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Bilan des élections municipales des 9 et 16 mars à Marseille

Défaite riche d’espoir pour Jean-noël Guérini et victoire dure à gérer pour jean-claude gaudin

vendredi 4 avril 2008 par Jean-Paul Nail

 

- Jean-Claude Gaudin (UMP) : 50,42% (100509 voix), 51 conseillers
- Jean-Noël Guérini (PS) : 47,75% (95183 voix), 49 conseillers
- Stéphane Ravier (FN) : 1,83% (3652 voix), 1 conseiller

Le rapport des forces entre la gauche et la droite a changé sur Marseille

Gaudin sauve de justesse sa majorité municipale (cela s’est joué à 985 voix dans les 4/5 arrondissements).

En dépassant les 49% des suffrages exprimés, la gauche marseillaise a réalisé son meilleur score depuis 25 ans. C’est Jean-Noël Guérini qui l’a fait observer dans sa déclaration qui a suivi l’annonce des résultats du second tour à Marseille.

Le rapport des forces dans le nouveau conseil municipal (49/51) a changé sur Marseille. On ne peut que regretter que la victoire à gauche soit passée aussi près de la cible sans toutefois l’atteindre. Jean-Noël Guérini ne pouvait l’enlever qu’en gagnant deux secteurs à la droite, personne n’avait envisagé arriver aussi près du but avec seulement la conquête par Patrick Mennucci de l’un d’entre eux, le 1er secteur (1/7 arrondissements).

Comment expliquer cette défaite riche d’espoir ?

Le peuple de gauche marseillais souffre depuis des années de sa représentation politique. Jean-Noël Guérini a su rassembler son camp, évitant les divisions criminelles antérieures au sein du Parti Socialiste sur la ville et regroupant ses partenaires PCF, Verts, radicaux dans une dynamique réelle pendant cette campagne.

La campagne de Jean-Noël Guérini basée sur un véritable programme municipal par bien des aspects marqués à gauche a été entachée de nombreuses ambiguïtés.

Mais de nombreuses questions politiques de stratégie sur les alliances ainsi que certaines prises de positions ont semé le trouble dans l’électorat de gauche et d’extrême gauche sur la ville.

Pourquoi avoir dans un premier temps refuser un accord entre les partis de gauche (PCF) ? Position qui a semer le trouble dans l’électorat communiste.

Pourquoi désigner comme tête de liste, dans les 6/8 arrondissements, un ancien responsable de l’UMP-RPF ? Sa candidature face à Jean-Claude Gaudin (réélu au premier tour) a été une catastrophe et a servi de repoussoir pour une partie de l’électorat de gauche marseillais.

Pourquoi avoir intégré dès le premier tour des personnalités issues du Modem ? Et pourquoi avoir fusionné les listes « Faire gagner Marseille » avec celles du Modem ?

Ce ne sont pas pour des raisons de calculs électoraux. Ce choix d’alliance est un choix politique préconisé déjà par Ségolène Royal lors des dernières présidentielles. Cette stratégie n’a entraîné aucune dynamique électorale dans le secteur décisif, les 4/5 arrondissements. L’électorat du Modem s’est reporté de façon égale sur les deux listes restant en lice dans le 3e secteur, montrant encore une fois que le centre est virtuel, de sensibilité majoritaire de droite, sans ligne politique autre que celle d’occuper des places largement cédées par le Parti Socialiste.

L’étude des bureaux de vote a montré que le report des voix de l’Extrême Gauche avec leur liste « Contre attaque à Gauche » s’est opéré correctement et a assuré la victoire de Patrick Mennucci qui arrive en tête dans le 1er arrondissement populaire, dans 16 bureaux sur 17. Cette stratégie de privilégier l’alliance avec le Modem sur Marseille, en sous estimant le comportement des 6% de l’électorat de la liste « Contre attaque à gauche » majoritairement hostile à l’ouverture vers le Modem, a conduit en partie à la défaite de Jean-Noël Guérini contre Muselier dans les 4/5. Dans ce secteur, Muselier a, au second tour fait le plein des voix du FN et capté une partie des voix du Modem représenté par C. Madrolle et Jean-Luc Bennahmias.

