Démocratie & Socialisme
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Débat sur la reconstruction de la Gauche

Appel pour une alternative à Gauche

L’appel "Ramulaud"

samedi 12 juillet 2003

 
Le mouvement social en cours et le manque de débouché politique ont sucité plusieurs iniatives dont cet appel signé entre autres par plusieurs des amis de "Démocratie & Socialisme" au coté de militants syndicalistes, associatifs, avec ou sans Parti. "Ramulaud" est le nom du restaurant ou se retrouvent les initiateurs de l’appel.

APPEL POUR UNE ALTERNATIVE A GAUCHE

Nous sommes des militantes et militants politiques, associatifs ou syndicaux, des élu-e-s locaux, nationaux et européens. Nous décidons de créer une coordination permanente pour une alternative politique à gauche, résolument antilibérale. Nous appelons à ce que de telles coordinations se démultiplient localement.

La planète est menacée par la mondialisation capitaliste qui plonge des pays dans le chaos, menace l’existence de milliards d’individus et l’équilibre écologique. Ici, nous affrontons une offensive brutale contre les retraites, les services publics et, demain, l’assurance maladie. L’attaque se poursuit contre les chômeurs et les précaires. Tous les salariés - et en premier lieu les femmes - sont victimes de la concurrence généralisée et de la course au profit. Les petits agriculteurs disparaissent sous les coups d’une politique productiviste et exportatrice à tout prix, également ruineuse pour les paysans du Sud. Dans la phase actuelle du capitalisme, le vivant, la culture, l’éducation et toutes les activités humaines ont vocation à être transformées en marchandises. Dans le même temps, les discriminations fondées sur l’origine, le genre ou la sexualité sont renforcées par le retour de l’ordre moral et la dérive sécuritaire. Profit, contrôle social, guerre : nous refusons cet avenir.

Face à cela, les mouvements s’amplifient, dévoilant de plus en plus nettement les enjeux de société chaque fois sous-jacents, rejetant massivement la logique libérale et les rapports de domination, portant haut l’exigence d’un autre monde. La mobilisation du printemps 2003 est étonnante par sa durée, nouvelle par sa jeunesse, riche de ses rencontres entre secteurs de la population qui habituellement s’ignorent. Le gouvernement est passé en force, mais n’est pas tiré d’affaire : la contestation reste soutenue par l’opinion publique et a permis une réappropriation large du débat politique. Pourtant, le mouvement social profond, qui ainsi se construit et s’affirme, vient régulièrement buter sur la détermination des pouvoirs en place, gouvernement et Medef associés. Il a besoin d’un prolongement politique. La politique menée de 1997 à 2002 à l’initiative du Parti socialiste a été sévèrement rejetée, notamment parmi celles et ceux dont la situation sociale est insupportable. Il faut tirer un bilan lucide du 21 avril 2002 et des échecs de l’alternance depuis 20 ans. Face à la droite, nous affirmons notre refus complet de la pente du social-libéralisme et du bipartisme.

Le rassemblement à gauche n’est possible que s’il propose un contenu social et politique rompant clairement avec le libéralisme. Il ne peut se réduire à des accords tactiques de sommet et doit être clairement enraciné dans la participation des citoyennes et citoyens à la définition de tout projet.

L’accompagnement de la mondialisation capitaliste qui a dominé la politique du gouvernement de la gauche plurielle est une impasse. La gauche social-libérale, convaincue que le capitalisme est indépassable, est de ce fait même incapable de répondre aux aspirations populaires et aux enjeux de société. Ceux qui ont voulu les privatisations, les réductions d’impôt, la baisse des charges des entreprises, l’Europe telle qu’elle va, incarnent un courant politique dont la cohérence s’est affirmée à la tête de la social-démocratie européenne. Si nous ne faisons rien, c’est l’extrême droite qui, un jour, risque de troubler le jeu tranquille de l’alternance.

Pour que l’espoir revienne à gauche, il faut ouvrir une alternative politique qui rompe avec la politique classique : élisez-moi et vous verrez ce que je fais. La rupture doit porter sur le fond et sur la méthode. L’alternative à gauche, ce sont d’abord des propositions qui montrent que les politiques libérales ne sont pas les seules possibles ; c’est, au bout du compte, un projet social à dessiner collectivement. Cela ne peut se faire ni dans la soumission des organisations du mouvement social aux partis ni dans leur mutuelle ignorance. Un travail politique commun est nécessaire, pour lequel les uns et les autres sont également légitimes et que chacun prolonge dans son rôle propre. Les uns et les autres (syndicats, partis, associations, etc.) sont indispensables à la définition du projet comme à sa mise en oeuvre.

L’alternative, c’est aussi une autre façon de faire, car la crise de la représentation politique est patente. Si l’on ne remet pas radicalement en cause l’éloignement de l’immense majorité de la population des processus d’élaboration, de décision et de contrôle, si les formations politiques ne changent pas de posture et de fonctionnement à cet égard, les propositions alternatives auront du mal à voir le jour ou resteront lettre morte. Face aux logiques institutionnelles, il est temps de favoriser de nouvelles pratiques démocratiques pour aider les habitants de notre pays à intervenir toujours plus, à s’organiser, à être les acteurs de leur vie. Rompre les isolements, soutenir les luttes, les faire entendre y compris dans l’arène institutionnelle qu’il faut profondément transformer : voilà l’objectif.

Pour construire cette alternative, nous décidons d’oeuvrer à la convergence de toutes celles et de tous ceux qui refusent de se résigner au capitalisme. Il ne s’agit pas de créer un nouveau parti, mais un cadre de débat et d’initiatives communes. Ni plus, ni moins. D’ores et déjà, les sensibilités que nous réunissons se côtoient régulièrement dans les mobilisations. Nous avons eu l’occasion de défendre des positions voisines pour les droits des femmes, les libertés, contre les discriminations et pour l’égalité des droits des migrants et des étrangers, pour les services publics, les 35 heures sans les concessions au Medef, les retraites, la défense et l’amélioration du droit du travail, l’augmentation des minima sociaux et des salaires, de nouveaux rapports NordSud, la défense du climat, des ressources en eau potable et de la biodiversité, contre le pillage des ressources naturelles, contre la guerre en Irak... Ce n’est pas mince. Ce n’est pas tout. Nous avons des différences et des divergences sur beaucoup de sujets importants que nous ne dissimulerons pas. Elles seront, au contraire, matière à débat public. Mais nous avons la conviction qu’elles n’empêchent pas que nous réfléchissions et agissions ensemble.

C’est pourquoi nous décidons de nous coordonner, dans le respect des identités de chacun, pour le débat et pour l’action. Cette coordination permanente et souple n’a pas pour objet de se substituer aux organisations politiques existantes qui se réclament de la gauche anti-libérale. Mais il est nécessaire de constituer un lieu commun de confrontations et d’initiatives politiques. Nous y discuterons de ce qui fâche, mais nous consacrerons plus d’énergie encore à approfondir ce qui nous rapproche. Nous ferons connaître, chaque fois que possible, des prises de positions communes. Nous mènerons ensemble dès campagnes politiques. Nous discuterons de la manière d’inscrire cette démarche dans les élections de 2004. Nous chercherons toutes les occasions de rassembler des millions de personnes autour de « l’alternative à gauche ».

Dans l’esprit de ce qui nous rassemble, nous organiserons des rencontres publiques dès la rentrée prochaine.

