui se passe en Eurasie que la lointaine Amérique du Nord. Sans l'aval de l'Onu, la guerre US est illégale...
Tout le monde voit que, derrière les prétextes inventés pour agresser l'Irak, il y va de la domination du monde, à la fois du contrôle du pétrole et de l'occupation du cœur du plus immense des continents. Depuis leurs bombardements et leur arrivée en Afghanistan, où ils ont installé en guise de président, un salarié de leur consortium pétrolier, Unocal, Hamid Karzaï, depuis leur installation en force en Arabie Saoudite et au Koweït, ils n 'ont de cesse de maîtriser toute la zone : de leurs nouvelles bases au Kazakhstan jusqu'à l'Irak ou ils veulent établir un protectorat.
Tous ceux qui y voient une "croisade du monde libre" ou une "guerre contre le terrorisme" ou pire, une bataille pour "redonner la démocratie au peuple irakien", sont aveugles, naïfs, ou complices. Ce sont d'abord les peuples irakiens et kurdes qui vont payer le prix fort.
Cette guerre d'Irak, même si elle courte sera terrifiante. Plus que les précédentes, elle va changer la face du monde du XXIe siècle : depuis, la chute du Mur de Berlin, depuis l'écroulement de l'Urss stalinienne, les dirigeants US sont la seule hyper puissance militaire engagée dans la logique du maintien farouche de l'ordre capitaliste mondial. Imposer leur mondialisation économique, technologique, culturelle, militaire, est vital pour eux, et les pousse à affronter progressivement tous ceux qui peuvent ou pourront disputer leurs marchés : aujourd'hui l'Irak, demain l'Iran, plus tard derrière la Corée du Nord, la Chine... La logique de guerre qui s'enclenche nourrit le désordre mondial qui lui-même appellera demain de nouveaux conflits : de nouveaux pays seront fatalement désignés et enfermés, le jour venu, dans le prétendu "Axe du mal".
C'est en manifestant, par millions, contre l'agression militaire unilatérale de Bush, précisément, que les peuples du monde défendent la démocratie, un autre équilibre mondial, un autre mode de régulation international, une "altermondialisation".
D'autant que les USA ont toutes les faiblesses d'une hyper puissance militaire : endettement record, déficit record, dépendance accrue de leurs marchés extérieurs, la "bulle financière" crève, ils vivent à crédit sur le dos du monde dans une inégalité terrible. La course folle aux armements puise dans leurs réserves qui sont loin d'être sans fond. Le monde ne peut que chercher des alternatives économiques, d'autres énergies, d'autres organisations démocratiques et républicaines : il ne se contentera pas d'être pillé, dominé, "mac'donalisé" sans espoir d'émancipation et de transformation sociale. L'équilibre de la planète ne pourra durablement accepter que les 3 des plus riches américains possèdent davantage que les 48 pays les plus pauvres.
Forcément un vrai "monde libre" cherchera sa voie, et ce sera contre les diktats de l'hyper puissance : pour le respect d'une véritable Onu démocratisée, un "conseil de sécurité économique", et un vrai pouvoir à l'Oit, à l'Oms, la construction d'une Orne, pour que l'économie, le travail, la santé, l'environnement aient des institutions mondiales avec un pouvoir réel, démocratique, équilibré. Pour que le XXI° siècle ne soit pas celui de la dictature des actionnaires et du lobby militaro-industriel américains.
Nous serons dans la rue dès le début de cette guerre et aussi les ler et 2 juin à Evian, contre le sommet du G8 ou Bush viendra plastronner.
Et pendant ce temps-là, nous ne laisserons pas davantage passer les mauvais coups que Chirac et Raffarin essaierons défaire voter au Parlement contre les acquis sociaux, les retraites, l'école, les services publics, la Sécu...
 

 
LE REALISATEUR DE BOWLING FOR COLUMBINE, FILM SUR LA VENTE LIBRE DES ARMES, ECRIT A SON PRESIDENT
Lettre de Michael Moore àGeorge Bush
 
" Cher George,
Depuis que tu es Président des Etats-Unis de mauvaises langues prétendent que tu te tournes les pouces. Pourtant, en quelques mois, tu as réussi à :
1) Réduire de 39 millions de dollars le budget des bibliothèques fédérales.
2) Réduire de 35 millions de dollars le budget du programme de formation en médecine pédiatrique avancée.
3) Réduire de 50 % le budget de la recherche sur les énergies renouvelables.
4) Repousser l'émission du règlement réduisant les niveaux "acceptables" d'arsenic dans l'eau potable.
5) Réduire de 28 % le budget du programme de recherche pour des véhicules moins polluants et moins consommateurs d'énergie.
6) Abolir la législation permettant à l'Etat de refuser tout contrat public aux entreprises qui violent les lois fédérales, les lois de protection de l'environnement et les règles de sécurité sur le lieu de travail.
7) Permettre à la secrétaire de l'Intérieur Gale Norton d'explorer la possibilité d'ouvrir les parcs nationaux à l'exploitation forestière et minière et aux forages pétroliers et gaziers.
8) Renier ta promesse de campagne d'investir cent millions de dollars par an dans la protection des forêts tropicales.
9) Réduire de 86 % le programme communautaire d'accès aux soins, qui organisait la coopération des hôpitaux publics, des cliniques privées et autres prestataires pour venir en aide aux malades dépourvus d'assurance médicale.
10) Réduire à néant une proposition visant à accroître l'accès du public aux informations sur les conséquences potentielles des accidents chimiques industriels.
11) Réduire de 60 millions de dollars le programme de logements sociaux de la fondation d'aide à l'enfance.
12) Refuser de signer l'accord de Kyoto sur l'effet de serre, contre la volonté de 178 pays.
13) Rejeter un accord international ayant pour but l'application du traité de 1972 bannissant les armements microbiologiques.
14) Réduire de 200 millions de dollars le budget des programmes de formation des travailleurs au chômage.
15) Réduire de 200 millions de dollars le Fonds pour l'enfance et le développement, un programme qui permet aux familles à bas revenus de faire garder leurs enfants pendant les heures de travail.
16) Eliminer la couverture des contraceptifs prescrits médicalement pour les fonctionnaires de l'administration fédérale (alors que le Viagra est encore couvert).
17) Réduire de 700 millions de dollars le budget de réhabilitation des logements sociaux.
18) Réduire d'un demi-milliard de dollars le budget de l'Epa (Agence de protection de l'environnement).
19) Abolir les directives concernant les règles d'hygiène et de sécurité sur les lieux de travail.
20) Renier ta promesse de campagne de réguler les émissions de dioxyde de carbone qui contribuent fortement à l'effet de serre.
21) Interdire l'attribution d'aide d'origine fédérale aux organisations internationales de planning familial qui fournissent des conseils ou des services en matière d'IVG, fussent-elles financées sur fonds propres.
22) Nommer responsable en matière d'hygiène et de sécurité minières auprès du ministère du Travail un ancien dirigeant d'une entreprise minière, Dan Laurier.
23) Nommer sous-secrétaire au ministère de l'Intérieur Lynn Scarlett, un fonctionnaire qui ne croit pas à l'effet de serre et qui s'oppose à l'introduction de règles plus contraignantes contre la pollution atmosphérique.
24) Approuver le projet controversé du ministre de l'Intérieur Gale Norton, qui consiste à mettre aux enchères des fonds marins proches de la côte est de la Floride aux fins d'exploitation pétrolière et gazière.
25) Prévoir l'autorisation de forages pétroliers dans une aire protégée du Montana, la Lewis and Clark National Forest.
26) Menacer de fermer le Bureau de lutte contre le sida de la Maison-Blanche.
27) Décider de ne plus consulter l'Association américaine du barreau en matière de nomination des juges fédéraux.
28) Refuser toute aide financière aux étudiants condamnés pour des délits de toxicomanie mineurs (alors que les personnes condamnées pour assassinat ont toujours droit à ces aides).
29) Dégager seulement 3 % du montant défini par les avocats du département de la Justice pour le budget alloué aux poursuites de l'administration contre l'industrie du tabac.
30) Faire passer ton projet de baisse d'impôts qui profite, pour 43 %, au 1 % des Américains les plus fortunés.
31) Signer un décret qui rend beaucoup plus difficile aux Américains disposant de revenus faibles ou moyens de se déclarer en faillite personnelle, même quand ils font face à des dépenses médicales exceptionnelles.
32) Nommer directeur du personnel de la Maison-Blanche Kay Cole James, une adversaire de la discrimination positive en faveur des minorités.
33) Réduire de 15,7 millions de dollars le budget du programme contre la maltraitance des mineurs.
34) Proposer l'élimination du programme "Lire, c'est fondamental", qui permettait de distribuer gratuitement des livres aux enfants de familles pauvres.
35) Stimuler le développement d'armements " micronucléaires " destinés à atteindre des cibles souterraines, et ce en violation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires.
36) Essayer d'éliminer une législation protégeant 24 millions d'hectares de forêts contre toute forme d'exploitation forestière et contre la construction de routes.
37) Nommer responsable du contrôle des armements et des questions de sécurité internationale John Bolton, adversaire des traités de non-prolifération et hostile à l'ONU.
38) Nommer une dirigeante de Monsanto, Linda Fisher, comme administratrice adjointe de l'Agence de protection de l'environnement.
39) Nommer à un poste de juge fédéral Michael McConnell, dont on connaît bien l'opposition à la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
40) Nommer à un poste de juge fédéral Terrence Boyle, adversaire des droits civiques.
41) Eliminer la date butoir de 2004 accordée aux constructeurs d'automobiles pour développer des prototypes de véhicules plus économes en carburant.
42) Nommer à la tête du programme gouvernemental de lutte contre la drogue John Walters, adversaires du traitement des toxicomanes incarcérés.
43) Nommer secrétaire adjoint à l'intérieur J. Steven Giles, bien contenu pour son travail au service des lobbies du charbon et du pétrole.
44) Nommer responsable pour l'eau et la recherche scientifique auprès du ministère de l'Intérieur Bennett Raley, adversaire de la législation en faveur de la protection des espèces menacées.
45) Faire pression pour bloquer les poursuites engagées contre le Japon par les femmes asiatiques ayant servi d'esclaves sexuelles aux troupes japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale.
46) Nommer conseiller juridique de la Maison-Blanche Ted Oison, ton principal avocat dans la controverse juridique sur la légalité du scrutin en Floride.
47) Proposer d'accélérer la procédure d'autorisation de la construction de raffineries, de barrages et de centrales nucléaires, y compris en affaiblissant les critères de protection de l'environnement.
48) Proposer la vente de zones de forage gazier et pétrolier dans les aires protégées de l'Alaska. Et maintenant, tu veux te lancer dans une guerre dont tu ne mesures pas les conséquences à venir.
Je crois, cher George, que la France devrait faire voter par l'ONU l'envoi de casques bleus aux USA car, visiblement, tu es en train de faire ce qu'aucun de tes prédécesseurs n'avait osé faire à ton peuple... Alors cesse de faire joujou avec tes soldats et de traiter Saddam Hussein comme un ennemi car visiblement, tu lui ressembles."
Allez, George, rentre chez toi et arrête de faire peur à mon fils avec tes bruits de bottes."
Voici une liste des pays qui ont été bombardés par les Etats-Unis d'Amérique depuis la fin de la deuxième guerre mondiale,
dressée par l'historien William Blum :
 
Chine : 1945-46 Corée : 195O-53 Chine : 195O-53 Guatemala : 1954 Indonésie : 1958 Cuba : 1959-6O Guatemala : I960 Congo : 1964 Pérou : 1965
Laos : 1964-73 Vietnam : 1961-73 Cambodge : 1969-7O Guatemala : 1967-69 Grenade : 1983 Lybie : 1986 El Salvador : 198O Nicaragua : 198O
Panama : 1989 Irak : 1991-99 Soudan : 1998 Afghanistan : 1997-2OO2
 

 
AGIR CONTRE LA GUERRE DE BUSH EN IRAK
Des comités unitaires anti-guerre partout!
 
Des bombes parmi les plus grosses du monde ont été programmées pour tomber sur l'Irak. Cette guerre peut être courte et terrifiante. Ce n'est pas une raison pour baisser les bras, se décourager et regarder en spectateurs. Car la configuration du 27 ° siècle, derrière, se dessine.
 
