Démocratie & Socialisme
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Mai 68, souvenirs, souvenirs...

samedi 17 mai 2008

 

A Pâques il y avait un rassemblement des scouts au Bourget, le représentant du gouvernement fut largement conspué. Je ne compris pas tout au début, mais plus j’écoutais, plus je faisais "Hou".

De retour des vacances de Pâques, je soumis à la signature le livre de Roger Martin du Gard, "Les Thibault" avec une lettre écrite de mes parents qui m’autorisait à le lire. Le père surveillant général apposa sa signature sur le livre (au crayon à papier) et me dit "il y a quelques problèmes dans les illustrations (c’était l’édition de 1946 de chez Gallimard avec page 356 une femme nue) il ne faut pas le transmettre à vos camarades, mais c’est un très bon livre et la fin est digne de ce que nous vous apprenons" petit rappel : le héros fini par jeter des tracts contre la guerre (1914) dans le camp "ennemi". Le dortoir fut calme durant ce mois-là, nous attendions les nouvelles que nous rapportaient les "pions" (étudiants) car ils ne pouvaient surveiller et manifester en même temps, alors nous nous "surveillons".

Le Vietnam était devenu un sujet de préoccupation, et la notion de "us go home" trouvée un réel écho et plus audible face à "paix au Vietnam" que nous entendions à l’extérieur. Les années suivantes fut créé un truc "club Unesco" ce qui nous permis entre autres de faire venir en toute quiètude un témoin des grèves de Gdansk en 70. Dans le même temps, nous croisions un certain Douste-Blazy (famille dans l’industrie du cierge à Lourdes) et un de Villepin dont le père à ce qu’il disait était dans "l’industrie en Amérique latine"

Jacq (31)


 

J’avais six ans en mai 68. Peu de souvenirs personnels donc, sauf le goût de la “margarine” ( !) découvert sur les tartines que me donnait la voisine à laquelle mes parents m’avaient confiée. Car eux ils faisaient le tour des voisins, des commerçants pour faire une quête pour soutenir les ouvriers en grève. C’est là que j’ai compris que mon père était militant et qu’il faisait de la “politique” avec ces amis, tous réfugiés politiques espagnols. Mes grands frères, ils étaient à Paris, l’un ouvrier pâtissier en apprentissage, l’autre à Censier. Il en a ramené, une pleine valise d’affiches magnifiques. Une vraie malle des trésors qu’on ouvrait de temps en temps, les années d’après. Il en a ramené des coups aussi et quelques blessures. Je me souviens des très jolies copines de mes frères qui passaient parfois dans le trois pièces HLM. L’une d’elle m’avait offert un petit livre rouge. Je le lisais à table : ça énervait mon père et ça faisait rire ma mère.

Anne de Haro (Seine et Marne)


 

Mai 68 à Melun

L’Ecole Normale d’instituteurs de Melun était déjà en effervescence au début de l’année 68. Les « élèves maîtres » étaient mobilisés depuis longtemps contre les plans gouvernementaux visant la déstruction des Ecoles Normales et la fin du recrutement pré-bac. Sur Melun même, en relation avec d’autres militants radicalisés, marxistes léninistes notamment j’ai participé activement à la construction des Comités d’action lycéens.

J’étais au début 68 encore socialiste, secrétaire fédéral à la propagande des jeunesses SFIO, c’était une identité difficile à assumer : pour les révolutionnaires encartés, la SFIO était le parti de Jules Moch et pour les cadres du parti, nous étions des trublions.... Comment ! nous avions même édité et collé une affiche demandant que le droit de vote soit abaissé à 16 ans !

J’ai fini par quitter la SFIO pour essayer de voir qui étaient ces révolutionnaires parisiens dont on me parlait : le secrétaire fédéral du parti m’avait traité un jour de trotskiste, il fallait bien que j’aille m’informer. Début mai 68, nous franchissions le mur de l’EN pour aller en manifestation à Paris. Dès que nous étions au bord de la route avec nos mines d’adolescents combatifs, une voiture s’arrêtait pour nous conduire à l’entrée de la capitale. Très impressionnés par les manifestations qui partaient de Denfert, nous avons voulu faire de même sur Melun et très vite la mayonnaise a pris.

L’Ecole Normale a été occupée, un comité de grève s’est constitué et jours et nuits nous avons mis en place la garde vigilante de la vieille maison républicaine qu’aucune force répressive ne voulait d’ailleurs faire évacuer...Nous étions sur un petit nuage à la conquête du monde pour mettre fin à toutes les inégalités. L’AG quotidienne a mis en place des groupes de travail planchant sur le règlement intérieur vieillot et réactionnaire de l’EN que nous voulions modifier et sur les programmes… Nous avions deux fers au feu : participer au mouvement social pour changer la vie et réfléchir à l’avenir de l’Education nationale.

L’après-midi je m’échappais de l’EN pour rejoindre les lycéens et ensemble nous organisions les grandes manifestations locales. Partie du lycée Jacques Amyot, la manif passait par le lycée technique pour envahir le centre ville. J’ai rencontré récemment l’un des agents des renseignements généraux, il m’a rappelé qu’à cette époque il se renseignait pour savoir si j’étais de manifestation. En cas de réponse positive, il restait avec ses collègues...Il s’agit là d’une exagération manifeste mais qui reflète l’état d’esprit du moment.

