Démocratie & Socialisme
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Face à une droite libérale, une gauche décomplexée !

Editorial de « Unité » no 4

samedi 9 juin 2007 par Julien Guérin

 
Le 6 mai dernier Nicolas Sarkozy, candidat d’une droite dure et libérale, est devenu le 6e Président d’une Ve République pourtant en crise. La gauche a perdu sa troisième élection présidentielle de suite après 1995 et 2002. Pourtant la gauche aurait du et pu gagner contre Sarkozy !

Depuis 2002, les rapports de forces sociaux et politiques dans la société française étaient favorables à la gauche. Les gouvernements Raffarin puis Villepin n’avaient pas pu mener une politique tatchérienne autant qu’ils l’auraient souhaité tant le mouvement social a résisté et lutté. Deux grèves quasi générales en 3 ans, des millions de salariés mobilisés pour la défense de la retraite solidaire par répartition et contre les fonds de pensions en avril-mai 2003, toute une génération vent debout contre le CPE et la précarité et défendant aux cotés des travailleurs le code du travail et faisant reculer et trembler le gouvernement sur ses bases en mars-avril 2006... tout cela mettait au centre des débats la question sociale sur laquelle la gauche et les socialistes ne devaient faire qu’une bouchée d’une droite au service du MEDEF et des actionnaires.

Refus massif du libéralisme et de la précarité dans la rue en 2003 et 2006 mais aussi insurrection électorale contre la droite et le gouvernement Raffarin aux régionales et européennes de 2004 et contre le traité constitutionnel européen pourtant soutenu par tout l’appareil étatique et médiatique de la bourgeoisie en 2005, le mouvement social nourrissait la victoire des forces de gauche et devait, selon certains dirigeants socialistes conduire à une victoire mécanique en 2007. Pendant la campagne électorale elle même, les luttes sociales ont continué, chez Citroën à Aulnay pour les salaires, à Airbus contre les licenciements boursiers...

La question sociale a été au coeur des débats électoraux et c’est la droite qui l’a emporté et qui s’est adressée aux salariés de ce pays en leur parlant pouvoir d’achat et salaires... Au “travailler plus pour gagner plus”, nous aurions du répondre “travailler moins pour travailler tous” et “réduire leurs profits pour gagner plus”. Quand il aurait fallu être extrêmement offensifs et clairs sur la question du travail, le projet du PS et le pacte présidentiel restaient dans le vague et le flou ! Jamais le pacte présidentiel n’a été débattu, amendé et adopté par les adhérents du PS, jamais il n’a défendu clairement le partage et la redistribution. Jamais on a entendu dire clairement que la France était plus riche que jamais et que les entreprises du CAC 40 se portaient à merveille !

C’était pourtant à la gauche d’aller dans les usines parler aux travailleurs de leurs salaires, de leurs conditions de vie et d’évoquer les grandes figures du mouvement ouvrier !

Pourtant, malgré ses faiblesses la gauche est parvenue a rassembler plus de 17 millions de suffrages au second tour. Cela signifie qu’à une échelle de masse les jeunes et beaucoup de salariés ne voulaient pas de Sarkozy, oui le second tour c’était Neuilly contre Clichy, oui c’était classe contre classe mais la gauche n’a pas su mobiliser son camp pour gagner.

La droite a gagné en s’assumant, en ayant un projet clair et précis et tout simplement en étant elle même ! Désormais face aux liquidateurs de mai 68, aux serviteurs zélés du MEDEF, aux amis de Bouygues et Bolloré soyons plus que jamais le camp du travail qui défend les salariés aussi bien, que Sarko-Fillon-Juppé servent les patrons !

Contre la franchise médicale, la suppression annoncée de la carte scolaire, la remise en cause du droit de grève la gauche, toute la gauche doit résister ! Cela commence par un vote massif pour les candidats de gauche aux législatives ! Tous aux urnes les 10 et 17 juin prochains pour dire non à cette politique et pour construire l’avenir ! Viendra ensuite le temps de la rénovation qui devra s’inspirer des expériences de gauche qui marchent dans le monde : participation populaire, refondation démocratique, réappropriation sociale et partage des richesses... les dirigeants latino américains Chavez, Morales, Bachelet, Lula, Ortega nous montrent chaque jour la voie.

Pour nous, refonder une gauche digne de ce nom ce n’est pas en appeler à la social démocratie européenne qui s’est alliée avec la droite en Allemagne et a tourné le dos aux aspirations du peuple de gauche en s’alignant totalement sur l’impérialisme américain en Angleterre...

Il faut tourner le dos résolument à ces vieilles recettes du passé !

Jaurès disait “l’histoire enseigne aux hommes la lenteur des grandes taches mais elle justifie l’invincible espoir” : à nous de faire vivre l’espoir d’une gauche redevenue elle même pour changer la vie !

Julien Guérin

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