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Il y a 30 ans... la révolution sandiniste au Nicaragua

samedi 4 avril 2009 par Jean-François Claudon

 
Au début des années 1970, le Nicaragua est un des pays les plus pauvres du monde. Il est dominé depuis des décennies par une famille de grands propriétaires terriens, les Somoza, soutenus par les États- Unis. Comme dans toute dictature, la violence politique est omniprésente et la Guardia Nacional (GN) fait régner la terreur.

Un tremblement de terre extrêmement brutal accable encore davantage le peuple nicaraguayen en 1972, tandis que l’aide internationale est totalement détournée par le pouvoir somoziste corrompu jusqu’à la moelle. La révolte commence à gronder...

C’est face à ce pouvoir soutenu à bout de bras par l’impérialisme que s’est constitué le Frente Sandinista de Liberacion Nacional (FSLN), du nom du général Augusto Sandino qui combattit l’occupation américaine de 1927 à 1933. Il s’agit à l’origine d’un mouvement nationaliste et guérilleriste, fondé par Carlos Fonseca et par Tomas Borge en 1961, mais il se structure progressivement dans les villes, auprès des étudiants et dans le monde ouvrier. En 1969, le Frente publie son programme progressiste, caractéristique de ces pays pauvres sous domination néocoloniale (réforme agraire, égalité statutaire, lutte contre la corruption), mais le mouvement est presque totalement démantelé par la GN en quelques mois. Le FSLN se reconstruit alors patiemment et s’enfouit dans la clandestinité. Il n’en sort partiellement qu’en 1974 pour se lancer dans une stratégie double de guérilla rurale et d’organisation des masses urbaines. Les affrontements s’intensifient de 1974 à 1977. Parallèlement, le débat de tendance s’exacerbe dans le FSLN : aux partisans de la « guerre populaire prolongée » répondent une tendance plus ouvriériste et le courant des frères Ortega, insistant sur l’importance de l’insurrection. Malgré cette division, la répression assure au Front une sympathie de plus en plus forte de la part des travailleurs nicaraguayens.

À partir de fin 1977, c’est le dernier acte. Le courant insurrectionnel du Frente lance son « offensive d’octobre » contre le pouvoir somoziste. En 1978, le sud du pays se soulève contre la dictature. L’État aux abois redouble de violence, mais chaque massacre de civils engage de nouvelles couches dans la lutte. L’année 1979 est décisive : le FSLN se réunifie sur la ligne de la prise immédiate du pouvoir ; les États d’Amérique centrale soutiennent le mouvement d’émancipation, ce qui isole davantage le régime en place ; la grève générale est lancée dans les villes.

Somoza, qui n’a pas hésité à bombarder son propre peuple, est finalement lâché par les États-Unis après l’assassinat en direct à la télé d’un journaliste américain par la Garde Nationale. Il quitte le pays tandis que les sandinistes marchent sur la capitale Managua.

Le 19 juillet 1979, la « Junte de reconstruction nationale » prend le pouvoir et proclame ses premières mesures : expropriations des grands propriétaires, réforme agraire, nationalisations des ressources naturelles... La révolution est victorieuse, enfin ! Elle va rapidement se lancer dans les tâches de l’heure : reconstruction matérielle, redistribution, lutte contre l’analphabétisme...

Cette révolution dégénéra rapidement. Mais que ceux qui voient dans toute révolution le prologue à la victoire des forces réactionnaires ne se réjouissent pas trop vite. Certes, les sandinistes ont fait des erreurs en hésitant à avancer hardiment vers la transformation sociale, tout en étant frileux sur les questions démocratiques. Pour autant, c’est bien l’impérialisme qui a intoxiqué de l’extérieur ce grand mouvement d’émancipation nationale et sociale. Le Nicaragua, pillé par les Somoza dans la passé et sortant exsangue de la révolution, a dû subir dès 1979 l’embargo des États-Unis, puis supporter une contre-révolution armée, financée par la CIA. Les « Contras », véritables bandes fascistes, ont saboté l’effort de reconstruction et ont surtout réussi à démoraliser les travailleurs, qui ne voyaient pas leur vie changer tant que cela. En 1990, les sandinistes perdent les élections présidentielles et la droite libérale, soutenue par les Américains, reprend le pouvoir jusqu’en 2006. Il y a deux ans, Daniel Ortega a été réélu, après son 1er succès de 1984. Mais le FSLN a-t-il appris de ses erreurs ? Ne s’est-il pas institutionnalisé au point de ne plus représenter une alternative authentique face à la droite ? Seul l’avenir nous le dira. ::

Par Jean-François Claudon (75)

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