Démocratie & Socialisme
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Enjeux et enseignements du congrès de Reims

La gestion Hollande ne permettait plus de faire face au sarkozisme

jeudi 1er janvier 2009

 
Dans son dernier discours à Reims, François Hollande a donné au Parti socialiste le plus mauvais conseil possible. Il a dit : « Ne promettez pas trop pour 2012 car avec la gestion de la droite, les caisses seront vides et l’on ne pourra pas tenir nos promesses ». Cela aura été pendant dix ans un de ses leitmotivs préférés : « ne pas promettre plus que ce qu’on peut tenir ».

Comme toutes ses analyses étaient limitées à l’horizon indépassable du capitalisme, il ne pouvait JAMAIS promettre beaucoup, il fallait toujours reconstruire l’économie AVANT de redistribuer quoi que ce soit.

Parfois François Hollande se présentait comme plus « avisé » que les capitalistes eux-mêmes dans la gestion : n’est-il pas allé jusqu’à reprocher à Sarkozy de ne pas respecter les critères de Maastricht ? Dans la même veine, Ségolène Royal commença sa campagne électorale en février 2007, à Villepinte, en affirmant la priorité au « remboursement de la dette » ! Ce point de vue était partagé par DSK et par tous les dirigeants du PSE que François Hollande côtoyait. Comme Rocard et Delors, on a eu pendant dix ans un Premier secrétaire qui croyait qu’en 1981- 82, on avait « trop promis » et que les échecs de la gauche venaient de là : on avait « déçu » notre électorat ! Il fallait donc être plus modéré pour rester « durablement » au pouvoir.

Jamais François Hollande ne se ré-interrogera sur le tournant monétariste de 1983. Il a quitté ses fonctions sans apporter de réponses plus combatives à la crise du capitalisme à dominante financière – explosant pourtant sous ses yeux dans son dernier mois de mandat en octobre 2008.

Pourtant, si Lionel Jospin a gagné en 1997, ce fut en faisant des promesses audacieuses comme les 35 h sans perte de salaire et le contrôle administratif des licenciements.

Pourtant, si on a gagné les scrutins intermédiaires en 2004, 2008 c’est plutôt sur une ligne de gauche. Les électeurs, indignés par la loi Fillon en 2004 et par la politique de Sarkozy en 2008 ont voté à gauche nettement. Il est arrivé aussi que le « ton » PS ait été plus à gauche : aux Européennes de 2004, François Hollande avait accepté la proposition d’une « Europe des 35 h et du Smic européen » (ce qui lui fut reproché par Vincent Peillon dès 2005 à Fouras qui l’accusa de « molletisme  » à cause de cela…) : on a obtenu ainsi 30 % des voix. On a obtenu 20 régions sur 22, 61 départements sur 100, 2 villes sur 3 sur une ligne gauche, sans besoin d’un appoint du Modem.

Mais la leçon n’est pas comprise, alors qu’on n’a aucune chance de ré-obtenir un succès en juin 2009 si les électeurs ne sentent pas qu’on se bat vraiment pour une Europe de gauche et si on ne fait pas de grandes promesses de rupture en ce sens.

Pour les deux grandes élections présidentielles du 21 avril 2002 et du 6 mai 2007, ce mauvais adage « ne pas trop promettre » a prévalu… : en ne promettant rien sur les grandes questions sociales, Lionel Jospin et Ségolène Royal ont perdu ! Et en 2012 si on suivait les conseils de François Hollande répétés à Reims, on perdrait encore !

Pourtant François Hollande était parmi les plus talentueux, plus agile intellectuellement que beaucoup d’autres, avec un entregent et un savoir faire remarquable : mais s’il tenait parfois un discours gauche, (c’est arrivé à plusieurs reprises, y compris en défense des retraites au congrès de Dijon) une pesanteur droitière l’emportait à chaque choix décisif. Si François Hollande avait osé appeler à voter « non » au référendum du 29 mai 2005, il serait président de la République aujourd’hui. Il aurait été l’homme qui entraînait 70 % des Français à voter « non », il aurait uni la gauche, il aurait été l’homme qui fait rediscuter l’Europe, son charisme aurait fait un énorme bond en avant…

Mais les liens deloriens, droitiers, « trans-courants », l’ont emporté et dès lors il n’a cessé de perdre pied : sanctionnant Fabius le 1er juin 2005 avant de faire avec lui une synthèse floue en novembre 2005. Il ne parvenait plus à redresser la barre, ce qui est définitivement devenu impossible avec la candidature Royal.

Le voilà parti en ayant au dernier moment, freiné les ralliements – un moment envisagés en pleine nuit des résolutions à Reims - de Delanoë et d’Aubry à la candidature Hamon. Il ne voulait pas que le parti « tombe » à gauche après lui. Mais il a échoué à mettre en place le « grand bloc central » auquel il aspirait pour lui succéder, et il n’a même pas pu faire le discours de clôture qu’il envisagea un moment à Reims.

Dommage, mais c’est le résultat d’une succession de mauvais choix politiques a contrario des attentes principales du salariat. Combattre Sarkozy impliquait une détermination dans le ton qui n’était pas la sienne, la mise en avant d’éléments de programme alternatifs en rupture profonde avec le néolibéralisme.

François Hollande n’était pas un homme de « rupture ». Il aurait pu forcer sa nature, mais comme il s’autolimitait politiquement, même quand il haussait le ton en tant qu’opposant, il n’était pas perçu comme le dirigeant populaire alternatif dont la majorité écrasante de la gauche avait besoin...

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