Contact : alternative-gauche@club-internet.fr

Premiers signataires

ABBAD Robert ADAM Etienne AGHABABAI Syamak ALAMARTINE Françoise ALAOUI Hafid ALAUX Jean-Pierre ALFONSI Gilles ALLAIRE Marie-Elisabeth ALLEGRAUD Jocelyne ALLEMAND Jean-Charles AMARD Gabriel AMIRSHAHI Pouria ANDREANI Tony ANDROS Josiane ANGOT Michel ANIESA Tonio ANSART Karine AOUNIT Mouloud ARHAN Yannick ARIES Paul ARNEGUY Janie ASSANTE Vincent ASSOULINE Daniel AUBERT Olivier AUDUC Arlette AUTAIN Clémentine BACCHUS Nicolas BARBAZANGES Jean-Marie BAREY Jean-Jacques BARTH Armand BATAILLARD Christiane BATAILLE Jean-Pierre BAUSERO Pedro BAVAY Francine BECHU Claude BECKRICH BEGOC Eugène BELKHOTJA Tarik BELLEGARDE Bruno BEN Jean-Marc BEN HIBA Tarek BENABOUD Cécile BENARD Gilles BENIES Nicolas BERGE LAVIGNE Maryse BERGER Denis BERNARD Franck BEROUD Sophie BERRUE David BERTHO Alain BEYNEL Eric BIESSY Romain BIHL Agnès BILLARD Martine BILLIOTET Anne-Marie BIRSINGER Bernard BIZOUERN Nadine BLANCHARD Martine BLANDIN Marie-Christine BOHELAY Philippe BLUTEAU Philippe BOIFFIER Jean-Yves BOIJKO Jean BOISLAROUSSIE Jean-Jacques BONNEUIL Christophe BOSC Bernard BOUFFARTIGUE Paul BOURGAIN Michel BOUTAULT Jacques BOUTES Francis BOUZID Ahmed BOVIS Rémy BRAOUEZEC Patrick BRAFMAN Jean BRAUD Alex BREMOND-SALESSE Isabelle BREUILLET Daniel BRODY Patrick BROUDIC Jean-Jacques BRUN François BUCAS Français Anne BUISSON Michel BUNALES Roger CADEZ Bruno CAHEN Michel CALABUIG Bernard CANDIER Laure CANEPA Bruno CANTAL-DUPART Michel CARON Bernard CARROY Yves CHAMPION Jacques CHARDINE Joël CHAUMERON Jean-Claude CHEMLA Dominique CHEREAU Isabelle CHIVOIS Marie-Claude CHERKI Pascal COLLIN Denis COMBESQUE Marie-Agnès CONTE Francine COPETTI Gianfranco COQUEREL Eric CORBIERE Alexis CORDIER Anne CORONADO Sergio COTTA Jacques COTTEL Gabrielle COTTON Jean-Pierre COUDERC Amaury COURS-SALIES Pierre COURTADON Gérald COUSIN Jean-Gilles CUNIN Marcel DALGALIAN Gilbert DARCEAUX Christian DARRE Patrick DAUCE Noël DAUVERGNE Raymond DAYOT Daniel DAYOT Liliane DE RUSS Pierre DE SAINT-DEO Valérie DEBALS Didier DEBONS Claude DELAPIERRE François DELARUE Christian DELATTRE Michel DELBENDE Anne DELEPINE Didier DELLA SUDDA Bruno DELLA SUDDA François DELORCA Frédéric DELPHY Christine DENTAL Monique DESCAMPS Raphaël DESPRETZ Gérard DESRUMEAUX David DETHYRE Richard D’HERMIES Suzanne DIEHLMANN Françoise DIGNAC Yannick DION Bruno DONTAINE Alain DUBARRY Véronique DUBIEN Roger DUBOIS Loïc DUFOUR Ian DUGUET Vincent DUPARC Jean-Paul DUPOND Cédric ELMAS Hasan ENDEWELD Marc EPELOIN Sophie ESCOT Magali ESMIOL Roger Espagne Vincent ESTANO Bernard ESTRAGON Gérard ETIEMBLE Fernand EVERAERE Bernard EYRAUD Laurent FAIVRE André FARBIAZ Patrick FECCI Marie-Jo FERAL Henri FIANT Michel FILOCHE Gérard FIOLE Jean-Louis FITAMANT André FLACHER Bruno FLAMENT Gilbert FLAUTRE Hélène FLEURAT Dominique FLORIS Bernard FONTAINE Jacques FORESTIER Yann FORTIN Jérémie FRACHON Olivier FRAGER Dominique FRETELLIERE Gérard FRIGOUT Gweltaz FRITZEN Rémy FULLANA Jean-Manuel GAILLARD Marcel GALTIER Henri GALLAND Françoise GANTIN Karine GARCIA Danielle GARELLI Pierre GARNON Patrick GARO Isabelle GASCUEL Didier GAUTHIER