Démocratie & Socialisme
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Sur la nature réelle du PS

Encore une tentative pour convaincre, à partir des faits

samedi 27 mars 2010 par Gérard Filoche

 

Je voudrais faire encore une tentative pour tous ceux qui, d’un point de vue qui se dit très à gauche, ne comprennent toujours pas ce qu’est le PS.

Je ne donne pas de leçons, l’expérience est la chose qui se partage le moins. Voilà quarante sept ans que je débats de cela, dans le PCF, dans la LC d’abord puis dans la LCR, (lire mai 68 histoire sans fin…) puis, depuis, dans le PS et avec des courants qui sont à côté de lui sans y adhérer, et d’autres qui sont en son sein et qui rompent (à tort) avec lui…

En 1958/1960, puis en 1968,1969, encore un peu en 1978 et en 1986, à nouveau en 1993 et en 2002, puis encore et encore en 2005, 207, et en 2009, il y eu, pendant cinquante ans des générations successives de militants, compétents, éduqués, pour clamer que « le PS était mort ».

Ce fut le cas de la LCR en 1969 qui écrivit que « la social démocratie était définitivement morte ». Voilà 40 ans que cette erreur théorique et pratique paralyse la LCR et le NPA.

Ce fut encore le cas après le 21 avril 2002.

Au congrès de Reims, en 2008, des militants partirent en affirmant que « Ségoléne Royal avait gagné dans les têtes et dans les cœurs », et que « le PS allait vers le Modem comme une rivière allait à la mer »… Après juin 2009, des Trissotin genre Botul Henri Lévy ont décrit, avec force écho médiatique, le PS comme « un grand cadavre à la renverse ». En début juillet 2009, il eut près de 1800 articles sur Google pour analyser « la mort du PS ».

Et voilà le PS les 14 et 21 mars 2009 entre 30 et 68 % des voix… Et voilà le PS qui dirige 2 villes sur 3, 61 départements sur 100, et 23 régions sur 26.

Je demande seulement à tous de réfléchir : qu’est ce qui explique cela ? Pourquoi est ce le PS qui continue encore d’occuper l’essentiel de l’espace de la gauche ? Qu’est ce qui explique cela dans l’histoire, dans les institutions, dans la sociologie, dans la vie des organismes politiques et syndicaux, dans les luttes de classes ?

Je voudrais essayer d’interpeller aussi ceux qui disent que « le PS n’est pas de gauche ».

N’est ce pas désespérant ? Si la gauche, c’est ce qui en reste sans le PS, ne sont-ils pas très loin du but ? Si des millions de salariés qui croient voter à gauche en votant PS, se trompent, ne sont-ils pas éloignés de toute conscience de classe ? Comment expliquer qu’ils soient si nombreux – des millions – à se tromper ?

S’il ne s’agit pas d’un vote de gauche, quel est son sens ? Si l’objectif c’est « d’ouvrir les yeux » des travailleurs sur « les trahisons » du PS, pourquoi ça ne marche pas et pourquoi revient-il sans cesse au devant de la scène, dés que l’opposition à la droite s’intensifie ? Pourquoi finalement le changement est impossible sans le PS ? Pourquoi l’alternative dite 100 % à gauche du NPA ne marche pas ? Pourquoi, alors que NPA, LO et POI avaient atteint prés de 11,5 % des voix le 21 avril 2002, pourquoi régressent-ils ?

A ceux qui disent, » – bon le PS est de gauche, mais il faut une force plus à gauche, en dehors pour peser sur lui », pourquoi cette force plus à gauche, ça ne marche pas ?

S’il faut « deux gauches » et que la gauche de la gauche devienne plus forte que le PS afin que tout commence, pourquoi ça ne marche pas ?

Ce n’est pas d’aujourd’hui que ça ne marche pas : ce fut aussi le cas en 1969 : lorsque le PS fut à 4,5 % des voix, Krivine fut à 1,06 %. Lorsque le PS recula en 19876, l’extrême gauche recula encore plus. Lors que le PS fut battu en 1993, l’extrême gauche fut laminée. Lorsque le PS remonta et gagna en 1997, l’extrême gauche commença a remonter : la défaite de l’un ne suffit donc pas a remplir le verre de l’autre…

Pourquoi les scores électoraux ont-ils un rapport avec l’unité avec le PS ?

Ceux qui donnent, ne serait ce que des apparences d’unité, marquent des points ou reculent moins. Europe ecologie a donné un semblant d’unité en juin 2009 entre DCB, Eva Joly, José Bové et les Verts, et ils ont marqué des points. Le Front de gauche a été plus unitaire en 2010 que le NPA et LO et il est passé devant. (Quand LO et LCR étaient unis, ils ont atteint 10 % et plus).

Et même quand le salariat se radicalise contre le sarkozysme, c’est l’extrême gauche qui refuse toute unité qui recule : n’est ce pas paradoxal pour ceux qui défendent la théorie qu’il faut cliver avec les réformistes et les battre d’abord ? Seuls ceux qui font des pas unitaires en retirent un certain avantage (on peut même noter que c’est encore plus net en Limousin en 2010 quand le front de gauche, incluant le NPA cherche l’unité et que c’est le PS qui refuse, résultat 19,5 % des voix au FG élargi).

Tout cela ne doit-il pas faire réfléchir ceux qui veulent accorder la théorie et l’action, la réalité concrète et une stratégie efficace ? Le PS fait partie de la gauche réelle. Il en est la majorité. Il est perçu comme tel. L’issue de la crise de la gauche se joue dans, autour, avec le PS. Sans marche à l’unité, rien de grand ne peut se faire.

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Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche