Démocratie & Socialisme
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Livres (pour les étrennes…) II

Jacques Gouverneur : « Découvrir l’économie, phénomènes visibles et réalités cachées » (éd. Sociales, Paris, & Contradictions, Bruxelles, 1998)

mardi 15 décembre 2009 par Pierre Ruscassie

 
Jacques Gouverneur, professeur d’économie à Louvain, concentre dans cet ouvrage trente années de réflexions théoriques et didactiques tirées de l’enseignement qu’il a dispensé à ses étudiants et des échanges qu’il a poursuivi avec d’autres économistes marxistes, notamment Ernest Mandel. Il s’agit d’un ouvrage d’innovation et de pédagogie à la fois : un tiers du livre est consacré à des annexes, pour moitié à des annexes théoriques, pour moitié à des annexes pédagogiques.

Dans la première partie, il expose avec de grandes qualités didactiques l’analyse théorique du capitalisme élaborée par Marx. Il y présente la théorie de la valeur, fondée sur le travail abstrait et sa transformation en prix, en étant attentif à montrer les réalités cachées derrière les phénomènes visibles ainsi que l’annonce le sous-titre du livre.

Le chapitre sur le surtravail des salariés comme source de la survaleur et de la plus-value reprend évidemment la distinction apportée par Marx entre travail et force de travail et, à propos de celle-ci, le lecteur est renvoyé à l’annexe théorique où Jacques Gouverneur présente la critique des interprétations classiques de la force de travail comme une marchandise à laquelle on peut affecter une valeur. Cette question est importante car, faute d’avoir anticipé sur cette innovation , Marx n’avait pas réussi à résoudre le problème de la transformation des valeurs en prix.

Ainsi, en détaillant, les différents apports de Marx et en les enrichissant dans l’annexe théorique, Jacques Gouverneur répond à la plupart des problèmes que, dans la lignée de Marx, la recherche économique contemporaine doit aborder.

Il réexamine notamment la distinction entre travail productif de valeur et de survaleur et travail improductif. En distinguant les actes de circulation de la valeur et les activités ou services de circulation, il montre que les activités de circulation sont, elles aussi, productrices de valeur. Cette conclusion justifie de ne pas verser dans un « ouvriérisme » qui a trop servi à diviser le salariat en opposant les intérêts des ouvriers et ceux des employés.

Dans la lignée d’Ernest Mandel, il aborde les questions posées par la crise structurelle ouverte en 1975, la question de la baisse tendancielle du taux de profit et celles des crises du capitalisme. Il analyse la faillite des politiques keynésiennes, les dégâts provoqués sur l’environnement par une croissance orientée par la recherche du profit immédiat maximum, le caractère destructeur de la politique néolibérale. Il étudie aussi l’exploitation des travailleurs indépendants et des entreprises sous-traitantes par les monopoles capitalistes.

L’annexe pédagogique permet de revenir sur les différents chapitres au travers de pistes de réflexion et d’exercices dont les solutions sont données.

Voilà un ouvrage abordable et indispensable pour découvrir l’économie selon Marx.

Pierre Ruscassie

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