L’appel de 400 responsables syndicalistes et associatifs marseillais soutenant les listes de gauche « Faire gagner Marseille », la déclaration commune des UD CGT, CFDT, FSU, UNSA, SOLIDAIRES historique sur la ville, n’ont pas suffit à inverser les tendances.

Dans l’adresse aux Marseillais pour le second tour, Jean-Noël Guérini n’emploie pas une seule fois le terme de « gauche », mais celui de « Marseille rassemblée ». Pas un mot pour les 14000 électeurs des listes « Contre attaque à gauche ».

Avec une telle orientation politique, il n’est pas étonnant de constater que l’abstention n’est pas la même partout : 38-40% dans les quartiers bourgeois contre 44-46% dans les quartiers populaires, soit un différentiel de 6%.

Les causes de l’échec de la gauche et de Jean-Noël Guérini sont à rechercher dans cette direction.

Les perspectives sur Marseille

Comment Jean-Noël Guérini va t-il gérer cette période et la situation au PS ? Deux questions qui comptent pour les prochaines échéances. Dans l’entourage de JNG, on note : « cette défaite est porteuse d’espoir dans le sens où c’est Jean-Noël qui a imposé les thèmes de campagne avec la propreté, le logement, le pouvoir d’achat, les transports, les relations avec les autres institutions et communautés d’agglomérations. Des questions qui préoccupent la population, il a imposé de nouvelles têtes sur la scène politique marseillaise, notamment Samia Ghali et Jean Viard ». Un Jean-Noël Guérini qui, lors de cette campagne, a comblé son déficit en terme de notoriété sur son adversaire, s’est imposé en leader de la gauche phocéenne.

Jean Viard notait, lors d’un des premiers meetings de campagne, que le Parti Socialiste tenait des villes comme Lyon ou Paris, cités bourgeoises et qu’il était important qu’il prenne Marseille, la populaire, que la gauche renoue avec le peuple. Si les progrès sont incontestables, ils n’ont pas suffit. Du travail reste à faire.

Jean-Noël Guérini ne pourra construire les victoires de demain qu’en renforçant le lien qui s’est établi avec la population marseillaise, avec le peuple de gauche et non avec l’ovni Modem qui s’est suicidé d’une certaine façon dimanche soir dans la ville de Pau.

Il devra tenir compte aussi d’un PCF qui s’est refait une santé lors de ces élections et du mouvement qui s’est créé autour de « Marseille contre-attaque à Gauche ».

Quand à Jean-Claude Gaudin, ces deux successeurs potentiels, Renaud Muselier et Guy Teissier vont être de moins en moins faciles à tenir. Le nouveau maire a fait beaucoup de promesses tout au long de la campagne. Qu’adviendra-t-il de ses promesses ? Un nouveau mandat qui s’annonce périlleux pour le maire, affaibli par son score. La droite est affaiblie et divisée, la ville est plus que jamais coupée en deux. La ligne de partage Nord-Sud recoupe à la fois une identité sociale et une identité politique : un niveau de vie plus élevé dans le Sud, un nombre de chômeurs, de Rmistes plus important dans le Nord, un habitat social mal entretenu dans le Nord, des résidences fermées dans le Sud, une absence de transports en commun dans les quartiers populaires… L’orientation définie par Gaudin depuis 13 ans ne fera qu’accroître cette coupure. Comme la politique gouvernementale ne fera qu’accentuer les inégalités sociales. Mais soyons optimistes, les victoires de la gauche dans de nombreuses villes aux municipales et aux cantonales vont certainement encourager le mouvement social à s’exprimer dans un avenir proche…

MARSEILLE LA REBELLE SERA PEUT-ÊTRE L’ÉTINCELLE ???

Jean-Paul Nail

PS : Je dédie cet article à Josette Sportiello brillamment élue dans le Canton de Belsunce et à sa sœur Angélique remarquable organisatrice de sa campagne. Deux femmes socialistes parmi les 24 élues de gauche dont la parité est enfin quasiment respectée au conseil municipal de marseille.

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