J’ai même été accusé d’avoir apposé le drapeau rouge au-dessus du donjon du château de Blandy. Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de ce haut fait… C’est l’un de mes camarades de classe enfantine, décédé aujourd’hui qui avait organisé avec des jeunes travailleurs de Blandy cet escalade risqué.

En réunion le matin à l’EN, en manifestation l’après midi à Melun et en soirée à Paris,en contact actif avec la Jeunesse Communiste Révolutionnaire dont j’étais sur l’agglomération le seul représentant, je n’avais pas le temps de faire autre chose que de militer... J’ai même raté mon bac en juin 68, j’avais sept de tension et moins de 6 de moyenne générale…

Mais qu’importe le bac, nous faisions la révolution.

Nous avons milité et milité avec ferveur et je me rappellerai toujours de certaines anecdotes comme celle-ci :

Les normaliens en formation professionnelle avaient repris le travail mi juin et le comité de grève m’avait proposé de tenir un piquet de grève. Ils étaient une vingtaine devant la porte et quand le professeur leur a demandé pourquoi ils ne rentraient pas, les « délégués de classe » ont expliqué que je les empêchais de suivre les cours... J’étais seul et la classe regroupait,entre autres, la moitié de l’équipe de rugby de l’établissement !

Nous avons bien ri ensuite au réfectoire.

Les commentateurs bien pensants évoquent les soixante huitards parvenus aujourd’hui ! Certains ont effectivement tourné casaque mais d’autres continuent l’action politique et sociale ... Je rencontre à l’occasion certains de mes camarades, anciens « leaders » lycéens ou normaliens : la majorité milite encore et très activement, syndicalement et même politiquement à gauche.

Nous voulions changer la société et nous poursuivons ce combat de transformation sociale. Ayant commencé à militer trois ans avant la grève générale, j’ai toujours eu une activité politique syndicale et sociale sans aucune interruption à ce jour...

Encore soixante huitard ? Oui, certainement.

Jean-François CHALOT


 

Mai 68 à Béziers :

Mais qui remplissait le frigo ?

J’ai eu 14 ans le 22 Mai 68. J’attendais impatiemment cet anniversaire… Pour avoir le droit de prendre ma carte à la Jeunesse communiste. Né dans 2 familles communistes, mon père à Alger, ma mère à Carcassonne. J’étais déjà très politisé, aussi sectaire que ma grand-mère trésorière fédérale de l’Aude, avec qui je comptais les sous de la fête de l’Huma de l’Aude. Aussi sectaire que mon oncle, militants au PCA qui avait du quitter Alger en 65, alors qu’il avait fait de la prison aux Baumettes pour avoir participé à la libération de son pays…

Faut dire que mon appartement avait été plastiqué en 1962 par l’OAS, j’avais 8 ans. La tête pleine des contacts avec les dirigeants communistes de l’Aude et les souvenirs algériens, fier de vendre l’huma avec mon grand père conseiller municipal communiste de Carcassonne, j’attendais donc mes 14 ans en bon communiste. Explose la Grève Générale.

À Béziers, j’étais en 4ème au lycée Henry IV, niveau collège. La télé nous rapportait les barricades, les déclarations du PCF, des dirigeants étudiants. Elle nous avait apporté les nouvelles du printemps de Prague, celle de la mort du Che…

Ce 22 Mai 68 au lieu de prendre ma carte du Jeunesses Communistes, je fabriquais sur un bout de carton, une carte de la Jeunesse Communiste Révolutionnaire avec faucille et marteau et étoiles, comme le drapeau de la Chine. Il n’y avait pas de JCR à Béziers, tout juste un sympathisant, Georges El Khaïm, un copain de ma sœur en terminale. Je ne savais pas que ma grand-mère avait exclu pour trotskisme Marty (qui deviendra chanteur occitan) du parti à Carcassonne. Les manifs lycéenne à mon grand désespoir étaient silencieuses et dirigées par un géant du nom de Brouzet qui était déjà recordman du lancer de poids. Les collégiens dont j’étais, étaient peu nombreux dans le mouvement tout au plus 7 ou 8. Nous nous réunissions au collège de ma mère avec un syndicaliste du SNES, membre du PSU, Devic, aujourd’hui militant emmanuelliste à Béziers. On faisait les manifs, on organisait les boums permanentes chez Alain Couvreur, on allait au ciné (la mariée était en noir…). Toute la journée dehors, parfois en manif ou l’anarchiste Occitaniste Rouquette vendait “ Action ”. Je rentrais à n’importe quelle heure, plus de repas en commun, chacun de nous 4 (mère, père, sur et moi) occupés à nos activités. Quand j’avais faim, j’ouvrais le frigo et je mangeais ; la liberté quoi…

Passé le mois de juin, l’essence revenue aux pompes, la vie ayant repris son cours, je posais la vraie question : “Pendant ce temps là qui remplissait le frigo ?” Ma mère ne dit rien, mais n’en pensait pas moins. Le MLF ne naîtra que quelques années plus tard…

Pierre Timsit (Samy Liuva pour les plus anciens)


 

