Démocratie & Socialisme
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Che : rien de nouveau sous le soleil

samedi 4 avril 2009 par Julien Guérin

 
Au mois de janvier dernier ont été successivement projetés sur les écrans les deux parties du film de Steven Soderbergh, consacrées au Che, devenu une véritable icône dans le monde entier quitte à devenir parfois une simple image commerciale par une de ces ruses dont l’histoire a parfois le secret.

Principal protagoniste de la révolution cubaine dont on fêtait le 50e anniversaire en janvier, Che Guevara a depuis fasciné des générations successives de militants. Dans le film, le révolutionnaire est magistralement incarné par Benicio del Toro dont la performance a d’ailleurs été saluée en mai 2008 par le prix d’interprétation au festival de Cannes.

Soderbergh a choisi de ne pas faire une biographie complète du Che mais de consacrer chacune des deux parties du film sur deux moments clés de sa vie : la lutte dans la Sierra cubaine entre 1956 et 1959 avant la prise du pouvoir à la Havane dans le 1er volet, l’échec final et prévisible de la guérilla en Bolivie en 1966-67 dans le second. On ne sait donc rien du jeune Guevara, étudiant en médecine argentin épris de justice sociale. De même, on ignore tout de l’action gouvernementale du Che comme ministre de l’Industrie cubaine entre 1960 et 1965… C’est une première vraie limite du film.

Deuxième déception : le manque de recul et de contextualisaton historique et politique… Le Che est sans cesse présenté comme un Robin des bois des temps modernes sans véritable explication du sens de son engagement. Lors de l’épisode bolivien, on a parfois un peu de mal à suivre les conflits sous-jacents avec les communistes locaux et la longue descente aux enfers des guerillleros ne nous apprend rien de plus que ce que l’on savait déjà.

Cependant, le film possède d’indéniables qualités esthétiques et la scène finale (où le Che détenu est fusillé par des agents de la CIA) est particulièrement réussie dans la mesure où elle évite de sombrer dans le pathos. L’œuvre de Soderbergh reste donc plutôt intéressante puisqu’elle permet de mieux comprendre les ressorts du triomphe des compagnons de Castro et du Che : la volonté d’en finir avec la domination et le pillage de l’île par les États-Unis, la revendication d’un meilleur partage des richesses et des terres et tout simplement la libération totale de Cuba (qui a formellement accédé à l’indépendance en 1898) sur le plan économique et politique.

Même si nous sommes en profond désaccord avec les méthodes guévaristes, nous nous battons pour les mêmes objectifs. En effet, la lutte armée s’est soldée par de cuisants échecs dans toute l’Amérique latine dans les années 70 et 80. Les révolutions démocratiques à l’œuvre à l’heure actuelle en Bolivie, en Uruguay ou au Venezuela ont fait bien plus pour la cause de la gauche que ces inutiles guérillas où sont morts vainement des milliers de militants. Malgré les entorses démocratiques à Cuba, on ne peut qu’être enthousiasmé par les légitimes aspirations de la révolution de 1959 et par cette belle idée que seul le socialisme libère vraiment les hommes et les peuples de toutes les formes de domination et d’exploitation.

Julien Guérin

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