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Le gouvernement Israélien, massacreur du peuple de Gaza doit être condamné

Le ghetto de Gaza

mercredi 4 février 2009 par Philippe Lewandowski

 

Le terme de ghetto est-il approprié pour désigner la bande de Gaza ? La question est d’autant plus légitime que le mot soulève des passions promptes à s’exacerber, rendant par là-même plus opaques et plus difficiles toutes réflexions, et a fortiori tout débat politique. La référence la plus fréquemment citée est par ailleurs le ghetto de Varsovie, dont l’insurrection le 19 avril 1943 demeure dans les mémoires.

Il importe de rappeler qu’il ne s’agit là que d’une acception bien particulière de la notion de ghetto, qui après avoir servi à l’origine pour désigner les quartiers urbains dans lesquels étaient contraints de vivre les israélites de la cité, s’est élargie pour désigner, notamment aux Etats-Unis, les quartiers défavorisés dans lesquels se retrouvait une population, le plus souvent de couleur, contrainte à la misère.

Cette dernière constituait à elle seule une barrière suffisamment puissante pour que les exclus du bien-être ne puissent en sortir. Cet enfermement s’accompagnait le plus souvent de surpeuplement. La densité de population était telle que s’ensuivaient irrémédiablement des problèmes de logement, des questions de santé, d’hygiène et de ravitaillement. Et d’ordre public.

Ces caractéristiques peuvent-elles s’appliquer à Gaza ? La surface de la bande de Gaza, soit 365 km², a été comparée à celle du canton de Genève par un journaliste suisse, à celle de la communauté urbaine de Strasbourg sur un blog français ; à l’opposé donc des vastes surfaces semi-désertiques encore présentes dans les imaginations.

La densité de la population (un million et demi d’habitants) n’y est pas naturelle : une partie d’entre eux sont en effet des réfugiés de 1948, auxquels est dénié tout droit au retour, et qui s’entassent dans des camps de fortune dont les besoins élémentaires sont tant bien que mal satisfaits par l’agence de l’ONU créée dans cette intention.

Les infrastructures économiques, en partie financées par l’Europe, en ont été systématiquement détruites par l’armée israélienne : aéroport, accès au port, centrale électrique, bâtiments administratifs. Les pêcheurs sont empêchés d’exercer leur activité sur les bancs de poissons par une marine dont certains « exploits » relèvent de la simple piraterie.

La satisfaction des besoins élémentaires de la population est cyniquement restreinte par Israël : [En 2006], le dictateur que la population israélienne avait démocratiquement élu a décrété que les habitants de Gaza seraient mis « à la diète » sur l’avis donné au gouvernement par l’avocat Dov Weissglas immédiatement après la victoire du Hamas aux élections. Le Ministre de la défense, Shaul Mofaz, a décidé que les habitants de Gaza mangeraient de moins en moins de produits frais et de produits laitiers, ensuite de moins en moins de riz, et bientôt plus non plus de pain. [1] (Amira Haas)

Cet article déjà ancien révèle la raison de cette punition collective : lors des élections palestiniennes, démocratiques et sous supervision internationale, les Palestiniens ont en effet mal voté, un peu comme les Français, les Néerlandais et les Irlandais sur une certaine idée de l’Europe, mais les représailles, immédiates, dépassent amplement les manœuvres de nos propres apparatchiks : 45 députés ou ministres palestiniens sont d’emblée emprisonnés sans autre forme de procès, sans que nos démocrates s’en émeuvent. Et les conventions internationales interdisant les punitions collectives des populations civiles, sont superbement ignorées. Pourquoi ces Palestiniens ont-ils donc si mal voté, en dépit des pressants conseils qui leur avaient été donnés ? Se seraient-ils soudain convertis en masse à l’islamisme radical ? Que nenni, ils ont simplement sanctionné une autorité dont les agissements allaient à l’encontre de leurs préoccupations : Le triomphe électoral du Hamas fut considéré comme un signe inquiétant de la montée du fondamentalisme, et un coup terrible pour les perspectives de paix avec Israël, par les gouvernants et journalistes de tout l’Occident.

Des pressions diplomatiques et financières furent immédiatement appliquées pour forcer le Hamas a adopter les mêmes politiques que celles des partis qu’il avait vaincus dans les urnes.

Sans compromission avec l’avidité et la dépendance combinées de l’Autorité Palestinienne, l’enrichissement personnel de ses porte-parole et policiers serviles, et leur approbation d’un “processus de paix” qui n’a amené que plus d’expropriation et de misère à la population, le Hamas a offert l’alternative d’une simplicité exemplaire. Sans la moindre des ressources de son rival, il a mis en place des cliniques, des écoles et des hôpitaux, des programmes de formations et de protection sociale pour les pauvres. Ses dirigeants et ses cadres vivaient frugalement, au niveau des gens ordinaires.

C’est cette réponse aux besoins de la vie courante qui a valu au Hamas un large soutien, et non pas la récitation quotidienne des versets du Coran. [2] (Tariq Ali)

La constitution d’un ghetto répondant en tous points aux caractéristiques pré-citées représente en revanche la réponse israélienne à une consultation démocratique. La référence au ghetto de Varsovie est d’ailleurs devenue commune non seulement au mouvement de solidarité avec les Palestiniens, mais aussi à l’État-major israélien (à la différence que ce dernier s’intéresse plus à la tactique adoptée par l’agresseur qu’à celle de la résistance). Il est donc devenu légitime de faire appel à ces douloureuses analogies de l’Histoire ; un appel des Femmes en Noir s’en saisit fort opportunément :

Quand le ghetto se tait, on l’affame… Quand il se révolte, on l’assassine !

Varsovie, années 40 : Ils avaient construit une image du juif telle que c’est dans l’indifférence qu’ils avaient enfermé 500000 personnes de religion juive dans le ghetto de Varsovie, y menaient des incursions régulières, tuant hommes, femmes et enfants, affamant cette population réduite à un état de misère indigne, ouvrant parcimonieusement les portes du ghetto pour laisser de temps en temps passer quelques vivres.

Gaza, 2008 : Ils ont construit une image telle du Hamas (démocratiquement élu en 2006) que c’est dans l’indifférence que depuis 2 ans ils enferment 1500000 Palestiniens dans la bande de Gaza, y menant des incursions régulières tuant hommes, femmes et enfants (50 assassinats lors de la trêve de 6 mois respectée par le Hamas jusqu’au 6 novembre 2008), affamant cette population réduite à un état de misère indigne, ouvrant parcimonieusement les portes du ghetto pour laisser passer quelques vivres.

Rester silencieux, c’est être complices de ces crimes contre l’humanité.

Nous ne pouvons que partager ce terrible constat. Aucune solution ne peut aboutir sans que Gaza cesse d’être un ghetto.

Philippe Lewandowski

Notes

[1] www.palestinesolidarite. org Haaretz, consulté le 11-01-2009

[2] socio13.wordpress.com The guardian, consulté le 11-01-2009

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