En mai 68, j’avais 8 ans. Un jour, dans notre village de l’Ariège, les instituteurs de l’école publique de garçons annoncèrent qu’il n’y aurait pas classe les jours suivants, sous des regards incrédules et interrogatifs : ce n’était pourtant pas l’été... Puis c’est mon père, qui travaillait aux hauts-fourneaux de l’usine métallurgique Creusot Loire de Pamiers, qui est rentré un matin (il faisait les 3/8 et rentrait harassé de ses 20km de trajet à mobylette après une nuit de travail) en annonçant que “c’était la grève”. Le regard de ma mère portait tout le poids de ces mots. Les jours suivants, alors que nous, les enfants, profitions de ces vacances incongrues et peu compréhensibles, mon père lui, partait tout de même à l’usine. Les discussions à la maison devenaient chaque jour plus graves. Des mots étranges revenaient fréquemment : piquet de grève, manifester, revendications... et crédit à l’épicerie... Curieusement, ma mère était revenue un jour du village avec plusieurs kilos de sucre, et de farine. Elle attendait alors son quatrième enfant et était soucieuse. Mon père s’enflammait souvent sur les événements à l’usine ou en écoutant la radio. De jour en jour, les repas se faisaient plus chiches ; la viande n’était plus au menu. Le jardin devenait le principal garde manger. La pomme de terre la base des repas. Puis, cette période bizarre durant, comme un entre deux, un temps suspendu où se mêlaient pour moi insouciance et inquiétude sourde, ma mère me demandait désormais d’aller à l’épicerie à sa place, pour ramener un litre de lait ou un morceau de fromage... mais elle ne me confiait plus le porte monnaie. A chaque fois je devais dire à la dame, qui me répondait dans un hochement de tête entendu et discret, de “le mettre sur le compte”. J’étais de plus en plus mal à l’aise de cette situation. Je sentais notre famille fragile face à des événements qui me dépassaient, mais j’avais la sensation aussi que la situation nous rapprochait. Et je trouvais étrangement mon père plus disponible, plus solide. Cette absence d’école anormale -nous n’arrivions pas à la vivre comme de vraies vacances - commençait pourtant à peser sur le groupe de camarades du quartier… Puis un jour, tout se dénoua… aussi curieusement que cela avait commencé.

Mon père reprit le chemin de l’usine de nuit comme de jour, été comme hiver, sur sa mobylette, des années encore. Il fallut du temps pour effacer l’ardoise à l’épicerie, malgré “l’augmentation” que mon père annonça un jour avec fierté...

Christian Bélinguier (Toulouse)


 

A l’Ecole Normale d’Instituteurs de Colmar où j’étais alors interne comme tous mes collègues, ce fut d’abord une nuit blanche dans les dortoirs, à l’écoute des transistors qui relataient ce qui se passait à Paris. Le lendemain ou peu de jours après, nous fûmes renvoyés dans nos foyers, l’ENI fermait ses portes pour une durée indéterminée.Dans la petite ville minière de Wittelsheim, les mines étaient en grève, un drapeau rouge flottait sur le chevalet.

Une affiche annonçait la venue d’étudiants devant venir en voiture depuis Strasbourg pour un débat avec les mineurs. Tout le monde se parlait, mais ceci n’était pas chose inhabituelle dans les cités des mines. Sauf en ce qui concerne les sujets de conversation, qui, eux, sortaient du quotidien : on parlait politique ! Je dois dire que je me suis senti frustré de ne pas avoir pu passer un écrit de bac (il n’y eut que des oraux).

L’été, en vacances en Pologne, je me souviens d’abord du nombre de touristes étudiants tchèques racontant avec enthousiasme à qui voulait l’entendre ce qui se passait dans leur pays depuis le printemps ; après le 21 août, traversant la Tchécoslovaquie en train sur le trajet retour, je fus surpris par tous ces voyageurs tchèques qui partaient en vacances à l’ouest avec une quantité impressionnante de bagages. Ce n’est qu’à l’automne, en arrivant à Strasbourg, où j’entrais au Centre de Formation de Professeurs d’Enseignement Général de Collège et à la Faculté des Lettres, que je trouvais diverses interprétations des événements en cours. Je suivis avec assiduité les réunions organisées par les cercles rouges, les cours d’initiation au marxisme proposés par le PCF, et quelques débats animés par les anarchistes. Une année plus tard, après un voyage en Irlande où je vis, à Derry, des enfants jouer sur des barricades portant l’inscription “you are entering free Derry”, je demandais à intégrer un cercle rouge. Le monde bougeait, et il n’était pas concevable de rester dehors de l’histoire en train de se faire.

Philippe Lewandovski (Strasbourg)


 

Je ne me rappelle plus s’il faisait beau. J’habitais le centre de Paris et j’étais en quatrième au lycée Turgot. Pas tout à fait encore 14 ans. Mon seul bagage politique à l’époque : la lecture d’une affiche sur laquelle un dénommé Joseph Proudhon exaltait la liberté individuelle. Ça me plaisait bien… Puis vint le mois de mai. L’ébullition, la fièvre, la grève... la première grève, elle sera suivie de bien d’autres... Les drapeaux rouges et noirs sur la façade, les AG permanentes, les réunions de critiques des cours. « Critique » des maths, du français, de l’histoire-géo, de l’éducation en général, etc. La volonté de tout renverser. Le questionnement : « est-ce qu’il n’est pas déjà trop tard pour nous ? – Pour nous peut-être mais pour les petits il est encore temps ! » disions-nous du haut de nos treize ans et demi. La discussion permanente. Le père, syndiqué CGT, ouvrier chez Transport Presse, jamais là pour cause de piquet de grève. La mère, de droite, vitupérant contre les « partageux ». Le sentiment de la liberté. Le droit de venir au lycée habillé à sa guise. Avant il fallait porter le blazer et le pantalon de tergal. Le règlement intérieur précisait que « le seul écusson autorisé était celui de l’association sportive du lycée ».

