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Post-it Palestine 11

Mémoricide à l’israélienne

mardi 15 septembre 2009 par Philippe Lewandowski

 
La rage colonisatrice israélienne comporte nombre d’aspects qui, s’ils laissent pantois tout observateur de bonne foi, touchent avant tout les populations autochtones palestiniennes non seulement dans leur douloureux présent, mais jusqu’à leur propre Histoire, jusqu’à leur propre mémoire.

La première étape à caractère massif et concret de cette entreprise a, faut-il le rappeler, été la « Nakba » de 1948. Bayt Mahsir, Saris, al-Qastal, Beit Naqquba, Lifta, Dayr Yasin, Ishwa, Sar’a, ‘Artuf, Kasla, ‘Arqqur, ‘Suba, Khirbat, Al-Lawz, El Jura, ‘Ayn Karim, al-Maliha, Beit Nettlif, Jarash, Dayr al-Hawa, Dayr Aban, Sufla, Bayt ‘Itab, Allar, Dayr al-Shaykh, Ras Abu ‘Ammar, al-qabu, al-Walaja, font ainsi partie de la liste [1] des centaines de villages palestiniens détruits après l’expulsion, parfois accompagnée de massacres, de leurs habitants. Il n’est pas inintéressant de citer ici un discours de Moshe Dayan prononcé à Haïfa, cité dans le « Haaretz » du 4 avril 1969 : « Des villages juifs ont été construits sur l’emplacement de villages arabes. Vous ignorez le nom de ces villages, et je ne vous en blâme pas, parce que les livres de géographie n’existent plus ; non seulement les livres n’existent plus, mais les villages arabes ne sont pas là non plus : Nahlal s’est dressé sur la place de Mahlul, le kibboutz Gvat sur celle de Jibta, le kibboutz Sarid sur celle de Huneifis, et Kefar Yehushu’a sur la place de Tal al-Shuman. Il n’existe pas un seul endroit construit dans ce pays qui n’ait pas eu auparavant une population arabe. » [2]

Les terres du village de Najd ont ainsi fourni la matière de nombreux reportages, en raison notamment des roquettes artisanales qui les ont frappées après l’instauration du blocus de la bande de Gaza, mais les médias ne les ont jamais nommées que sous le nom de la ville nouvelle de Sdérot.

Cette ignorance non blâmée s’avère en fait parfaitement organisée Et l’implantation de colonies est parfois remplacée par la mise en place d’espaces verts. Le dixième chapitre du livre d’Ilan Pappe sur « Le nettoyage ethnique de la Palestine », révèle ainsi des préoccupations écologistes officielles pour le moins curieusement orientées : poumons verts, parcs et forêts sont plantés sur les ruines des villages éradiqués, dont les quelques restes ajoutent au pittoresque des lieux. L’élément humain ? « S’ils se fient à la seule signalétique du FNJ [3], les visiteurs ne comprendront jamais que des gens vivaient en ces lieux – les Palestiniens, qui aujourd’hui sont réfugiés dans les Territoires occupés, citoyens de deuxième classe en Israël ou habitants des camps hors des frontières de Palestine. »

Expulsions, destructions et nouvelles appellations ne semblent cependant pas encore suffisants : en mai de cette année, un député à la Knesset a ainsi lancé une proposition de loi visant à punir de 3 ans de prison les habitants qui oseraient s’aventurer à commémorer le tragique anniversaire de la « Nakba » ! Non seulement les Palestiniens auront ainsi été spoliés de leurs propres terres, mais encore ils n’auront même plus le droit de se souvenir qu’il y a quelques années à peine, elles étaient leurs.

Gageons qu’il sera toutefois difficile aux colonisateurs d’effacer une réalité profondément ancrée dans l’Histoire réelle, et non dans quelque mythologie de type idéologique. Car ils ne font qu’ajouter une aberration intellectuelle à une entreprise aussi anachronique que criminelle.

Philippe Lewandowski

Notes

[1] Destroyed villages, http://www.alnakba.org/villages/villages.htm , consulté le 6 septembre 2009.

[2] Idem.

[3] FNJ : Fonds National Juif, créé en 1901, chargé à l’origine d’acquérir des terres en Palestine pour l’Organisation sioniste mondiale.

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