Elisabeth GAYRAL Pierre GEAY Bertrand GELOT Didier GENE Raymond GENEVEE Frédérick GIBERT Florence GICQUEL Marc GIGAND Michel GINESTE Pierre GIROD Alain GIROD Pascale GIRY Thomas GLEIZES Jérôme GRAUX Alain GRELET Stany GRIVEAU Jean-Louis GROSDOY Augustin GRUENET Alain GUEDJ Jérôme GUES Marie-Noëlle GUEYE Mustapha GUEZE Philippe GUIBERT Bernard GUICHARD Serge GUILHOT Patricia GUILLAUMET Franck GUINTER Georges HALPHEN Eric HAMELIN Philippe HAUDEBOURG Brigitte HEBERT Pierre HEBERT Benoît HEMON Pierre HERBOUX Marie-Claude HERVE Nicolas HORDE Max JOLLET Anne JOUVE Juliette JUSFORGUES Julien KERAMANE Nabila KERLAN Marie-France KOMOROWSKI Georges KORZEC Pierre KOWAL Claude KRIBI Hamed KUNTZ Gilles LABEYRIE Pierre LACHAUD Jean-Marc LADA Pierre LAFON Eric LAFOURCADE Stéphane LAGACHE Richard LALOUETTE Roger LANGLOIS Bernard LANGLOIS-MALLET David LARUE Sylvie LASCOUX Jean-François LATAPIE Maurice LAVITOLA Emeric LAVRAT Guy LE BER Didier LE BOURHIS Jean-Louis LE DUFF Jean LE LAGADEC Jannick LE NEOUANNIC Pascale LECLERC Patrice LEDEME Pierre LEGROS Alex LEMAIRE Jean-Pierre LENIAR Roland LEPLUS Cathy LERICHOMME Jacques LESAGE François LESTRAT Anne LEVARD Laurent LEVY Laurent LHOMMET Max LIOT Dominique LIPIETZ Alain LOMBARDI-PASQUIER Caroline LONGERINAS Francois LOPEZ David LORAND Isabelle LORIDANT Chloe LOUESDON Gaël LOUIS Véronique LOUIS Pascale LOUP Michele MADROLLE Christophe MAFFEIS Laurent MAINGAULT Philippe MANGENOT Marc MANGEOT Philippe MARANZANA Bruno MARCHAND-PROCHASSON Martine MARCHILLE Jean MARCU Alain MARECHAL François MARIS Bernard MARLIERE Philippe MARTELLI Roger MARTIN Alain MARTIN Christian MARUCHELLI Fernanda MAS Kya-Françoise MASSE Dominique MAURO Claude MEHL Didier MELENCHON Jean-Luc MENEHEM Georges MERIEUX Roland MERME Henri MESSINA Richard MEYROUNE François MIGNOT Dominique MINENNA Michel MOCCOZET Laurent MORE Eugène-Henri MORENO Hugo MOSMANT Daniel MOULARD Régis MOURIAUX René NAÏM 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SAINT-ARNOULT Annie SAINT-SAENS Isabelle SALA Bernard SALESSE Yves SAMARY Catherine SANCHEZ Danielle SAROLEA Pascale SCHALSCHA Bernard SCHERER Nathalie SELLIN Jean-Christophe SERIEYS Jacques SERRA Luciana SEVE Lucien SHEPPLER-DUBEAU Josiane SIGALAS Pierre SILBERSTEIN Patrick SILHOUETTE Cécile SIMON François SIMONIN Denis SIMONNET Danielle SIROT Isabelle SITBON Stéphane SLAMA Serge SPOEL Daniel STAMBOULI Mylène STRUILLIOU Yves SURDUTS Maïa TALEB Claude TASSEZ Thierry TASSO Nicolas TEPPER Bernard TERRAIL Jean-Pierre THEOBALD Gérard THOMAS Olivier TORCOL Séverine TOUCHEFEU Claude TOULERON Alain TOVAR José TRICOT Catherine TRICOT-DEVERT Sylvie TRIGON Marcel TRONCHET Anne VAKALOULIS Michel VALLS Corine VASSALO Patrick VASSELON Raymond VERCKEN Nicolas VERGNAUD Valérie VERGNAUD Paul VERGNAUD Daniel VERONESE Alain VEY Daniel VEZINHET Joël VICUNA NAVARRO Juan VIDAL Aude VIDAL Gérard VIGIER Rudy VILLIERS Claire VINCENT Jean-Marie VIVIANT Arnaud VOISIN Nicolas VOLPINI Pierre VOLPINI Marinette WEISSELBERG stéphane WINTERHALTER Roger WORTHAM Geneviève ZARKA Pierre ZARKA Josiane ZARROUGUI Toufik ZEDIRI Malika ZEMOR Michèle ZLOCH Julien ZUNIGA Merche