Et puis la rencontre, un « grand » de la JCR (je ne savais pas ce que c’était) qui nous explique les bases de l’exploitation : l’ouvrier travaille et le patron empoche ! Simple, clair, net… l’injustice sociale à l’état brut. De quoi se forger une conscience… Le 13 mai, la marée humaine, immense, qui passe devant chez moi. Les gens dans la rue, qui discutent, partout et sans fin. Puis la fin juin, les vacances, le sentiment que rien ne serait jamais plus comme avant et de ne jamais plus être comme avant. L’espoir de changer le monde. La décision de faire de l’activité politique et de la question sociale l’alpha et l’oméga de toute une vie. La mienne. Plus tard ce sera la campagne Duclos puis l’entrée en comité rouge. Mais c’est une autre histoire…

Christian Gourdet


 

En Mai 1968, j’étais dans ma 29e année ; j’ai vécu les événements dans l’arrière-pays héraultais, et à Lodève exactement.

Cheminot, j’occupais les fonctions de chef de cette petite gare, aujourd’hui disparue, et de représentant SNCF dans cette ancienne sous-préfecture de 7 000 âmes. Je devais me rendre au CIP de Béziers (Centre d’instruction professionnelle) pour y préparer l’accès à la maîtrise qui me conduisit un peu plus tard, et en Mai 1971, à DT1-PC SNCF de Marseille. L’appel à la grève étant effectif pour les cheminots, le CIP fut fermé dès le 1er jour, et nous fûmes contraints de retourner chez nous ! Je me mis, moi aussi en grève.

Quoique adhérent CGT depuis mai 1962, retour de mes 27 mois passés en Algérie avec les appelés du contingent, Lodève, au pied des Causses du Larzac via le "pas de l’Escalette" (célèbre pour ses rallyes automobiles et autres courses de côte) est à 65 kms de Béziers et 55 de Montpellier. Nous ne voyions pas souvent le syndicat, et les timbres étaient acheminés par les agents du train de marchandises qui assurait la navette entre Béziers-Vias-Pézenas-Paulhan et Lodève terminus de la ligne ou (cul-de-sac).

Les wagons acheminés étaient essentiellement ceux du "pinard", ce vin dénommé "bibine" par un Ministre de l’époque.

Pour l’anecdote, avant la fermeture du dôme de ces citernes à laquelle je devais assister avant scellement, un sac de 50kgs de sulfates "anhydride sulfureux" était ajouté, ce qui provoquait un bouillonnement impensable, qui se posait quelques instants plus tard. En conditionnement en bouteilles, ce vin nous revenait étiqueté en "velours du palais".

De la gare, par la desserte en surface, nous expédiions des carottes d’uranium de texture rouges (les Ruffes : grès et argiles d’origine continentale, accumulation de sédiments de la fin du carbonifère), ou noires (le basalte), car Lodève possédait des gisements exploités par le CEA. (J’ai encore, en guise de presse-livres deux morceaux de ces carottes). C’est pendant cette période, en Mai 1968, de réunions dans l’arrière Pays, que j’ai lié connaissance avec deux familles d’enseignants : les Allart et les Hermet.

Toutes deux communistes, elles me conduisirent tout naturellement l’année suivante à mon adhésion au PCF en présence du professeur de médecine Jacques Roux, mais oui. Mais c’est une autre histoire !

Gilbert (Cadre Honoraire SNCF- toujours militant CGT, et retraité à Pertuis en Luberon, et encore en instance de comparution en commission des conflits au PS84)


 

Au milieu des années 60 le déplacement des femmes était encore étroitement surveillé. À l’hôpital psychiatrique de la banlieue de Rouen où j’étais infirmière, l’heure de début et de fin du travail était impérative. Pour les infirmières ou élèves infirmières, les employées administratives et des services généraux, le temps était compté. Souvent elles étaient conduites et attendues par les pères et les maris.

Les mobilisations et les grèves en ces années d’agitation, 65, 66, 67, démolissent ces horaires. Elles devaient négocier chaque fois auprès de leur famille leur participation aux assemblées générales en dehors du temps de travail. Les manifestations étaient des moments d’affrontement avec les parents ou les maris ou bien elles devaient partir pour se retrouver à l’heure à la grille de l’hôpital. Elles grappillaient sur les courses ou le maquillage pour payer la cotisation syndicale, leur salaire devant être intégralement versé au compte de la famille. Les jeunes surtout, celles que les réunions de la commission jeune CGT attiraient par la liberté de discussion. Le débat faisait rage sur les modes d’action, sur le droit et le sens de la grève. Et surtout on s’informait librement avec des fous rires au droit à la contraception, à l’avortement. Les échanges avec celles qui avaient déjà obtenu certaines libertés dans leur famille ouvraient les esprits des participants des deux sexes. Mais beaucoup de filles, de femmes devaient mentir ou assurer d’un chaperon pour participer à une réunion syndicale, aller un meeting politique. Tout est bouleversé le mardi 14 mai 68, le lendemain de la manifestation qui vit partir la plus grande délégation jamais vue, avec le vote en assemblée générale d’une grève reconductible avec occupation de l’hôpital. Un surcroît de travail, de présence dans lesquels se précipitent les femmes, majoritaires à l’hôpital, jeunes et moins jeunes que cet engagement exalte.

