Démocratie & Socialisme
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Après une expérience riche et douleureuse, repartir d’un bon pied

Ne pas confondre l’état d’esprit de couches militantes, aussi larges et importantes soit-elles, et l’état d’esprit des "masses" plus larges encore du peuple de gauche, du salariat

dimanche 18 mars 2007 par Vincent Presumey

 

Les deux derniers mois de l’année 2006 auront été vécus douloureusement par des couches assez importantes de militants. L’investiture de Ségolène Royal par le Ps, malgré tout ce qui avait pu être constaté et dit sur son orientation droitière, se voulant au dessus des classes et des partis, aggravée encore par le fait que Dsk est arrivé en deuxième place, fut un premier coup.

Elle fut suivie de manière prévisible par le conflit entre le Pcf et les collectifs antilibéraux issus de la campagne du Non de gauche au référendum de 2005 et l’absence, de ce côté-là, de candidature unitaire.

A ce sujet il faut noter comme un fait politique important la "rumeur" qui se produisit alors à propos d’une candidature de J.L. Mélenchon. Sans possibilité réelle de se concrétiser, elle attestait cependant d’une réalité politique : une candidature socialiste authentique aurait eu, dans ces présidentielles, aprés la victoire du Non et le mouvement contre le Cpe, la capacité de gagner - au premier et au second tour. L’intéressé se trouvait au centre de cette "rumeur" un peu par défaut, car sa propre orientation combinant participation à la synthèse du congrés du Mans dans le Ps, et alliance avec le Pcf à l’extérieur du Ps, ne le plaçait pas dans la capacité réelle de jouer un tel rôle, mais ceci interpelle en fait tous les courants de la gauche du Ps, à commencer par Fm-D&s, sur notre bilan des deux dernières années.

L’ironie envers ceux qui, après avoir dit pis que pendre de Ségolène Royal, se retrouvent au final en position de voter pour elle et cela dés le premier tour, n’est pas de mise, car ils représentent un espoir déçu qui a été largement ressenti et partagé dans de nombreuses couches militantes, et qui reste porteur d’avenir - un désir d’avenir tout ce qu’il y a de plus authentique, en fait !

Battre la droite, sans illusions

Cependant, il ne faut pas confondre l’état-d’esprit de couches militantes aussi larges et importantes soit-elles, et l’état-d’esprit des "masses" plus larges encore du peuple de gauche, du salariat, de la classe ouvrière, de la jeunesse, dans ce pays. Celles-ci n’ont pas à la bouche le goût de la défaite qui a plus ou moins troublé nos milieux militants ces dernières semaines. Elles veulent battre la droite, chasser Chirac et barrer la route à Sarkozy. D’autre part elles ne sont absolument pas séduites par la rhétorique et l’imagerie de la campagne officielle de Ségolène Royal, et à cet égard le mouvement d’opinion que l’on connaît dans le Parti socialiste n’existe pas dans la population. Mais elles se dirigent avec une relative sérénité vers le fait de voter pour elle contre la droite. Cela sans illusions : la différence entre cette candidature soutenue par le Ps et les campagnes précédentes est intégrée dans la manière dont beaucoup de travailleurs la saisissent, en ne se disposant pas pour faire pression sur elle, en améliorer le contenu, mais simplement l’utiliser contre Sarkozy, Le Pen et Bayrou et en même temps la combattre d’ores et déjà sur ses intentions politiques, économiques et sociales.

C’est dans le cas des profs du second degré (lycées et collèges) que cet état-d’esprit est le plus évident. En effet, ils sont confrontés à une attaque frontale contre leurs statuts de la part du ministre De Robien, qui fait suite aux déclarations, trés vivement ressenties et commentées dans ce milieu, de S. Royal sur la carte scolaire et les "35 h pour les profs". L’unité syndicale ayant été réalisée, la grève du 18 décembre a été une réussite, et la manifestation de la Fsu du 20 janvier s’annonce, pour le moins, significative. (cf. p.14) Le sentiment justifié est donc qu’il faut se mobiliser sans attendre, battre la droite aux présidentielles - et aux législatives, ne les oublions pas - et s’opposer d’ores et déjà, sur le terrain, aux orientations que S. Royal a annoncées (et qui sont en fait similaires à ce que fait De Robien). Sous d’autres formes, de telles dispositions se retrouvent dans d’autres secteurs.

Ainsi le jeudi 11 janvier, les salariés de l’usine General Motors de Strasbourg se sont mis en grève illimitée, spontanément, les trois sections syndicales suivant le mouvement, en rejetant la proposition patronale de lier les hausses de salaires (faibles) à l’annualisation des jours de Rtt et en lui opposant la revendication d’une hausse de 100 euros nets pour tous. Le débrayage est parti des ateliers et s’est transformé en vote pour la grève illimitée dans l’aprés-midi. Nombreux sont les mouvements pour les salaires : il est clair que la perspective proche des échéances électorales n’est pas perçue comme devant justifier une attitude attentiste. En matière de revendications salariales, ceci prend la forme d’un espoir ; mais devant les plans de licenciements, c’est au contraire le désespoir, conjugué au sentiment que le résultat de ces échéances ne comporte pas de solution. L’irruption de la question du logement, comme question urgente ne souffrant pas d’attente, est un autre signal important.

Et la gauche socialiste ?

Dans ces conditions que doivent faire des militants socialistes de gauche (c’est-à-dire socialiste, réellement socialistes, tout court ! ) ?

Tout en prenant en compte les débats qui traversent ces couches politisées et militantes dont nous sommes, il est clair qu’il faut partir du mouvement réel de la classe salariale comme telle, dans son ensemble. La volonté de rupture avec les racines du socialisme, que nous avons diagnostiquée et dénoncée dans les orientations de Ségolène Royal, est un danger intact qu’il ne faut surtout pas sous-estimer.

Mais le sort du Parti socialiste n’est pas tranché automatiquement par le vote très droitier de ses adhérents anciens et récents du 16 novembre dernier. Il ne l’est pas parce que ces choses-là se règlent non dans les couloirs de Solférino, mais sur l’arène des rapports de force sociaux, et que là le vote Ps, aux présidentielles et aux législatives qui les suivent, est saisi, sans illusions en ce qui concerne les présidentielles, comme le moyen de battre la droite.

Mais cela ne nous oblige nullement à "faire campagne" pour ses positions politiques. Ce mouvement est engagé, il ne changerait que si des faits nouveaux intervenaient d’ici avril (ce qui n’est pas à exclure totalement), cela indépendamment de notre volonté.

Il n’y a donc pas de raison, ni pour s’aligner et s’intégrer à cette campagne officielle et minimiser le fossé qui la sépare du socialisme, d’une part, ni de quitter ou de se positionner de fait en dehors du Ps d’autre part.

Pour un gouvernement qui représente réellement la majorité sociale de gauche de ce pays

Notre tache principale me semble t’il est de donner une perspective, un vrai "désir d’avenir", mais oui : battre la droite aux présidentielles, imposer une majorité de gauche à l’Assemblée nationale qui légifère immédiatement pour abroger les lois de la droite (les diverses lois Fillon et Sarkozy, la décentralisation, un collectif budgétaire ...) et prendre des mesures d’urgence (par exemple sur le logement : la réquisition de logements vides et le blocage des loyers) et pour un gouvernement qui représente réellement la majorité sociale de gauche de ce pays. Ne nous y trompons pas : ce désir et cette perspective d’avenir pour l’immédiat s’opposent en réalité frontalement au projet politique de restauration de la V° République par la "démocratie participative" qui sous-tend la promotion de S. Royal. Le combat réel contre ce projet ne peut donc pas exclure le vote en sa faveur et la volonté de l’élire contre Sarkozy, mais il peut et doit regrouper des militants ayant diverses intentions de vote au premier tour, à gauche.

Pour ce faire, le courant Fm-D&S a deux atouts. Il est issu de la convergence de forces socialistes qui ont assuré la victoire du Non au référendum de 2005, et il connait depuis deux mois un débat sans doute douloureux, mais riche d’une diversité qui peut se faire rassembleuse.

Vincent Présumey

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