Démocratie & Socialisme
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Post-it Palestine n°14

La nouvelle (ou l’autre) résistance palestinienne

dimanche 2 mai 2010 par Philippe Lewandowski

 

Il serait hasardeux, et à vrai dire erroné, de réduire la résistance palestinienne aux organisations politiques censées la représenter, telles l’Autorité palestinienne instaurée par le processus d’Oslo ou le Hamas. D’une part en raison des limites (strictement circonscrites par les stratèges israéliens) de ces forces qui apparaissent de plus en plus clairement :

- L’Autorité palestinienne, dépendante des subsides occidentaux, n’a que des marges de manœuvre fort étroites, et n’est tolérée par Israël que dans la mesure où elle accepte de collaborer à la mise au pas des Palestiniens qui ne se résignent pas à leur sort ; l’approbation, par Mahmoud Abbas, de la construction du mur égyptien, le déconsidère définitivement aux yeux même de son propre peuple, et peut être comprise comme un suicide politique.
- Le Hamas, « l’ennemi idéal », habilement diabolisé par Israël et les grands médias occidentaux, incarne peut-être des sentiments de révolte justifiés, mais semble singulièrement démuni de vision stratégique et ne propose que ce qui ressemble à une fuite en avant, aussi meurtrière que révélatrice de désespoir et d’une certaine impuissance. Mais un cavalier seul fonçant droit dans le mur ne saurait parvenir à nul résultat probant.

D’autre part, et c’est là la raison d’être fondamentale du présent article, parce que les actes de résistance les plus significatifs et les plus importants de ces derniers mois, ne sont pas issus de ces organisations, mais trouvent leur source et leur légitimité dans la société palestinienne qui fait preuve de capacités d’organisation, d’initiative et de lucidité politique remarquables. Si ces événements ne font guère la une des médias occidentaux, le gouvernement israélien, lui, ne s’y est pas trompé, et lui réserve ses coups les plus durs et les plus retors.

L’APPEL PALESTINIEN AU BOYCOTT

Nous avons déjà présenté la campagne BDS dans un numéro antérieur de Démocratie & socialisme [1]. Ce sur quoi nous voulons attirer l’attention, c’est sur la nature des initiateurs de cette campagne : il s’agit bel et bien d’une initiative civile et, sommes-nous tentés de dire, civique, d’une société désirant vivre dans des conditions humaines et décentes. Les signataires en sont plus de 170 organisations qui représentent le peuple palestinien dans son ensemble : les réfugiés en exil, les habitants de Gaza et des territoires occupés, ainsi que les Palestiniens vivant en Israël [2]. Tout homme de bonne volonté et toute organisation peut accepter de répondre à cet appel. Et le simple respect par Israël des lois et des conventions internationales peut suffire à y mettre fin.

La contre-offensive israélienne se traduit par une campagne de désinformation mensongère trouvant malencontreusement un écho auprès de certains politiciens occidentaux ; [3] elle se traduit également par des tentatives d’intimidation qui néanmoins ne sauraient aboutir aux résultats escomptés.

Mais l’orientation stratégique consistant, pour la société palestinienne, à proposer une perspective concrète au mouvement international de solidarité, représente incontestablement une initiative ayant devant elle un grand avenir.

L’INITIATIVE DE BIL’IN

« Bil’in est un village dans lequel existe, depuis janvier 2005, un « Comité populaire » qui organise de manière hebdomadaire des manifestations pacifiques contre la construction du Mur de séparation, dont le tracé empiète largement sur les limites municipales du village. Bil’in est rapidement devenu un symbole, et nombre de militants pacifistes étrangers, y compris des Israéliens, participent aux manifestations hebdomadaires. » [4]

Julien Salingue rappelle opportunément que cette initiative constitue une réussite indéniable qui fait des émules, mais aussi qu’elle s’est avérée « irrécupérable » par les organisations politiques palestiniennes, qui demeurent toutefois appelées à la soutenir, à l’instar des « internationaux » fidèles au rendez-vous.

La réaction du pouvoir israélien ne se contente plus de la répression ordinaire (incluant des tirs pouvant être meurtriers) des manifestants pacifiques. Le commandant militaire de la région a non seulement multiplié les rafles (y compris d’enfants) et arrêté plusieurs des organisateurs de la manifestation, mais vient de décréter que le village était maintenant une « zone militaire » interdite d’accès les fins de semaine à tout non-résident.

En d’autres termes, il tente de faire signifier que toute résistance, y compris non-violente, et tout acte de solidarité deviennent « illégaux ». Comme s’il pouvait réduire à l’impuissance tout un peuple et une opinion publique mondiale dont l’indignation ne peut que croître !

Si la campagne BDS et le soutien à la résistance civile d’un peuple opprimé exigent notre participation active, ils ne suffisent pourtant pas. Face aux incessantes provocations israéliennes, un nouveau soulèvement populaire de type intifada serait compréhensible, et tout aussi parfaitement légitime. Il ne serait pas concevable de ne pas nous porter à ses côtés.

Philippe Lewandowski

Notes

[1] Démocratie & socialisme n°169-170, novembre-décembre 2009.

[2] Voir le site (en anglais) de la campagne, bdsmovement.net, consulté le 23-03-2010.

[3] Comme par exemple Fillon citant sans rougir un appel inexistant au boycott de produits kascher.

[4] Julien Salingue, Résistante non-violente dans les TPO : changement de stratégie ou recherche d’une légitimité nouvelle ?, sur le site Info-Palestine, consulté le 23-03-2010.

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