Parce que la grève c’est les piquets de grève le jour et la nuit pour faire face aux difficultés de déplacements de ceux qui habitent loin ou qui ne peuvent venir assurer leur service faute d’essence. Sans compter les anti-grévistes qui ne viennent pas travailler pour laisser le boulot aux grévistes. Il faut éviter un accident, une baisse de la surveillance par manque d’effectif et donc pouvoir remplacer les absences au pied levé. Les femmes qui se retiraient de toutes les initiatives par crainte des reproches de leur entourage trouvent l’assurance pour s’engager. Tranquillement. La grève c’est encore l’intendance, la nourriture, l’hygiène qu’il faut réorganiser. Les urgences qu’il faut aller chercher. Parce que les cadres administratifs présents, ils ne sont pas nombreux à être partisans de la grève, qui nous prêchent chaque jour la catastrophe, ne sont guère aidant.

Et puis c’est aussi les assemblées générales où s’expriment tous les avis sur les rapports hiérarchiques, les souffrances, les tâches inutiles et surtout qui reconduisent la grève chaque jour par un vote à main levée qu’il ne faut pas manquer.

C’est enfin les commandos gaullistes qui viennent attaquer le piquet de grève au nom de la “liberté du travail”, menaçant d’envahir l’hôpital et qui giflent les femmes présentes en leur intimant l’ordre de rentrer chez elles.

La grève c’est des tâches inhabituelles comme la visite aux salariés de l’entreprise qui distribue les médicaments sur la région, qui se sont claquemurés derrière une grille cadenassée et refusent depuis une semaine l’accès aux médicaments aux pharmacies des hôpitaux et de ville. Il faut y aller, entrer en confiance avec des jeunes, une majorité de jeunes filles, sans formation mais pas sans savoir faire, payées un salaire de misère et maltraitées par des cadres arrogants qui ont fui. Les syndiquées de l’hôpital et les non-syndiquées de l’entreprise entament un dialogue. Une section syndicale est montée. La distribution peut reprendre, sous la direction des salariées qui vont plus tard négocier leurs salaires sur des bases nouvelles, fortes de leur nouvelle expérience.

Les infirmières et les employées de l’hôpital s’imposent en prenant conscience de l’importance de ce qui leur est interdit. Elles racontent comment elles ont cloué le bec à leur père qui voit leur autorité remise en cause et à leur mère, garant de la bonne conduite de leur fille, comment elles ont gagné la confiance de leur mari en les faisant venir dans l’hôpital, parler avec leurs copines, leurs copains, les dirigeants syndicaux qui ne sont pas des sex-symbols. Elles goûtent à la liberté de décider par elles-mêmes.

Alors après la grève... revenir à l’état antérieur, à la surveillance de la montre pour souligner les quelques minutes de retard, pas question ! La grève de mai juin 1968 a beaucoup plus fait pour l’indépendance des femmes que les quelques mots d’ordre prônant la liberté sexuelle et repris en boucle par les médias.

Françoise Filoche


 

Je venais d’avoir 7 ans et pas encore toutes mes dents. Pour mon anniversaire j’avais eu un vélo rose fuschia. On avait encore école le samedi après -midi. Toutes les semaines, on apprenait une nouvelle chanson en écoutant le poste. La radio diffusait une émission spécialement conçue pour les écolières et on avait un cahier de chants siglé ORTF. Dans la cour de l’école des filles on jouait à la marelle, à l’élastique et à la corde à sauter. Chaque jeu avait sa saison en mai c’était les cartes. J’adorais jouer au pouilleux massacreur. Le carambar coûtait 5 centimes chez Youn Bonbon.

Il faisait beau. Plusieurs jours de suite, je suis allée à l’école avec marraine sans blouse et en pantalon. C’était absolument IN-CRO-YABLE. Je me souviens le pantalon était bleu avec des petites fleurs jaunes et oranges. Un vrai pantalon de hippie avait dit pépère Youn ! Y’avait AG. De mon point de vue, c’était un truc très curieux : tous les maîtres de l’école des garçons, toutes les maîtresses de l’école des filles et même les profs du collège discutaient enfermés dans une salle de classe, alors qu’il fait si beau. Moi, pas sotte, j’en profitais pour faire du slalom avec mon vélo rose autour des tilleuls de la cour de l’école.

Virginie Houadec


 

Moi en mai 68 j’avais 6 ans. Vous pourriez en déduire que je n’ai pas tellement de souvenirs directs à raconter, mais ce n’est pas le cas. Ma mère, institutrice syndicaliste, fut tellement débordée d’activité que j’ai passé trois semaines de vacances chez mes grands-parents.

