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Communiqué D&S

Les médias Raffarin se fragilisent

dimanche 7 septembre 2003

 
Alors que Raffarin vient encore de faire sur TF1 un marketing-esbrouffe et mensonger pour vendre son idéologie sectaire ultralibérale, les grosses ficelles médiatiques » commencent à se voir.

Une des explications qui permet de comprendre pourquoi le gouvernement Raffarin a pu « tenir » 140 jours, faire face à des millions de grévistes, et des millions de manifestants, refuser de négocier avec une majorité écrasante de syndicats et de syndiqués, mentir sur les retraites (autant que Bush et Blair sur les armes de destruction massive en Irak), c’est la façon dont les médias « pris en main » l’ont soutenu.

Raffarin a pris les médias en main dés son accession au pouvoir. Alors que 66 % de l’opinion soutenait les grévistes, 80 % du temps des journaux télévisés, au printemps, était consacré à la critique de ceux-ci.

« Le Monde diplomatique » dans son n° de septembre (en page une et en pages 6 et 7) publie une excellente étude de Gilles Balbastre et de Pierre Rimbert sur les « médias gardiens de l’ordre ».

« Le soir de la journée nationale d’action du 10 juin contre la réforme des retraites, TF1 consacrait 3’47’’ aux grévistes et aux manifestants contre 14’5’’ à ceux qui les dénonçaient. Même équilibre sur France 2 : le journal télévisé de 20 h du 14 mai avait octroyé 1’30’’ à la parole des protestataires contre 8’50’’ aux gênes occasionnées par les grèves. »

L’article fait une analyse exhaustive, des mensonges, manipulations, mensonges, grossièretés, vulgarités, bassesses de la presse écrite et audiovisuelle tout au long des jours cruciaux de la grande grève.

Quand on le lit, on y découvre, même pour les plus avertis, une somme de calomnies, déformations, truquages éhontés. Y compris quand la majorité des manifestants est traitée de « malades mentaux », de « corps psychotique où tous, enseignants, élèves et parents, sont les écorchés vifs, des organismes en proie à l’inquiétude, aux peurs collectives et aux fantasmes » (Jacques Julliard dans le Nouvel Observateur… )

Le 3 juin, il a failli y avoir un « clash » à la rédaction de France 2 : un « fax » arrivé de Matignon donnait la consigne, « le mouvement s’essouffle » a provoqué une forte réticence dans la conférence de rédaction, il a fallu qu’Olivier Mazerolle « descende » pour rétablir l’ordre et que ça passe. On imagine que s’il y avait eu ce « clash », cela aurait changé la face des choses, tellement cette question des médias était importante pour permettre aux gens de prendre conscience - ou non - collectivement de leur force.

Or que se passe t il depuis ? Ce qui a été contenu par la force des ordres et des menaces des communicants de Raffarin donne depuis quelques jours des signes de fragilisation : cet été, la façon dont le gouvernement, en août, lors de la troisième canicule (il y en avait déjà eu deux en juin !) a réagi avec retard a permis à la presse de « plomber » Raffarin. Revanche là où ça fait mal. L’Afp a publié une dépêche sur « la carence » du gouvernement. France 3 a filmé et diffusé des images de Raffarin refusant en fuyant de répondre aux questions. Le gouvernement a essayé de sévir : menace contre le journaliste Afp, Fréderic Dumoulin, accrédité à Matignon. Menace contre Fr3, sur ses responsables et ses crédits.

Mais comme toujours, ca filtre : un gouvernement qui agit à contre courant, de façon autiste, face à l’opinion, qui est haï par la population productive, celle qui crée les richesses finit par être sanctionné là où il ne s’y attend pas. Le « fossé » est tel entre ces agresseurs ultra-libéraux qui ont pillé nos retraites et le peuple, que faute, d’avoir obtenu gain de cause au printemps, par tous les bouts, par tous les moyens, l’opinion va dire « non ».

Jamais en France depuis 70 ans, (36, 45, 68, 95, 03) un gouvernement avait défié à ce point le mouvement social. C Mais cela va se payer et cher. Et à un moment donné, des journalistes enhardis auront du courage et refléteront cela. Tôt ou tard. Raffarin peut finir en torche, en vrille : ses méthodes terroristes sur les « rédacs chefs » (« réacs chefs ») peuvent à un moment ou un autre se retourner contre lui.

Le canard enchaîné, le monde, le monde diplo, ont commencé à lever le voile. Le matraquage d’opinion façon marketing de Raffarin commence à être contesté : tant mieux, suivons cela de près.


Voici une mise au point du syndicat national des journalistes :

Canicule et hibernation

La canicule et ses conséquences meurtrières catastrophiques ont excité les « casseurs de thermomètres ». Comme par hasard, c’est au sein d’entreprises dont les budgets dépendent des arbitrages du gouvernement que les pressions ont été les plus manifestes.

Le Bureau national du Syndicat national des journalistes, réuni ce 2 septembre 2003, condamne l’intervention scandaleuse de madame Françoise Miquel (Service d’information du gouvernement) contre un journaliste politique de l’Agence France presse.

D’autres pressions ont été tentées, en vain là aussi, contre des journalistes du service public (à France 2 et France 3) pour qu’ils évitent de donner un relief trop concret aux chiffres catastrophiques des décès du mois d’août et à l’embarras visible du gouvernement.

A qui le tour ? Le SNJ entend poser la question. Il en appelle au Premier ministre pour qu’il calme l’ardeur belliqueuse de ses proches.

Parallèlement, c’est le Medef qui entend contrôler étroitement l’accès des journalistes et des équipes techniques audiovisuelles à son université d’été : identités et qualités vérifiées et re-vérifiées pour détecter la présence d’intermittents.

Enfin jamais les pressions économiques n’ont été aussi fortes jusqu’à l’interdiction de couvrir bon nombre d’événements culturels, et sportifs.

Ou les journalistes doivent subir ou acceptent d’être strictement « encadrés », ou ils s’exposent à des violences verbales et physiques et des interdictions d’exercer leur profession. Les photographes sont particulièrement visés. Ces journalistes ne reçoivent pas souvent de leurs hiérarchies le soutien attendu quand ils ne sont pas tout simplement désavoués.

Le Bureau national du SNJ dénonce la tendance croissante de responsables politiques, économiques, culturels, sportifs, à choisir « leurs » journalistes, « leurs » images, « leurs » mots, voulant transformer l’information pluraliste en communication partisane et tenter de mettre en hibernation la liberté d’expression nécessaire à la démocratie.

Paris, le 2 septembre 2003

Liste de d’information du SNJ (http://www.snj.fr)

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