La télévision nous montre six chars irakiens prêts à défendre Bagdad, elle montre même, parfois de façon dérisoire, l'effigie de Saddam Hussein, un fusil à la main, mais qu'y peuvent-ils ? Personne n'ose plus mentir et prétendre comme en 1991 que l'armée irakienne est la "quatrième armée du monde". Douze ans de boycott, de désarmement contrôlé, ont affaibli l'armée irakienne et encore plus, la population civile. Saddam Hussein, infâme dictateur, n'est pas en mesure de mobiliser une guerre populaire, même si son peuple déteste autant les GI's que lui-même. Même avec le recours au fanatisme religieux, le secours de la fibre nationaliste, et la sympathie des peuples de la région.
La maîtrise absolue du ciel par les généraux US est bien connue : un tapis de bombes qui n'a rien de chirurgical, puis une invasion éclair appuyée sur tous les moyens technologiques les plus terrifiants de la planète. Trois cent mille hommes avaient l'arme au pied et dépensaient déjà, depuis des semaines, a-t'on dit, plus d'un million de dollars par jour...
Guerre des étoiles puis guerre du désert, puis prise des villes et centres de décision à la façon dont les Russes ont pris Grosny, encouragement au soulèvement "populaire" anti-dictatorial des masses terrorisées, mise en place d'un gouvernement fantoche, tel est le scénario probable... Bush va vouloir frapper vite et fort pour ne pas laisser se développer une opposition mondiale et encore moins locale et régionale.
Mais pour autant, tout ce que la planète compte de militants conscients d'internationalistes actifs et sincères, vont devoir et pouvoir dans les semaines concernées mobiliser, éveiller, convaincre des méfaits de cette agression unilatérale.
Agir contre la guerre, c'est créer des comités unitaires partout, avec comme thème unique : cette guerre est mauvaise, elle n'est pas la solution pour régler les conflits qui peuvent l'être autrement dans un monde moderne et civilisé.
Nous ne voulons pas d'un monde ou une hyper puissance décide de tout, sans consultation et même en dépit de l'avis des peuples : ce monde-là n'a rien de "libre" ni de démocratique.
Le principe même de l'unilatéralisme, de l'impérialisme doit pouvoir être dénoncé et battu en brèche de façon pédagogique pendant cette période. Même s'ils utilisent tous les médias pour nous convaincre de l'invincibilité de leur barbarie, de leur violence, tous les militants socialistes, doivent et peuvent expliquer, éduquer, rassembler contre cette guerre.
 
Pas d'état d'âme : nul ne défend Saddam Hussein
 
Les plus aveugles ou les plus serviles tentent déjà et vont développer leurs efforts pour mettre l'accent sur l'aspiration démocratique du peuple irakien, le rejet du dictateur, et du fanatisme.
Déjà en 1991, les Etats-Unis étaient couverts d'affiches géantes ou trois portraits voisinaient : Hitler, Staline et Saddam Hussein, trois "moustachus" mis sur un même pied d'égalité. Mais il s'agissait d'une fable fruste pour enfants ignorants de l'histoire et des rapports de force, l'Irak n'a rien à voir, ni son cau-dillo, avec l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne. Ni en idéologie, ni en dimension criminelle, ni surtout en puissance économique : elle ne peut ni menacer ni régenter le monde. Et les "croisades libératrices" ne se font jamais contre les peuples et sans les peuples. Les Etats-Unis ont soutenu des dictateurs bien pires, depuis des décennies, dans les différents continents et leur guerre n'a pas pour but soudain de "délivrer" le peuple irakien.
Donc n'ayons aucun complexe : en nous opposant a cette guerre impériale, nous ne défendons en aucun cas le régime du parti Baas, ni le pouvoir du clan Saddam Hussein. Nous nous opposons à une façon de décider de l'ordre - et surtout du désordre - du monde qui ne peut que conduire l'humanité tout entière à sa perte.
 
Unité sans préalable : un seul but contre la guerre de Bush
 
Pour mobiliser le plus de citoyens possibles, il ne faut pas de préalable, ni de diversion. Tout n'est pas dans tout. Des divergences d'appréciation existeront entre ceux qui n'ont pas la même vision de la situation en Palestine, ou de l'avenir de l'Afghanistan, de l'Iran ou de la Tchétchénie. Il faut savoir faire passer au second plan les divergences qui ne sont pas essentielles au développement du mouvement de masse qui peut et doit se dresser contre l'administration Bush. Il faut mobiliser dans un même camp les anti-guerre américains, britanniques, européens, ceux des pays arabes, et du monde entier, africain ou latino-américain, autour d'un mot d'ordre simple et unifiant : "contre la guerre de Bush en Irak". Réussir à faire dénoncer par des dizaines de millions de manifestants LE fauteur de guerre est déjà un considérable pas en avant.
On entend déjà, comme toujours, dans les cortèges et les meetings, des militants et courants qui mélangent tout et multiplie la surenchère : "Sharon et Bush", "Chirac et Poutine" . À quoi bon cette méthode ? Ce genre d'accumulation de dénonciations, et d'exégèse globalisante n'aide en rien à clarifier ni à mobiliser.
Le front doit être le plus large possible : s'il y a des débats , naturels, ils doivent avoir lieu en son sein, et en aucun cas être un préalable à l'action commune.
 
Bien sûr, il y a des explications de fond à donner
 
"Le capitalisme porte la guerre en son sein comme la nuée porte l'orage" . Bien sûr, on peut et l'on doit, dans les comités unitaires, dans les manifestations, apporter les explications théoriques et historiques que les socialistes portent, sur l'impérialisme, sur le capitalisme, les lois sauvages de la concurrence commerciale, et les raisons de renverser ces systèmes à domination guerrière.
Bien sûr, il y a toutes les raisons de revenir sur l'histoire des Etats-unis, de leurs multiples agressions à travers les décennies, du système inégalitaire écrasant qu'ils portent a bout de bras. Exposés, lectures, histoire, analyses doivent accompagner l'occasion d'éduquer ceux, notamment les jeunes, qui, parfois, pour la première fois, descendent dans la rue contre une guerre odieuse. Mais cela ne peut être, encore une fois, un préalable à rassembler.
 
Des comités anti-guerre unitaires
 
D'où l'intérêt, partout où c'est possible de mettre en place, le temps qu'il faudra et quand ce sera possible, des "comités unitaires" pour "agir contre la guerre". Que tous, tous ceux de la gauche plurielle, de l'extrême gauche s'y retrouvent, doit être un souci dominant. Ces comités doivent être largement ouverts, associés aux syndicats, aux associations, aux citoyens qui jusque-là n'avaient pas pris conscience de la nécessité de militer. C'est une fantastique occasion de développer les rangs des "altermondialistes" , de ceux qui comprennent que la planète est "une", que l'internationalisme guide l'existence de tous, que rien ne doit fatalement échapper au contrôle des peuples, qu'il y a des organisations démocratiques possibles du monde et des institutions à bâtir pour cela.
Socialistes, communistes, verts, trotskistes, anarchistes, par-delà leurs divergences, ne devraient pas s'opposer mais se retrouver dans une vaste coalition unitaire, ouverte à ceux qui ne sont pas engagés. C'est dans ces moments que des dizaines de milliers, parfois des centaines et de millions, découvrent la nécessité de l'action politique. Ce serait vraiment contre productif de permettre des divisions et des préalables.
Les comités doivent permettre une synergie militante dans le respect de tous. Ils ne doivent pas seulement, en même temps que le collectif des organisations et associations, appeler à manifester le premier jour de la guerre : ils doivent donner des rendez-vous réguliers de débat, organiser démonstrations, avancer les mots d'ordre de boycott des grands trusts et entreprises qui participent et tireront profit de l'effort de guerre, puis de l'occupation ultérieure du pays vaincu.
La liaison entre ces comités et tous ceux qui militent, de Seattle à Porto Alègre, de Gênes à Barcelone contre la globalisation libérale, se fera dans le temps, ces actions se nourriront l'une l'autre, convergeront, et sans doute, à Evian les 1er et 2 juin 2003, des centaines de milliers de manifestants seront-ils présents pour en témoigner.
 
Exemple : on peut mobiliser dans toutes les villes et villages de France
Nous étions cet après-midi dimanche 15 mars, plus de 300 participants à manifester notre opposition à cette sale guerre sur la frontière italo-française entre Montgenèvre et Clavière malgré les conditions météorologiques du matin. Nous aurions pu être plus nombreux si nos amis italiens ne s'étaient pas déplacés sur Milan à l'appel de leur coordination pour la paix (réjouissons nous de leur belle mobilisation puisque d'après les médias 400 000 manifestants se sont rendus à Milan).
Cependant nous avons noué des contacts qui nous seront utiles pour la suite. De plus nous n'avions pas choisi la facilité mais bien voulu insister sur le caractère symbolique de cette manifestation. Il s'agissait pour nous de manifester notre volonté citoyenne pour dire NON à cette guerre, travailler ensemble pour un désarmement de la planète et construire une EUROPE POLITIQUE et SOCIALE (et non pas cette zone de libre-échange actuelle) pour s'opposer à ce monde unipolaire dirigé par les USA: " NON M.Bush la planète ne vous appartient pas ".Etaussi pour définir un modèle social européen, réfléchir à un développement durable qui tienne compte de celui des pays du Sud. Pour cette manifestation, nous avons distribué plus de 17 000 tracts en français et en italien : boitage, lieux publics et sur les marchés de Briançon, l'Argentière et aussi à Oulx. Nous avons reçu partout un bon accueil et recueilli des témoignages poignants.
Sans oublier le travail de chaque citoyen(ne), de chaque militant associatif, syndical et/ ou politique sur le terrain. Nous devons poursuivre notre action de longue haleine, unis dans notre diversité et nous avons décidé de nous retrouver mardi 18 mars à 20H 30 à la MJC.
Amitiés, à bientôt, C.R.
 
 
Le conseil municipal de Los Angeles
adopte une résolution contre la guerre
Le bellicisme de Bush doit faire face à une opposition montante aux Etats-Unis. Malgré le matraquage médiatique, les pressions de toutes sortes, ce sont des centaines de milliers de manifestants qui ont défilé contre la guerre d'Irak. A San Francisco, il y a eu 300 000 manifestants le 15 février...
Il est significatif que le conseil municipal de Los Angeles, ait adopté une motion condamnant le recours unilatéral à la force contre l'Irak, et exigeant la résolution du conflit par les voies diplomatiques.
Los Angeles est ainsi devenu la plus grande métropole américaine à se prononcer contre la guerre, dans le cadre d'un vaste mouvement auquel ont déjà adhéré les conseils municipaux de grandes cités comme Chicago, Philadelphie, Détroit, et une centaine d,autres villes et comtés. Le vote " est un message directement adressé au Président Bush, pour lui faire savoir que le peuple ne le suit pas dans son entreprise guerrière ", selon le conseiller municipal Eric Garcetti, qui présentait la motion.
Parallèlement, les conseillers municipaux ont voté des textes demandant que l'argent du budget fédéral, au lieu de servir à la guerre, soit affecté à des projets servant réellement les besoins de la population, dans les secteurs du logement et de l'aide sociale en particulier
 

 
SORTIR DE L'OTAN, QUELLE ONU, ET QUEL MONDE ?
A quoi sert l'Otan aujourd'hui ?
 
Il est plus que temps de poser la question. Lorsque Jacques Chirac annonce que quoiqu 'il arrive, il laissera survoler le territoire aérien français aux avions US afin qu 'ils puissent bombarder tranquillement l'Irak, on s'interroge. Quel ce monde où des alliances nouées aboutissent à des guerres contre lesquelles on dresse un " veto ", et... auxquelles on est associé en pratique ? Contre qui est tournée l'Alliance atlantique aujourd'hui ? Quelle indépendance a l'Onu ?
 
D'autant qu'à travers cette guerre, le monde se réorganise en profondeur. Où voit-on qu'il y ait menace qui oblige à maintenir une alliance contractée dans un monde dual, au sortir de la deuxième guerre mondiale ? La "menace" serait-elle une "guerre de religion", un "choc de civilisation" comme l'américain du nord, Hutchinson, le prétend ?
Le fondamentaliste chrétien Bush contre les fondamentalistes islamiques, et tous les "alliés" sont sommés de se ranger dans un camp, "qui n'est pas avec moi est contre moi ?".
D'aventure en aventure contre les puissances du mal, serons-nous entraînés à faire régner la police de l'hyper puissance partout ou elle nous entraînera, fantasmes et avions fantômes à l'appui ? La question doit être posée gravement, car c'est probablement le destin du XXIe siècle qui s'ouvre sur cette interrogation.
 