Mais ma grand-mère, institutrice syndicaliste, avait fait sa banderole à Aubenas (ce n’est pas un souvenir on me l’a raconté ensuite) : "Vive la grève générale, soutien à l’UNEF !" dés le 13 mai 68. Ce furent donc trois semaines de vacances. De retour, il y eut un jour une petite inquiétude à la maison : une affichette anonyme "Plus jamais ça" signée des comités de défense de la république" (la Vème, je précise) avait été scotchée sur la porte d’entrée. C’était en juin 68… Tout cela se passait au Monastier sur Gazeille, 2000 habitants à l’époque. En fouillant dans le grenier plus tard, j’ai trouvé un PV de la réunion du " comité d’action du Monastier sur Gazeille " formé par les délégués des instituteurs et profs du collège, par le délégué des ouvriers de l’usine de saucissons, par un délégué paysan et un délégué des jeunes via sans doute le club des Eclaireurs. Vers le 20 mai ils avaient voté une motion disant que le pouvoir du préfet ne représentait plus rien… Je n’ai jamais retrouvé ce foutu PV.

Vincent Présumey (Allier)


 

Quelques jours après Paris, Bordeaux, où j’étais alors étudiant et militant de l’UNEF, connaissait sa « nuit des barricades ». L’UNEF avait appelé à une manifestation de protestation contre les « violences policières ». Les rôles avaient été distribués. J’étais, pour ma part, chargé de diriger le service d’ordre. Nous étions 5 000 au départ de la manifestation mais nous nous retrouvâmes à 10 000 sur la place Pey-Berland, devant la mairie, le Palais Rohan, où siégeait Chaban-Delmas à la fois maire de Bordeaux et président de l’Assemblée Nationale. Le service d’ordre occupait les trois ou quatre premiers rangs mais aussitôt après venaient plusieurs centaines de jeunes ouvriers. Ils ne connaissaient pas de chants révolutionnaires et entonnaient « Le petit vin blanc » ou « Nini peau de chien ». Leur volonté d’en découdre avec le pouvoir n’en était pas moins évidente.

Arrivée devant les portes du palais Rohan, la manifestation piétine sur place. La voiture chargée de cailloux destinés à être lancés sur la mairie pour « manifester la désapprobation populaire en s’attaquant à un lieu public où siégeait le quatrième personnage de l’Etat gaulliste » n’était pas au rendez-vous. Les immenses portes en bois du Palais Rohan venaient de se fermer devant nous. Nous essayons, en vain de les enfoncer. Soudain un cri : « Les CRS ! » Ils viennent, en effet, d’apparaître en haut de la rue qui mène du cours de l’Intendance à la place Pey-Berland. Une fusée monte dans le ciel et redescend lentement au bout d’un parachute. Je ramasse le petit parachute et le met dans ma poche, en souvenir, à côté des morceaux de citron que j’ai mis là pour me préserver des effets des gaz lacrymogène. A chaque fois que, cette nuit-là, je sucerai ces morceaux de citron, j’aurai donc la bouche en feu. Je ne finirai par en comprendre la raison que le lendemain midi, après quelques heures de sommeil…

Beaucoup de gens commencent à courir. Je n’arrive pas à regrouper le service d’ordre. Je reste quelques instants à contempler le spectacle surréaliste de la porte du palais Rohan. Je n’ai pas grand mérite, à cette époque là, je courais vraiment beaucoup plus vite que n’importe quel CRS. Certains manifestants ont gravé leurs initiales sur les portes majestueuses, d’autres ont commencé à percer un trou avec une chignole. Deux tournevis, un couteau et une vrille restent plantés sur la porte. La petite vrille surtout m’a fasciné.

La manifestation se regroupe quelques centaines de mètres plus loin, devant la fac de Lettres. Le spectacle est hallucinant. Une trentaine de scouts ou d’éclaireurs en grand uniforme avec bérets, shorts et foulards, sont en train d’abattre les arbres de la place à coups de haches. Un homme d’une cinquantaine d’années utilise un marteau piqueur pour dépaver la rue. Quelqu’un l’interpelle et lui demande ce qu’il fait. Il répond « pendant des dizaines d’années j’ai utilisé ce truc là sans savoir pourquoi, maintenant, je sais ! » Des dizaines d’autres manifestants entassent les pavés pour en faire une barricade. Un professeur de sociologie, maoïste, explique que la révolution mondiale vient de commencer mais qu’il faudra « plusieurs siècles avant que la croissance des forces productives ne permettent l’instauration du socialisme ». Un autre professeur, de philosophie au lycée Montaigne celui-là, affirme haut et fort que la formule de Lacan « l’inconscient est structuré comme un langage » a été mal comprise. Des milliers de personnes, de tous âges, discutent de ce que pourrait être une société débarrassé des exploiteurs. En quelques heures, le voile de l’idéologie dominante s’est déchiré pour ces milliers de personnes qui comprennent qu’une autre vie et une autre société sont possibles. L’UNEF envoie une délégation, dont je fais partie, négocier avec le commandement des CRS. Nous essayons d’obtenir la possibilité pour la manifestation de se retirer, sans heurts, dans la fac de Lettres. Mais des milliers de personnes ont envahies les rues environnantes, des barricades commencent à être érigées dans toute la rue qui mène de la fac de Lettres à la place de la Victoire. De jeunes ouvriers que je connais m’interpellent avec le bel accent de Bacalan : « Jajacques, arrête de discuter avec ces crapules ! », « Jajacques, arrête où tu vas te prendre un pavé, comme eux ! ».

