Démocratie & Socialisme
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Interview

Frédéric Schmalzbauer

Membre du comité de Die Linke

vendredi 21 mars 2008 par Jean-Paul Nail, Pierre Timsit

 

Nous avons rencontré Frédrich à Aubagne où il intervenait dans le meeting pour un Référendum aux côtés de 12 autres orateurs dont notre camarade Pierre Timsit pour notre revue.

Pierre et notre correspondant Marseillais, Jean Paul Nail, ont passé la soirée à discuter avec ce militant chaleureux aujourd’hui, ce dirigeant syndical à Münich, Ancien du SPD, fondateur de WASG avec Oskar Lafontaine, membre aujourd’hui de la direction nationale de “Die Linke”.

D’où viennent la Wasg et de “Die Linke” ?

Notre démarche en Allemagne a commencé par une critique interne (au SPD, ndlr) de la politique Schröder/Fischer. Nos premières déclarations en 2004 ont eu comme but un renouveau de la SPD selon leur propre programme. Au lieu de prendre nos arguments de syndicalistes au sérieux, quatre collègues, dont deux membres du comité national de la Métallurgie (« IG Metall ») ont été exclu du parti. Donc c’est le dogmatisme d’un secrétaire général et le déclin de la vieille SPD, à ce moment là incapable de comprendre l’enjeu, qui ont été a l’origine de notre fondation - d’abord surtout dans l’ouest du pays.

Schröder/Fischer, ca veut dire l’ancienne coalition entre la SPD et les Verts ?

Exact. Et par conséquent le retrait de beaucoup de Sociaux-démocrates ainsi que des membres des Verts. Les syndicats restaient sans avocats parlementaires. La première réaction fut une manifestation il y a plus de trois ans, organisés par l’IG Metall et d’autres syndicats, ATTAC, des mouvements sociaux et chrétiens. Plus tard, contre la disant « réforme » du chômage – après un an d’indemnités on tombe à « Hartz IV », c’est-à-dire aucun soutien s’il y a par exemple des épargnes modestes – il y avait les manifestations chaque lundi surtout dans les pays de l’ancienne RDA.

Donc, votre initiative est venue au bon moment ?

Notre mouvement est né dans un contexte sociopolitique favorable, porté par des syndicalistes et des intellectuels de l’ouest de l’Allemagne, puis en commun avec le PDS, fort dans l’est, d’un appareil et d’une expérience politique. Les élections anticipées de 2005 n’ont pas laissés le choix. Oscar Lafontaine l’a bien compris : La WASG (mouvement ancré surtout dans l’ouest) n’y arrivera pas seul. La « porte de l’histoire » était ouverte. Nous, ancien sociaux-démocrates et syndicalistes, l’avons compris aussi : Le mariage avec le PDS n’est pas une question d’amour, mais une nécessité pour qu’on arrive à imposer une démocratie sociale contre un modèle néolibéral.

Quel rôle jouent les mouvements sociaux, notamment les grèves comme celle des cheminots ?

Les mouvements sociaux montrent que les gens ne se laissent pas faire. Mais il faut des moyens. Les grèves dans les services ont été bien moins médiatisées que celles d’une partie des cheminots, essentiellement des machinistes, organisés hors de syndicats unifié (DGB). Bien sur, les membres du parti soutiennent ses mouvements ou y sont directement impliqués. Mais on distingue bien le rôle d’un syndicat et notre tache en tant que parti. A nous de dénoncer les privatisations et les délocalisations, faire pression sur les autres partis, notamment la Social-démocratie pour avancer vers un salaire minimum ou une révision du droit au chômage. A nous aussi de montrer l’exemple comme à Berlin où Die Linke est dans une coalition avec la SPD.

« Die Linke » en Allemagne, déjà avec 54 élus à l’Assemblée Nationale (Bundestag), entre dans les puissants Parlements des régions (« Länder »).

En effet, après Brême, la Hesse et la Basse-Saxonne et bientôt Hambourg. Entre temps il y a les municipales en Bavière et en septembre les élections régionales dans cet état le plus conservateur d’Allemagne. On verra. Bien sur, dans tous les parlements de l’ancienne RDA on est présent.

La question n’est pas seulement la présence parlementaire d’une Gauche nouvelle, mais son efficacité politique face aux problèmes posés : la division du pays entre une richesse accentuée et un pouvoir d’achat de la majorité qui ne cessent de diminuer, le travail précaire en toutes ses formes, un chômage d’environ 10%, les retraites à 67 ans et dans tout ces cas de figure des femmes et des personnes âgées ainsi que des jeunes lourdement touchés.

La politique néolibérale depuis Schröder/Fischer porte ses fruits – l’état social d’après-guerre éclate au profit d’une minorité. Cette stratégie fonctionne ?

Depuis un an, même la Droite modérée se dispute sur la question sociale. Le gouvernement a pris des mesures – plutôt symboliques – pour ne pas être complètement coupé des masses. Dans quelques secteurs, par exemple la Poste, la majorité parlementaire a voté un salaire minimum sur les base d’une revendication syndicale et sous pression par notre groupe parlementaire. Mais les partis établis ont un problème comme jadis avec les Verts. Il faut accepter une Gauche « à gauche » de la SPD et des Verts. A Hesse, Andrea Ypsilanti, tête de la SPD et plutôt proche de nos positions, n’ose pas encore accepter notre soutien pour une vraie politique de la Gauche. A long terme personne ne va comprendre pourquoi un parti comme la SPD cherche ses alliés entre les pires néolibéraux (FDP) ou encore dans une alliance avec une droite raciste comme à Francfort. Je pense que les courants de gauche à l’intérieure de la SPD vont gagner en influence. Les scores catastrophiques pour la SPD – confirmé en Basse-Saxonne et même dans l’ancien fief à Francfort – font pression.

Quelles « leçons » pour la Gauche française ?

L’expérience du parti Die Linke montre qu’il faut bâtir sur du solide. Des structures historiques et matérielles de la Gauche existante, l’ancrage dans les syndicats, l’ouverture vers de différentes sensibilités à gauche sans exclusivité d’un « courant », des réponses concrètes, honnêtes et lisible pour tout le monde font la force. Il n’y a donc pas de « modèle allemand », seulement une modeste expérience à approuver dans le futur.

Tu es responsable au plan national pour l’Europe et les partis internationaux de Gauche.

Je me suis d’abord engagé dans La Gauche Européenne. Puis dans des structures qui nous donnent un accès aux autres partis, surtout en Europe du Nord comme le SP aux Pays-Bas. En France, j’ai soutenu des manifestations et débats du CNR, notamment à Paris et à Marseille. Puis j’ai eu des bons contacts à Toulouse, Tulle et Mulhouse par des amis du PCF. Malgré le déni constitutionnel d’une part des Socialistes à Versailles, une aspiration d’un renouveau de la Gauche se sent partout en France. Après les manifestations j’ai été partout interrogé sur « Die Linke » en Allemagne.

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