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Post-it Palestine n° 8

Un petit musée à Belin

dimanche 3 mai 2009 par Philippe Lewandowski

 

A Berlin, de nombreux touristes ne manquent pas de se rendre à un petit musée qui ne renferme pas d’œuvres d’art, mais se caractérise en tant que symbole historique fort. Il est même possible de se faire photographier devant un cabanon protégé par quelques sacs de sable du plus bel effet. Il s’agit de l’ancien poste de contrôle de la Friedrichstrasse, séparant les anciens secteurs soviétique et américain de Berlin, plus connu sous le nom de Checkpoint Charlie. Les habitants de la ville ne sont maintenant plus séparés, mais le souvenir des temps difficiles reste préservé.

En Palestine, les temps difficiles perdurent. Et les checkpoints (postes de contrôle), s’ils ne s’appellent pas Charlie, prolifèrent, sous forme fixe ou mobile :
- 75 checkpoints gardés par des soldats à l’intérieur de la Cisjordanie (sans compter les 7 checkpoints / points de passage sur la Ligne Verte elle-même). Un nombre appréciable d’entre eux sont ouverts à 6 heures du matin et ferment le soir. (Ceci à la date du 9 janvier 2007).
- Une moyenne hebdomadaire de quelque 150 barrages mobiles (septembre 2006).
- 446 obstacles en tous genres placés entre routes et villages : blocs de béton, monceaux de terre ; 88 portes métalliques aux sorties des villages vers les routes principales ; 74 km de clôtures le long des routes principales (routes nos 317, 505, 5, 443, 60, dans le sud).
- 83 portes métalliques le long de la clôture de séparation qui sépare les terres de leurs propriétaires - seules 25 de ces portes s’ouvrent régulièrement [1].

Les fonctions de ces postes de contrôle sont toutefois bien plus sophistiquées que celles de feu Charlie. Leur implantation les différencie d’emblée d’un poste frontière, puisque d’une part Israël ne donne pas de limite officielle à son État, et d’autre part nombre d’entre eux se situent en plein coeur de territoires occupés, implacablement infiltrés par des colons que protège l’armée. Les checkpoints ne s’intéressent pas à ces derniers, ils ne sont destinés qu’aux Palestiniens.

DÉSORGANISER

Sous le fallacieux prétexte de sécurisation militaire, ces obstacles artificiels constituent une gêne équivalent à un véritable sabotage de toute vie économique et sociale. Voyageurs et flux de marchandises sont bloqués pour des durées imprévisibles. Les étudiants sont sciemment retardés, y compris les jours où il leur faut se présenter à un examen. Parfois, le passage est tout bonnement interdit. De longs détours sont alors nécessaires pour ceux qui veulent atteindre leur destination.

HUMILIER

Les humiliations sont monnaie courante [2] : Insultes, coups et blessures, fouilles au corps en public, non-assistance aux malades ou blessés, ainsi qu’à des femmes enceintes : Entre septembre 2000 et octobre 2004, 61 femmes ont accouché aux check-points et 36 de ces accouchements ont donné un enfant mort-né. Selon les ordres militaires israéliens, les ambulances ne sont pas soumises au système des permis, mais les décisions à propos de la gravité du patient sont à la discrétion du soldat présent au check-point. [3]

Mais le terme de non-assistance est ici sans doute un peu faible.

ENDURCIR

Il est possible de se demander si l’un des objectifs de ces chekpoints ne vise pas tant les Palestiniens que les jeunes Israéliens sous l’uniforme, ainsi accoutumés à l’arrogance et à l’impunité. N’y font-ils pas la grisante expérience de la toute puissance sur des civils parfois considérés comme du bétail ?

Progressivement endurcis par ces tours de garde, ils pourront ensuite s’en donner à coeur joie dans les saccages de rigueur lors des raids dans les agglomérations rurales ou urbaines. Une violence qui culminera dans les massacres directs comme celui de Gaza [4].

Comment ne pas se dire que finalement, les féroces Vopos de la RDA dans la seconde moitié du XXe siècle ne font plus que figure d’amateurs  ?

Comment surtout considérer comme normal et acceptable en Palestine ce qui fut, à juste titre, perçu comme parfaitement intolérable en Europe ? Ces checkpoints doivent être levés et disparaître !

Comme à Berlin, il sera tout au plus possible d’en conserver un sous forme de musée. Pour que les générations futures n’ignorent rien des temps difficiles.

Philippe Lewandowski

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