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Post-it Palestine n°10

Exactions ordinaires

dimanche 26 juillet 2009 par Philippe Lewandowski

 

Si la période de tueries de masse (encore impunies) perpétrées dans la bande de Gaza en décembre et janvier derniers appartient désormais au passé, et si la Palestine a quitté la une des journaux, cela ne signifie pas pour autant que la situation du peuple palestinien ait fondamentalement changé.

En premier lieu, et on ne le rappellera jamais assez, le blocus de Gaza n’est toujours pas levé. Les prisonniers politiques, dont la plus grande partie peut être considérée comme des otages, n’ont jamais été aussi nombreux : près de 12000. La colonisation se poursuit, au mépris de toute la réprobation internationale.

Les assassinats habituels ont repris : ne citons que celui du manifestant pacifique froidement abattu à Nil’in le 5 juin [1]. Il est fort à craindre que le nombre de victimes ait encore augmenté entre le moment de la rédaction du présent article et celui de sa publication et, a fortiori, de sa lecture. Il semble hélas que ce qui passe peut-être pour une routine, n’émeuve plus grand monde.

Les exactions de l’armée d’occupation ne sont pas forcément toutes sanglantes, mais elles n’ajoutent rien à une gloire des plus théoriques. Un fait divers particulièrement original illustre une imagination toute entière tournée vers l’humiliation d’un peuple : l’enlèvement d’un jeune marié la nuit même de ses noces !

« Ahmad Abd Al-Hadi Tayoun, 24 ans, s’est marié dans le village d’Hajja, à l’est de Qalqiliya, dimanche [26 avril]. Tayoun n’a pu passer la nuit avec sa femme, les soldats israéliens l’ont enlevé à 2h du matin. Les troupes ont fait un raid sur la maison et se sont saisies de lui devant sa femme. Il est maintenant détenu dans un endroit inconnu. » [2]

Ce sont toutefois les enfants palestiniens qui paraissent incarner les craintes les plus profondes de la vaillante armée. Ses tentatives d’intimidation prennent diverses formes : de la simple retenue temporaire, comme à Beit Ommar, le 22 avril dernier, où l’armée a immobilisé un bus plein d’enfants de 8 à 11 ans pendant plus d’une heure [3] ; à l’enlèvement en pleine nuit, chez leurs parents, de garçons âgés de 11 et 12 ans, comme à Hizma le 10 juin [4], sans oublier les mauvais traitements de rigueur, ainsi que le rappelle l’ONG Defence for Children International [5].

Mais elles demeurent sans doute vaines. La palme revient donc à certains vétérans de Gaza (plus de 300 enfants tués entre le 27 décembre 2008 et le 19 janvier 2009), qui ont choisi de décorer leurs T-shirts avec le dessin d’une femme enceinte sur laquelle se superposent les cercles concentriques d’une cible, indiquant comme devise : 1 shot, 2 kills. [6] Et c’est là que les mots me manquent. Car comment qualifier de tels agissements, quelles manières de penser traduisent- ils ?

Tout se passe comme si l’armée et l’État israélien faisaient tout pour pousser le peuple palestinien à des réactions de désespoir, de manière à pouvoir par la suite prendre prétexte de ces dernières pour proclamer : « Nous vous l’avions bien dit, vous êtes trop naïfs, ce sont des terroristes », et commettre de nouvelles tueries afin de provoquer un exode équivalent à un transfert forcé de population. Pendant ce temps, d’aucuns proclament leur « soutien indéfectible à Israël ». Est-ce bien acceptable ?

Philippe Lewandowski

Notes

[1] Le 5 juin 2009, des soldats israéliens assassinent Yousef Akel Sadiq Srour, un manifestant palestinien à Nil’in, www.france-palestine.org, consulté le 14 juin 2009.

[2] Les soldats israéliens enlèvent le marié la nuit de ses noces, www.ismfrance.org, consulté le 14 juin 2009.

[3] L’armée israélienne détient un autobus plein d’enfants pendant plus d’une heure à Beit Omar, www.ism-france.org, consulté le 14 juin 2009.

[4] Chronique de l’occupation, www.eutopic.lautre.net, consulté le 14 juin 2009.

[5] La torture sur les enfants, www.europalestine.com, consulté le 14 juin 2009.

[6] 1 tir, 2 morts.

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