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Une " gauche de la gauche " divisée et sans perspectives

Regrets. Bilans. Réorientation ?

mardi 1er mai 2007 par Daniel Marceau

 
Alors que la victoire du " non" au referendum sur le Traité Constitutionnel Européen et l’échec de Laurent Fabius à la candidature socialiste aurait pu ouvrir des perspectives à l’autre partie de la gauche qu’on appelle " gauche de la gauche ", celle-ci, habitée par ses éternels démons, a gâché toute chance de jouer un rôle dans la campagne présidentielle.

La dynamique des " collectifs unitaires " est bel et bien morte. Le "non" au referendum sur le TCE, avait donné l’espoir à une partie des militants de la gauche, y compris parmi des socialistes, de voir se constituer une force politique antilibérale qui fasse le pendant d’un Parti Socialiste dont les orientations tendaient à se droitiser au fil des mois.

Outre que cette perspective aurait signifié de tirer un trait sur l’engagement pour l’unité de la gauche au sein du Parti Socialiste, elle supposait qu’il y ait, au-delà de l’aspiration unitaire certaine des militants qui se retrouvaient dans les collectifs, une réelle volonté de la part des appareils politiques de dépasser leurs vieilles querelles, sans compter avec les ambitions personnelles des uns et des autres.

Le bilan, c’est qu’au premier tour de l’élection présidentielle, jamais la gauche de la gauche n’aura été aussi divisée.

Ainsi, après deux candidats en 1969 et en 1974 , trois en 1981, quatre en 1988, deux en 1995 et quatre en 2002, il y aura cette année cinq candidats se réclamant de ce positionnement politique. Tous les partis, chapelles et groupuscules ont aligné leur candidat : le PCF, avec Marie-Georges Buffet, la LCR avec Besancenot, LO avec Laguiller, mais aussi les lambertistes avec Schivardi et même ce qui reste des " non-alignés " des collectifs, avec José Bové.

Le premier constat que l’on peut faire, c’est que la légitimité même des candidatures est discutable, tant ce qui peut les différencier est illisible pour un électeur moyen. Buffet, Bové et Besancenot défendent quasiment les mêmes propositions, dans la mesure où ils ont été dans une démarche programmatique commune pendant de long mois. Laguiller et Besancenot se réclament tous deux du trotskisme, tandis que Schivardi, s’il ne le fait pas, est clairement lié au courant lambertiste- tout en ayant été élu sur une étiquette socialiste.

Dire que leur différence relève de choix stratégiques, notamment en termes d’alliance avec le Parti Socialiste, est aussi erroné : Buffet et Bové ont approuvé la même orientation stratégique début septembre 2006, tandis que Besancenot et Laguiller refusent tous deux toute perspective d’union de la gauche...

On pourrait multiplier les exemples du même genre. La division des candidatures s’explique en grande partie par la volonté des appareils de l’extrême-gauche qui, tout en cherchant à capter un mouvement social resté autonome par rapport aux partis politiques, cherchent aussi leur légitimité électorale.

Or, faute d’orientation unitaire, les perspectives de cette gauche de la gauche se sont réduites, y compris électoralement. Loin de créer une dynamique en leur faveur, cette incompréhensible division fait, en partie, le jeu de la confusion. A force de renvoyer droite et gauche dos-à-dos, cela alimente même un pseudo “centre” et facilite à Bayrou la récupération de suffrages des électeurs de gauche non-socialistes pour les mettre ensuite au service de la droite ! Quand les candidatures de gauche s’additionnent, les électeurs se divisent, et les perspectives d’une vraie politique de gauche, qui suppose de battre d’abord la droite, s’éloignent.

Au-delà, on ne mesure sans doute pas encore les effets dévastateurs de cette division. Parmi les anciens partenaires des collectifs unitaires, le désaccord s’est mué en colère, puis, pour certains, en véritable haine. La candidature de José Bové s’est ainsi essentiellement construite sur le rejet par une part importante des militants du coup de force de la direction du PCF pour imposer la candidature de Buffet. Elle a provoqué un clivage profond au sein de la famille communiste, certains n’hésitant pas à proclamer leur soutien au candidat altermondialiste et à s’engager dans sa campagne.

Demain, si cela continue, la division sera pire que ce qu’elle est actuellement, et les perspectives d’unité, qui semblaient grandes à l’automne, plus éloignées que jamais. La constitution d’une force politique à gauche du Parti Socialiste est donc, une fois de plus, repoussée à un " plus tard " qui risque fort de n’être " jamais ".

L’avenir organisationnel de la gauche passe donc clairement par l’unité avec et même au sein du Parti Socialiste qui en demeure le centre. La période récente montre qu’il n’y a pas de perspective de faire changer l’orientation de la gauche dans son ensemble sans un investissement dans le Parti Socialiste, dont l’orientation ne sera pas changée " de l’extérieur ", mais bien par une double démarche de construction d’une alternative unitaire aux orientations des courants de droite du parti d’une part et de reconstruction des liens entre le PS et le mouvement social d’autre part.

Vaste programme qu’une défaite de la gauche aux prochaines élections rendrait bien difficile à réaliser !

Daniel Marceau

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