Du rôle de l'Onu
 
D'étape en étape, si un pays peut, à la fois menacer l'Onu, exercer tous les chantages et tous les mensonges, puis fouler aux pieds l'organisation internationale parce que celle-ci ne s'incline pas, il n'y a plus de droit international qui tienne. L'Otan ne serait donc qu'un appendice instrumentalisé en dépit de tout droit, voire contre le droit ?
Les Etats-Unis qui, toute leur histoire, depuis l'esclavage, depuis le génocide des Indiens, depuis l'écrasement des mouvements sociaux, depuis les guerres de conquête du Mexique, puis de Cuba contre l'Espagne, puis des Philippines, n'ont cessé d'avoir des visées expansionnistes, peuvent, lorsqu'ils ont une administration d'extrême droite de type Bush provoquer des catastrophes en série : demain ne viseront-ils pas l'Iran, la Corée ? Tout cela n'aboutira t-il pas à des secousses au Pakistan, dans toute l'Eurasie ? Et des puissances comme la Russie et la Chine ne se sentiront-ils pas menacées à un stade ou un autre ?
Il est vrai que l'Onu a déjà couvert des guerres injustes, ou couvert des violations de ses résolutions dans certains cas, alors qu'elle s'employait à les imposer férocement dans d'autres ? Depuis Suez jusqu'au Kosovo, depuis l'Algérie jusqu'au Vietnam, depuis la Palestine jusqu'à la première guerre du Golfe, l'Onu a été fréquemment instru-mentalisée, les USA, notamment, décidant, tantôt de se cacher derrière elle, tantôt de la fouler aux pieds allègrement.
Mais pour autant, ne faut-il pas une organisation internationale et un droit international ? Même avec des défauts n'est-ce pas préférable et opposable à une politique unilatérale et ouvertement impérialiste d'une seule hyper puissance ?
La question vaut d'être posée au moment où seule l'Organisation mondiale du commerce dispose du pouvoir nécessaire à imposer ses décisions, sanctions commerciales à l'appui (et encore lorsque Bush décide une mesure protectionniste, aucune décision de l'Orne ne l'arrête...). Elle est posée aussi quand Bush refuse de signer le protocole de Kyoto. Et encore lorsque les Etats-Unis refusent de participer au Tribunal Pénal international : auraient-ils peur qu'un jour Bush, ou Kissinger y soit jugés comme un vulgaire Milosevic ?
Réclamer du droit et de l'organisation internationale, contre une absence de règle et l'arbitraire du plus fort, est en soit une démarche altermondialisatrice. Encore faut-il que ces règles de droit respecte des principes : l'égalité scrupuleuse des droits des peuples et des nations. Et non pas "l'ingérence" tant "à la mode" qui permet au puissant d'intervenir là où il veut quand il veut, en se parant des oripeaux de la démocratie pour mieux servir ses intérêts les plus immédiats : lutter contre le terrorisme pour mieux contrôler le pétrole par exemple ou "protéger ses ressortissants" pour mieux poursuivre une politique néo-coloniale, en Afrique, pour prendre un autre exemple. Il faut donc une véritable Onu, avec des statuts modifiés, définis par une Assemblée constituante mondiale chargée de définir les principes constitutionnels de base réglementant les rapports entre petites et grandes nations.
 
Une nouvelle architecture des organisations internationales
 
Plutôt que des alliances issues de périodes périmées, le nouveau désordre mondial appelle une sorte de Conférence des peuples qui mettent en place une véritable Organisation internationale du travail, une véritable Organisation mondiale de la santé, une véritable Organisation mondiale de l'environnement. Ces organisations devraient avoir des moyens réels de faire respecter leurs décisions, autant que l'Orne aujourd'hui : il devrait y avoir une hiérarchie entre elles, le droit du travail, la santé, l'environnement l'emportant sur les décisions de l'Orne. L'Onu, dans ce cas, ne devrait pas seulement faire respecter "l'ordre du monde ", mais assurer la sécurité économique et sociale. L'Omc laisserait place à un Conseil international de la sécurité économique, les échanges n'étant plus soumis à la loi du plus fort mais à des règles de droit tenant compte des besoins des humains. Ceci n'est pas utopique : à l'heure où le monde se bouleverse, où toutes les institutions flottent et sont contestées, il n'y a pas qu'en Europe que le besoin de Constitution se fait sentir. La domination de l'hyper puissance US, on le voit, c'est le désordre. L'établissement d'un ordre nouveau, par définition, demande de grands projets, de grandes visions. Imaginer de sortir des vieilles alliances périmées, des règles militaires et commerciales de la "guerre froide" ; demande une sorte de grand "conseil du monde," une "Assemblée mondiale délibératrice" chargée de travailler à la cohésion plus qu'à la guerre, au droit plus qu'à la force...
Le XXIe siècle n'est pas condamné a être " américain " ni voué à une troisième guerre mondiale nucléaire. Encore faut-il que " les humains de bonne volonté " (et on les trouvera du côté des travailleurs, de " ceux d'en bas " qui souffrent le plus du système, pas du côté de ceux qui en profitent éhontément) se donnent la main dans cette ambition internationaliste...
MATTI ALTONEN
 

 
Ni immobilisme, ni tremblement de terre, faire bouger l'épicentre !
Le congrès de Dijon est loin d'être joué
 
Le débat au sein du PS connaît des rebondissements qui intéressent toute la gauche. Ce ne sont pas des querelles de personne. Aucune majorité n'est assurée à Dijon. Les militants sont soucieux à juste titre de ne pas reconduire une orientation qui a perdu : ils se méfient, non pas tant de François Hollande lui-même, mais surtout de la coalition hétéroclite qui est derrière le Premier secrétaire.
 
Lors du Bureau puis du Conseil national de synthèse des 14 et 15 mars, au moins une dizaine de fois fut évoquée l'hypothèse d'une absence de majorité. Il est vrai qu'avec cinq motions et le maintien de la motion de Marc Dolez, premier fédéral de la fédération du Nord, rien n'est assuré. " Nouveau Monde " et " Nouveau parti socialiste " peuvent chacun prétendre à 20 % et plus, Marc Dolez peut regrouper de 7 à 12 ou 15 %. A tel point que François Hollande finit par s'agacer, lui d'ordinaire si tranquille, et par affirmer qu'il n'avait pas l'intention d'être un bouchon sur une majorité d'éléments éclatés, et qu'il réclamerait donc une nette majorité auprès des militants. En aparté, il confesse pourtant que même à 51 % il ne renoncera pas au poste de premier secrétaire. Certains le donnent, selon des sondages discrets entre 45 et 54 %. D'autres estiment que " l'appareil " fera le plein et qu'il y aura 60 % des voix pour le Premier secrétaire. Enfin, il y a de plus en plus de sous-entendus de " C'est moi ou le chaos " qui cherche à faire peur et à mobiliser sur le thème de l'unité du " parti menacé de perdre sa cohérence ".
Pourtant s'il a risque d'incohérence, il est plutôt derrière la coalition qui soutient le premier secrétaire. S'il y a méfiance des militants, elle est là : à quoi sert de reconduire la même équipe ? Alors que, par contre, l'ouverture du congrès sur une majorité battue en brèche est la seule solution pur qu'il y existe un minimum de contrainte au changement. Plusieurs pressions extérieures peuvent jouer sur les résultats : le mouvement social s'accélère. Les syndicats, inquiets des manœuvres de Raffarin et de Fillon, qui repoussent leurs projets contre les retraites à l'été, semblent vouloir presser le pas. Les fonctionnaires ne supportent plus d'être la cible en matière de bas salaires, de reculs des effectifs et de retraites. Les cheminots bougent, les enseignants aussi. Les plans sociaux abusifs se multiplient et l'indignation dans ce pays contre la politique libérale du gouvernement est profonde et non étouffée par la guerre.
Mais c'est en interne, sur les questions politiques que le congrès de Dijon va se jouer : les idées comptent et pas seulement les manœuvres d'appareil. La lecture et le débat sur le contenu des motions va décider du vote, entre les 28 avril et 5 mai, des milliers de militants hésitants. Oui ou non allons-nous tirer les leçons du 21 avril ? Oui ou non allons-nous proposer un autre modèle institutionnel, démocratique, citoyen qui permettent aux politiques de reprendre la main face à l'économie ? Oui ou non avons-nous un programme social contre le chômage, contre les licenciements, pour les 35 h, pour les droits de salariés, pour les retraites et la Sécu ? Oui ou non, voulons nous aller plus loin que le bilan du gouvernement Jospin où allons nous reconduire la même équipe et la même politique qui a abouti à l'échec historique que l'on connaît ?
 
Faire bouger l'épicentre
 
On entend dire qu'il y aurait une coalition hétérogène derrière une victoire de l'opposition s'il y avait 55 % des voix derrière Nps, NM et Marc Dolez... Oui, de façon relative. Encore qu'une feuille de papier à cigarette séparait les contributions de NM et de NPS et que ces deux courants-là en s'accordant, créerait une dynamique positive et forte politiquement. Et ceux qui voteront la motion de Marc Dolez exprimeront aussi un ras-le bol, une volonté profonde de changement. C'est justement en cas d'absence de majorité, que les responsables devront s'entendre, quelque part "au centre" du parti pour former une nouvelle équipe, et tout réel changement ne peut venir que de là : il faut que l'épicentre bouge pour éviter et l'immobilisme et le tremblement de terre.
Le parti a d'abord intérêt à ne pas avoir de majorité conservatrice. Pas de panique, il n'y a aucun risque de chaos, ni risque de " congrès de Rennes " : tous ceux qui ont fait " le chaos du congrès de Rennes " sont d'ailleurs derrière François Hollande. C'est d'eux seuls, que peut venir la paralysie, vu qu'ils vont traduire en bataille de postes, ce qu'ils n'auront pas voulu discuter devant les militants en choix politique.
Un vote " gelé " ou " gelant " pour François Hollande n'ouvrirait guère de dynamique dans l'état actuel des choses, la presse titrerait sur " les trois vainqueurs de Dijon " (Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et François Hollande) et la gauche se retrouverait insatisfaite, gros-Jean comme devant
Dans le prochain numéro, interview d'Henri Emmanuel!! (Nouveau Monde)
II était incorrect de prétendre " exclure " Julien Dray
 
La contribution "Nouveau parti socialiste" (NPS) n'appartient pas à un trio mais à ses militants. Le 26 octobre, le 7 décembre, le 12 janvier, le 1" février, et dans des centaines de réunions, ce sont des milliers de militants venus à Nps, qui l'ont construit, la contribution politique a émané d'eux, les a rassemblé par-delà leur diversité. Un collectif d'animation a été constitué par consensus et s'est réuni pendant plus de douze semaines, c'est la seule instance qui a représente NPS au plan national. " Faire de la politique autrement ", c'est s'insérer dans le cadre des réunions, travailler en équipe, en se respectant, à égalité d'écoute.
C'est pourquoi on ne comprend pas comment quelqu'un a pu "exclure" quiconque par imprécation sans règle démocratique. Toute "exclusion" de ce type ne peut avoir aucune portée. On est tous dans un même parti. Vient à un courant qui veut, il ne peut y avoir d'exclusive, nulle part, contre des personnes. On doit chercher à rassembler et à fonctionner démocratiquement, loyalement. Chacun aurait pu et dû revenir en arrière et rejouer le collectif. On a tous intérêt à apprendre et à faire travailler ensemble des personnes très différentes, sinon on reste entre soi et on ne change jamais le inonde.
Le moment pour NPS et Nouveau Monde, ne devrait pas être à la division mais à l'addition. Ce n'est pas le moment de se différencier mais de s'ajouter. Pas dans une démarche fermée mais dans une vocation majoritaire. Il y a une immense opportunité à saisir, rien ne justifierait de ne pas réussir pour des questions de personne. Mais Julien Dray a alors choisi de faire le pari de pouvoir influencer la coalition de François Hollande " de l'intérieur ". Pourtant, il ne nous apparaissait pas de signes politique publics (cf. contribution) ni organisationnel (cf. fonctionnement) ni pratique (cf. prises de position quotidiennes au nom du parti sur les grandes questions des retraites, des licenciements, des 35 h, des retraites, de la Sécu...) qui encourage une telle démarche auprès du premier secrétaire - malgré toutes les attentes que nous avons pu susciter et avoir.
Au contraire, pour que François Hollande lui-même évolue, tire vraiment les leçons du 21 avril, il y a un impératif besoin, pour cela, dans le parti, de modifier la majorité. Cela signifie ne pas renoncer à créer un rapport de force tel qu'il permette de modifier l'équilibre de direction, de clarifier, sans exclure, d'avec le social-libéralisme qui a échoué. Il faut, certes sans hésiter, s'investir dans des postes dirigeants, se placer au cœur du parti et non pas à ses marges, mais si c'est dans un esprit collectif et au service d'une cause. Sinon, il vaut mieux être minoritaire sur ses idées que majoritaire sur celle des autres.
GÉRARD FlLOCHE
 

 
Interview d'Arnaud Montebourg
 
D& S : - Où en est la construction de Nouveau Parti socialiste ? Peux-tu nous parler du succès de tes meetings en province, et aussi de ceux de NPS en général ? Quel bilan tirez-vous de l'écho rencontré dans les fédérations du Parti socialiste au moment de publier votre motion ?
Les salles sont bondées, l'atmosphère y est joyeuse et enthousiaste. Nous libérons la parole dans ce Parti qui ne débattait plus depuis tant d'années de sujets de fond. Les militants veulent participer à la définition des orientations de leur Parti et ne plus la laisser à leurs dirigeants. Je suis allé dans 42 fédérations et ai rencontré près de 12.000 militants, même lorsque le lieu de la réunion est éloigné, ce sont les militants de tout le département qui se déplacent. Ils veulent réfléchir avec nous sur l'avenir du Parti.
Souvent, dans les questions posées par les camarades, on entend revenir la question de l'absence d'opposition au Gouvernement actuel. Les questions d'ailleurs posées contiennent en elles-mêmes la réponse. Ce qui fait défaut à la gauche aujourd'hui, c'est sa crédibilité et les militants sentent confusément que l'absence de remise en question sincère de la part du Parti ne nous ramènera pas l'oreille, le coeur des électeurs qui nous ont quitté. D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement. Ce que des dirigeants n 'ont pas fait pendant 10 ans, pourquoi le feraient-ils davantage aujourd'hui ?
 
Et dans la gauche ?
Nous sommes observés avec beaucoup d'espérance du côté de nos partenaires et dans les électeurs qui n'attendaient plus grand-chose du Parti socialiste. J'ai demandé à un jeune militant du Mouvement des Jeunes Socialistes, ce qu 'on lui disait dans sa faculté lorsqu 'il disait qu'il était socialiste. Il m'a répondu « On me dit que je devrais avoir honte ». C'est cela qu'il faut briser. C'est cette fierté qu'il faut retrouver en construisant un autre projet, un autre langage, une autre manière de travailler avec le mouvement associatif et social, et de ce point de vue, tout reste à faire.
 
Et dans le pays ?
Ces millions d'électeurs dépolitisés, réfugiés dans l'abstention ou dans la protestation n'ont aucune raison de se tourner vers nous si ils ne ressentent pas qu'à Dijon, un électrochoc se sera produit. Telle est la condition de nos retrouvailles avec la grande masse des électeurs qui nous ont quitté.
 
Quelles sont les questions principales, de fond, qui s'imposent, qui dominent, qui concentrent aujourd'hui le débat et vont apparaître dans les motions à la veille du vote des militants ?
La question qui revient sans cesse est celle de notre aptitude à résister aux dégâts sociaux, politiques, culturels même, de la mondialisation. Cette question englobe toutes les autres. Elle interroge sur l'outil démocratique, sur la force de l'instrument républicain, mais également sur la résistance qu 'une dé- mocratie comme la nôtre peut opposer par des mécanismes d'ordre public social aux dégâts sur la condition de l'homme et de la femme au travail. C'est le débat fondamental pour les socialistes du 21ème Siècle. La deuxième question fondamentale est celle de l'instrument européen. Comment peut-on continuer à co-gérer une mécanique libérale européenne infernale qui broie nos propres convictions, quand nous écrivons tout le contraire depuis des années dans nos innombrables motions restées lettre morte. Ce seront d'ailleurs là les sujets fondamentaux qui apparaissent dans notre motion.
 
D& S : - Quels objectifs vous fixez vous au congrès de mai 2003, sur quelles hypothèses travaillez-vous ?
Notre objectif est la victoire ! Nous considérons que nos propositions relatives à la mondialisation, la réorientation de nos choix européens, la construction de la 6' République, la question sociale constituent le socle indestructible de nos choix. Ils seront le préalable avant toute décision future. Notre objectif est de rassembler le plus grand nombre de militants, de cadres, de dirigeants autour de nos thèses. Et je ne vois pas comment nous ne pourrions pas y parvenir, tôt ou tard. Car c'est dans ce sens que doit marcher l'histoire.
 

 
10 CRITIQUES SUR 20 ENGAGEMENTS "CANADA DRY" :
Examen de la "motion François Hollande"
 
Nous arrivons au stade ultime du débat dans le Parti socialiste à la veille du Congrès de Dijon. Cinq motions sont en présence. C'est un débat politique. C'est d'abord la politique qu 'il faut mettre aux postes de commande. C'est un débat écrit. C'est l'écrit qui compte. Depuis Gutenberg, l'écrit est supérieur à l'oral. Il faut lire.
Puis débattre.
Il doit y avoir partout des réunions de sections, de fédérations. Ensuite, il faudra regarder les « équipes » : correspondent-elles à la politique qui est prônée ? Dans un mois, le 28 avril, les militants vont devoir voter et choisir. Le seul choix : c'est entre la poursuite de la politique qui a conduit au 21 avril 2002, et une politique qui réussisse à re-mobiliser le peuple de gauche qui n'avait pas voté socialiste ce jour-là.
Peut-on se contenter de rhabiller une ancienne politique ou doit-on aller au fond des choses, un vrai projet de transformation sociale ? Le seul choix, c'est entre reconduire l'équipe sortante du 21 avril 2002 ou donner le poids nécessaire à l'opposition pour qu 'elle puisse imposer un changement. Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Parmi les cinq motions, celle du Premier secrétaire sortant attire forcément l'attention : réussit-elle à indiquer la voie et les moyens du changement ?
A sa lecture, notre réponse est « non ».
 
20 engagements
Combien sont précis et crédibles ? Lesquels sont « phares » ? Y a t il même de la lumière ?
 
Une motion « Canady dry »
Pour ceux qui s'en souviennent, il existait une boisson lancée par une publicité envahissante qui la présentait astucie sèment comme un placebo : « elle avait la couleur de l'alcool, le goût de l'alcool mais ce n 'était pas de l'alcool » Ainsi elle ambitionnait de contenter à la fois les amateurs et les adversaires de l'alcool. Comme si une motion devait à la fois contenter Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et la gauche du parti.
La motion présentée par François Hollande et la coalition qui la soutient, présente les mêmes caractéristiques : elle donne l'impression d'un changement, voire même parfois d'une évolution à gauche, mais elle s'arrête chaque fois au bord des contenus et choix décisifs. Ainsi elle ambitionne à la fois de conserver l'équipe sortante qui a mené la politique qui a conduit au 21 avril, et elle vise à empêcher qu'une alternative politique authentique ne l'emporte.
S'il n'y avait pas péril en la demeure, s'il n'y avait pas une évidente et majoritaire aspiration au changement dans la base du parti socialiste, jamais nous n'aurions eu ce type de « motion » : nous en serions restés aux généralités prudentes et oecuméniques qui faisaient, le 18 janvier dernier, tout le contenu de la « contribution ». Pour que le Premier secrétaire évolue ainsi dans la présentation de sa motion par rapport à sa contribution, il faut décidément que « le premier tour » du 28 avril (le vote des militants) soit incertain. Après avoir démarré avec un premier texte « au centre », le voilà qui gauchit, in fine, son expression. C'est un peu, hélas, l'histoire de la campagne électorale de l'an passé : n'est-ce pas trop tard ? Est-ce sincère ? Est-ce crédible ? Parmi les "20 engagements" quels sont ceux qui ont un véritable impact populaire immédiat, susceptible de vraiment changer les choses pour les couches populaires, salariées ?
 
Les 20 engagements encadrés sont d'un immense flou :
Les 20 «engagements» qui sont spécifiquement encadrés dans le texte de la motion de la direction sortante, frappent le lecteur par leur caractère extrêmement général. Chacun de ces engagements ne vaut pas tripette : ce sont des intentions, des projets de convention, d'assises, de forums, de dialogue, de conférences militantes, de conseils, de rencontres... à perte de vue.
Isolez ces 20 «engagements d'action» et relisez-les à part, vous aurez rarement un texte aussi creux. Beaucoup de "forme", très peu de "contenu" précis : et quand c'est précis ce n'est pas sur les choses essentielles, surtout pas sur les questions économiques et sociales. Si on détachait ces seuls « encadrés » et si on ne retenait qu'eux, comme la présentation nous le suggère, ils ne mériteraient vraiment pas beaucoup de voix.
Ceci dit, nous voulons quand même, pour en discuter honnêtement, les mettre en relation avec le reste du texte, même si les auteurs n'ont pas placé les autres éléments au même niveau que leurs « engagements d'action ».
Sur 20 engagements d'action, il y a :
Trois engagements sur les questions internationales (1 à 3), quatre engagements sur les questions économiques et sociales (4 à 7), huit engagements sur les questions institutionnelles et sociétales (8 à 15), trois engagements internes sur le fonctionnement du part (16 à 18) et deux engagements sur les liens avec la gauche et les syndicats (19 et 20).
 
Commençons par le plus important : les 4 engagements sociaux (n° 4 à 7) :
Dix critiques sur les 4 points clefs
Ce qui intéresse le plus, nos militants, notre base sociale naturelle, nos électeurs, les salariés, les couches populaires qui souffrent du libéralisme, des attaques antisociales du gouvernement de droite, c'est : qu'est-ce que les socialistes ont compris de ce qui a manqué dans leur politique avant le 21 avril, qu'est-ce qu'ils proposent dorénavant de faire pour rétablir les droits du travail face au capital, pour redistribuer les richesses produites, pour renverser les inégalités criantes ? Comment s'oppose t-on pied à pied face aux lois et projets de loi de Chirac-Raffarin-Fillon-Dutreil-Mer, de toute cette équipe qui démantèle notre droit social ? Quel programme d'action immédiat, urgent, oppose t-on sur chaque question à ce que la majorité UMP met en oeuvre ? Comment relance-t-on l'économie ? Comment défend-on notre protection sociale ? Comment marcher au plein emploi et au bon emploi ?
C'est faute de mesure-phare pour le salariat que Lionel Jospin a perdu, dans sa campagne électorale, malgré un programme fleuve de 40 pages d'engagements.
 
1) « La justice sociale pour combattre les inégalités ! »
Le texte de François Hollande ne tire pas de bilan critique du gouvernement Jospin et se félicite seulement des grandes « réformes » de ces dernières années tout en se voulant « lucide » sur « l'inertie des inégalités sociales ». Les inégalités sociales ne sont pas le fruit d'une « inertie » mais de « grandes réformes » insuffisantes ! Quand François Hollande écrit que nous avons « été mobilisés dans une lutte convaincante contre le chômage » mais que nous avons « manqué de vigilance » face à « la précarité, aux salaires, à la dureté de la vie des plus modestes » Tout est là !
Notre lutte contre le chômage n'a pas été suffisamment « convaincante », la preuve en est que les 35 h, telles que nous les avons faites, n'ont créé que 400 000 emplois alors que, si nous les avions bien faites et complètement, elles en auraient créé le double. Notre plus «grande réforme» n'a pas été bien faite et tous n'en ont pas profité loin de là. Nous n'avons pas été assez opiniâtres dans la lutte contre le chômage de masse : alors que la France allait mieux tous les Français n'en ont pas profité et notamment « les plus modestes».
Que propose la motion de François Hollande ? «Défendre l'application des 35 h à l'ensemble des salariés». «Cela supposera de revenir sur les mesures du gouvernement Raffarin, d'engager de nouvelles négociations sur les mesures d'accompagnement, et de dégager des moyens supplémentaires dans certains services publics, tout particulièrement les hôpitaux». Imprécisions, encore !
 
2) La réduction du temps de travail mérite mieux !
Face à Raffarin et à Fillon, il faut dire ce que nous à quoi nous nous engageons : les 35 h doivent être étendues et encadrées, pour tous les salariés. Pourquoi François Hollande ne propose t-il pas tout simplement de contenir les flexibilités et d'instaurer des normes claires encadrant les durées quotidiennes et hebdomadaires :
- La durée maxima hebdomadaire doit être diminuée en proportion de celle de la durée légale, 44 heures maxima par semaine au lieu de 48 heures, et jamais plus de 10 h maxima par jour.
- Le contingent annuel d'heures supplémentaires doit revenir à 130 heures maxima pour tous.
- Les heures supplémentaires définies comme « ponctuelles et imprévisibles » (selon la définition de l'accord signé par le patronat le 31 octobre 1995) doivent être majorées à 25 % dès la première heure.
- Les deux jours de repos consécutifs hebdomadaire doivent être acquis pour toutes et tous et entrer en tant que tels dans le Code du travail.
- Le «temps de travail effectif» doit intégrer les pauses nécessaires et trajets imposés, le temps d'habillage et de casse-croûte et, comme le contrat de travail, se définir comme le «temps où le salarié est subordonné à l'employeur».
Mais Laurent Fabius et « DSK » n'aimaient pas vraiment les 35 h, il est donc difficile de développer.
 
3) « Sans cultiver l'illusion de l'interdiction du licenciement »
Au moins, le Parti socialiste en 1996 et Lionel Jospin en juin 1997 étaient pour une nouvelle forme de contrôle administratif sur les licenciements. Là, François Hollande ne défend pas une seule fois la loi de modernisation sociale, sans même la nommer (Laurent Fabius n'a t il pas dit que c'était une loi « imbécile » ?) et envisage le contrôle de l'utilisation des aides publiques « avec le cas échéant leur remboursement ». Vague et un peu court.
Il faudrait signifier le message aux employeurs : le licenciement, ça regarde la puissance publique, c'est une question d'intérêt général, nous sommes en période d'exception lorsqu'il y a tant de chômeurs, donc l'inspection du travail devrait pouvoir de juger en opportunité et de pouvoir dire 'non' chaque fois qu'il sera possible de l'éviter ou qu'il y aura un "doute manifeste" sur les "causes réelles ou sérieuses du licenciement". Ce serait à l'employeur d'utiliser les voies de recours s'il s'estime pénalisé, ou victime d'arbitraire, mais a priori il y aura une protection du salarié.
C'était, répétons-le, dans le programme de Lionel Jospin en juin 1997. Hélas, pas appliqué, car sinon le candidat ne se serait pas trouvé dans la même position défensive face à un salarié de "LU" pendant la campagne. François Hollande déplorait dans sa contribution qu'on ait donné "le sentiment d'impuissance du politique face aux enjeux majeurs et le sentiment d'abandon devant les difficultés quotidiennes". C'est sur ce thème, hier, lors des licenciements boursiers des Marks & Spencer, de Danone, Moulinex, aujourd'hui Metaleurop, Dawooe, que cela s'est joué ! Et que dit-on, aujourd'hui, face aux dizaines de plans sociaux du type de Metaleurop ? Croit-on regagner l'opinion, effacer le 21 avril sans dire ce que nous voulons faire face aux licenciements ? C'est pourtant d'actualité !
 
4) François Hollande propose une « sécurité sociale du travail » mais avec une telle prudence que nul ne peut y croire même pas son auteur.
Savez-vous ce que cela implique que d'assurer une « Sécurité sociale professionnelle » ? Une vraie révolution à l'heure où ceux des chômeurs qui sont déclarés à l'Assedic voient leurs indemnités diminuer. Car il s'agirait de leur garder leur statut et leur salaire... jusqu'à leur reclassement.
Mais cela suppose une restructuration de fond en comble du système de financement de la formation professionnelle, actuellement de 22,5 milliards d'euros par an. La Cour des comptes estime que 80 % est gaspillé, n'atteint pas le public visé, ne permet pas de faire face efficacement aux licenciements et reclassements. Il faudrait un grand service public adapté aux besoins réels des salariés, à commencer par les plus modestes. Voilà l'engagement qui manque encore dans la motion de François Hollande.
 
5) Un bon emploi contre la précarité ?
Deux petites phrases sont résumées par François Hollande:
« -Pénaliser les entreprises qui ont recours systématique aux contrats précaires »
« - Combattre les abus de la sous-traitance »
La première est insuffisante : car le travail précaire est déjà plus cher (indemnité de précarité d'emploi à 10 % pour les CDE et l'intérim). Il ne faut pas seulement le taxer, il faut le contingenter : imposer des quotas maximum du type pas plus de 10 % dans une entreprise de plus de 20 salariés. La seconde a mené au 21 avril §•• est un hommage à ceux qui ont toujours défendu, dans le parti, depuis 1996 qu'il fallait réglementer en profondeur la sous-traitance : mais François Hollande reste en surface et prend soin d'écrire cela de telle façon que c'est allusif, et donc vain.
 
6) François Hollande propose de défendre les salaires : comment ?
Il propose de « réparer l'injustice qui voit demeurer des salaires minima conventionnels inférieurs au Smic"... là nous défendons dans le parti depuis les conventions de 1996, que cela exige plus qu'une «réparation» : 80 % des minima conventionnels sont en dessous du Smic, malgré tous les efforts, malgré tous les rappels à l'ordre. C'est une remise en cause du Smic, puisque celui-ci n'est atteint qu'avec des compléments sous forme de primes et autres. Nous proposons que les minima conventionnels soient automatiquement ajustés par la loi sur le niveau du Smic et que tout élément négocié vienne en sus.
Il faut en convenir : la phrase de la motion de François Hollande est délibérément creuse puisqu'elle ignore même que le parti a déjà voté cela de façon précise, il y a 7 ans et que le problème fut soulevé la première fois en 1991 par François Mitterrand et Louis Mermaz. Proposer au bout de dix ans, alors qu'on vient de gouverner pendant cinq ans, une phrase allusive sur un problème aussi décisif et élémentaire que les modalités de fixation du niveau des bas salaires, ce n'est pas sérieux.
Il faudrait encadrer les négociations salariales, imposer que les conventions collectives pour être étendues, prennent en compte les diplômes, les acquis professionnels avec des grilles de métiers qualifiés, des coefficients, des niveaux qui assurent les progressions de salaires... assurer l'égalité professionnelle homme-femme par des mesures draconiennes, engager une véritable bataille planifiée et sérieuse en faveur du salaire minimum européen.
François Hollande ne parle que de taxer la valeur ajoutée mais ne se prononce plus sur l'impôt négatif sur le revenu, c'est-à-dire de la "prime pour l'emploi" !... Certes, mais l'impôt sur les sociétés a été baissé, et n'y a t il pas meilleure façon, plus naturelle, plus simple, plus directe, de redistribuer les richesses que d'augmenter les salaires ?
 
7) De nouveaux droits pour les salariés ?
Oui, il peut y avoir, comme le propose François Hollande, des représentants syndicaux auprès des conseils d'administration, mais l'impact est limité, fausse info, doubles réunions et délits d'initiés guetteront les quelques salariés qui auront du mal à s'informer et à informer leurs collègues.
Mais ensuite il n'y a que quelques phrases sans conviction sur les Chsct, les discriminations à l'embauche, « les moyens et le nombre des inspecteurs du travail qui doivent être « renforcés ».
Sérieusement toute la réalité du terrain, dans les entreprises, pousse à reposer la question des règles de représentativité syndicales modifiées, présentes dans notre programme en 1996 et que nous n'avons pas fait passer dans les faits. On aurait dû permettre à tous les syndicats réellement existants sur le terrain, l'entreprise, la branche, d'agir, avec une règle majoritaire pour la signature d'accords de façon à ne pas permettre de distorsion démocratique, à ne pas laisser une minorité signer des accords qui s'imposent à une majorité de salariés.
De nouveaux critères de représentativité s'imposent à partir des résultats obtenus lors des élections professionnelles, prud'homales, ou aux caisses de protection sociale.
Le nombre plus élevé de syndicats qui en résulterait ne doit pas être l'occasion d'un éclatement des règles. Le principe des "accords majoritaires" pousse à la responsabilité et à l'unité syndicale, il est plus conforme à l'exigence démocratique, alors que la signature "minoritaire" pousserait plutôt à la division et à la surenchère.
Sans en aucune façon suppléer ni nuire à la collecte des cotisations et aux adhésions individuelles, des fonds publics doivent abonder les caisses des syndicats à chaque niveau, local, fédéral, confédéral selon le nombre de voix reçues dans les élections professionnelles. Il s'agit surtout de permettre aux syndicats en toute indépendance d'exercer leurs missions d'information, d'éducation, à leurs instances à tout niveau de se développer, en moyens et en cadres. Notamment lors des élections comme celles des prud'hommes ou à la sécurité sociale.
Pour développer la représentativité et l'intérêt des salariés envers leurs organisations syndicales, les élections professionnelles seront organisées par branche le même jour.
 
8) Quelle démocratie sociale ?
De même que les élections prud'hommes et à la sécurité sociale, qui devraient se tenir un jour sera chômé afin que chacun puisse voter librement. L'organisation d'élections démocratiques de tous les ayants-droits pour leurs représentants aux Caisses de sécurité sociale s'impose. François Hollande ne reprend pas l'élection aux caisses de Sécurité sociale, qui était pourtant encore dans le "projet 2002" et les programmes électoraux des socialistes. Pourtant la gestion des caisses par les partenaires sociaux plutôt que par Bercy, ça relève bien de la démocratie sociale...
Pour les salariés dans de petites unités, il est difficile, sinon impossible, de faire vivre des délégués du personnel. Il existe par contre, des "conseillers du salarié" nommés sur propositions des syndicats, figurant sur une liste accessible aux salariés des très petites entreprises, et qui disposent déjà de crédit d'heures, de moyens de déplacement et de communication. Mais ils n'ont le droit d'intervenir que lors des entretiens préalables aux licenciements. Nous proposons de développer leur nombre, leurs crédits d'heures et leurs moyens, de leur permettre d'intervenir, sur appel des salariés, dans les très petites entreprises où il n'y a pas de délégués élus, pour les problèmes ayant trait à l'application des conventions collectives, à l'hygiène et à la sécurité.
Il faut enfin développer les moyens de régulation de la gestion des entreprises en augmentant les droits des comités d'entreprise et des délégués du personnel. Jusqu'à présent, ils sont purement consultatifs, sauf sur cinq petites questions, où il existe un "avis conforme". L'employeur doit recueillir l'approbation du comité d'entreprise pour mettre en oeuvre certaines mesures (par exemple, pour modifier des horaires variables ou changer de centre de médecine du travail). Il s'agit non seulement d'une obligation de consulter, mais une obligation de résultat. L'accord est nécessaire avec les salariés pour avancer. Nous avions envisagé avec les organisations syndicales de développer les sujets sur lesquels l'avis conforme deviendrait nécessaire ; par exemple à propos des heures supplémentaires.
Ainsi peu à peu des droits nouveaux pour les comités d'entreprise, les délégués du personnel, des CHSCT pourraient se développer thème par thème, ouvrant un champ considérable à la démocratie sociale dans les entreprises. Mais rien là-dessus de précis dans la « motion » de François Hollande.
 
9) François Hollande consacre 4 engagements sur 20 à ces questions centrales du "travail" : hélas, c'est là que se nichent sans doute, les plus grands "flous" ou les plus grands reculs de François Hollande par rapport aux positions antérieures du parti socialiste :
 
Rappelons pour mémoire qu'en 1996, le parti était :
-Pour la participation des citoyens dans le service public, pour la participation des citoyens dans la gestion de la sécurité sociale.
-Pour le retour à une politique contractuelle entre l'état et les caisses de Sécurité sociale qui retrouveront une véritable autonomie en matière de gestion.
-Pour un paritarisme rénové par le retour aux élections tous les cinq ans aux caisses de la sécurité sociale
-Pour l'abrogation de la loi quinquennale
-Pour combattre la sous-traitance par la facilitation de la reconnaissance des unités économiques et sociales
-Pour le développement des conseillers des salariés dans les entreprises de moins de dix salariés,
-Pour le renforcement des droits des comités d'entreprise et des délégués du personnel, qui pourront saisir l'inspection du travail sur les questions d'hygiène et de sécurité, d'application des conventions collective et cette saisine sera suspensive des mesures envisagées par l'employeur
-Pour de nouveaux droits des Chsct
-Pour un système efficace de contrôle des licenciements, la fin du chantage à l'emploi, le droit à réintégration, dans l'entreprise en cas de licenciement abusif, l'inspecteur du travail ayant la possibilité de refuser les licenciements
-Pour "l'obligation de faire" se substituant à la "logique indemnitaire"
-Pour augmenter le pouvoir d'achat par une conférence annuelle sur les salaires
-Pour alléger la TVA de deux points
-Pour imposer par la loi que les minima des conventions collectives ne puissent être inférieurs au Smic
-Pour supprimer les exonérations de cotisation sociale
-Pour supprimer le principe de la provision pour licenciements
-Pour réduire le temps de travail avec une perspective de 32 h
-Pour réduire les maxima autorisés
-Pour limiter le volume des heures supplémentaires
-Pour renforcer les moyens et pouvoirs de l'inspection du travail
-Pour des emplois jeunes, qui devaient être des CDI avec formation interne financée par l'état" Tous ces éléments de programme ont été votés et adoptés par notre parti et ses militants. Ce sont des citations extraites des textes des conventions de mars, juin, décembre 1996.
Ces conventions qui nous ont aidé sous la droite, face à Juppé-Chirac, à nous réarmer et à gagner le 1er juin 1997 ! Doit-on pour tenir compte du 21 avril, les abandonner ou les dé- fendre en allant plus loin dans Fin térêt mieux compris des droits des salariés ? Vraie question !
 
10) Pour les retraites : faisons encore l'exercice de débattre réellement. Que dit François Hollande exactement sur les retraites ?
"Il s'agit de refonder le contrat entre les générations, passé après la seconde guerre mondiale en affirmant les grands principes suivants :
1) - Garantir le système par répartition et refuser tout engagement quel qu 'il soit dans les fonds de pension
2) - Maintenir un niveau élevé le montant des pensions, revenir sur la réforme Balladur sur les années de références
3)- Maintenir le départ à la retraite à soixante ans
4)- Permettre le départ dès 40 ans de cotisations pour ceux qui n 'ont pas atteint les 60 ans mais qui ont commencé à travailler tôt.
5) - Tenir compte de la pénibilité des métiers pour justifier les différences dans l'âge de départ ou la durée des cotisations ;
6) - Assurer de nouvelles recettes pour abonder le fond de solidarité pour les retraites.
Vous noterez qu'à ce degré de généralité, nous pourrions être d'accord.
Mais précisez donc le niveau du point n°2 c'est-à-dire du taux de remplacement : 75 % , il n'y a plus accord.
Précisez le point n° 3 : proposez d'ajouter "à taux plein" après retraite à soixante ans, le désaccord grandit.
Confirmez dans le point n° 5 que le nombre d'années de cotisations doit rester "d'ordre public" de façon à ce que le départ à 60 ans soit un point de repère collectif, et ne pas être soumis aux aléas des uns ou des autres...
Dans le point n°6 préciser que les cotisations patronales doivent augmenter...
Et notez que François Hollande propose de «revenir sur » (pas d'abroger) les mesures de Balladur de 1993, pas celles de l'Agirc et de l'Arcco qui ont suivi et qui font progressivement baisser les retraites des plus démunis. François Hollande n'entre pas davantage sur la remise en cause du calcul des retraites sur les "25 meilleures années" à remplacer par les « 10 meilleures années », et ni sur l'indexation des retraites sur les salaires (qui était dans le programme de Lionel Jospin en 1997). Est-ce que le parti, oui ou non, défend le maintien des fonctionnaires à 37,5 annuités de cotisations, nous : « oui ! »
 
En dix critiques, sur 4 points sur 20, les beaux "engagements" se révèlent bien faibles
II reste encore 16 points à étudier.
On verra que les 3 points internationaux sont aussi imprécis :
- Le Parti socialiste n'a toujours pas signé l'appel pour la manifestation des 1 et 2 juin pendant le G8
- Nous n'avons pas de calendrier précis pour engager la bataille dans le PSE, vis-à-vis de l'élargissement, de la constitution européenne
- quelle place à l'Onu, l'Oit, l'Oms, l'Orne par rapport à l'Omc ? Il faudrait la définir avant que le commissaire socialiste Pascal Lamy ne conduise la France à signe l'AGCS.
Les 8 points sociétaux laissent bien des questions institutionnelles dans le flou :
- Sur la mise en 'uvre de la parité
- Sur les mandats uniques
- Sur la remise en cause du Sénat
- Sur la façon de faire prédominer le Parlement (articles 16 et 49-3)
- Sur le droit de vote des immigrés
- Sur la lutte contre les concentrations de presse et de médias
- Sur le grand service public de l'école, la laïcité
- Sur la défense de la république sociale, indivisible, contre l'éclatement décentralisateur de Raffarin.
Les 3 points sur le fonctionnement du parti, restent aussi abstraits
- Sur un parti de masse, démocratique, ouvert, appuyé sur le salariat
- Sur le contrôle des instances, leur mixité, leur représentativité sociale
- Sur le contrôle de la direction et des élus par la base militante.
Les 2 points en faveur d'une coalition « arc-en-ciel », nous les soutenons, pourvu qu'ils entrent en pratique, que ns liens avec les syndicats, le mouvement social, nos partenaires naturels, Pc, Verts, et que nous n'ayons pas d'ennemi à gauche ni à l'extrême gauche.
 
CHERS LECTEURS, MILITANTS, AU DEBAT! LISEZ, RELISEZ, ÉPLUCHEZ CHAQUE MOTION
ENTRE LES LIGNES ET VOTEZ : NOUVEAU PARTI SOCIALISTE OU NOUVEAU MONDE.
 

 
 
LES MAUVAIS COUPS DE CHIRAC-RAFFARIN CONTINUENT
Pendant la guerre, le chômage remonte...
 
MM. Chirac-Raffarin-Fillon-Dutreil-Mer, pendant la guerre, ne chôment pas, ils en profitent, ils détricotent le droit du social, le droit du travail et encouragent le retour du chômage. La lettre de Michaël Moore à Georges W Bush publiée en ouverture de D&S, pourrait être adressée au gouvernement Chirac-Raffarin. M Raffarin, lui non plus, "ne se tourne pas les pouces" depuis le mois de juin 2002, dans le domaine économique et social.
 
Raffarin a promis aux citoyens que grâce à sa politique les entreprises allaient pouvoir créer de nombreux emplois. Mr Fillon a toujours refusé de donner un chiffre, et pour cause, il aurait fallu qu'il annonce que ce chiffre serait égal à zéro et donner au contraire une estimation des suppressions d'emploi prévisibles.
Grâce à la suppression des emplois jeunes et aux contrats jeunes le chômage allait diminuer, résultat, il augmente ! Grâce à l'assouplissement des 35 heures le chômage allait diminuer, résultat il augmente !
Grâce à la diminution des cotisations sociales des patrons, le chômage allait diminuer, résultat il augmente !
Grâce à l'abrogation des dispositions anti-licenciements boursiers de la loi de modernisation sociale le chômage allait diminuer, résultat il augmente !
Depuis 8 mois, Raffarin-Fillon détruisent tout ce que le gouvernement précédent a fait de bien.
Et encore on doit remarquer que les statistiques ne mesurent actuellement qu'une partie de l'aggravation du chômage, les radiations en cachent une partie et les délais d'inscription une autre.
 
Une politique délibérée
Les mois à venir vont révéler en chiffres ce qui est déjà vécu par de plus en plus de travailleurs : le rejet à l'Anpe, la diminution des moyens d'existence avec les nouvelles mesures Assedic, la peur du lendemain, l'horizon bouché pour les jeunes.
En effet l'aggravation du chômage est déjà inscrite dans l'ensemble de la politique de droite: en abrogeant la loi de modernisation sociale à la demande du Medef, M. Fillon a laissé entendre aux patrons qu'ils pouvaient multiplier les plans de licenciements. La liste s'allonge : 100 plans de licenciements en 2002, plus de 200 par mois depuis le début 2003. Et trois fois plus de licenciements individuels dans les entreprises de moins de 50 salariés ou les "plans sociaux " ne sont pas obligatoires et où le travail " jetable " est de mise...
Les projets, pour les mois qui viennent, concernant les retraites et la protection sociale aggraveront encore la situation, sauf si la résistance sociale s'organise.
Après seulement 10 mois de pouvoir la " popularité " du gouvernement recule et il commence à expliquer son échec en affirmant qu'il n'a pas de chance parce que " la conjoncture n'est pas bonne ".
Comme si la conjoncture c'était un "ailleurs ", la faute au voisin, une punition divine, " une maladie ", pour paraphraser le ministre du travail, contre laquelle on ne peut rien.
La conjoncture ne tombe pas du ciel, la conjoncture c'est la politique voulue par le gouvernement, la conjoncture ce sont les dirigeants des grandes puissances capitalistes, la conjoncture ce sont les décisions quotidiennes prises dans les conseils d'administration des multinationales dont les multinationales à base française, c'est la mise en application des dogmes de l'ultra-libéralisme. La conjoncture c'est la course insatiable aux profits, ce sont les privatisations, ce sont les bas salaires qui brident la demande et la croissance, la conjoncture c'est la déréglementation dans tous les domaines, ce sont les délocalisations favorisées, c'est la dictature des marché financiers acceptée sans broncher. Voilà ce qu'est la conjoncture actuelle encouragée par Raffarin qui génère chômage et précarité.
Francis Mer applique une politique de rigueur masquée, mais elle est bel et bien de rigueur. Dutreil propose l'allégement de l'Isf, et une loi de déréglementation du travail. La régionalisation va créer des déséquilibres entre régions riches et pauvres et faciliter toutes les remises en cause : notamment de la loi Falloux (voir pages suivantes).
 

 
RETRAITES : FILLON DEVOILE SON PREMIER OBJECTIF
Faire sauter le verrou des 37,5 dans le public
 
Vendredi 14 mars, à l'issue de la quatrième réunion syndicats-patronat-gouvernement sur les retraites, l'ensemble des syndicats ont rejeté le texte proposé par le gouvernement.
 
Cette réunion marquait une rupture. Le gouvernement se refusait, en effet, à définir un taux de remplacement pour les retraites par répartition et de rediscuter de la réforme Balladur de 1993. Il marquait ainsi sa volonté de laisser baisser le taux de remplacement et de libérer un espace pour les fonds de pension. Il ne répondait pas non plus à la demande de possibilité de départ en retraite avant 60 ans. On était alors aux antipodes de l'objectif affiché de "consolidation et d'amélioration du système de retraite par répartition".
Fillon ne s'en cache plus : il s'agit pour lui de faire sauter, dans un premier temps, le verrou des 37,5 annuités de cotisation dans la fonction publique pour mieux, dans un deuxième temps, s'attaquer à la retraite des salariés du privé et des entreprises publiques.
 
40 annuités dans la fonction publique
 
Raffarin affirme vouloir " éviter que les fonctionnaires soient pris pour cible "
II est difficile d'imaginer une forme plus achevée de double langage au moment où Fillon fait des fonctionnaires la première cible de sa réforme des retraites et que Alain Lambert, Ministre délégué au budget déclare que pour "tenir la dépense publique"il vaut "mieux serrer la ceinture de l'administration".
Au nom de l'équité, Fillon a donné son opinion et d'abord soufflé le froid : il ne se contente pas de vouloir aligner les fonctionnaires sur les 40 annuités des salariés du privé. Il remet en question le salaire de référence (servant de base au calcul de la retraite) qui est le salaire moyen des 6 derniers mois alors que dans le secteur privé, c'est le salaire moyen des 25 meilleures années qui sert de référence. Il remet en cause l'indexation des retraites sur les salaires et donc la possibilité pour les fonctionnaires retraités de bénéficier des évolutions indiciaires. Il propose la mise en place d'un système complémentaire, assimilable à l'AGIRC et à l'ARRCO. Il propose la mise en place de pénalités, comme dans le privé pour ceux qui n'auraient pas le nombre de trimestres nécessaires à une retraite à taux plein. Au nom de l'égalité entre les hommes et les femmes, il propose de supprimer la possibilité pour les femmes ayant trois enfants de prendre leur retraite au bout de 15 ans de fonction publique (avec un taux correspondant...)
Il propose, enfin, la mise en place d'une caisse de retraite des fonctionnaires d'Etat qui n'aurait pas d'autre fonction que de stigmatiser les fonctionnaires. A quoi bon, en effet, une caisse de retraite quand il existe un seul employeur ?
 
Les salariés du privé ?
Pour les salariés du privé, Fillon et les "milieux bien informés" soufflent le chaud. La réforme des retraites des salariés du privé ne serait pas urgente. Le bruit court, qui plus est, que ce réalignement ne se ferait pas avant 2008, après la présidentielle et après que les mesures de Balladur de 1993 a fini de produire tous leurs effets. Sur RTL, le 12 mars, Fillon déclarait qu'allonger au-delà de 40 annuités la durée de cotisation des salariés du secteur privé "n'est pas nécessaire pour les années qui viennent".
Il précisait cependant "II faudra un jour aller au-delà de la durée de cotisation dont on parle aujourd'hui".
Mais lors du vote de la réforme, en plein mois de juillet, quelles garanties auraient les salariés du privé que, comme en 1993, la durée de leur cotisation ne soit pas allongée ? Surtout si auparavant, les fonctionnaires avaient subi une défaite démoralisante pour l'ensemble des salariés... Quelles garanties auraient-ils que lorsque " des structures indépendantes "chargées d'" observer la réalité sur l'allongement de la vie, sur la démographie estimeront nécessaires des "réajustements", la majorité de droite ne décide pas, dans un an ou dans deux ans, d'allonger la durée de leur cotisation ?
La volonté du gouvernement est de diviser pour pouvoir battre les uns après les autres : les fonctionnaires puis les salariés du privé et enfin les salariés des entreprises publiques.
 
Les entreprises publiques ?
 
Le Gouvernement a parfaitement compris le rôle de fer de lance de la mobilisation qu'avaient joué les salariés de la SNCF ou de la RATP en 1995. Aussi ne s'attaquera-t-il à leurs régimes de retraites que lorsqu'ils seront isolés et que l'ensemble des autres salariés aura subi l'allongement de leur durée de cotisation.
Ou, comme le proposait Balladur "Au fur et à mesure du changement de leur statut" c'est-à-dire au fur et à mesure de la privatisation des entreprises publiques. C'est pour cela qu'aujourd'hui, la retraite des salariés d'EDF-GDF est en ligne de mire.
 
Quelle riposte ?
 
Le risque aujourd'hui est double : celui de la division syndicale et celui de l'isolement des fonctionnaires.
Lundi 10 mars, les fédérations syndicales de fonctionnaires, à l'exception de la CFDT, ont lancé un appel à une " initiative interprofessionnelle " début avril, du public et du privé pour la défense des retraites. Bernard Thibaut affirmait dans Le Monde du 15 mars 2003 : " Dès lors que nous n'avons pas de réponse satisfaisante à la plate-forme rédigée par les sept syndicats, nous nous voyons pas ce qui s'oppose à d'autres actions. Si certains pensent qu'appeler à la mobilisation est superflu, ils prendront leur responsabilité. Le gouvernement aurait tort de considérer qu'il peut passer en force ".
Le 14 avril, la CFDT n'excluait pas de participer à des actions unitaires.
Le "baromètre" Sofres affirme que 81 % des salariés du secteur privé et 55 % des fonctionnaires sont partis dans d'un alignement de la durée de cotisation du public sur le privé. Il aurait été intéressant de savoir quels auraient les réponses à une question un peu différente : celle d'un alignement de la durée de cotisation du privé sur le public. Il n'empêche, ce sondage montre que le matraquage de la pensée unique a marqué des points et qu'en ne défendant pas becs et ongles les 37,5 annuités dans le privé comme dans le public, le terrain a été laissé à la droite et au Medef. Il faut se dépêcher de le réoccuper : face à la volonté du gouvernement d'isoler les fonctionnaires quelle revendication peut permettre l'unité du public et du privé si ce n'est les 37,5 annuités pour tous ?
Ce sondage Sofres est contrasté et indique qu'il est possible de mobiliser puisque, comme l'affirme Le Monde du 12 mars, les chiffres de la confiance faite à Raffarin " révèlent une méfiance persistance et la menace latente qui en découle : celle d'une mobilisation des salariés contre une réforme dont chacun sait qu'elle ne pourrait être indolore ".
JEAN-JACQUES CHAVIGNÉ
Ferroviaire : pour la sécurité, contre le dumping social
La nouvelle bataille du rail
 
Depuis le 15 mars 2003, la SNCF a perdu le monopole de circulation sur le réseau ferré national instauré en 1937. Une bataille pour des règles de sécurité et des normes sociales de haut niveau s'engage.
Le fret ferroviaire international est maintenant ouvert à la concurrence. C'est la conséquence des directives du premier "paquet ferroviajre", un ensemble de textes adoptés par le parlement européen, sur proposition de la commission européenne et avec l'accord des ministres des transports. Un deuxième "paquet ferroviaire" est en discussion, qui prévoit en 2006 la libéralisation du fret national, puis en 2008 du trafic voyageurs. Pour les libéraux, la concurrence serait le meilleur moyen de lutter contre la baisse de la part du ferroviaire dans le transport. Faux ! Dans les pays où cette concurrence existe déjà, on assiste à un transfert de l'opérateur public historique vers des opérateurs privés, pas à une augmentation du volume de marchandises transportées par le train. C'est le cas, par exemple, en Allemagne. La Deutch Bahn, pour faire face à la concurrence en fret, se concentre sur ses plus gros clients, et vient d'acheter un opérateur logistique routier.
Le transport routier a encore de belles années devant lui, malgré toutes les professions de foi en faveur de l'environnement. L'audit sur les infrastructures, commandé par le gouvernement français, accorde à nouveau une priorité aux investissement routiers. Inadmissible !
Une nouvelle bataille du rail est en cours. Les fédérations syndicales françaises de cheminots ont lancé un avertissement : jamais, elles n'accepteront qu'un train d'une entreprise ferroviaire privée ne circule avec des conditions inférieures à celles de la SNCF, tant dans le domaine crucial de la sécurité, qu'en matière de normes sociales. Pas question de voir apparaître des trains sous "pavillon de complaisance" ! Lutte pour la sécurité, refus du dumping social, défense des statuts et du régime des retraites sont étroitement liées.
C'est l'occasion pour les syndicats de cheminots européens, regroupés au sein de la fédération européenne des travailleurs du transport, ETF, d'intensifier leur travail en commun et de présenter un front uni face aux employeurs pour exiger des règles sociales et de sécurité minimum applicables au trafic transfrontalier. Elles se prononcent pour une coopération entre les opérateurs historiques, contre leur mise en concurrence. Les socialiste européens sont loin de montrer une telle unité. Une majorité d'entre eux votent les textes libéraux, sans état d'âme apparent. Le groupe socialiste français au parlement européen est un peu plus à l'écoute des exigences portées par les cheminots. Pour autant, il est dans sa très grande majorité favorable à une concurrence "encadrée", ce qui explique qu'il a très majoritairement voté pour anticiper de deux ans l'ouverture totale à la concurrence du fret ferroviaire national et international. Le social-libéralisme est bel et bien une réalité !
ÉRIC THOUZEAU
 
En France, le mode ferroviaire est le seul mode de transport qui n'a pas encore connu de déréglementation. Le monopole public a fait ses preuves d'efficacité. Pas question de laisser la concurrence s'installer ! Pas question de suivre les préconisations du rapport des sénateurs UMP Gerbaud et Haenel de séparer l'activité fret du reste des autres activités de la SNCF ! Pas question d'accepter comme le préconise le rapport commandé par Francis Mer, "L'État actionnaire et le gouvernement des entreprises publiques", de transformer les établissements publics en société anonymes pour ensuite ouvrir leur capital au privé !
 
 

 
 
II y eut d'abord un impôt sur les " grandes " fortunes (IgO supprimé par MM Chirac et Balladur en 1986. Cela contribua à faire perdre de nombreuses voix à la droite en 1988. Le 1er janvier 1989, un nouvel impôt de solidarité sur la fortune fut recréé par la gauche. MM Balladur et Juppé, rendus prudents, n'osèrent pas le supprimer en 1993 ni en 1995. Alors pour le remettre en cause aujourd'hui, le gouvernement Chirac-Raffarin, avance masqué, et 11 a choisi de ne pas le faire frontalement dans le cadre du débat autour de la loi de finances mais en prétextant des dispositions sur "l'initiative économique" (projet de loi Dutreil).
C'est sous le prétexte fallacieux de " préserver l'emploi " (sic) et de renforcer " l'attractivité " de la France, (laquelle n'est pas du tout en cause) que le gouvernement Chirac-Raffarin fait un nouveau cadeau fiscal à la France "d'en haut ".
 
Qu'est-ce que l'Isf ?
l'Isf est un impôt déclaratif, les biens sont évalués par le contribuable lui-même. L'assiette de l'impôt souffre déjà de nombreuses exonérations puisqu'elle n'est pas composée de l'ensemble des biens du contribuable : en sont exclus notamment les biens professionnels au rang desquels figurent déjà les droits sociaux. Le dispositif actuel exonère sous certaines conditions de détention et de pourcentage, les parts ou actions détenues dans les sociétés par leurs dirigeants.
Sans changements fondamentaux dans son assiette et avec un taux marginal de 1,8 %, cet impôt progressif a pourtant vu le nombre de ses redevables et son rendement augmenter (244 656 redevables en 2000 contre 212 008 en 1999 pour un rendement de 2,43 Mds contre 1,94 Mds). L'Isf ne concerne que 0,7 % des foyers fiscaux dont le patrimoine est supérieur à 720 000 francs. Les oeuvres d'art en sont exclues ainsi que l'outil de travail si le détenteur possède au moins 25 % du capital d'une entreprise et y travaille personnellement. Taux progressif : 0,15 % par an pour les patrimoines de 1 million, 1,80 % pour ceux de 15 millions et au-delà. Les riches sont plus nombreux et plus riches. Les patrimoines ont augmenté. Celui des 3000 plus forts contribuables est passé sur la décennie de 12 millions à près de 20 millions. Pour les possesseurs de patrimoines les plus importants, la part des valeurs mobilières représentait 19,32 % en 1999. Dans les premières tranches de l'Isf, la part la plus importante du patrimoine est représentée par des biens immobiliers. Entre 1 et 2 millions, les valeurs mobilières représentent déjà 50 % du patrimoine concerné. À 10 millions, la part des valeurs mobilières atteint 80 %. Au-delà, tend vers les 100 %.
 
Que proposent les amendements du gouvernement ?
 
Ils ont peur de remettre trop en cause devant le grand public la légitimité de cet impôt, et de toucher trop ostensiblement à son taux, ils essaient donc d'agir de façon complexe sur une partie de sa base en proposant :
- Exonérer pendant 5 ans tout apport de fonds sur une Pme de moins de 250 salariés et de moins de 15 ans.
- Remettre en question la définition des biens professionnels susceptibles de bénéficier d'une exonération : les actionnaires minoritaires qui s'engageraient par un pacte à conserver pendant 6 ans 25 % d'une société cotée ou 34 % d'une société non cotée, pourraient bénéficier d'une réduction égale à la moitié de leur participation.
Le rapporteur Carrez estime à 100 millions le coût de ces mesures. Au total, le coût du projet Dutreil serait de 500 millions. Cela reviendrait finalement à ce que l'impôt sur la solidarité ne frappe pratiquement plus que les patrimoines immobiliers.
Il faut rapporter ces sommes au total des recettes de l'ISP 2003 : c'est-à-dire 2,46 milliards et au total de l'Impôt sur le Revenu : 53 milliards.
Mais faire cadeau de 500 millions aux riches est incompatible avec les autres choix du gouvernement qui se propose de diminuer les prestations de l'Apa (assistance aux personnes âgées), du Rmi (qu'il veut transformer et limiter), des soins aux étrangers sur notre territoire (qu'il veut supprimer), du remboursement des soins à la Sécurité sociale (qu'il veut diminuer).
 
L'abominable projet de loi Dutreil...
"Plus d'un tiers des français voudraient créer leur entreprise" Ainsi commence l'exposé des motifs du projet de loi " Dutreil " pour l'initiative économique. Le projet de loi Dutreil. propose, en fait, d'accorder de nouveaux cadeaux fiscaux à ceux qui disposent de revenus très confortables (troisième et cinquième titres) et de faire baisser les revenus des travailleurs en les baptisant " travailleurs indépendants " grâce à un pseudo " contrat d'accompagnement " (titre deuxième).
 
Déjà, la loi Madelin...
Alain Madelin était, du temps du Gouvernement Juppé, à l'origine d'une loi qui accordait une présomption au statut de " travailleur indépendant " pour toute personne inscrite au registre des métiers ou du commerce. C'est ainsi que s'étaient multipliés les prétendus artisans du bâtiment qui, travaillant pour un seul donneur d'ordre, étaient en fait des salariés privés de leurs droits. La loi Madelin a été abrogée - avec notre insistance - par la deuxième loi Aubry. Il faut croire que le Medef et son gouvernement ont de la suite dans les idées car le projet Dutreil récidive avec le "contrat d'accompagnement".
 
De quoi s'agit-il ?
Supposons l'entreprise X sous traitant de deuxième ou de troisième rang qui s'adresse à l'un de ses ouvriers : " Je sais que ta condition d'ouvrier salarié n'est pas très drôle, tu manques de liberté, tu n'es pas toujours très bien payé. Je suis avec toi, je te propose de devenir mon égal, de devenir patron. Nous allons conclure un " contrat d'accompagnement ". Tu crées une entreprise, tu t'inscris à la chambre des métiers, ne t'en fais pas, je m'occupe de toutes les formalités. Pendant un, deux ou trois ans je te passe tout le matériel nécessaire, la camionnette, l'échafaudage et la bétonnière, je gère ta comptabilité. Pendant la première année, la loi Dutreil te donne le droit de rester en même temps salarié à temps partiel chez moi et donc tu n'auras aucune cotisation sociale à payer. En plus tu n'as vraiment aucun souci à te faire, d'abord si tu prends un crédit ou que tu doives louer un petit local, ou si un client te cherche des ennuis, c'est moi qui paye en cas de difficultés et ce, pendant toute la durée du contrat. Et puis si ça ne marche pas tu pourras toujours revenir travailler chez moi. Alors marché conclu ?"
Le travailleur sera libre : libre de travailler 60 heures par semaine, libre de rester à la maison sans salaire lorsque M. X ne lui passe pas de marché, libre d'accepter ou de refuser les prix imposés par le même M. X, libre de ne pas respecter les règles de sécurité. Fini les contraintes du code du travail. Enfin les joies de la liberté !
 
Une grossière manip juridique
La manœuvre consiste à baptiser " juridiquement indépendant " un travailleur qui reste au sens économique et social un salarié parce qu'il ne possède pas ou si peu ses moyens de production ou sa clientèle. Mais le contrat de travail est ainsi contourné... légalement.
Cela existerait pour les ouvriers du bâtiment, pour des transporteurs, pour des informaticiens payés à la mission, pour des vendeuses appelées gérantes, pour des cuisiniers prestataires de services, des entrepreneurs de mise en rayon dans les supermarchés, (il y a quelques années le magasin Carrefour de Toulouse avait ainsi baptisé entrepreneur, le manœuvre chargé de ranger les caddies sur le parking).....
Le risque de la fausse sous-traitance est tellement évident que le texte prend la précaution avec le projet d'article 127-5 du code du commerce de préciser que le contrat d'accompagnement ne devra pas enfreindre les dispositions du code du travail qui interdisent le prêt de main d'œuvre à but lucratif ou le marchandage. Précaution de style illusoire quand, ailleurs, à l'article L 127-3, la fourniture des moyens par l'entreprise principale n'emporte pas présomption d'un contrat de travail : cet article 127-3 casse le critère essentiel dégagé par la jurisprudence pour caractériser justement la fausse sous-traitance. De plus les actions en requalification resteront pour de nombreuses raisons aussi marginales, difficiles et aléatoires que celles engagées contre les abus de l'emploi intérimaire. Cet article 127-3 est la preuve que la recherche de la surexploitation des travailleurs par l'essaimage n'est pas un risque de dérive du texte Dutreil mais qu'il s'agit bien de l'objectif poursuivi par le gouvernement.
 

 
LA CFDT VEUT SCISSIONNER LE MOUVEMENT ETUDIANT
L'Unef doit rester unie !
 
D&S est une revue qui, depuis ses origines a milité pour l'unité syndicale. Parmi les salariés. Mais aussi parmi les futurs salariés en formation que sont les étudiants. Nous avons toujours regretté la scission de l'Unef qui a tant nui au mouvement étudiant après mai 68, et nous avons milité avec acharnement pour reconstruire une Unef unique et pluraliste, démocratique et de masse. Voilà deux ans que la réunification a été réussie : malheur à ceux qui feraient revenir cette réussite en arrière ! Voilà qu'un tout petit courant de 6 % des voix, pourtant peu dynamique, ose le faire : il n'aurait pas d'importance si la direction de la Cfdt ne s'impliquait activement pour financer et soutenir officiellement l'opération. Ce choix fractionnel, sectaire, n 'honore pas les dirigeants de la Cfdt qui se sont lancés dans cette machination. Certes, il reste beaucoup a faire pour que l'Unef unifiée soit à nouveau un grand syndicat de masse, démocratique, mais une telle ambition ne peut jamais commencer par une scission. Voilà pourquoi, en soutien à la veille de leur congrès d'avril 2003, nous reproduisons adoptée à l'unanimité du bureau national de l'Unef.
 
Déclaration du Bureau National de l'Unef
Quelques étudiants ont choisi de mettre fin à leurs activités syndicales au sein de l'Unef, ils ont exprimé leur souhait de construire une nouvelle organisation étudiante, divisant ainsi un mouvement étudiant pourtant plus uni aujourd'hui qu'il y a dix ans...
Militants de divers horizons, de sensibilités différentes, nous considérons que ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous divise : la pluralité de l'Unef est un acquis et une force. Tout rejet de la pluralité des opinions ne peut constituer la base d'un syndicalisme démocratique. Cet épisode serait sans doute resté anec-dotique s'il n'était justifié par le volontarisme et le soutien " politique et financier " de la Cfdt.
C'est pourquoi le Bureau National tient à exprimer ses regrets quant à la démarche entreprise par ces étudiants mais aussi son désaccord avec le choix du bureau confédéral de la Cfdt.
Désaccord, parce que nous pensons que toute division du mouvement étudiant est condamnable au vu des enjeux politiques et sociaux de la période actuelle. Privilégier l'intérêt particulier face à l'intérêt général, dans ce contexte, est plus que déplacé.
Désaccord car les actes posés par ces étudiants sont aux antipodes des valeurs que semblaient porter la Cfdt. Comme le confirme dans Libération une étudiante se réclamant de la Cfdt, nous craignons d'abord malheureusement que des considérations politiques, liées aux débats internes d'un parti et totalement extérieures à nos préoccupations syndicales et étudiantes, n'aient influencé leur choix. Par ailleurs, cautionner et légitimer le vol de fichiers et cotisations d'adhérents va à l'encontre du syndicalisme d'adhérents et du respect des opinions de chacun, aucune Ag n'ayant été convoquée localement. A cet égard, l'Unef se réserve le droit de porter ces faits devant la justice. Enfin, dès Décembre 2002, d'importants moyens ont été mis à disposition de ces étudiants (centre de formation à Bierville, bureau...) : tout cela sans que jamais la Confédération ne se soit exprimé ni dans son Congrès, ni dans ces instances. Nous n'irons pas plus loin, car les débats internes de la Cfdt ne nous concernent pas.
Désaccord car aucun membre de la direction confédérale ne nous a jamais fait part de la volonté de la Cfdt de s'implanter directement en milieu étudiant, en opposition à l'Unef. Arrêter une stratégie dans la jeunesse en s'appuyant sur une poignée d'étudiants semble quelque peu aberrant pour une Confédération comme la Cfdt. Nous sommes convaincus par ailleurs que cette démarche n'est pas viable : une chose est de créer, une autre est de durer et d'assumer. Nos relations ont jusqu'à présent, toujours été cordiales et respectueuses. La Cfdt a toujours appuyé le mouvement étudiant en étant régulièrement représentée aux Congrès de l'Unef. L'Unef et la Cfdt ont toujours su échanger et débattre de questions qui leur sont communes, agissant parfois de concert pour faire avancer les droits des jeunes. Qu'il s'agisse de leur emploi ou de la formation initiale et continue, nombreux furent les thèmes abordés en partenaires, avec nos accords et nos divergences. Nos discussions encore récentes avec la Cfdt Cadres, notre travail régulier avec le Sgen-Cfdt allaient dans ce sens. Si la Cfdt souhaitait réfléchir à sa stratégie dans la jeunesse et plus particulièrement mieux appréhender le monde étudiant, l'Unef aurait été tout à fait disposée à l'aider dans sa réflexion. C'était déjà le sens de notre courrier adressé à François Chérèque le 3 Juin 2002.
Nous ne voulons pas croire, que pour certains, le mouvement étudiant soit considéré comme un supermarché où chacun interviendrait en fonction de ses intérêts propres.
Nous pensons au contraire que le mouvement étudiant est capable de s'organiser par lui même en toute indépendance. Pour notre part, nous comptons bien continuer à rassembler plus que jamais le mouvement étudiant autour de l'Unef pour porter un projet de transformation sociale et prendre toutes nos responsabilités face aux enjeux universitaires et à la crise politique et sociale mise à jour le 21 avril 2002.
 
Un Projet de loi de financement par les régions des dépenses d'investissement des lycées PRIVES !
Quand Raffarin aura fait passer sa loi de régionalisation....
La droite ressortira la mise en cause de la loi Falloux,
Mieux que la tentative de Bayrou en 1993-94
Le projet de loi (de Bernard Perrut) est prêt depuis le 18 décembre 2002. (n°494). Il est présenté notamment par Bruno Bourg-Broc, Christine Boutin, Claude Goasguen... Et, au total, 90 députés de droite.
C'est un projet " remettant en cause le financement des établissements scolaires privés qui date de 1850 ", " mal adapté aux exigences de notre époque ", " contestant la décision du Conseil constitutionnel du 13 janvier 1994 ", il propose d'élargir les " possibilités d'aides des régions aux dépenses de construction, de reconstruction, d'extension, de grosses réparations, et d'équipement des lycées ayant conclu avec l'état un contrat d'association. "... " cette prise en charge ne devra pas être supérieure, pour chaque établissement, à la moitié des dépenses d'investissement et ne devra pas excéder, dans chaque région, le montant des investissement annuels réalisés dans l'enseignement public ".
" La moitié ", 50 % ! au privé ! Mazette, ce n'est pas rien !
Pendant la guerre d'Irak, attention aux mauvais coups... contre la retraite, la Sécu... la République et l'école !
 

 
ENCORE UNE FOIS SUR UN ECONOMISTE DONT TOUT LE MONDE PARAIT SE RECLAMER
Ne laissons pas Keynes aux émules du libéralisme
 
Beaucoup, à gauche, se réclament de Keynes, aujourd'hui. Pourtant, une lecture approfondie de l'oeuvre du célèbre économiste en surprendrait plus d'un...
Quand une idée simple prend corps, il y a une révolution" (Ch. Péguy, Note conjointe sur M. Descartes). L'idée simple de Keynes est d'opérer une véritable réflexion sur la pertinence de l'enseignement qu'il a reçu en économie. Keynes n'est pas un révolutionnaire, il a pourtant révolutionné la théorie économique.
 
Qui est Keynes ?
Né à Cambridge en 1883 (année de la mort de Marx), John Maynard Keynes est issu d'une famille de la moyenne bourgeoisie intellectuelle. Son père est professeur de logique et d'économie à Cambridge et sa mère devint la première femme maire de Cambridge. Élève brillant, Keynes fréquente des peintres, des écrivains (Virginia Woolf), des philosophes. Ce cercle d'amis se caractérise par un certain anticonformisme, ces jeunes se veulent moralement et sexuellement "libérés".
Ce n'est qu'en 1905 que Keynes commence véritablement à s'intéresser à l'économie en suivant les cours de Marshall (économiste classique). Les premières recherches de Keynes le conduisent à travailler sur les probabilités. Nommé au Trésor au début de la guerre 14-18, Keynes s'illustre par la rédaction de Conséquences économiques de la paix (1919), où il soutient l'incapacité de l'Allemagne à payer les réparations exigées par le traité de Versailles et annonce une catastrophe sociale et politique comme suite logique d'un tel traité.
Keynes est, dans la vie qu'il mène ou dans les idées qu'il défend, cependant encore très imprégné d'idées libérales classiques. Pour mener un train de vie élevé, il se lance dans la spéculation mais se trouve en 1920 pratiquement ruiné.
C'est au cours des années 20 puis des années 30 que sa pensée évolue progressivement au contact de l'analyse monétaire (1930 : Traité sur la monnaie). C'est en 1936 qu'il produit son œuvre majeure : la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie. Il s'agit pour lui d'essayer de comprendre et de trouver des réponses à la crise économique de l'époque. Il préconise pour cela notamment la relance par des investissements étatiques. Reconnu comme un économiste majeur, bien que critiqué, Keynes, qui est fait Baron, participe dans les années 40 à l'élaboration du système dit de Bretton Woods. Il décède en 1946.
 
Keynes : politiquement libéral...
Si Keynes est politiquement un libéral (en 1928 il contribue à la rédaction du programme économique du parti libéral), c'est un libéral "conscient". Keynes s'inscrit dans une tradition qui fait de l'essor des activités économiques un moyen de stabiliser l'ordre social.
La conception que Keynes a de la nature humaine est celle d'un libéral classique puisqu'il considère que l'instinct de lucre de l'individu est un élément essentiel du fonctionnement de nos sociétés. Le doux commerce apaiserait les mœurs : "la possibilité de gagner de l'argent et de constituer une fortune peut canaliser certains penchants dangereux de la nature humaine dans une voie où ils sont relativement inoffensifs (...) Il vaut mieux que l'homme exerce son despotisme sur son compte en banque que sur ses concitoyens". La violence des entreprises accompagnant l'impérialisme et la colonisation du début du XX ne semble pas avoir sauté aux yeux du bourgeois qu'est Keynes.
Keynes dénigre Marx sans pour autant produire de véritable argumentation. Il méprise le socialisme doctrinaire qui serait le "résidu poussiéreux" d'un projet dépassé depuis longtemps traitant de problèmes aujourd'hui passés et analysés par un homme il y a plus d'un siècle. "La lutte des classes, écrit-il, me trouvera du côté de la bourgeoisie instruite". Pourtant les réflexions de Keynes peuvent alimenter une critique économique antilibérale, car s'il est socialement et politiquement libéral, économiquement c'est une autre histoire. Ainsi il considère qu'il n'est "nullement vrai que les individus possèdent un droit imprescriptible à une "liberté naturelle" dans leur activité économique. Il n'existe nulle "convention" qui puisse conférer un privilège éternel à ceux qui possèdent déjà ou à ceux qui deviennent des possédants" (in La Fin du laissez-faire). Pour Keynes "le problème politique de l'humanité consiste à combiner trois choses : l'efficacité éco-^ A nomique, la justice sociale et la liberté politique". ...
 
mais économiquement c'est une autre histoire
Keynes remet d'abord la "science" économique à sa place. "Il ne faut pas exagérer l'importance du problème économique, il ne faut pas sacrifier à ses nécessités supposées d'autres affaires, d'une portée p