Démocratie & Socialisme
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Éditorial de D&S no 144, avril 2007

Il n’y aura pas de session de rattrapage après les 22 avril et 6 mai !

samedi 14 avril 2007 par Gérard Filoche

 
Il y a deux classes sociales fondamentales. Il y a deux camps sociaux aux intérêts opposés. L’un est celui des actionnaires, des rentiers, du Medef, de la droite, de ceux qui possèdent près de 50% du patrimoine. L’autre est celui du salariat, de 9 actifs sur 10 qui produisent les richesses de ce pays et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent.

Le premier camp, celui des possédants et de la droite, dispose de trois candidats majeurs et dangereux : Le Pen, Sarkozy, Bayrou. Il n’y a pas de centre. Bayrou n’est qu’un supplétif que les médias de Bouygues-Dassault-Lagardère-Rotschild ont essayé de pousser, un moment, pour embrouiller les lignes de force, tenter d’empêcher cet affrontement clair entre les deux camps. En fait, plus de 80% des médias, du Medef, des puissants sont unis derrière Nicolas Sarkozy.

Le deuxième camp, le nôtre, dispose de sept candidats : Olivier Besancenot, José Bové, Marie-Georges Buffet, Arlette Laguillier, Ségolène Royal, Gérard Schivardi, Dominique Voynet. Il n’y a pas pu y avoir d’unité et c’est terriblement dommage. Les responsabilités en sont largement partagées.

Alors que la gauche est majoritaire sociologiquement dans ce pays, alors que depuis quatre ans, toutes les mobilisations (2003, 2006) et toutes les élections (2004, 2005) ont poussé fortement à gauche, les sondages actuels hésitent encore et indiquent que la gauche pourrait avoir un retard dans les intentions de vote en sa faveur. Faute d’avoir tiré toutes les leçons du précédent, il y a le risque que se reproduise un nouveau 21 avril 2002.

C’est pourquoi la situation, l’enjeu du scrutin ne sont pas « ordinaires » mais « extraordinaires », et il faut faire des choix exceptionnels, trancher avec vigueur.

Nous respectons chacun des sept candidats de gauche, chacun incarne une partie de notre camp, de notre classe sociale, le salariat. Nous ne voulons écraser personne, ne mépriser ni sous-estimer personne. Toutes les voix de l’éventail de la gauche sont respectables. En 2002, il y a eu beaucoup de socialistes et sympathisants qui ont voté pour l’extrême gauche, pour « donner un signe » aux dirigeants socialistes qui ne les écoutaient pas assez. Cette fois, en 2007, il y a beaucoup d’électeurs d’extrême gauche qui vont voter « socialiste » dés le premier tour pour ne pas courir le risque d’être battu avant le 2e tour. Ils auront raison : cette élection-là, en 2007, ne souffre pas la nuance, elle est binaire.

Une seule candidate de gauche, tout le monde le sait à cette heure, est en position de gagner face au candidat des puissants. Il n’y aura pas de session de rattrapage. Il faut donc écarter Le Pen et Bayrou, à coup sûr, et placer le mieux possible dés le premier tour la candidate qui est en position de gagner au deuxième. Pas d’erreur : 5 minutes d’orgueil, 5 ans de malheur.

Pour exister, pour résister, pour s’unifier, pour se refonder, il faut d’abord que la gauche gagne. Aprés, il y aura une dynamique qui a manqué avant : mais pas en cas de défaite. Cela ne voudra pas dire que les scores des six autres candidats seront diminués dans la réalité : tous ensemble, nous devons et devrons le reconnaître, ils valent de 15 à 17% sans doute, et il y a aussi une gauche socialiste. Les sociaux-libéraux ne sont pas majoritaires dans la gauche, c’est sûr. Mais on est dans une situation de fait qui exige du réalisme, pas du rêve. Nous aussi, on préférerait une campagne et un programme nettement plus à gauche et on a mené toutes les batailles en ce sens.

Mais en face, il n’y a pas un candidat ordinaire : pour la gauche, pour toute la gauche, Sarkozy, c’est Attila, c’est Thatcher-Berlusconi, après ce sera le désert, la violence du coup ne doit pas être sous-estimée avant, même si on se bat encore après. Sa victoire serait cruelle pour toute la gauche, il ne faudra pas verser des larmes tardives, dire « ah si j’avais su... » C’est pour cela qu’il faut surmonter immédiatement dans l’urne nos réticences éventuelles et nos divisions.

Seule l’indécision de la gauche peut empêcher sa victoire : à nous, militants, de tout faire d’ici au 22 avril et 6 mai pour la lever !

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Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche