Sommaire n° 88-89 octobre-novembre 2001
Edito : de Kaboul à Moulinex
Les buts de guerre de Bush
Sus aux paradis fiscaux
Danger atome
Terrorisme et démocratie
OIT, OMS contre OMC
Elections au Nicaragua
DOSSIER : Le Medef en guerre contre le salariat Offensive du Medef... et ripostes ouvrières
Les patrons veulent licencier plus facilement
Le marché, ça ne marche pas
Retraites : affirmer l'attachement au système par répartition
Fusion Sycopa-CGT
Projet sécurité PS pour 2002
Ces années-là, quand Lionel
Courrier des lecteurs
 

 
Kaboul et Moulinex
 
Pendant la drôle de guerre menée par Georges W. Bush contre les terroristes fanatiques religieux, c'est le peuple afghan, qui, de toute évidence, paie le prix fort. Les dégâts collatéraux des bombardements ne s'arrêtent pas là : les médias, en faisant la "une" sur les épisodes quotidiens de la chasse à ben Laden, se détournent de la vie ordinaire des gens. Les licenciés de Moulinex, les "sans fenêtres" de Toulouse, les hospitaliers en manque d'effectifs, les 35 h dans le secteur public, passent difficilement la rampe des projecteurs.
Bien sûr, la traque des assassins des Twin Towers est légitime, mais on sent bien que la façon dont la puissance impériale américaine s'y prend, va bien au-delà de cet objectif : il y a des odeurs de compromissions avec les dictatures pakistanaises, saoudiennes, émiratis, des odeurs de pétrole, de gaz et de nucléaire. C'est un désordre à long terme qui s'installe dans toute cette région du Moyen-orient et de l'Asie centrale. On ne sent pas avec autant de force la volonté américaine de changer son comportement, de combattre les paradis fiscaux, de contribuer à la naissance d'un état palestinien, de renforcer la démocratie et de cesser de manoeuvrer les fondamentalistes islamiques.
Pendant ce temps-là, les militaristes en profitent : Jacques Chirac se dit prêt à dépenser des dizaines de milliards pour un autre porte-avion (des dizaines d'écoles, d'hôpitaux, de logements en moins). Et le Medef qui estime pourtant que l'état dépense trop, approuve : il en profite pour lancer dans une campagne politique centrale, menant sa propre guerre contre la gauche et les syndicats.
Une guerre en abrite une autre : pendant les frappes aériennes, la guerre sociale continue. En huit chantiers, le Medef a essayé d'entraîner les différents syndicats dans une prétendue "refondation sociale", qui s'est avérée, dans tous les cas, une catastrophe. Après avoir imposé un "PARE" qui semble déjà en difficulté, une restriction de la médecine du travail contestée, un accord pour des retraites dégradées, une conception antidémocratique des rapports entre la loi et les négociations, quitté la gestion des Caisses de Sécurité sociale, il voulait une régression en matière de formation professionnelle : sur ce dernier point, au moins, il a clairement échoué.
C'est le Medef, pour le compte Chirac, en se comportant comme un parti politique de la droite, qui ouvre une campagne électorale tous azimuts. Il tient des "états généraux" dans huit villes de France, de Clermont-Ferrand à Paris, en passant par Lille, Strasbourg, Nantes, Marseille, Marne la Vallée.
Le Medef attaque frontalement la gauche : la gauche doit lui répondre de façon offensive. Ville après ville, et partout où cela est possible, la gauche doit organiser mobilisation, débats, et formuler des propositions alternatives sur chacun des "huit chantiers". Organiser des états généraux unitaires, c'est signifier que l'on connaît l'enjeu des élections à venir, qu'on ne se trompe pas d'adversaire.
Pour nous, Lionel Jospin est le candidat le mieux placé pour battre Chirac. En organisant la mobilisation contre le Medef avec la gauche entière, nous préparons le premier et le second tour à la fois : car pour gagner il faut l'unité et pour l'unité, il faut une véritable orientation à gauche.
 

 
LES VERITABLES OBJECTIFS DE LA GUERRE DE BUSH
BUSH NEGOCIAIT DEJA LE PIPE-LINE AVANT LE 11 SEPTEMBRE
Cela sent le gaz, le pétrole... et le nucléaire
 
Nous l'avions déjà affiché dans le D&S n° 87-88, de sept-oct. 2001, "éradiquer le terrorisme fanatique religieux, oui, mais faire une croisade pour le pétrole, non". C'était plutôt bien vu, non ? Il a fallu attendre la "une" du Monde du 21 Octobre, pour y lire "Ben Laden, pétrole, drogue : la guerre et ses enjeux".
 
CERTAINS PRETAIENT bonne foi à George W. Bush, croyant qu'il allait s'en tenir à viser ben Laden, à épargner les populations afghanes, à instaurer la démocratie, et qu'il n'y avait pas d'enjeu géo-économique de type pétrolier, ga-zier, etc... C'était passer d'un extrême à l'autre et d'une hostilité légitime aux politiques des dirigeants de Washington à un aveuglement sur leur générosité et leur fameux sens de la justice.
 
"Bons" et "mauvais" talibans...
 
Bush affirme qu'il attaque le "régime actuel" des talibans, celui du mollah Omar et de ben Laden mélangés, mais pas celui des talibans en général puisqu'il ne cesse d'en appeler à des "talibans modérés".
D'abord parce que Bush a passé un accord explicite avec Pervez Moucharraf, le général dictateur du Pakistan : il ne donnera pas le pouvoir à "l'Alliance du Nord" dont la base est tadjik, il associera les pachtounes, quoi qu'il arrive. C'est une condition pour obtenir l'appui d'Islamabad, mais aussi de la majorité apparente du peuple afghan qui ne veut pas voir revenir les Tadjiks, les Ouzbeks, les Hazarats, et les Turkmènes qui ont régné au début des années 90 à Kaboul et qui ont conduit le pays au désastre... au point que les talibans ont pu paraître comme des sauveurs.
L'Alliance du Nord du fameux commandant Ahmed Chah Massoud, loin d'être aussi progressiste qu'on le dit aujourd'hui, avait déjà enfermé les femmes dans les tchadri, et développé à fond la culture du pavot, tout en rançonnant les chefs de guerre qui ne faisaient pas acte d'allégeance... Donc, Bush a choisi une solution qui satisfasse son allié du Pakistan, et inclut obligatoirement les pachtounes, dont les talibans constituent une aile radicalisée. La diplomatie américaine travaille donc inlassablement à détacher des "talibans modérés pachtounes" pour participer au futur gouvernement, et ses buts de guerre sont surdéterminés par cela. Cela signifie clairement qu'il n'y aura pas de démocratie, pas de changement fondamental pour les femmes par exemple, mais uniquement que le régime devra seulement ne plus être hostile aux USA. C'est une condition et une visée minima.
 
Les "bons" sont pour le pipe-line Texan
 
II s'agit en gros, comme le précisait D&S n°87-88, d'en revenir quelques années en arrière quand l'installation des talibans était soutenue par la diplomatie américaine et qu'un accord avait été passé avec eux. C'était en janvier 1998 au nom du consortium Centgas (Central Asia gas) comprenant Unocal, compagnie texane, à 54 % et Delta, d'Arabie Saoudite à 15 % (plus des compagnies japonaise, coréenne, pakistanaise, et le gouvernement turkmène). Le but était d'installer et exploiter un gazoduc de I 400 km entre Daulatebad au Turkménistan et Karachi, en mer d'Oman.
Quelle est donc la différence entre les "bons" et les "mauvais" talibans d'hier et d'aujourd'hui ? Ceux qui signent avec Unocal et ne font pas de scandale antiaméricain sont les "bons". Les mouvements féministes américains avaient d'ailleurs manifesté, en vain, contre Unocal. Ce ne sont pas les mauvaises mœurs des talibans vis-à-vis des femmes mais les attentats du 7 août 1998 à Nairobi et Dar es-Salaam qui obligèrent le gouvernement américain et Unocal à rompre le 2l août de cette année-là. Le jour même, Bill Clinton faisait bombarder pour la première fois l'Afghanistan et Unocal se retirait finalement en décembre 1998 du consortium Centgas.
Le Monde conclut : "Le gaz turkmène attendra la paix". Et comme "la paix" passe par les bombardements actuels...
 
Hydrocarbure, richesse potentielle pour les afghans...
 
Certains militants de gauche sincères, affirmaient carrément : "Les Américains, pour une fois, défendent la démocratie, on ne peut que les soutenir". "C'est nouveau", nous disait-on, "Bush, a compris que le monde ne supportait plus l'arrogance américaine" : alors il va dans une mosquée saluer l'islam, s'excuse d'avoir utilisé le mot "croisade", empêche Sharon de liquider Arafat, et fait larguer des sacs "humanitaires" (avec du beurre de cacahuète) pour les afghans.
Mais comment peut-on être aussi naïfs face à la machine dç guerre de l'administration Bush ? Ses alliés principaux sont toujours les dictateurs pakistanais et les monarques du Golfe. A partir d'une cause juste, (imposer justice contre les assassins des Twin Towers), elle va projeter sa puissance et imposer son ordre (désordre libéral) dans cette région du monde pour les décennies à venir.
La construction des futurs pipe-lines donnera d'énormes royalties au régime de Kaboul : qui encaissera la manne n'est pas indifférent, c'est même un préalable à la construction des desdites installations (raffineries, stations relais, etc. Certes, aujourd'hui, "il n'y a rien" en Afghanistan, c'est un pays "à l'âge de pierre"...(la seule chose qui y soit moderne, ce sont les armes). Mais l'avenir est riche : l'Unocal veut arriver à ses fins. La région est appelée, au 21 ° siècle à se développer : stratégiquement située entre la Russie, la Chine et l'Inde, elle est un nouveau grand enjeu stratégique, économique, politique. Les sous-sols constituent après le Golfe, les plus grands réserves mondiales en hydrocarbures. Tout s'y emmêle, les peuples, les luttes nationales et religieuses, les trafics de drogue, les projets d'exploitation et de transfert du pétrole et du gaz (cf. D&S n° 87-88, et Le Monde diplomatique, novembre 2001).
Ce n'est pas un hasard si depuis un siècle et demi, les Britanniques puis les Américains, ont tant bataillé pour disputer l'influence sur la zone aux Russes, pour diviser afin de régner, pour s'assurer que les différents pouvoirs locaux leur sont bien subordonnés. Ils veulent tout simplement contrôler toutes ces terres intérieures comme ils ont contrôlé l'Arabie Saoudite, et le Golfe. Il faut ajouter qu'au moins six des grands pays directement concernés possèdent le savoir-faire et les moyens de la bombe atomique (Russie, Chine, Inde, Pakistan, Iran, Irak) et que, dans l'équilibre du monde, c'est un des secteurs les plus risqués pour un futur conflit nucléaire (lire la note de lecture sur "Affaires atomiques" de Dominique Lorentz, page...)
 
Quadrature du cercle
 
Bombarder est la première solution retenue par l'administration Bush faute de relais solides sur le terrain. Sans relais, pas de renseignements, pas d'opérations terrestres facilitées, pas de soutien politique dans la population, risque majeur pour les soldats, risque d'enlisement militaire, incertitude sur le succès des opérations. Donc les bombardements ont été répétés en vagues massives prolongées. Or bombarder c'est évidemment s'aliéner durablement les populations : Bush a beau répéter qu'il est "l'ami du peuple afghan", qui peut y croire ? Les fameux et sinistres "dégâts collatéraux" suscitent des haines. Même si bombarder contribue à affaiblir les talibans et reste le seul moyen violent de donner confiance à leurs adversaires : aussi est-ce la première solution de facilité suivie par l'état-major de Bush. L'autre solution serait de donner des armes à l'Alliance du Nord et s'appuyer sur elle. Inévitablement, une tentative d'action terrestre passe par ce choix. Il faut des zones d'opération, de repli, des territoires, un aéroport et, il n'y a qu'au Nord est que cela est possible. Encore faut-il y parvenir : dans la région de Mazar e-Charif, les talibans ont résisté de façon inattendue.
Comment faire sans perdre l'allié stratégique indispensable, le Pakistan, qui est violemment opposé à l'Alliance du Nord ? La dictature d'Islamabad déjà fragilisée, obligée de tirer presque chaque jour sur son peuple, ne veut surtout pas se mettre à dos les pachtounes qui constituent le groupe le plus nombreux en Afghanistan et qui sont numériquement et politiquement importants au Pakistan même.
Il faut dire que les moudjahidines de l'Alliance du Nord sont déjà parvenus au pouvoir au début des années 90, et ce fut un désastre total : batailles claniques et règlements de comptes, firent des dizaines de milliers de morts à Kaboul au point de susciter un phénomène de rejet massif par la population... qui facilita l'arrivée des talibans, perçus comme pacificateurs ! L'Alliance du Nord minoritaire, reste composée de bric et de broc, avec différents chefs de guerre, dont des fondamentalistes guère plus "progressistes" (avec les femmes notamment) que les talibans, d'anciens "communistes" (si on peut les appeler ainsi, car s'ils soutenaient les régimes pro-Urss, ils se sont retournés contre elles) et des fabricants de drogue... Rien là de tellement plus fréquentable...
L'Afghanistan était devenu, à partir de 1994, le premier producteur mondial de pavot avec le record de 4 600 tonnes d'opium en 1999. Ce sont les talibans de Kaboul et de Kandahar qui ont interdit les champs de pavot en 2000 et fait reculer la production de 82172 hectares à... 7606 hectares. Et aujourd'hui c'est l'Alliance du Nord qui contrôle 6342 hectares soit 83 % de la production.
Comme on le voit, il ne suffit pas d'en appeler au vieux roi Zaher Chah, âgé de 86 ans, ni de chercher à convoquer une assemblée de chefs de guerre pour finaliser une solution politique : il n'y a jamais eu de "démocratie" au sens où nous l'entendons, en Afghanistan, on n'y vote pas, il n'y a pas d'état, ni même de "sentiment national" unifiant, il y a une mosaïque de peuples, d'intérêts, de bandes armées, de traditions, de religions, de culture, qui cohabitent de façon conflictuelle sur un même territoire - délimité de façon arbitraire par les anciens colonisateurs britanniques.
Trouver une "solution politique" dans ces conditions, c'est réaliser la quadrature du cercle.
 
La démocratie ne s'exporte pas avec des bombes...
 
Sans pouvoir disposer des éléments de connaissance détaillée sur le terrain, ni des contacts permettant de mesurer les chances concrètes d'une solution politique, il est quelques principes qui sont certains : le premier c'est que l'apprentissage de la démocratie ne peut pas résulter de la guerre, mais au contraire de l'exercice de la paix et de l'amélioration des conditions qui permettent de vivre. La démocratie, c'est la mobilisation du peuple, l'action collective constructive, elle exige d'avoir à manger à sa faim, d'être en bonne santé, de disposer d'un toit, d'un travail, d'une culture élémentaire. Elle ne saurait, par définition, être contrainte. Elle se construit par adhésion, par conviction, c'est un mouvement conscient. Elle demande dans des pays en voie de développement, un soin extrême, un volontarisme puissant, une opiniâtreté prolongée. Le développement est tout autant la condition de la démocratie que la démocratie est la condition du développement. Cela demande une redistribution des richesses. On avait calculé, du temps de la guerre du Vietnam, que les Etats-unis en prétendant "défendre la démocratie" à Saigon, dépensaient 50 000 dollars par "vietcong" tué, alors que dans toute une vie de travail, un Vietnamien ne pouvait espérer gagner plus de 9 000 dollars. Combien coûtent les bombardements en Afghanistan ? On ose à peine le mesurer à travers quelques chiffres extraordinaires : l'armée US vient de passer commande pour 400 milliards de dollars de nouveaux bombardiers derniers cris, elle se trouve déjà à court de munitions et réclame aux grands fabricants de missiles d'en multiplier la fabrication... Un Tomahawk à un million de dollars tue combien d'Afghans ? Est-ce que cela hâte l'arrestation de ben Laden ? Comment l'isoler si ceux qui l'entourent ont le sentiment qu'ils méritent des bombes plutôt qu'une véritable aide humanitaire ? Comment prouver qui est vraiment l'ami du peuple afghan ? Comment prôner la démocratie du haut des avions furtifs ?
 
Y a t il façon de faire autrement ?
 
Nous ne saurions donner des conseils pour mieux faire la guerre.
Oui, il faut éradiquer ce méprisable curé saoudien, mandarom dangereux, caché dans sa grotte, fou de dieu, avide de guerre de religion, qui veut tuer les mé- créants du monde entier à coup d'avions remplis d'humains et transformés en bombe à kérosène ou à coup de bacille de charbon. Mais si cela doit, comme le dit Bush, "prendre un an ou deux ans", cela ne signifie pas, on l'espère, bombarder pendant deux ans. Donc d'autres moyens devront être mis en oeuvre avec le temps, commandos, actions secrètes multiples, puis guerre terrestre, coups de main, avancées et reculs. Il faudra donc arriver à affaiblir, diviser l'adversaire, obtenir l'appui de forces significatives du peuple afghan pour isoler ben Laden et ses sbires. Ce sera plus dur pendant le ramadan et plus dur pendant l'hiver.
Comment mieux y parvenir sinon avec une politique économique engagée, avec des investissements susceptibles d'améliorer substantiellement le sort de ce peuple ? L'argent des longs et terrifiants bombardements, utilisé autrement, permettrait probablement d'aller plus vite au but. Pendant ce temps-là, il n'a été pris que des demi-mesures pour s'emparer de l'argent des terroristes : rien de sérieux contre les paradis fiscaux, rien de sérieux contre les Etats qui ont facilité le blanchiment des fonds (Grande-Bretagne, Luxembourg, Liechtenstein..).
Faire autrement, ce serait imposer la levée du secret bancaire, empêcher les détournements des pétrodollars, initier une politique d'ensemble différente dans toute la région : elle devrait reconnaître que ces peuples ont été spoliés durant des décennies de la richesse immense de leur sous-sol, seules les monarchies corrompues en ont profité avec l'aide principale de la Grande-Bretagne puis des Etats-unis. Et chaque fois que des partis, des syndicats, des démocrates, des nationalistes arabes ont critiqué, combattu, ces monarchies, ils ont trouvé les USA en face d'eux. Les émirats arabes unis, à commencer par le Koweït, sont des pays de dictature, d'apartheid et d'esclavage. La tyrannie de Riyad n'a rien à envier aux talibans, ni pour les femmes, ni pour les tortures, ni pour les mutilations, ni pour l'obscurantisme. Jusque-là, ce sont les services américains qui ont encouragé le fanatisme religieux en guise de diversion aux revendications populaires légitimes. Pervez Moucharraf, le nouvel allié privilégié des Etats-unis est tout de même au pouvoir à l'issue d'un coup d'état contre un président élu... il était sanctionné pour avoir développé la bombe atomique pakistanaise, avoir encouragé le terrorisme au Cachemire, et sa dictature le classait au ban des nations... C'est ce terreau qui a permis aux différents réseaux ben Laden de proliférer. Il faut rompre avec cela si l'on veut arrêter les dégâts, et c'est vrai cela prendra du temps. Du temps pour rapprocher l'Inde et le Pakistan et trouver un compromis au Cachemire et au Sri Lanka. Du temps pour pacifier l'Asie centrale et la sortir des guerres rétrogrades de toutes sortes Aider à mettre sur pied une mondialisation différente dans le respect des droits des paysans et des travailleurs qui produisent les richesses de ces pays.
 
Les impasses de la politique de Bush
 
Et puis, il y a actes urgents : imposer le respect des droits du peuple palestinien à un état et à vivre décemment sur ses terres, forcer la main à Israël pour que les accords internationaux soient respectés, là comme ailleurs. C'est cette politique d'ensemble qui aidera le peuple afghan (et les autres autour), à distinguer ses amis de ses ennemis, qui isolera complètement le terrorisme et ses sinistres corbeaux religieux de malheur. Mais sont-ce là les buts de guerre de Georges W. Bush ? On peut répondre : non. Finalement, derrière la traque légitime de ben Laden, c'est la vieille politique impérialiste qui se profile et les USA vont refaire en Asie centrale ce qu'ils ont fait dans le Golfe : leurs alliés, à Riyad, Islamabad, amis encore si récents des talibans, peuvent dormir tranquilles mais le monde n'en a pas fini ni avec les terroristes ni avec les effets néfastes de cette mondialisation-là.
GÉRARD FILOCHE
 
L'AMBASSADEUR AMERICAIN
 
Le premier ministre britannique Tony Blair est un homme aux amitiés politiques très éclectiques : fervent «clintonien» sous les présidences Clinton, son entourage souligne aujourd'hui les "liens personnels étroits" qui l'unissent à George W. Bush.
Au sein de l'Union européenne, le «modernisateur» auto-déclaré de la social-démocratie, affiche volontiers ses affinités avec MM. Aznar et Berlusconi, les premiers ministres espagnol et italien, deux fervents avocats d'une Europe ultralibérale. Peu de temps après le 11 septembre, M. Blair s'est rendu à New York et Washington. Rencontrant le président Bush, il a immédiatement annoncé que la Grande-Bretagne apporterait un soutien «inconditionnel» et «total»aux Etats-Unis dans sa lutte contre le terrorisme. Pourtant peu habitué à se référer à l'Histoire, M. Blair a crû pertinent de déclarer que, reconnaissante du soutien décisif apporté par les Américains lors du Blitz, la Grande-Bretagne allait se battre aux côtés du peuple américain. Les conseillers des deux camps se sont regardés un peu gênés : les Etats-Unis ne pouvaient être présents aux côtés des Britanniques pendant le Blitz de 1940, car ils ne prirent part au conflit mondial qu'à la suite des bombardements de Pearl Harbour en 1941. Mais le temps était alors à l'union sacrée américano-britannique et personne n'osa ternir une aussi touchante manifestation de solidarité. Aucun quotidien britannique ne prit la peine de rectifier l'erreur du premier ministre. M fallut que deux semaines s'écoulent pour qu'un hebdomadaire fasse état des connaissances historiques approximatives de M. Blair (I).
 
LA LUTTE ENTRE «LE BIEN ET LE MAL»
 
Les premières réactions du président Bush ont semblé placer la lutte anti-terroriste sur le terrain marécageux de la morale religieuse. Dans les heures suivant l'attaque contre le World Trade Center, George W. Bush déclara que ce combat mettait en scène le «Bien contre le Mal». Il menaça également des représailles les plus sévères, tout Etat qui abriterait des terroristes, allant même jusqu'à exiger le soutien de toutes les nations dans la lutte contre AI-Qaida («Ceux qui ne sont pas pour nous, sont contre nous»). Cette première réaction inquiéta beaucoup les alliés des Etats-Unis, craignant que Bush ne fonce tête baissée dans le piège que lui avait dressé Ben Laden, celui d'un «choc des civilisations», provoquant un conflit sur le mode Croisade contre Jihad. Le président américain se reprit cependant et évita ensuite de positionner le combat anti-terroriste sur le terrain de la morale. Ce que les médias manquèrent largement de signaler, c'est que le «moderne» M. Blair avait utilisé le même registre ethnico-religieux, parlant lui aussi de lutte entre le «Bien et le Mal».
Le 2 octobre, dans une intervention au congrès du parti travailliste à Brighton, Tony Blair afficha avec vigueur son ambition : «remettre en ordre le monde», des «bidonvilles de Gaza, jusqu'aux montagnes de l'Afghanistan» ! Dans un style oratoire souvent qualifié par les médias britanniques d'«évangéliste» (2), il demeura cependant très vague quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce grandiose objectif. Le premier ministre insista sur la nécessité de travailler à l'instauration d'un «nouvel ordre moral mondial», se rapprochant presque mot pour mot des propos tenus par George Bush Sr, à l'issue de la Guerre du Golfe, en 1991.
Un journaliste influent du quotidien The Guardian (centre-gauche, proche du gouvernement) nota que le régime des talibans constituait un «adversaire idéal pour Tony Blair, le premier ministre dont le sens moral est le plus simpliste» de l'histoire britannique (3). Plus critique encore, l'hebdomadaire néolibéral The Economist, d'ordinaire mieux disposé à son égard, estima que «la péroraison de Brighton» de M. Blair montrait que "la lutte contre le terrorisme était montée à la tête du pauvre homme» (4).
 
Dans l'euphorie quasi-générale de ce «discours-sermon», quelques voix isolées s'alarmèrent du fait que M. Blair n'avait assigné aucun rôle aux Nations Unies (5). La lutte anti-terroriste serait donc une affaire américano-britannique, à laquelle M. Blair prendrait une part active auprès de son ami George W. Bush. Ce dernier apprécia ces efforts à leur juste valeur. Il qualifia la Grande-Bretagne «d'alliée la plus proche des Etats-Unis», quelques jours à peine après avoir tenu des propos identiques à l'adresse du chancelier allemand Gerhard Schrôder, venu le rencontrer à Washington...
PHILIPPE MARLIÈRE
 
 

 
LEVER LE SECRET BANCAIRE, C'EST TECHNIQUEMENT POSSIBLE
Révélation$ sur les paradis fiscaux
 
Le livre du journaliste messin Denis Robert et de l'ancien banquier luxembourgeois Ernest Backes n'a pas eu toute la publicité en rapport avec les faits qu'il révèle.
 
IL CONTIENT pourtant des révélations explosives sur le fonctionnement du capitalisme transnational et plusieurs affaires qui en leur temps ont fait la une de l'actualité (affaires des otages américains en Iran, loge P2, Crédit Lyonnais, scandale de la BCCI...). Nous y apprenons le rôle des discrètes sociétés internationales de clearing (chambres de compensation internationales), outils techniques des banques chargés de faciliter et d'accélérer les échanges de titres entre établissements financiers. Ces organismes comptent comme clients des banques et des sociétés commerciales ou industrielles qui lui confient le soin d'équilibrer le solde des opérations de transfert.
 
Des comptes secrets
Nous découvrons plus particulièrement le fonctionnement de la société Clearstream (ex-Cedel) au Luxembourg, dont Ernest Backes fut un des fondateurs. Clearstream brasse chaque année 250 fois le budget de la France, et entrepose en ses coffres 47 fois ce même budget, soit 9 trillions d'euros (I trillion = 1000 milliards). Après son étrange licenciement, Backes a patiemment collationné des renseignements et preuves sur les manœuvres de son ancien employeur, notamment des listings d'opérations. A côté des comptes légaux accordés aux banques et sociétés, Backes prouve que Clearstream a créé pour ses clients, en proportion croissante, des comptes non publiés renvoyant généralement sur des paradis fiscaux, indécelables et incontrôlables par une quelconque autorité de surveillance. C'est la grande révélation du livre que de montrer que l'opacité des plus grands établissements financiers (pour la France, la société Paribas est plus particulièrement montrée du doigt) est bien plus grande qu'on ne le pensait. Que penser aussi du fait que le Trésor Public français ou des entreprises comme Air liquide détiennent de tels comptes ? Depuis 1992, environ 15% des sommes traitées par Clearstream auraient transité par ce système occulte, en proportion croissante, soit des milliards et des milliards.
Le livre apporte aussi la preuve d'opérations frauduleuses couvertes par Clearstream, notamment les opérations réalisées par la BCCI alors sous séquestre, mais jette aussi un peu de lumière sur les étranges proximités d'opérations douteuses et les flux financiers du Vatican. Les annexes du livre récapitulent les étranges pratiques de milliardaires aux pratiques douteuses (que l'on retrouve au détour d'affaires, comme Elf), d'hommes politiques tels Berlusconi...
LE CLEARING : UN LIEU DE PERCEPTION POUR LA TAXE TOBIN ?
Au détour des problèmes posés par Robert et Backes, ils établissent que les flux financiers internationaux sont centralisés par trois sociétés de clearing: Clearstream (Luxembourg), Euroclear - voire Swift - (belges toutes deux). La traçabilité des flux apparaît comme parfaite. De l'aveu même du manager de Clearstream "Oui, on peut dire que nous sommes les notaires du monde." (p.244)., mais son homologue belge d'ajouter que "taxer les produits financiers serait profondément injuste". Nous avons la confirmation que la mise en œuvre de la taxe Tobin est non seulement possible, mais techniquement bien plus facile qu'admis jusqu'ici. La "finance" et le monde politique libéral (la droite, plus une partie de la gauche) s'y opposent bien sûr avec la dernière énergie, mais les injustices et les contradictions du capitalisme rendent à la fois plus urgente et nécessaire que jamais cette mesure.
Indifférence des décideurs. Harlem Désir à Strasbourg et le duo Peillon -Montebourg (Mission du Parlement Français contre le blanchiment) ont rapidement auditionné les auteurs et leur ont offert une à la fois une tribune et leur caution. Il faut aussi mentionner la solidarité des juges signataires de l'Appel de Genève qui ont signé une tribune ar-gumentée en faveur de Révélation$ dans le Monde du 10 mai. En revanche, ce fut le silence total dans tous les gouvernements et la régulation du clearing n'a été abordée dans aucune instance et notamment pas le G8 de Gênes.
 
Le scandale continue
Le directeur de Clearstream, André Luss a été démissionné;. Mais les opérations de Clearstream continuent. Après avoir ouvert une enquête, la justice luxembourgeoise ne s'est pas montré très curieuse et conclut à l'absence de blanchiment organisé. Clearstream n'est en effet qu'un maillon de la chaîne, mais les forces pour la sauvegarder sont puissantes. La Justice mais surtout les avocats des grandes établissements financiers travaillent à plein et faute d'enquête tenace sur Clearstream, la justice grand-ducale a perquisitionné en septembre chez... Backes !
Non moins rapides ont été les réactions de Clearstream et des responsables politiques luxembourgeois, des banques mises en cause. Plusieurs plaintes furent déposées, souvent pour des motifs futiles.
 
Denis Robert explique : "Nous sommes victimes d'une véritable intimidation financière qui se caractérise par la multiplication de procès. La banque russe Menatep a porté 12 plaintes à notre encontre; elle conteste être une banque mafieuse, malgré les enquêtes du FMI, de la CIA, du FBI et la faillite de la banque. Pourtant, nous sommes certains du bien fondé de nos révélations: ces procédures visent à nous empêcher de travailler sur notre prochain livre à paraître en janvier qui apportera de nouvelles informations encore plus explosives !" La Mission Peillon - Montebourg vient elle d'entendre des témoins - clé.
 
Le pacte républicain rompu
Comme l'écrit fort bien Jean De Maillard, le terme blanchiment est devenu flou, car il n'y a plus un monde vertueux et une arrière - cour marginale de l'argent sale. La plupart des opérateurs utilisent des techniques, des chemins détournés qui rendent le frontière de plus en plus floue. La marine marchande offre en exemple saillant, puisque plus de 60% de la flotte mondiale navigue sous pavillon de complaisance, une couverture fictive de propriétaires bien réels, mais insaisissables. Un après on naufrage, on ne toujours pas à qui appartenait exactement le navire affrété (indirectement) par Total, l'Erika.
Le "recyclage" de l'argent des divers trafics est essentiel; "gagner" de l'argent sans pouvoir en jouir est aussi utile qu'une boîte de conserve sans ouvre -boîte pour un affamé. Selon l'avocat américain Jack Blum "au moins 70 milliards de dollars d'impôts par an s'enfuient vers des comptes offshore. C'est juste un peu plus que les 65 milliards de dollars du budget fédéral alloué à l'éducation, la formation, l'emploi et les services sociaux.". Les paradis fiscaux sont bien l'enfer citoyen. Ils sont un cancer pour tout régime républicain. Brisant l'égalité devant la loi, ils seront la crépuscule de la Justice si l'on permet leur pérennisation.
CHRISTOPHE PIERCY
À LIRE
REVELATIONS Denis Robert et Ernest Backes, éditions les Arènes, 138 F.
Pourquoi l'Erika a coulé, François Lille. Esprit Frappeur. 10 F.
Le marché fait sa loi, Jean De Maillard. 1001 nuits. 55F.
La Justice ou le Chaos, Denis Robert. Le livre de poche. 35 F.
Les paradis fiscaux /ATTAÇ. 1001 nuits. 10 F.
 
 
UNE LUTTE EN TROMPE L'ŒIL
 
A la faveur de la chasse à Ben Laden et sa fortune, la lutte contre les paradis fiscaux a été fort médiatisée, mais les grandes puissances de ce monde et notamment les USA ne songent aucunement à les éradiquer. On peut se remémorer que le sénateur américain Cari Levin accusait dans un rapport fin 99 les banques privées américaines de tirer profit de la corruption à l'étranger. Les États-Unis doivent faire un choix" a déclaré Levin. "Nous ne pouvons pas d'un côté, condamner la corruption à l'étranger et dans un même temps, tolérer que les banques américaines tirent des fortunes de cette corruption".
Le GAFI, groupe spécialisé contre la blanchiment de l'OCDE se contente depuis 1998 de mesures très formelles pour lutter contre les "territoires non coopératifs". Depuis sa création en 1989; les paradis fiscaux ne se sont jamais si bien portés. Le GAFI n'est pas sans effet, mais il essaie plus d'organiser le finance offshore que de l'éradiquer; c'est pour cela qu'il vient d'être chargé de lutter contre l'argent du terrorisme. Mais au-delà des territoires, derrière les sociétés écrans, ce sont des établissements bien de chez nous qui font circuler l'argent sale; "la Société Générale dans son rapport annuel se vante de développer leur réseau offshore et d'en faire un axe de développement prioritaire" ! Les paradis fiscaux sont d'ailleurs aux lisières des grands centres financiers (les Caraïbes non loin de Wall Street; Man, Jersey près de la City, Liechtenstein près de Francfort et de Zurich, etc...)
Les lois contre le blanchiment ne mentionnent même pas les centres de clearing; aucune autorité publique ou organisation internationale n'est chargée du contrôle de ces sociétés. La définition des faits réprimés est souvent très restrictive; au Luxembourg ainsi, jusqu'à août 1998, seul le blanchiment provenant d'un trafic de stupéfiants était punissable; en Suisse, la Justice transmet des dossiers à la Justice pour des faits criminels, mais pas pour délits fiscaux. Aux législatives 1997, le PS proposait déjà dans son projet un parquet européen... La mise en place d'un espace juridique transnational qui ne soit pas plus entravé par les frontières que ne l'est la circulation de l'argent est en panne et la coopération entre justices nationales, quoiqu'on progrès, reste limitée par de nombreuses entraves, récemment renforcées en Italie.
Le procureur de Genève Bertossa souligne "qu'en France, vous pouvez ouvrir un compte sous un nom fictif sans avoir à dire qui se cache derrière ce nom, alors qu'en Suisse, on est obligé de le dire. L'opacité est favorisée par les sociétés qui servent de paravent aux véritables opérateurs. Or ces sociétés écrans sont tolérées dans le monde entier".
Le secrétaire américain au Trésor Paul O'Neill, s'opposait au printemps à " tout effort visant à dicter à un pays l'organisation de son système fiscal " au nom de la protection de la souveraineté nationale. Celle de Nauru ou des îles Vierges semble être devenue plus respectable que celle de l'Afghanistan; et la lutte contre" l'argent des terroristes" est un label commode à moindre frais pour acquérir un peu de respectabilité; les Bermudes et le Liechtenstein sont en cours de ratification de la toute récente convention internationale contre le terrorisme, qui ne menacera pas leurs affaires.
Pire ! L'Italie vient d'approuver une réforme du droit des sociétés incluant la dépénalisation de la falsification de bilan (qui devient une contravention) avec un délai de prescription ramené de 15 à 7 ans (entre autres). Aubaine pour Berlusconi, en procès pour 3 affaires de faux bilan antérieures à 1993. Pour le dossier All Iberian, par exemple, qui concerne des holdings de la Fininvest situés dans des paradis fiscaux, la prescription initialement fixée à 2009 devrait donc tomber, après adoption définitive du texte, à juillet 2001 ! Le tout sans aucune réaction des 14 autres pays de l'Union.
L'Union Européenne avait obtenu par un jugement préliminaire de l'OMC que soit déclaré illégal, le système des Foreign Sales Companies: des filiales domiciliées dans des paradis fiscaux par les multinationales américaines pour exporter à moindre coût leurs produits, en s'affranchissant des taxes et d'impôt sur les bénéfices. Le préjudice avait été chiffré à 4 milliards de dollars pour l'UE. Son commissaire Pascal Lamy n'a pas porté formellement plainte contre les FSC, pour ne pas ouvrir de conflit transatlantique pour favoriser les changes de lancer un nouveau round de libéralisation à Doha, confortant ainsi les paradis fiscaux et l'usage qui en est fait.
 
 

 
UN LIVRE DE DOMINIQUE LORENTZ : "AFFAIRES ATOMIQUES".
HISTOIRE D'UNE PROLIFERATION DANGEREUSE
44 pays ont les capacités de développer l'arme atomique...
 
A l'heure des menaces de guerre biologique, chimique, bactériologique, le plus grand des risques demeure toujours celui de la guerre nucléaire.
 
À LA QUESTION : " Combien de pays détiennent-ils aujourd'hui la bombe atomique ? " les citoyens du monde croient pouvoir obtenir une réponse précise. Ils se trompent. Cinq pays appartiennent au club des puissances nucléaires reconnues. Il s'agit des Etats-unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande Bretagne et de la France, par ailleurs seuls membres permanents du Conseil de sécurité de /'ONU. Deux outres Etats, l'Inde et le Pakistan ont démontré qu'ils détenaient le savoir-faire de l'arme atomique. L'Inde a pratiqué un essai nucléaire en 1974, puis une véritable campagne de tests en 1998.Le Pakistan lui a emboîté le pas cette année-là en effectuant lui-même une série de tirs. Pour autant, New Delhi et Islamabad n'appartiennent pas au club des puissances nucléaires.
Les cinq grands ont en effet décrété que "malgré leurs essais nucléaires, l'Inde et le Pakistan n'avaient pas le statut d'Etats dotés d'armes nucléaires..." Ces deux pays sont affublés de l'identité hybride "d'Etats qui possèdent la bombe atomique mais ne sont pas des puissances nucléaires". Israël est dans une position comparable. Bien qu'il n'ait jamais effectué d'essais sur son propre sol, l'existence de son potentiel atomique est un fait admis. Néanmoins, il n'appartient pas au club des puissances nucléaires. À ces cinq puissances nucléaires officielles et trois puissances atomiques officieuses viennent s'ajouter les pays dits "du seuil". Cette appellation désigne "les pays soupçonnés de pouvoir déployer des armes nucléaires opérationnelles... sans avoir pratiqué d'essais au vu et au su du monde entier". Parmi ceux-ci or) trouve, par exemple, l'Algérie, la Syrie, la Libye, l'Iran, le Brésil, ou l'Argentine. La zone grise de la dénucléarisation de la planète se trouve là. Plusieurs dizaines d'états disposent de la capacité technique de développer un armement atomique". Mais ces pays ayant eu la discrétion de ne pas pratiquer de tests nucléaires sur leur propre territoire, ils ne sont pas officiellement détenteurs de la bombe."
(Dominique Lorentz, introduction de son livre," Affaires atomiques", paru en février 2001)
 
Ainsi commence cet excellent ouvrage : par un avertissement qui fait froid dans le dos. Et qui se prolonge tout au long de la démonstration méthodique sur la prolifération du nucléaire depuis cinquante ans. Et dans un document diffusé sur ARTE le 14 novembre 2001.
 
Pas de barrière entre nucléaire civil et militaire
En fait la prolifération a été organisée, démontre-t-elle, de façon délibérée, par les super-grands. Comprenant, à l'occasion de la guerre de Corée, qu'à chaque affrontement entre leurs alliés respectifs, le chantage à la guerre atomique les opposerait, Etats-unis et URSS en arrivèrent à la conclusion qu'il valait mieux armer des puissances régionales "intermédiaires" plutôt que d'être obligés de se menacer elles-mêmes en permanence de destruction totale.
Mais comme la doctrine officielle, à cause de l'horrible souvenir d'Hiroshima, était de concéder aux opinions publiques, qu'il ne saurait y avoir de prolifération, c'est de façon clandestine et tortueuse que fut distillé l'atome. Ainsi les "grands" préservaient leur statut de super puissance, à l'ONU, et dans leurs zones d'influence, et, en même temps se déchargeaient des risques d'explosion sur des territoires et des populations qui n'étaient pas les leurs. Il fallait donc mentir pour que cet équilibre se mette en place : mentir sur la distribution progressive de l'arme nucléaire, mettre en place des cheminements dissimulés pour celle-ci, et courir ensuite, évidemment, des risques de dissémination incontrôlée au gré des rapports de force.
Le meilleur argument pour initier tout cela, officiellement, fut de prétendre qu'on ne pouvait refuser du "nucléaire civil" aux pays qui en faisaient la demande. D'autant que c'était un des marchés les plus juteux au monde, et que Général Electric et Westinghouse n'auraient pas accepté d'être privé de tels débouchés.
Dans "Economie de l'Apocalypse", Jacques Attali raconte qu'étant sollicité d'établir un rapport en 1995 sur la prolifération nucléaire, il ne s'attendait "pas à tirer des conclusions aussi terrifiantes". "Tous les pays considérés dans les années 60 comme des candidats potentiels à la bombe atomique disposent effectivement de la capacité de se doter de celles-ci" et il écrit sans détour qu'if n'y a pas de distinction valable possible entre les matières nucléaires militaires et civiles" et que "le caractère dual de presque toutes ces technologies permet de vendre des savoir-faire en feignant de croire aux intentions pacifiques du client".
"L'exploitation militaire de F énergie atomique repose, en grande partie, sur les mêmes méthodes et procédés de transformation qu'exigent les applications industrielles". Rien n'interdisait les Etats concernés de parcourir tranquillement le chemin qui menait du nucléaire civil au nucléaire militaire et cela "jusqu'aux cinq dernières minutes". L'AIEA (agence internationale de l'énergie atomique) "ne sert à rien" dit aussi Jacques Attali, son action "est dérisoire, inexistante," voire e//e fonctionne à rebours comme un centre d'apprentissage de la prolifération".
 
La chaîne de diffusion nucléaire
Dominique Lorentz, raconte, documents officiels méticuleusement cités à l'appui, comment la chaîne de dissémination s'est effectuée. Les Etats-unis l'ont donné directement à la Grande-Bretagne, puis ont facilité par le biais des chercheurs juifs qui avaient "inventé" la bombe, la transmission à Israël qui s'est chargé de la transmettre à la France. Les Israéliens connaissaient le secret de l'atome avant même la création de leur état, et l'indépendance de la France dans la découverte de la bombe est un mythe : c'est en jointure avec Israël et en utilisant d'abord le terrain d'expérimentation de l'Algérie, puis celui, de l'Afrique du sud raciste, que le secret fut transmis. De Gaulle "habilla" un projet qui le précédait, et fit mine, lié comme il l'était, de "sortir" de l'Otan, tout en restant dépendant (Framatome, St Gobain) des marchés et commandes des Etats-unis. Lui qui ne voulait pas que l'Allemagne détienne la bombe nucléaire fut ainsi obligé d'associer la RFA (Siemens) dans le projet sud-africain avant que la France ne devienne elle-même vendeuse des licences américaines de centrale nucléaire.
C'est là que les projets de revente s'étendent : vers l'Egypte en "équilibre" avec Israël et en échange... de la signature de l'accord de "paix" Sadate-Beghin. Vers l'Iran devenu sous le chah un enjeu stratégique considérable, du moins tant qu'il n'augmentait pas trop le prix du baril de pétrole. Vers l'Irak alors que ce pays servaient les intérêts occidentaux en menant une guerre de huit ans (1980-1988) contre l'Iran tombé entre temps entre les mains des ayatollahs. La France installe une centrale en Irak, Tamouz, où vont se former les techniciens égyptiens, et qu'Israël détruira puis les Français la reconstruiront.
 
On compte les bombes comme des moutons...
D'un autre côté les ventes, sous l'égide de l'Allemagne, se font vers l'Argentine et le Brésil. Le Canada se fait l'intermédiaire des Etats-unis pour aider l'Inde avant qu'Eurodif en 1982 et la France ne prennent le relais. L'URSS aide la Corée, la Chine avant 1960, puis Cuba, avant la crise des fusées de 1962, puis le Vietnam indépendant. Les Etats-unis aident la Turquie puis s'en retirent. C'est la Chine qui aide le Pakistan... et le Brésil qui exporte vers... la Libye. Les parcours sont sinueux, mais on compte bientôt les bombes confme on compte les moutons... La "concurrence" a bon dos : lorsque les Etats-unis feront mine de reprocher à la Belgique (liée à la France) de vouloir compléter les connaissances atomiques brésiliennes transmises à la Libye, Bruxelles répond : "Si nous nous dérobons d'autres signeront le contrat"... La Maison-Blanche, finalement, préféra que ce soient les Belges qui soient maîtres d'œuvre du programme libyen plutôt... que Moscou.
In fine, en fin des années 70, trois pays couvrent officiellement 85 % du marché de l'industrie nucléaire, les Etats-unis (40 %) et l'Allemagne et la France (45 %) mais ces deux derniers sont des "revendeurs" des produits made in Etats-unis. Gérald Ford, en juillet 1976, reconnaissait que "quarante pays construisaient 275 centrales nucléaires" et auraient la bombe... en 1985 mais se défendait du fait que les Etats-unis en soient responsables, alors qu'ils avaient tout autorisé et tout fait pour qu'il en soit ainsi. Les Etats-unis avaient livré, en plus des sous traitances, plus de la moitié de leurs centrales d'exportation à des pays qui n'avaient même pas adhéré au traité de non-prolifération (TNP). À Taiwan, sur des projets français, c'était les Canadiens qui oeuvraient, tandis que Kissinger passait accord avec Zhou Enlaï pour que les Français aident également la Chine en lui expliquant, ironiquement : "Comme souvent nous passerons par les français. Nous émettrons des protestations, mais n'en tenez, bien entendu aucun compte".
 
De cet "équilibre" économico-politique sortent les guerres
Cette économie de l'Apocalypse développée pendant cinquante ans, au gré des alliances et de leurs renversements, a pris un tour totalement nouveau après l'effondrement de l'ordre mondial bipolaire installé depuis Yalta.
Lorsque l'URSS s'effondre, ce n'est pas un véritable ennemi des USA, c'est un des deux piliers fondamentaux de l'ordre du monde qui s'effondre. Les dirigeants staliniens, depuis les années trente ne fonctionnaient que par relations négociées dans le dos des peuples, des mouvements sociaux, et contribuaient, en pratique, mieux que tous les autres à maintenir le statu quo mondial en relation avec les autres puissances. Car le pouvoir "soviétique" contribuait mieux que quiconque à maintenir un ordre partagé avec les Etats-unis : il influençait et captait toutes les oppositions anti-américaines, il cadrait et étouffait les velléités d'indépendance, de "troisième voie", il imposait "le grand jeu", un choix rigoureux : être dans un des deux camps ou ne pas être. Parfois les Etats-unis succédaient à l'URSS dans le développement et le contrôle des capacités nucléaires de tel ou tel état : la Chine ou l'Egypte, l'Iran ou l'Inde. En se faisant une "concurrence" de "terreur" bien comprise, les deux grands de l'atome avaient réussi à dominer la planète.
À compter de 1989-1991, après la chute du Mur de Berlin, et l'effondrement de l'URSS, ce n'est pas un "nouvel ordre" qui s'installe, mais les prémices d'un nouveau "désordre mondial". D'ailleurs, les Américains seront obligés à compter de cette date, de monter directement sur tous les fronts : Guerre du Golfe, Kosovo, Afghanistan... Ils devront s'impliquer dans les séismes régionaux qui surviennent et démultiplier leurs interventions pour contrôler les équilibres économiques mondiaux (pétrole, gaz, nucléaire).
Tout ce qui était figé dans ce cadre dual s'est désagrégé dès lors que, à eux seuls, les Etats-unis ne pouvaient maintenir cet ordre : ils ont certes continué, un temps, à faire jouer leurs "pions" régionaux, les uns contre les autres. Mais face à un seul maître, ceux-ci se sont émancipés, obligeant ce dernier à intervenir, révélant ses faiblesses, à découvert directement.
 
Au centre du monde, pétrole, gaz et nucléaire
En Iran, qui était au départ totalement contrôlé par les Etats-unis, ceux-ci avaient renversé Mossadegh en 1953 pour soutenir le chah, et lorsque ce dernier leur a désobéi, ils l'ont renversé en 1979 pour introniser Khomeyni, qu'ils croyaient "tenir" : mais avec ses mollahs, cette dernière créature, leur a échappé, première d'une longue série, bousculant l'ordre dans le Golfe et en Asie centrale.
Tandis que l'URSS, en 1979, envahissait l'Afghanistan pour contenir à son niveau, le fondamentalisme islamique, les Etats-unis poussaient, eux, Saddam Hussein à faire la guerre à l'Iran tout en encourageant tous les religieux extrémistes à résister à l'URSS. Au terme de ces deux guerres parallèles qui durèrent huit ans et firent plus de 3 millions de morts, Saddam Hussein demanda sa récompense et envahit le Koweït, les Etats-unis se retournèrent alors contre lui sans parvenir à l'abattre. Par un enchaînement prévisible, les effets de la guerre radicalisèrent de nouveaux ennemis au sein des pays du Golfe. Vainqueur en Afghanistan, avec d'autres opposants saoudiens, ben Laden demanda après 1991 l'évacuation des troupes US d'Arabie Saoudite, le Pakistan s'indigna des sanctions prises contre lui pour un armement nucléaire qu'on lui avait pourtant donné, les talibans, prirent le pouvoir en Afghanistan, encouragés avant d'être vilipendés, et ils accueillirent les réseaux arabes initialement formés par la CIA qui firent exploser des bombes à Nairobi, à Dar es-Salaam, au Yémen, puis à New York même.
Les Etats-unis qui avaient maintenu la dynastie saoudienne, et lui avait confié la mission de développer l'islam dans tous les pays arabes afin de contrecarrer la gauche, les syndicats, les laïcs démocrates, découvrirent sans rien pouvoir y faire, que le régime de Riyads'était fissuré et avait enfanté des opposants à l'Amérique. Ce sont des saoudiens qui ont fait les attentats du I I septembre aux World Trade Center.
Malgré leur entregent, les dirigeants américains successifs ne sont pas parvenus davantage à stabiliser le Proche-orient, ni à assurer l'environnement de leur meilleur allié qui est Israël. Cette impuissance maintenait allumée la mèche qui risquait à tout moment d'embraser toute cette partie du monde.
De l'autre côté du Golfe, les Etats-unis avaient tour à tour conforté le nucléaire de l'Inde et du Pakistan, mais ne parvenaient plus à empêcher leur confrontation pour le Cachemire ce qui amenait les deux pays au bord du gouffre à fanatiser leurs religieux, et leurs extrêmes droites nationalistes. Quand aux régions du sud de l'ex-URSS, elles sont elles-aussi menacées d'être entraînées dans la tourmente religieuse.
Tout cela constitue un déséquilibre fondamental dans une région entre la Russie, la Chine et l'Inde, alors qu'elle est devenue centrale dans les cinquante ans à venir pour son pétrole, son gaz... et sa prolifération nucléaire.
 
La mondialisation américaine porte la guerre en son sein comme la nuée porte l'orage
Le livre de Dominique Lorentz, fait de multiples révélations "anecdotiques" supplémentaires sur la façon dont la France, en 1985, fut impliquée par des attentats iraniens, le chantage à la récupération du milliard donné à Eurodif par le chah, les compromis effectués par Chirac sur les otages, Abdallah, et Wahid Gordji, les raisons et les auteurs de l'assassinat de Georges Besse et de René Audran, etc....
Le livre, préfacé par Alexandre Adler, contient des sources extrêmement fiables (toutes des déclarations officielles, généralement ignorées mais qui rappelées avec un éclairage d'ensemble, sont convaincantes).
Ce livre a surtout le mérite de faire découvrir par une lecture systématique du "monde nucléaire", l'aube réelle^,des risques du XXIe° siècle.
Les germes semés pour les guerres du siècle à venir sont toutes là, expliquées dans leurs origine. Les Etats-unis, pour leurs intérêts à courte vue, se sont ingéniés à couvrir le monde de... bombes à retardement. Ils courent maintenant après les conséquences... dans les montagnes peu hospitalières d'Afghanistan.
Tout dépend d'un sursaut des peuples pour le désarmement nucléaire généralisé.
Gérard Filoche
 
 

 
AMALGAMES INADMISSIBLES A PROPOS DU "TERRORISME"
Terrorisme et démocratie
 
En "une" du Monde, (4/10/01), la philosophe Monique Canto-Sperber dénonce "l'injustifiable terreur" de... Léon Trotski. Partout des lois d'exception sont prises à la va-vite pour "lutter contre le terrorisme". Et, en même temps, partout, la notion de "terrorisme" devient extensive. Ces deux phénomènes concomitants sont dangereux.
 
LE "TERRORISME" n'est pas défini. Bush dénonce "tous les terrorismes qui visent des innocents", il a raison... mais cela signifie-t-il qu'il peut y avoir des terrorismes qui ne tuent pas des innocents ? Le mot terrorisme est devenu un passe-partout, et tout le monde feint de l'assimiler au seul ben Laden, sans besoin d'autre précision puisque l'ennemi est bien désigné et qu'il est particulièrement haïssable. Pourtant le terrorisme de ben Laden n'est pas la seule violence qui ait été appelée"terrorisme" au monde et dans l'histoire.
 
L'ONU ne peut pas définir le terrorisme
Depuis le 11 septembre, le Conseil de sécurité de l'ONU, a donné les pleins pouvoirs aux Etats-unis, en "légitime défense", pour faire justice contre les assassins des Twin Towers. Mais il n'a pu se mettre d'accord, au-delà de la désignation des réseaux intégristes de ben Laden, et de ceux qui le soutiennent, sur la définition du mot "terrorisme". Évidemment, car le mot terrorisme a été utilisé à de multiples fins, très différentes dans l'histoire comme dans le monde d'aujourd'hui. Certains font même profession d'entretenir la confusion dans leur intérêt bien compris : c'est le cas lorsque Ariel Sharon dénonce agressivement Yasser Arafat comme étant "son ben Laden" ou lorsque Jean-Pierre Chevènement tombe dans le même genre de facilité lorsqu'il dénonce Jean-Guy Talamoni un "ben Laden corse, même si ce n'est pas à la même échelle". Ces genres d'amalgames, abondamment pratiqués depuis le I I septembre, sont des réductions de la pensée et servent toujours des causes troubles.
Le Monde diplomatique (nov. 2001 ) fait justement remarquer que de nombreux anciens terroristes sont devenus des hommes d'état respectés : "...pour ne pas parler de la Résistance française, Menahem Begin, ancien chef de flrgoun, devenu Premier ministre d'Israël, Abdelaziz Bouteflika, ancien du FLN, devenu président d'Algérie, ou Nelson Mandela, ancien chef de l'ANC, devenu président de l'Afrique du sud et Prix Nobel de la paix".
En fait, le "terrorisme" existe sur tous les continents et ne peut pas être assimilé de façon réductrice à celui de ben Laden. On peut, on doit caractériser Al Qaeda comme un "terrorisme" bien spécifique, absolu en ce qu'il vise le monde entier des "infidèles", en dehors des classes sociales, des nationalités : la destruction des Twin Towers, de ce point de vue, est un crime contre toute l'Humanité. Il s'agit d'infliger aux non-croyants la leçon qu'ils méritent par tous moyens, et c'est la mort mondialisée sans quartier. C'est la terreur, au sens strict, contre la totalité des peuples mécréants. Le but officiel n'est pas de conquérir un territoire ou un bien, de libérer une nation, mais de frapper les "âmes", en général, par la force. "Ce terrorisme'' est d'une caractéristique exceptionnelle parmi tous les terrorismes : proche des pratiques de l'Inquisition catholique, des Croisades fanatiques menées par l'Occident contre les musulmans, il repose sur une généralité théologique, une abstraction intégriste totalitaire qui menace des milliards d'humains indistinctement. En même temps, il est le produit d'une caste bourgeoise réactionnaire arabe, nourrie d'obscurantisme et de pétrodollars, son terreau a été développé comme un sous produit du désordre capitaliste libéral, et c'est ce qui fait qu'il est sorti de sa région, du nationalisme, de la religion, qu'il s'est mondialisé.
La chasse contre ben Laden n'est pas un mandat contre tous les terrorismes Les Etats-unis ont un mandat pour faire justice contre les meurtriers du 11septembre 2001 mais pas pour éradiquer "tous les terrorismes".
Car si tel était le cas, la planète serait à feu et à sang. Les USA pourraient intervenir par exemple, aux Philippines, au Sri lanka, en pays basque, en Colombie, en Algérie, en Palestine, en Israël, en Syrie, en Iran, en Irak, au Kurdistan, en Libye, au Yémen, au Soudan, en Indonésie, en Russie, en Chine, en Inde... et au Pakistan. Nul, raisonnablement, ne donnerait à Bush, une quelconque légitimité, au nom de son dieu, de son argent et de son nationalisme, pour réduire tous les terrorismes. Déjà, les Etats-unis se sont arrogé le droit d'intervenir un peu partout dans le monde depuis des décennies, et chacun le sait, ils ont eux-mêmes été aux côtés de certains terroristes, quand ils n'organisaient pas directement leur propre terreur étatique.
Ne doit-on pas rappeler qu'après s'être opposé au "terrorisme iranien", Donald Reagan et sa garde rapprochée, avaient monté une opération illégale, de toutes pièces, pour contourner les lois de son pays et aider, grâce à des armes iraniennes, le terrorisme des "contras" contre les sandinistes au pouvoir à Managua. Qu'étaient donc les "contras" sinon un terrorisme armé de l'extérieur,mercenaire, s'attaquant sans scrupule avec un budget et des moyens immenses, à un pouvoir démocratique ?
Henri Kissinger, l'homme clef, derrière Augusto Pinochet, pour l'assassinat de Salvador Allende, et le coup d'état du 11 septembre 1973, à Santiago du Chili, n'est-il pas un terroriste redoutable, lui qui a conseillé, armé, encadré l'armée chilienne pour renverser le régime, liquider des dizaines de milliers de syndicalistes, de militants de gauche, de démocrates ? Il n'a jamais été inquiété, et les Etats-unis ne reconnaissent pas au tribunal pénal international, comme il se devrait, le droit de le juger.
Ceux qui ont envahi St Domingue, poussé au coup d'état sanguinaire de Sukarno dans l'Indonésie de 1965, bombardé Hanoi et le Vietnam d'explosifs terrifiants, de napalm, de produit défoliant, de mines antipersonnelles, soutenu la dictature argentine de Videla, poussé l'Irak dans une guerre de huit ans contre l'Iran, encouragé les moudjahidine puis les talibans contre les russes, entre autres "grands jeux" planétaire pour assurer leur domination ne sont pas qualifiés pour prétendre lutter contre le terrorisme en général.
Les grandes puissances qui ont tous les moyens sophistiqués des armes atomiques, chimiques, bactériologiques, n'ont elles pas, depuis Hiroshima, fait régner un équilibre de la terreur ? ( Voire "Affaires atomiques" p. 10 et II). Les Etats unis n'ont-ils pas refusé de signer la convention contre les mines anti-personnelles, eux qui en ont répondu partout dans le monde, du Vietnam... en Afghanistan ? N'ont-ils pas freiné et limité le contenu et l'adoption des conventions internationales contre l'usage des armes bactériologiques et chimiques ?
 
La vieille histoire du terrorisme
La question du terrorisme n'est pas la même face à des régimes autoritaires et face à des démocraties. La violence aveugle, individuelle n'est pas la même non plus que la violence de masse appuyée par une majorité d'un peuple. La violence contre les civils n'est pas la même que contre les militaires. La violence étatique (Rainbow warrior) n'est pas la même que la violence d'une guérilla, la lutte armée de libération nationale ou sociale n'est pas forcément du terrorisme même si elle peut en prendre certaines formes.
Il est donc nécessaire de replacer la violence dans l'histoire, lorsqu'il s'agit de l'invasion des émigrés ou de la Terreur jacobine, de la violence fasciste nazie ou de celle de la Résistance, lorsqu'il s'agit de la violence de la Commune de Paris ou de celle des Versaillais, lorsqu'il s'agit de la violence des colonisés ou celle des colonisateurs.
En "une" du Monde, une philosophe du CNRS, Monique Canto-Spencer, s'en prend d'emblée, dés sa première phrase, au terrorisme de Léon Trotski et de tous les siens qui, selon elle, "subordonnent tous les moyens à la fin". Peu lui importe que Trotski ait écrit exactement le contraire, son article "philosophique", sans référence historique, sans contexte concret, sans même une citation de Léon Trotski, est un brûlot contre toutes les révoltes, toutes les insurrections, toutes les résistances armées, toutes les révolutions.
Bien sûr, le lynchage, l'assassinat aveugle, la prise d'otages de civils, d'enfants, d'humains non concernés par les raisons du conflit ou de la guerre, sont des crimes injustifiables. Des bombes dans le métro, dans un grand magasin, dans les Twin Towers, sont des actes qu'aucune cause ne justifie. Aucune, dons aucun cas. Des disséminations de bactéries ou la pulvérisation de virus mortels à l'aveuglette dans des endroits publics, des bombes antipersonnelles laissées au hasard des passages des populations, sont des moyens qui vont à l'encontre de toute fin, aussi grandiose se prétend-elle. Mais Léon Trotski a spécialement écrit : "Leur morale et la nôtre" en réponse à un autre philosophe américain, John Dewey, pour expliquer justement que les moyens doivent être proportionnés et subordonnés à la fin visée. Et ce n'était pas nouveau pour les bolcheviques, ni pour les socialistes en général, puisque depuis le début du siècle, ils s'étaient démarqués théoriquement et pratiquement du "terrorisme".
 
Le combat du peuple et non le combat d'exaltés
Monique Canto-Sperber a raison de dénoncer "les idéaux d'une prétendue libération quand ceux-ci ne sont que des mythes qui entretiennent, déplacent et réitèrent sans cesse la violence", et de refuser "de diluer dans le malheur social et politique, puis d'excuser pour cette raison, des actes de terreur sans discrimination ni but". On ne doit pas renoncer à qualifier les actes des opprimés pour ce qu'ils sont : par exemple, l'exécution des "otages" de la Commune de Paris ne se justifiait en rien et ne lui a rien apporté de bon, ni , crédit, ni défense, alors que les crimes de M. Thiers et des Versaillais sont pourtant sans commune mesure en ampleur, en férocité, en assassinats indifférenciés avec cette exécution.
Mais ceci dit, la terreur de masse la plus lourde de conséquences historiques contre les ouvriers a bien été exercée contre la Commune et non pas par elle. La fin du XIXe siècle a, sans doute, à cause de cela, été marquée par des représailles terroristes et des attentats suicidaires, déjà, contre les personnalités représentatives des pouvoirs honnis. Là, il ne s'agissait pas d'attentats aveugle mais cibles, contre les représentants de la "tyrannie". Ravachol en France, Netchaïev et tant d'autres dans l'empire tsariste.
Les sociaux-démocrates, dans toutes leurs composantes, y compris bolcheviques, s'y sont opposés. En affirmant que le choix historique se situerait entre socialisme et barbarie, Rosa Luxembourg voulait que le combat socialiste soit véritablement celui du peuple et non pas celui d'exaltés s'auto octroyant un mandat pour lutter à sa place, avec les méthodes substitutistes du terrorisme ou du putchisme minoritaire.
Le souvenir du frère aîné de Lénine, qui avait été exécuté par le tsar après un attentat manqué, avait conduit Trotski à réaffirmer l'opposition au terrorisme et aux actions minoritaires "exemplaires" : « Ce qui, au début, avait été un acte à demi instinctif de vengeance pour des compagnons de lutte lourdement frappés se transforma, par la force des choses, en un système de lutte politique se suffisant à lui-même. Ainsi, coupée du peuple et, en même temps, poussée par le cours des événements à l'avant-poste de l'histoire, l'intelligentsia s'efforçait de donner à sa faiblesse sociale l'adjuvant de la force explosive de la dynamite. », (p. 44). Trotski, au contraire de ce que lui prête Monique Cantor-Sperber, dénonçait le caractère substitutiste du recours à la violence minoritaire : « La pensée critique était allée se loger dans un engin explosif qui avait pour rôle de mettre à la disposition d'une poignée de socialistes les destinées du pays », (p. 45). «L'héroïsme, indubitablement, suscitait des imitateurs. Il ne manquait pas, certes, de jeunes hommes, de jeunes filles prêts à sauter avec leur bombe. Mais il ne se trouvait déjà plus personne pour les rassembler et les guider. Le parti s'effondrait. Par sa nature même, le terrorisme dépensait infiniment plus vite les forces toutes prêtes, qui lui était venues de la période du propagandisme qu'il ne parvenait à en former de nouvelles. », (p. 46).
 
Bourreaux et victimes, révolution et contre révolution
Par contre, lorsque le peuple s'engage majoritairement dans la voie de la révolution, le terrorisme est alors utilisé contre lui par l'état policier ou ses bandes parallèles. Alors que la révolution grondait dans l'Allemagne des années 20, ce ne sont pas les socialistes ni les communistes qui ont utilisé le terrorisme, mais les corps francs, les "noirs". La barbarie fasciste en Allemagne s'est distinguée par sa capacité à dépasser ce stade et à renverser la situation entraînant à son tour un mouvement de masse pour faire régner sa terreur. Cette barbarie-là est le plein développement du terrorisme, le fascisme, alors que le socialisme est le plein développement de la démocratie : entre les deux, il faut choisir.
Trotski, chef de l'Armée rouge s'est refusé à chasser Staline par un coup d'État militaire parce que : « le fait de renoncer à la lutte de masses réduisait les fins socialistes à une illusion subjective », (La jeunesse de Lénine Paris, éd. PUF, 1970, écrit en 1935, p. 45). De la même façon, les "Leçons d'octobre" devaient montrer aux amis des bolcheviques en Europe, qu'ils devaient s'appuyer sur une volonté populaire majoritaire. Ce n'était pas seulement 'Tort de l'insurrection" qui permettait de l'emporter ("Histoire de la révolution russe" L.T.) : encore fallait-il disposer de l'équivalent d'une majorité dans les "soviets" ou "conseils", d'une majorité dans les syndicats, dans la gauche, pour pouvoir à la fois résister aux corps francs, aux "blancs", aux fascistes, à la répression policière et, à la fois, conquérir le pouvoir et le garder.
Et les bolcheviques gagnèrent d'abord les élections en août septembre 1917 avant de prendre le pouvoir. La révolution d'Octobre ne fut pas un putsch mais un soulèvement majoritaire, et elle fut relativement pacifique : ce qui ne le fut pas, ce fut la contre-révolution, avec six corps d'armée étrangères (américains déjà, français, anglais, japonais, allemands, tchèques...) soutenant les "Blancs" qui initièrent une terreur digne des Versaillais. Koltchak et Dénikine figurent parmi les pires terroristes de l'époque. Les bolcheviques étaient sur la défensive et faillirent périr tout comme les communards parisiens, il s'en fallu de très peu que les Versaillais ne l'emportent là aussi. Trotski n'a jamais présenté comme des actes exemplaires, ce qu'ils ont été amenés à faire, alors qu'ils défendaient le nouveau et fragile pouvoir soviétique de cette barbarie déferlante en provenance du monde entier.
Monique Canto-Sperber ne dit pas quelle dictature l'aurait emporté si les Kornilov ou Koltchak étaient parvenu à renverser la révolution d'octobre avec les moyens qu'ils avaient mis en oeuvre pour parvenir à leurs fins.
Mais dans cette affreuse guerre civile, aucune des méthodes de combat utilisées n'était justifiée, même si "tuer un ennemi à la guerre, riposter à des tirs de mortier sur des civils ou exercer des représailles en légitime défense, ce n'est pas la même chose que tuer des familles en vacances ou des hommes et des femmes qui sont à leur travail".(Le Monde, M. C-S, p 19)
La situation de l'URSS des années 1918-21 à laquelle fait référence Léon Trotski n'a absolument rien à voir avec ben Laden, lequel rien à voir avec, par exemple, le terrorisme basque ou irlandais, ou corse. L'amalgame utilisé par Monique Canto-Sperber est un signe manifeste de malhonnêtetée dans sa "recherche philosophique.
Matti Altonen
 
 

 
LA LOGIQUE LIBERALE DE L'OMC COMBATTUE EN FRANCE, DANS L'UNION EUROPEENNE
ET DANS LE MONDE ENTIER
Le rapport d'Harlem Désir adopté au parlement européen
 
Nous avons publié, dans D&S n° 87-88 I Nous avons publié, dans D&S n° 87-88 (sept, oct.) le rapport "Ouverture et démocratie dans l'OMC" dans lequel Harlem Désir proposait au parlement européen de modifier le fonctionnement de l'OMC. Ce rapport a été adopté à une large majorité (434 pour, 10 contre, 2 abstentions), certes amendé, mais il continue à remettre en cause radicalement le fonctionnement et les missions actuelles de l'OMC telle qu'elle a travaillé à Doha, Qatar. Il appelle à une réforme profonde d'une organisation dont le fonctionnement opaque ne permet pas aux pauvres de se défendre. Il défend également une nouvelle hiérarchie des normes internationales en faveur du droit social (OIT) et de la sauvegarde des équilibres écologiques (Traité de Kyoto, confirmé au Maroc)... On comprend donc l'importance de ce vote au moment où l'OMC lance une nouvelle offensive de dérégulation en s'attaquant aux secteurs de l'éducation, de la santé ou des droits de propriété intellectuelle. Vous pouvez vous procurer "Les cahiers pour une autre Europe et une autre mondialisation" n° I, Nov. 2001, Harlem Désir, C/0 10 bis rue maximilien Robespierre, BP 85, 93622 Aulanay sous Bois, cedex tel 0158030100 email: harlem.desir@free.fr
 
CONTRE L'OMC, NOUS NE SOMMES PAS SEULS
 
Allemagne. 28 villes se mobilisaient, marchaient dans les rues. Entre autres : Aachen - Berlin - Bielefeld - Bremen - Cottbus - Dortmund - Frankfurt/Main - FrankfunVOder -Friedberg - Hamburg - Hannover - Kassel - Kbln - Leipzig - Marburg - Mùnchen (Munich) - Munster - Nûrnberg - Oldenburg - Rostock - Regensburg - Schwerin -Wiesbaden
Australie - Une cinquantaine d'organisations, de syndicats et d' association organisaient un forum, un concert et une manifestation à Sidney.
Autriche : Un événement organisé entre autres par ATTAC Autriche dura toute la journée. Bangladesh.
Bangladesh Mukto Sramik Fédération est à l'origine de l'organisation de trois manifestations à Chittagong, Khulna et Sylhet
Canada. Des actions ont été entreprises à Halifax, Québec, Ottawa,Toronto, Sudbury, Vancouver, Edmonton, Regina entre autres. Carnavals, manifestations, séminaires, forums organisés par des dizaines d'organisations et syndicats.
Corée. Débats, conférences et actions symboliques ont été organisés à Séoul.
Danemark. A Aalborg et à Copenhague des actions ont été entreprises par ATTAC Damnemark.
Espagne. Des actions ont été organisées dans plusieurs provinces, entre autres la Galice, la Catalogne, le Pays basque.
Etats Unis. Des rassemblements organisés par les syndicats AFL CIO, CWA et l'organisation Jobs with Justice se dérouleront à Washington. Une manifestation était prévue le lendemain. Des actions ont été aussi organisées avec la participation de plusieurs dizaines d'autres organisations à Boston, Chicago, Harrisburg, Madison, New York, Philadelphie et San Francisco.
Finlande. Helsinki Des manifestations faisaient suites à des rencontres débats, forums et autres événements.
Hollande. Conférences et débats organisés par différents groupes et organisations.
Hong Kong. La coalition contre la mondialisation de la pauvreté organise des (raclages, des actions dans les entreprises et une manifestation.
Inde. Manifestations à New Delhi organisées par "La campagne des peuples indiens contre l'OMC". Dans d'autres états en particulier Mandleshwar, Madhya Pradesh des actions étaient aussi entreprises.
Italie. Rome manifestation monstre: 30 000 personnes. La manifestation aboutit sur la place de la Bouche de la vérité. Concert, conférence. D'autres actions étaient prévues dans d'autres villes, en particulier Naples et Bologne, Milan.
Japon. Des actions seront entreprises dans les rue de Tokyo.
Liban. A Beyrouth un contre-sommet international a réuni plusieurs centaines de délégués du Moyen orient et du reste du monde.
Malaisie. Des actions de sensibilisation seront organisées dans plusieurs centaines de lieux de travail à l'initiative du Congrès syndical malais.
Maurice (Ile). Une marche a eu lieu à Port Louis.
Nigeria. Des rassemblements sont organisés dans tout le pays à l'initiative du Nigérian Labour Congress.
Nouvelle Zélande. « No to thé WTO - Oppose Corporate Globalization ». Des manifestations étaient organisées à Auckland, Christchurch et Wellington.
Norvège. Des manifestations sont organisées à Oslo et dans d'autres villes du pays.
Les Philippines. Une caravane a parcouru le pays. Des rassemblements sont prévus.
Portugal. Des actions, rassemblements et manifestations sont prévus dans le pays.
Quatar. Conférences de presse. Le Rainbow Warrior de Greenpeace est aussi à Doha. Une émission quotidienne était émise sur Internet (en anglais) ainsi que José Bové
Royaume Uni. Un défilé carnavalesque s'est déroulé le 3 novembre à Londres.
Russie. La conférence sur la mondialisation et la campagne contre la mondialisation libérale organisaient des actions dans plusieurs villes.
Suède. Gotheborg, Uppsala, Malmo et Umea se mobilisent.
Suisse. Manifestation nationale à Genève à l'appel de plusieurs dizaines d'organisations, de syndicats et d'associations.
Thaïlande. Une manifestations s'est déroulée à Bangkok toute la journée.
Turquie. Une caravane est partie d'Istanbul le 4 novembre qui a voyage dans tout le pays. Une marche convergeait de plusieurs villes vers Ankara pour unemanifestation.
 
10 000 Manifestants le 10 novembre 2001 à Paris
LE MONDE N'EST PAS UNE MARCHANDISE !
Face aux prétentions de l'Organisation mondiale du commerce
 
Le 10 novembre a été une journée de mobilisation dans toute la France et en Europe. En France, plus de 60 mobilisations ont eu lieu, en Europe près de 120.
 
Le rendez-vous à Paris était à!4h à la Bourse, pour se diriger vers Bastille. Une banderole unitaire ouvrait la marche : "Le monde n'est pas une marchandise". Dans le carré de tête, les re-présentant-e-s des associations, syndicats et partis politique. On y a vu notamment Bernard Cassen et de nombreux dirigeants d'ATTAC, Noël Mamére, Robert Hue, Pierre Khalfa, Christophe Aguitton, Yacer Fichtali, Gérard Aschieri, Bernard Langlois, Harlem Désir, Gérard Filoche. Les associations précédaient les syndicats puis les partis politiques, il y avait environ 8 000 personnes, et le cortège était dynamique.
En France, des manifestations se sont déroulées à Reims, Manosque, Gap, Valence, Carcas-sonne , Montpellier , Marseille , Lannion , Bordeaux , Rennes, Grenoble, Cahors, Locarn, Lille, Bayonne, Pau, Colmar, Lyon, Chalon-sur-Saône , Chambéry, Rouen , Albi, Poitiers, Nantes, Toulouse, La Rochelle, Saintes, Royan, Rochefort. Rassemblements à Montluçon , Nice, Foix, Angoulême, Périgueux, Bergerac, Nyons, Brest, Nimes, Laval, Nancy , Metz, Dunkerque , Strasbourg , Annecy , Limoges, Guadeloupe, Villeneuve -sur-Lot, Brest, Epinal.
 
Le texte de l'appel unitaire
 
Depuis sa création par nos gouvernements en 1995, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) impose un processus de libéralisation généralisée, qui concerne non seulement le commerce international, mais aussi tous les secteurs de la vie économique et sociale : environnement, santé, services publics, alimentation, propriété du vivant. Elle continue en outre à opérer de façon opaque, à la fois vis-à-vis des citoyens et des pays du Sud. Son bras judiciaire, l'Organe de règlement des différends (ORD), légifère dans de nombreux domaines non-commerciaux, en se donnant ses propres règles hors de tout contrôle démocratique. Elle a toujours refusé de prendre en considération la dimension sociale des échanges, qu'il s'agisse de l'emploi et des droits sociaux fondamentaux. Elle ne se soucie pas davantage de la protection de l'environnement et des milieux naturels ni des normes de santé publique.
La Conférence ministérielle de l'OMC, au Qatar du 9 au 13 novembre constituait donc un enjeu majeur pour les peuples, les citoyen(e)s, les salarié(e)s, pour l'avenir même de notre planète. Lors de la précédente réunion de l'OMC à Seattle en novembre 1999, les divergences entre les Etats membres, couplées aux mobilisations citoyennes, avaient empêché l'ouverture d'un nouveau cycle de libéralisation du commerce mondial.
Malgré cet échec, l'OMC persiste et signe. L'Accord général sur le commerce des services (AGCS) menace l'existence même des services publics, en particulier l'éducation et la santé. L'Accord sur l'agriculture promeut un modèle d'agriculture productiviste et industriel qui a pour conséquence la standardisation de l'alimentation, l'insécurité, la non souveraineté alimentaire et la disparition des petites et moyennes exploitations au Nord comme au Sud L'Accord sur les droits de propriété in tellectuelle liés au commerce (ADPIC) transforme les processus biologiques naturels en marchandises en permettan leur accaparement par les multinationales. Le sommet du Qatar vise à accélérer ces processus et à les rendre irré versibles.(...)
À cette logique, nous opposons une autre conception des échanges internationaux, basée sur la solidarité, la coopération, un commerce équitable.
- le refus aujourd'hui d'un nouveau cyck de libéralisation et de toute extensior des pouvoirs et domaines de compé tence de l'OMC,
- une évaluation, avec la pleine partici pation des associations citoyennes, di bilan de l'OMC.
- sa subordination aux chartes internationales comme la Déclaration univer selle des droits de l'homme, et aux conventions internationales relative: aux droits économiques, sociaux et culturels et aux normes sanitaires et environnementales,
- le maintien et le développement de: services publics dans les secteurs essen tiels que sont l'eau, la santé, l'éducation la culture, l'environnement, l'audiovisuel, les services de communication, le; transports, le logement, l'énergie...
- le respect du principe de précautior en matière d'écologie, de santé publique et d'alimentation, notamment en matière de production et distribution de: OGM,
- l'interdiction des brevets sur le vivant plantes, animaux, micro-organismes et gènes,
- la proclamation comme bien commur de l'humanité de l'eau, de l'air et du patrimoine génétique.
L'Appel était soutenu par :
Les Alternatifs, Alternative libertaire Gauche Socialiste, LCR, MDC, Mouvement des jeunes Socialistes des Hauts-de-Seine Mouvement des jeunes communistes français, PCF, Les Verts...
 
 

 
LES ÉLECTIONS DU 4 NOVEMBRE AU NICARAGUA
Les sandinistes échouent encore
 
Le Parti Libéral Constitutionaliste (PLC) et son candidat Enrique Bolanos ont remporté les élections législatives et présidentielles nicaraguayennes. Selon des résultats encore partiels, Bolanos obtiendrait près de 55% des voix, contre 44% pour Daniel Ortega, candidat du Front Sandiniste de Libération National (FSLN). C'est donc le troisième échec électoral de Daniel Ortega, après 1990 et 1996.
 
MALGRÉ DIFFÉRENTES mesures d'allégement de la dette extérieur, le Nicaragua est un des pays les plus endettés du monde par tête d'habitant (1.400 USD/hab., soit près de trois fois le PIB/hab.), et présente un déficit structurel de sa balance commerciale d'un milliard deux cent millions de dollars (1,8 milliards d'importations pour 0,6 milliards d'exportations), seulement couvert par moitié par les envois de fonds des émigrés résidant pour la plupart aux Etats-Unis, mais également au Costa Rica. C'est dire comme le pays est dépendant de l'aide internationale et des politiques dictées par la Banque mondiale et le FMI. Dans ce contexte, les budgets sociaux (éducation, santé) ont été laminés depuis la fin de la période sandiniste (années 80), compromettant le développement futur du pays.
Au cours des dernières années, la population n'a connu aucune amélioration sensible de ses conditions de vie et 72% de là population vit au dessous du niveau de pauvreté. La majorité des paysans n'a pas accès au crédit agricole et une bonne partie des anciens bénéficiaires de la réforme agraire vendent leurs terres aux anciens et nouveaux producteurs latifundistes, faute d'avoir pu consolider leur situation économique (la contre-réforme agraire a déjà touché plus de la moitié des terres réformées). Les facteurs conjoncturels comme l'ouragan Mitch, la sécheresse ou l'effondrement des prix mondiaux du principal café, principal produit d'exportation, ont bien entendu aggravé la situation très vulnérable de la population rurale. En ville, la faiblesse du maillage industriel, encore accrue avec la libéralisation de l'économie et l'importation de nombreux biens de consommation étrangers, contribue au sous-emploi de la population. Les efforts de nombreuses ONG présentes dans le pays ne peuvent substituer l'absence d'un Etat efficace doté d'une réelle stratégie de développement économique, de moyens financiers et d'un minimum de transparence dans son fonctionnement.
La politique économique a favorisé la création de conditions favorables aux investissements étrangers dans des zones franches qui emploient des milliers de personnes, le Nicaragua recevant ainsi les "bénéfices" de son principal "avantage comparatif, celui de disposer d'une main d'oeuvre bon marché. Bien entendu, l'effet d'entraînement sur le reste de l'économie de ce genre d'investissement est pratiquement nul. Les quelques marges de manoeuvre qu'aurait pu mettre à profit le pays -en particulier grâce à l'aide internationale- n'ont pas été mises à profit, alors que la corruption et l'enrichissement personnel et de l'entourage du Président Arnoldo Alemân deviennent de chaque jour plus voyants.
 