Les CRS chargent et nous nous retrouvons à plusieurs centaines, enfermées dans la fac de Lettres. Nous y resterons coincés toute la nuit, alors que dehors, la bagarre fait rage et que les CRS doivent prendre une à une les cinq ou six barricades édifiées par les manifestants. Par miracle, personne ne sera tué. Les plus dangereux sont la quarantaine de barbouzes (la pègre locale qui sert de service d’ordre gaulliste) qui, vers 6 heures du matin matraquent à coups de barre de fer les derniers manifestants. Quelques mois plus tard, pour mon vingt cinquième anniversaires, un ami, qui hélas n’est plus là aujourd’hui, me fait un cadeau insolite : une bande de magnétophone qu’il a joliment intitulé « La java du siècle ». C’est un enregistrement, réalisé par un camarade de l’UNEF, étudiant en Sciences, des communications entre le Préfet de la Gironde et le commandement des unités de CRS, tout au long de cette nuit des barricades. Le Préfet qui était un homme plutôt fluet s’était alors attribué, non sans humour, le nom de code de « Porthos 33 ».

« Porthos 33 » se focalise, en début de soirée sur les négociations avec l’UNEF et, vers la fin de la nuit sur un risque d’incendie.

« Allo, ici Porthos 33, où en sont les négociations avec les plénipotentiaires de l’UNEF ? »

« Eh bien, les plénipotentiaires sont plutôt des potentiaires de rien du tout : dés qu’ils proposent quelque chose, les manifestants font le contraire ».

« Allo, ici Porthos 33 : où en est l’incendie du cours Victor Hugo ? Eh bien, c’est une bonne femme du quatrième étage qui avait oublié sa friteuse pour regarder la bataille sur les barricades, juste en-dessous de chez elle. Oui, mais quelle est l’étendue des dégâts ? Eh bien, la friteuse est foutue ! »

Jean-Jacques Chavigné


 

Vendredi 10 mai 1968, lycée Gabriel Fauré dans le 13ème arrondissement, avenue de Choisy. Les usines Panhard sont à proximité.Elles devinrent usines Citroën avant d’être détruites pour laisser la place aux tours qui allaient former le coeur de la chinatown parisienne. Depuis plusieurs jours, le quartier latin, pour nous élèves du 13ème c’ était loin, est le théâtre d’affrontements entre la police et les étudiants. On sent confusément que quelque chose est en train de se passer. Le matin, notre professeur de français-latin (militant communiste et futur universitaire) nous apostrophe… Et nous voilà, 150 peut-être 200 élèves (à l’époque le lycée allait de la 6ème à la terminale) en vadrouille vers le 5ème arrondissement, la faculté des sciences de Jussieu encore sans tour à l’amiante. C’était une bonne occasion d’ éviter le cours de maths avec les problèmes de seconde de géométrie dans l’espace. D’autres lycéens nous rejoignent, on écoute, on ne comprend pas tout . L’ après-midi, grande manifestation depuis la place d’ Italie jusqu’ à Denfert et puis après… La 1ère nuit des barricades . J’ étais parti avant....Le 13 mai, il faisait beau , la grève générale, 1 million depuis la gare de l’est jusqu’à Denfert… Et après l’ occupation du lycée, on dormait dans la grande salle de permanence en attendant une hypothétique descente des « fascistes ». AG permanentes couvertes par un proviseur latiniste et humaniste P A Ségalen. Tous les groupes révolutionnaires viennent nous voir, je me souviens de la visite des futurs dirigeants , déjà très révolutionnaires, de la nouvelle action royaliste. Et puis, des images . D’abord, l’avenue d’Italie, pratiquement sans voitures, à la station « maison blanche », un immense panneau publicitaire devenu livre mural de libre expression avec en permanence une bonne centaine de personnes qui discutaient politique . Le Kremlin-Bicêtre avec son comité d’action réuni en permanence qui a failli faire une barricade sur la nationale 7 pour dégager le quartier latin. Toujours le KB, sur l’avenue, le Monoprix fermé avec derrière les portes vitrées les vendeuses en grève. Pour l’ ado de 15 ans, quelle belle entrée en politique, encore quelques mois....et je rejoignais la SFIO.

Didier Bourdelin (Haute Loire)


 

Jeudi 9 mai, au lycée du mas de Tesse à Montpellier. Ma classe de seconde a décidé de débrayer. Malgré les hurlements horrifiés de notre professeur d’espagnol (famille de franquistes convaincus). Dieu, la Patrie, la famille, et surtout la femme au lit et aux fourneaux - voila quelles étaient ses "valeurs". Mandatée par ma classe de copines (la mixité n’était pas encore instituée) je lui ai dit franco que nous nous passerions de son autorisation et que nous sortions. Les rues de Montpellier étaient ensoleillées, nous avons rejoint nos camarades du lycée de garçons du centre ville, nos amies du lycée George Clémenceau. Nous chantions, dansions et criions des slogans tels que "Avortement libre et gratuit (déjà), nous voulons faire l’amour sans risques, la pilule gratuite pour toutes". Oui, nous rejetions de toutes nos forces les tabous inculqués par la famille, les profs, la religion(protestante ou catholique). Nous sommes passés devant un foyer d’immigrés Sonacotra, des drapeaux rouges flottaient aux façades. Des poings se sont levés. Fraternité travailleurs immigrés . La manif grossissait. Toute la jeunesse était dans la rue. Premier jour de grève pour moi. J’ai appris la révolte. Merci Mai 69.

