Démocratie & Socialisme
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Éditorial de D&S N°149, novembre 2007

Augmentez les salaires, ne baissez pas les retraites

mercredi 28 novembre 2007

 
On ne sait pas encore si c’est le bon moment, ni si les choses ont mûri assez vite et assez profondément dans la tête de millions de gens depuis le sinistre 6 mai 2007, jour de la victoire de Sarkozy. Ce qu’on sait depuis ce jour-là, c’est qu’il rêve de transformer sa victoire politique en victoire sociale. Il rêve d’un mai 68 qu’il puisse gagner.

Mais l’histoire réelle est toujours plus complexe que l’histoire projetée. Sa volonté d’affrontement claironnée partout, ses provocations verbales et physiques auprès des cheminots, ses défis bravaches (“je tiendrais deux mois de grève s’il le faut”), ses préparatifs (les médias tendent partout leur radios trottoirs pour faire parler à tout prix les pseudo “usagers otages”) sont trop au su et au vu de tous... Y’a quelque chose qui cloche, qui n’est pas sain...

Même dans le refus d’une réunion tripartite gouvernement, entreprises, syndicats, il y a du malsain dans ce gouvernement... Tout le monde sait que la recherche d’une bataille isolée, et si possible divisée avec les cheminots n’est pas faite pour régler un quelconque problème de retraite, elle est voulue pour “l’exemple”, comme on fusillait en 17 pour l’exemple sous le général Nivelle...

Mais justement, il en fait trop, alors ca pousse trop de gens, peut être trop vite à en découdre : les étudiants qui prenaient leur temps, afin de faire mûrir les consciences, y sont allés de leur mouvement. Les fonctionnaires qui ont beaucoup attendu, sont prêts. Après les personnels d’Air France, les marins pêcheurs, les avocats, les magistrats, les cheminots donc, et les gaziers, il y a les ouvriers de la construction et tant de revendications dans le privé, que l’issue de la bataille est devenu incertain.

Eric Le Boucher explique dans le Monde : En ce novembre du mécontentement qui s’ouvre, on s’interroge sur la méthode des réformes de Nicolas Sarkozy. Estce bien la bonne ? SNCF, RATP, fonctionnaires, juges et maintenant étudiants : et si tout coagulait ? Fallait-il que le président de la République ouvre tant de dossiers à la fois pour qu’ils fassent masse ? "Il ne faut pas vous inquiéter", a-t-il dit, mardi 6 novembre à Washington, aux grands patrons français et américains du French-American Business Council. Mais, s’il l’a dit, c’est justement parce qu’il sait que les milieux économiques français s’inquiètent.

Chacun sait donc que c’est une grosse partie, qui ne se joue pas forcément d’un coup, mais qui est là : elle s’approche. Alors quand les dés sont jetés, il ne faut pas la rater, il faut y aller. On va voir la “propaganstafell” de masse du pouvoir Lagardère (l’initié, aux 800 Millions d’EADS) Dassault, Bouygues, et des 600 millions d’euro des « caisses noires » du patronat se développer. Des directives ont été données auprès des fédérations de l’UMP sur la montée en puissance contre les grévistes. Ils visent à isoler et à diviser les cheminots : isoler en prétendant que tout le monde est aux 40 annuités… et que c’est une question résiduelle d’égalité pour tous. Diviser en essayant de jouer sur les syndicats qui abandonneraient le mouvement. Mais cet isolement dont ils rêvent, n’est pas fatal : personnels d’air France, marins pêcheurs, avocats, magistrats, cheminots, gaziers, fonctionnaires convergent déjà et peuvent recevoir le soutien de millions de salariés du privé sur les salaires.

Car il s’agit des salaires de tous et du NIVEAU des retraites de tous ! Il faut le redire : Fillon ment lorsqu’il prétend que tous les salariés sont aux 40 annuités. Car la moyenne réelle (pas fictive) d’activité des français est restée à 37 annuités. Vouloir les faire cotiser 40 annuités (et demain 41, 42 annuités) c’est les contraindre à sauter « à la perche sans perche », c’est leur fixer un objectif inatteignable, dont le seul résultat est de baisser le niveau des retraites de tous. Salaires bas et retraites basses, c’est la politique du gouvernement et du patronat.

C’est sur la question des salaires que tout se concentre : jamais la France n’a été aussi riche et la richesse si mal redistribuée. Plus de 100 milliards d’euros de bénéfices, cette année, record battu chaque année depuis cinq ans, par le CAC 40. Les 500 premières fortunes de France ont gagné 80 milliards d’euros de plus l’an passé que l’an précédent. Stocks option, parachutes dorés, bouclier fiscal... Et l’omniprésident leur a donné en juillet 15 milliards d’euro en plus. En fait ils prennent chaque année pour les profits 160 milliards d’euro (10 points) qu’il ôtent aux salaires  !

Alors, de plus en plus de gens le sentent, le savent, (et le sauraient davantage si toute la gauche unie faisait son travail d’explication) une correcte redistribution permettrait de faire face à tous nos problèmes sociaux, santé, retraite, école, équipements, banlieues !

Alors du 13 au 14 novembre, puis au 20 et ensuite, c’est le rapport de force qui se construit. L’histoire ne se répète jamais deux fois de la même façon, mais elle se répète : Sarkozy veut mesurer le rapport de force social, il va le mesurer, comme en 1995, 2003, 2006, on va, on doit “mettre le paquet”, tous ensemble... avec les cheminots, les gaziers, les étudiants, les fonctionnaires, mais aussi avec le privé.

Le fait que les ouvriers du bâtiment s’engagent est bon signe, ca peut prendre ! Et c’est de là, des profondeurs du salariat que le salut peut venir... un grand espoir, c’est le privé ! Ils l’ont acculé, ils detruisent son code du travail, ses droits, et ils ne le paient pas... A un moment, quand la situation est propice, quand rien n’est plus acceptable, ça éclate...

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