Comment expliquer le nouvel échec du FSLN ?
Les résultats du 4 juin reflètent en partie l'existence d'un "vote de la peur". Celui-ci a été favorisé par la violence du discours de la droite, surtout après le 11 septembre ("Daniel Ortega, l'ami des terroristes") et l'ingérence des Etats-Unis dans la campagne électorale, avec comme message implicite destiné à la population "les sandinistes sont nos ennemis, et vous savez ce que c'est que de nous avoir pour ennemis..." Dans un pays qui a été traumatisé et ruiné par huit ans de guerre financée par ces mêmes Etats-Unis, ce genre d'ingérence ne peut que peser dans la balance électorale. Il aurait été heureux d'entendre la délégation d'observateurs de l'Union Européenne présente au Nicaragua se prononcer sur l'attitude américaine...
Cependant, l'échec du FSLN résulte également de son incapacité à se démocratiser, à permettre et encourager le débat interne et à remplir un véritable rôle de parti d'opposition hors période électorale. Le parti est contrôlé par des secteurs issus de l'ancienne direction des années 80, convertis en nouvelle oligarchie économique grâce à la répartition en catimini de biens de l'Etat au lendemain de la défaite électorale de 1990 (la "pinata") et à la politique de privatisations du début de la décennie passée.
Par le biais du fameux "pacte" PLC-FSLN, ces secteurs ont négocié avec le président Alemân un certain nombre d'avantages économiques, une répartition du pouvoir politique et judiciaire à de multiples niveaux, ainsi qu'une nouvelle loi électorale interdisant pratiquement la participation de toute nouvelle force politique, en échange d'une relative paix sociale. Bien entendu, la viabilité de ce pacte impliquait la marginalisation de toute opposition interne au Front sandiniste.
Le FSLN comptait sur le phénomène de rejet envers le Président Alemân et sur une éventuelle division de la droite pour l'emporter, puisqu'il suffit d'une majorité simple pour être élu à la présidence de la République. Le FSLN pensait donc faire l'économie d'un travail de longue haleine d'opposition et d'élaboration d'une alternative, basé sur de nouvelles pratiques politiques et sur une union avec d'autres forces qui aille au-delà de la campagne électorale.
Cependant, le candidat Bolanos a habilement su se démarquer du président sortant, alors qu'il était lui-même son vice-prédident, et la division de la droite n'a pas eu lieu. En effet, les tentatives de créer une "troisième voie" autour du parti conservateur ont échoué, à la suite en particulier des pressions de l'Ambassade américaine. La création tardive, autour du Front Sandiniste, de "La convergencia", alliance pré-électorale relativement large (avec y compris des personnalités et secteurs de l'opposition antisandiniste des années 80) n'a pas non plus permis de modifier l'équilibre politique existant depuis près de douze ans entre antisandinistes (55/60% des voix) et sandinistes (40/45%).
Malgré tout, le Front sandiniste reste le grand parti de la gauche nicaraguayenne dans lequel se sont encore une fois reconnus plusieurs centaines de milliers d'électeurs. C'est à eux qu'incombera de tirer les leçons de ce nouvel échec électoral, de lutter pour la mutation de leur parti et, avec d'autres forces issues ou non du sandinisme, de construire des alternatives pour le pays.
LAURENT LEVARD
 
CONTRE LA MARCHANDISATION DE L'ÉDUCATION
 
Jean-Luc Melenchon s'est rendu, au nom du gouvernement français à Porto Alegre, au forum mondial de l'éducation. Le 24 octobre 2001 à 20, 15 000 personnes se retrouvaient au stade couvert, le Gignatinho. Pendant trois jours, l'essentiel de cette foule vient des quartiers populaires de Porto Alegre et des environs et elle s'est passionnée, trois jours durant, à des dizaines de débats rythmant le Forum. Les organisateurs du Forum ont demandé à Jean-Luc Melenchon de conclure les quatre jours de travaux avec Tarso Genro, le maire de Porto Alegre.
 
La République sociale, club de la Gauche socialiste, a tenu un stand et diffusé des documents élaborés spécialement pour ces débats. Il s'agissait de lutter contre la marchandisation de l'éducation qui se met en place à travers diverses mesures concrètes dont les plus poussées ont lieu au Royaume-uni, en Australie, et aux Etats-unis.
Aux USA, l'état de Floride donne des Bourses aux élèves quittant de "mauvaises écoles publiques" pour le privé. Au Maryland, des écoles publiques ont été vendues à la "Edison Scholl incorporated", qui en possède déjà 79 dans 16 états avec 38 000 élèves... Le Ministre de l'éducation veut vendre les collèges en état d'échec des centres villes. En Californie, le district scolaire a passé un contrat de monopole avec Pepsi-Cola.
En Australie, la vente des écoles est devenu la première ressource des rentrées de l'état qui a passé son budget des universités de 90 à 60 %.
En France même, le service public est invité à intégrer la logique marchande : les établissements seraient poussés à adopter le fonctionnement d'une entreprise, placés en situation de concurrence, et contraints à chercher toujours plus de ressources propres auprès d'opérateurs privés.
Les droits d'inscription sont en hausse.dans chaque pays, les organisations patronales réclament la possibilité de fabriquer leurs propres certificats de compétence au même titre que les diplômes nationaux... C'est la porte ouverte à la marchandisation des certifications professionnelles...
L'OCDE (Adult learning and Technology in OECD couintry, 1996) explique déjà que "l'école doit se contenter d'assurer l'accès à l'apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l'exclusion s'accentuera à mesure que d'autres vont continuer de progresser".
L'école privée de qualité aux riches, l'école publique restante aux pauvres...
Sur le site de la Gauche socialiste vous trouverez le récit détaillé des quatre journées du Forum, la contribution de la République sociale, et le texte du discours de Jean-Luc Melenchon.
 
 

 
BATTRE LA DROITE ET LE MEDEF
Projet 2002 en débat
 
Lors du CN des 17 novembre, le Parti socialiste fera des choix presque décisifs pour son programme lors des élections présidentielle et législative du printemps 2002. Il traitera des projets sociaux : durée du travail, salaire, retraites, droits syndicaux, politique familiale, logement, sécurité, et aussi des services publics, de la réforme de l'état, du développement durable. (Lire l'Hebdo des socialistes n°206, du 27 octobre, ou le texte est intégralement publié). Croissance et réforme fiscale seront discutées en janvier. Tout se conclura par une grande convention nationale fin janvier 2001.
La Gauche socialiste a déjà déposé des propositions sur ces différentes questions lors des Conseils nationaux de juin et d'octobre 2001. Elle a déposé une contribution (publiée sous une forme réduite dans L'Hebdo des socialistes n 208, du 10 novembre 2001 pour le Conseil du 17 novembre).
Elle critique implicitement les propositions sociales trop modérées et les ambiguïtés du texte sur les retraites, l'absence de réforme fiscale, et propose en positif un programme pour gagner. D&S a déjà publié le calendrier des débats dans le n° 85 de mai 2001, D&S n° 87-88 (sept, octobre) a publié des extraits de nos thèses adoptées à l'université de Nantes (et elles contiennent les éléments de nos propositions). Enfin, A gauche a suivi les dossiers "Mondialisation" (texte présenté par Harlem Désir, en accord avec la motion 3, A Gauche n°835 du 10 octobre) "Education" (A Gauche n° 837 et 838) et "Sécurité" (A Gauche n° 839).
Vous pouvez donc suivre, soit dans le mensuel, soit dans l'hebdo de la Gauche socialiste, ses propositions (par ailleurs, elles sont sur notre site Internet) et nous les résumerons dans un document d'ensemble pour le débat récapitulatif de fin janvier. Voici, ci-après, une analyse du passage "retraites" du projet 2002 présenté par la commission "projet" du Parti socialiste et quelques éléments d'alternative. Et voici aussi un premier compte-rendu des propositions de Julien Dray sur la sécurité adoptées par le Parti socialiste (colloque d'Evry du 27 octobre) par ailleurs vous trouverez dans ce livre, les arguments actualisés contre la campagne du Medef. En intervenant politiquement dans l'avant-campagne électorale, le Medef nous montre ce à quoi il faudra répondre, ce qu'il faudra combattre pour gagner en 2002 : le projet socialiste ne peut éviter d'en tenir compte.
 
Coup d'envoi de l'action unitaire par les tous les syndicats à Clermont-Ferrand
CGT - CFDT - FO - UNSA - FSU -GIO-UNEF
appellent à manifester contre MM. Seilliére et Kessler
 
Le Medef n'a sans doute pas choisi la bonne ville, ni la bonne région pour commencer sa tournée en france : à Clermont-Ferrand, l'unité syndicale contre les provocations patronales est une bonne habitude. Sept syndicats ont donc lancé dés le 8 novembre, un appel dont voici le texte :
 
A l'occasion des futures élections politiques, le Medef se veut porteur d'un projet de société ultra-libéral et se déclare le parti de l'entreprise. Dans ce cadre, il organise 8 forums dans toute la France sur le thème « en avant l'entreprise, en avant la France ».
Clermont-Ferrand est l'une des premières étapes, Denis Kessler y sera présent le 13 novembre.
Le Medef veut-il devenir un parti politique ?
Pour nous, organisations syndicales, l'intérêt des actionnaires n'est pas l'intérêt de la population.
L'intérêt des citoyens en France, c'est le plein emploi, c'est un pouvoir d'achat en progression pour les salariés, les retraités et les exclus. L'intérêt des citoyens, ce n'est pas la déréglementation ni la précarité. L'intérêt des citoyens, c'est la défense du service public.
Les organisations syndicales : CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, Union Solidaires G10, UNEF appellent l'ensemble des salariés et citoyens à manifester leur opposition à ces projets néfastes en participant à un rassemblement de protestation le :
Mardi 13 Novembre à partir de 17 H devant l'IFMA ( la grosse boule de verre ) Campus des Cézeaux à Aubière.
 
Par ailleurs, les signataires de ce communiqué invitent à la conférence de presse qu'ils organisent, le vendredi 9 novembre à 14 Heures, à la Maison du Peuple, place de la Liberté Clermont-Ferrand, (rez de chaussée) Voilà une démarche et un "appel" qui devrait être repris partout pour faire des contre états généraux, des contre manifestations face à la tournée du meetings du Medef où MM. Seilliére et Kessler prennent la parole.
 
 

 
COMME SI IL N'Y AVAIT PAS ASSEZ DE PLANS SOCIAUX
56 patrons rêvent de licencier encore plus facilement
 
Ils sont 56 grands patrons de l'AFEP (association française des entreprises privées) à avoir publié dans "Les Echos" du 24 octobre, un "appel" pour faire pression sur le gouvernement et les députés afin qu'ils "renoncent à durcir le droit du licencieme