Un autre appel publié fin juin dans le monde :

La gauche que nous voulons LE MONDE | 25.06.03 | 13h28

Nous sommes des citoyennes et citoyens, élus locaux, militantes et militants politiques, associatifs ou syndicaux. Nous sommes résolument à gauche. Notre engagement trouve d’abord sa raison d’être dans le refus absolu de laisser des millions de femmes et d’hommes en situation de souffrance, et dans la conviction que la politique peut et doit changer cette réalité.

Nous entrons dans un monde sauvage qui veut faire tomber des pans entiers de ce qui a fondé une civilisation de progrès. Partout, les forces conservatrices ne sont jamais allées aussi loin dans la tentative d’imposer un nouvel ordre économique, social, moral. Qu’il se nomme ultralibéral ou néocapitaliste, ce rouleau compresseur est aussi celui des esprits, de la culture, de l’intelligence.

Face à cette volonté de placer l’ensemble des rapports humains dans des logiques de marché et d’anéantir toute réflexion critique, nous affirmons que les échecs des grandes utopies du XXe siècle n’ont pas anéanti la capacité de l’humanité à imaginer un autre monde possible, et à le construire dès maintenant. Ni la chute du mur de Berlin ni l’électrochoc du 21 avril 2002 ne nous conduisent à faire table rase de valeurs et d’idées qui peuvent fonder de grandes espérances.

Loin de constituer un accident conjoncturel, le KO du 21 avril a été l’aboutissement d’une longue marche jalonnée par l’abandon du sens de la gauche et de ceux pour qui elle existe en priorité : les "petits", les humbles, les "sans", le monde ouvrier et créatif. Cette gauche "mal à gauche" pense alternance, quand le mouvement social attend d’elle qu’elle porte une alternative.

Depuis plus de vingt ans, ce cycle d’une gauche qui déçoit, d’une droite qui aggrave et d’une extrême droite qui prolifère se répète à l’envi. En réalité, il faut bien reconnaître que les ruptures ou tentatives de rupture de société les plus significatives, mais aussi les plus régressives, c’est la droite qui en est à l’origine. Chaque fois que la gauche refuse de s’attaquer nettement à toutes les formes de domination et d’oppression, la droite en tire profit pour aller plus vite et plus loin dans une société plus dure, plus violente, plus inégalitaire.

Malheureusement, nous n’avons pas relevé, lors des récents congrès du PS, du PC et des Verts, le début du commencement d’une recherche critique sincère.

Face à cette faillite répétitive des appareils des partis de la gauche, nous pensons qu’il est temps de jeter les bases d’un réseau alternatif, à gauche, sur des contenus qui ne soient ni un prêchi-prêcha protestataire n’offrant jamais aucun possible ni un habillage du libéralisme. Par-delà nos différences de parcours, nous partageons un certain nombre d’urgences, de choix radicaux, pour penser qu’un autre monde est possible et pour y travailler sans attendre. Pour nous, comme pour un nombre croissant d’hommes et de femmes de par le monde, il convient de revenir aux sources originelles de la gauche.

La radicalité de nos rêves et de nos espoirs se nourrit également de l’histoire. Les échecs du communisme ne se réduisent pas aux dérives staliniennes. Ceux de la social-démocratie ne se résument pas à des reniements répétés. Les uns et les autres trouvent aussi leur cause profonde dans une incapacité à produire des rapports aux pouvoirs qui ne soient pas fondés sur l’autoritarisme, l’élitisme, la misogynie, la méfiance à l’égard des différences, la médiocrité, l’exaltation du sacrifice individuel, la tentation permanente de décider à la place des autres.

Nous voulons promouvoir une nouvelle culture militante en phase avec les aspirations d’une humanité émancipée, fondée sur la libre confrontation des idées, l’épanouissement personnel, la parité, la démocratie participative, l’éthique, la sincérité, la solidarité, la liberté.

Cette volonté transformatrice est déjà portée par des mouvements sociaux, des expériences locales, des pratiques militantes. Ce foisonnement de contestations de l’ordre établi doit déboucher, cette fois, sur un changement de politique. C’est ce qui motive notre engagement. Nous sommes en effet convaincus qu’une mobilisation sociale se cantonnant à affirmer son autonomie vis-à-vis du politique revient, de fait, à déléguer aux partis existants le monopole du politique. Nous devons sortir de ce schéma qui conduit invariablement à des déconvenues. Nous pensons qu’il est temps de remettre en cause le dogme de la séparation entre le mouvement social et l’intervention politique.