Dominique Dubreuil (correspondante)


 

En mai 68, je devais passer mon CAP de mécanique Générale au C.E.T de Brionne dans l’ Eure.

16 ans, apprenti avec comme perspective d’être embauché dans l’entreprise où travaillait mon père : la Papeterie de Pont-Audemer. Atelier d’entretien. Je connaissais déjà cette usine car j’y avais travaillé chaque été en suivant les ouvrières derrière les tubeuses et botoneuses, machines fabriquant de grands sacs en papier (pour mettre des engrais Purina) qu’il fallait ranger par paquets de 25 et empiler sur des palettes. Travail épuisant pendant 8 h pour un adolescent, avec une pose d’une demi-heure. 16 ans. Je me levais à 4 h avec mon père pour commencer les factions 5 h/13 h pendant une semaine, puis 13 h/21 h l’autre semaine. Le travail de nuit était interdit pour les moins de 18 ans. Pour un salaire diminué à 50 % du SMIG de l’époque.

Donc, je devais passer mon CAP de mécanique générale en mai 68. Cinq épreuves pratiques allant de la Forge à la Serrurerie, de l’Ajustage à l’Electricité, du Tour à métaux à la Fraiseuse et bien sûr les épreuve de technologie avec le dessin industriel, la mécanique théorique, la sécurité au travail. Plus des épreuves de culture générale avec la dissertation en français, des questions en Histoire-géographie, les mathématiques, etc. Mais la grève a surgit dans cette petite ville normande de Brionne. Manifestations et cortèges passaient devant notre établissement scolaire où nous étions internes. Trois ans d’internat dans des locaux vétustes, avec des pions et une administration qu’on pourrait aujourd’hui caractérisée de militaire. Une tôle, un bahut terrible pour nous ados futurs prolétaires en devenir.

Nos professeurs, tous d’anciens ouvriers professionnels reconverrtis comme profs dans le technique, se sont mis en grève et ont occupé les locaux et ateliers du CET.

Les apprentis collégiens que nous étions, avec une conscience de classe naissante , à fleur de peau, ressentant les inégalités sociales, se révoltaient contre les conditions de vie de nos parents, tout en étant fiers d’être fils, filles d’ouvrier, de papetier. Tous habitant dans une cité ouvrière proche de l’usine à Pont-Audemer. Mais nous avons suivi l’exemple de nos profs. Nous avons désigné une délégation de première, deuxième, troisième année d’élèves internes pour rencontrer le proviseur, un homme autoritaire que l’on craignait, utilisant les claques pour se faire comprendre et respecter.

Nous n’avions, jeunes adolescents, qu’une seule revendication importante, parmi d’autres plus classiques. Celle-ci me semble surréaliste aujourd’hui : nous avons demandé au proviseur de nous laisser tranquille le samedi midi avant de prendre la Micheline ou les bus pour rentrer chez nous pour un week-end bien mérité (quand on n’étaient pas « collés »)… en ce qui concerne la longueur de nos cheveux. Nous voulions ressembler aux Beatles, aux Rolling Stones avec nos cheveux longs, imitant le chanteur Antoine avec ses chemises à fleurs. Tous les samedis, il y avait une inspection de la longueur de nos tifs et le Proviseur nous invitait à aller chez le coupe-tifs, sinon, en cas d’oubli, nous étions collé le week-end suivant. Chaque samedi, nous humidifions nos cheveux afin de les plaquer sur notre front et passer au travers de l’inspection. VOILA NOTRE MAI 68.

Hé oui nous avons quand même passé nos épreuves de CAP, mais début Juillet 68. Au mois de septembre 69, je poursuivais mes études en seconde spéciale : " Mécanique de construction" au lycée Ferdinand Buisson à Elbeuf dans la perspective d’obtenir le BAC F1. Rapidement j’animais le C.A.L (Comité d’Action Lycéen), vite transformé en Comité Rouge. J’ai intégré la cellule mixte Enseignante/Renault Cléon de la LIgue Communiste d’Elbeuf rejoignant les camarades Patrick Choupeau, Jean-Marie Canu, Francis Marx, Jean Métais et les cinq O.S de renault Cléon dont j’ai oublié les noms, sauf René Cottrez. Début d’une histoire sans fin. 25 ans à la Ligue Communiste révolutionnaire, section française de la IVème Internationale. Eternel minoritaire, compagnon de route des tendances in-LCR de Gérard Filoche and Co, pourfendeur du gauchisme dans la Ligue. Mis « Hors Norme », j’ai rejoins comme 300 de mes camarades syndicalistes et amis de 40 ans la Gauche Socialiste pour ancrer le Parti Socialiste à gauche et depuis l’histoire sans fin se poursuit avec ses hauts et ses bas. Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté (Gramsci).

Jean-Paul Nail (Davido pour les ex-LCR), correspondant D&S Marseille, après Le Havre, après Bordeaux, après Elbeuf, après Pont-Audemer.


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