Démocratie & Socialisme
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Livres (pour les étrennes…) I

Philip Pettit : « Républicanisme, une théorie de la liberté et du gouvernement » (éd. Gallimard, Paris, 2004)

mardi 15 décembre 2009 par Pierre Ruscassie

 
Philip Pettit, philosophe politique américain, se réfère notamment au travail sur Machiavel réalisé par l’historien Quentin Skinner : il distingue, d’une part, la conception républicaine, portée par les théoriciens de l’Etat de droit (Locke, Machiavel, Montesquieu, Rousseau, etc), selon laquelle la loi doit l’emporter sur le contrat et, d’autre part, la conception libérale qui s’en est détachée au XIX° siècle pour défendre les intérêts de la bourgeoisie triomphante (Constant, Tocqueville, Stuart-Mill…).

Pour idéaliser le capitalisme, cette dernière a conservé de Locke et Rousseau la théorie du contrat social comme fondateur de la société, alors que Machiavel et Montesquieu préfiguraient Marx : l’histoire est celle de la lutte des classes.

Philip Pettit défend une conception républicaine-démocratique et s’oppose à la conception républicaine-nationaliste qui, elle aussi, au XIXe siècle, s’est détachée de la conception républicaine pour légitimer la défense des intérêts de chaque bourgeoisie nationale dans leur concurrence internationale.

On peut donc distinguer trois principales conceptions qui rejettent l’Ancien Régime bien que, dans la plupart des orientations politiques, elles soient plus ou moins mêlées : – la conception démocratique définit la liberté par l’absence de domination (= le respect de l’égalité des droits) et elle fait reposer la souveraineté sur l’égalité des droits de tous ceux qui peuplent le pays (souveraineté populaire) ; – la conception libérale définit la liberté par l’absence d’interférence ou d’intervention du pouvoir (le contrat doit l’emporter sur la loi) et elle fait reposer la souveraineté sur le « contrat social » qui assure l’égalité des « chances » et peut se dispenser du suffrage universel ; – la conception nationaliste définit la liberté par l’indépendance de l’Etat-Nation et fait reposer la souveraineté sur la préférence nationale (la souveraineté nationale qui peut plébisciter un bonaparte).

Ces trois conceptions se sont construites autour de trois formes de rapports sociaux : les rapports égalitaires (notamment la démocratie), les rapports consensuels (notamment le contrat et le marché et qui sont généralement inégalitaires sauf dans le cas où les rapports de forces sont équilibrés) et les rapports inégalitaires (de soumission à un monarque, à un appareil organisé ou à une communauté imaginaire).

Pierre Ruscassie

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