Quand, partout dans le monde, des femmes et des hommes luttent pour le droit au travail, au logement, à l’éducation, à la culture, à l’accès égal aux traitements du sida, pour le commerce équitable, la paix ; quand ces femmes et ces hommes refusent les OGM et le saccage des territoires, quand l’arrogance des puissants et des riches à prétendre imposer leurs règles à la planète met des millions de gens dans les rues, il est vraiment temps de remettre en cause la distribution des rôles entre acteurs sociaux et acteurs politiques. De concevoir le moment électoral au service de ces causes justes, et non l’inverse. Il est vraiment temps de constituer un réseau ayant la volonté de sortir des sentiers battus et rebattus. Par cet appel, nous nous engageons dès à présent sur des objectifs qui identifient une véritable alternative à gauche :

- La relance économique est indissociable du progrès social et passe par une augmentation significative des bas salaires, des minima sociaux et de la consommation populaire.

- L’Europe ne doit plus être un carcan monétariste, mais un espace de solidarités sociales et de coopérations. Il faut annuler sans condition la dette des pays pauvres et taxer les transactions financières.

- Nous affirmons que les banlieues sont au c∫ur de la société et des changements à opérer en construisant massivement des logements sociaux, en développant les services publics, en se saisissant de la diversité comme d’une chance, en consacrant des moyens considérables aux politiques de prévention, d’éducation, à tout ce qui favorise le "vivre ensemble".

- La priorité qui doit être donnée à des mesures d’une très grande ampleur en faveur de tous les "sans" est d’intérêt général et marquera un progrès de toute la société.

- Nous nous prononçons pour le droit de vote des résidents étrangers, la régularisation des sans- papiers, la reconnaissance du droit d’asile, la suppression de la double peine.

Quand la société est en mutation profonde, quand les élites renvoient à ce point une image éloignée de la diversité sociale et culturelle, quand le danger d’une extrême droite vécue comme un recours n’a rien d’un fantasme, on ne peut pas, on ne doit pas en rester à ce statu quo pesant. Rien ne serait pire qu’un paysage politique réduit une nouvelle fois à un choix médiocre entre la droite et un PS hégémonique, avec l’énorme risque que la seule alternative soit incarnée par l’extrême droite, ce qui mènerait à un véritable désastre.

Face à un tel risque, il est urgent de fédérer des forces qui pensent et agissent dans le même sens. Nous lançons cet appel et vous invitons à l’éclairer de vos idées, à l’enrichir et à le critiquer au regard de vos expériences. Nous ne fixons aucune limite à cette démarche. Les élections qui auront lieu en 2004 peuvent être l’occasion de rassembler des millions de personnes autour de cette alternative.

Nous proposons à toutes celles et à tous ceux qui se reconnaissent dans ce texte de le faire savoir, de le diffuser largement, de prendre l’initiative de débats publics avec l’ensemble des collectifs, réseaux et sensibilités disponibles. Nous souhaitons qu’il soit une contribution à une rencontre publique, à la rentrée, qui permette de faire converger les initiatives visant à réaliser ces objectifs. Avec toutes celles et tous ceux qui se retrouveront dans cette démarche, nous déciderons ensemble jusqu’où nous devons aller.

Nuri Albala, avocat ; Jean-Marie Angelini, syndicaliste (Sneps-PJJ) ; Ariane Ascaride, comédienne ; Clémentine Autain, adjointe au maire de Paris (app. PCF) ; Patrick Braouezec, député (PCF) de Seine-Saint-Denis, maire de Saint-Denis ; Malik Chiban, cinéaste ; Isabelle Lorand, chirurgien ; Philippe Mangeot, rédacteur en chef de la revue Vacarme ; Gustave Massiah, vice-président d’Attac ; Yannick Mazevet, ouvrier charpentier ; Mireille Mendès France, membre de l’Association internationale des juristes démocrates ; Antonio Negri, philosophe ; Christelle Pesme, jeune précaire, militante féministe ; Maya Surduts, présidente de la Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (Cadac) ; Malika Zediri, animatrice de l’association de chômeurs Apeis.

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