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L’équipe de France est imprégnée de l’idéologie sarkozyste

samedi 26 juin 2010 par Philippe Marlière, Maître de conférences en science politique à l’université de Londres

 

La France martyrisée ! La France humiliée ! Mais la France libérée… de ses joueurs black-beur de banlieue ? Alain Finkielkraut qui, un jour, affirma qu’il « y en avait trop », doit peut-être l’espérer. En tout cas, la « tragédie » de « notre » équipe nationale lui a permis de refaire un tour de piste dans la catégorie « sociologie du café du commerce ». Le bonimenteur réactionnaire n’a pas manqué de fustiger la « génération caillera » de l’équipe de France de football. Curieusement, il a déclaré qu’il avait « rêvé avec la génération Zidane », oubliant au passage l’épisode des prolongations contre l’Italie en 2006.

Les Bleus sont des millionnaires arrogants, pas des cailleras

Pas si vite : cette équipe de France n’est pas plus « caillera » ou « mafieuse » que sa devancière des années 90. Elle est tout simplement composée de millionnaires dont l’arrogance et l’auto-infatuation sont telles qu’ils n’habitent plus notre Terre. Ces jeunes hommes se prennent tellement au sérieux qu’ils ont perdu toute envie, toute habilité de prendre la compétition au sérieux (à la différence des joueurs d’autres équipes, également millionnaires, mais qui sont venus pour gagner).

Cette génération de footballeurs joue dans les plus grands clubs européens et reçoit en conséquence les salaires les plus élevés de la profession. Transférés jeunes dans ces clubs alors qu’ils ont souvent tout à démontrer sur le plan footballistique, ils estiment que tout leur est dû. A la différence des générations pionnières de Platini et de Zidane qui ont dû prouver leur qualité sur le terrain, cette génération vit sur une réputation aujourd’hui usurpée ; celle selon laquelle les footballeurs français sont « doués ». Il est d’ailleurs probable qu’après la débâcle de 2010, la valeur marchande des joueurs français évoluant à l’étranger sera revue à la baisse.

Cette « équipe » de France a été emportée par l’ouragan de ses propres « valeurs » : bling-bling et mépris vis-à-vis de ceux qui n’appartiennent pas à leur monde de princes : ceux qui bossent dur pour se payer des loisirs dont, occasionnellement… un match de football.

Anelka, comme Sarkozy, admire le monde de l’argent facile

En décembre 2009, Nicolas Anelka lâche crûment le morceau. Selon le joueur, qui n’a marqué qu’un seul but lors de ses quinze dernières rencontres en équipe de France, il y aurait en France « un problème avec l’argent ». Notre cher « Nico » estime que : « Le Français, il cache ce qu’il a. Même s’il pouvait montrer plus, il cacherait. Moi, ce n’est pas ma mentalité. Non pas que je cherche à me montrer. Mais quand tu es joueur de foot, que tu as rêvé de t’acheter une belle voiture, une belle maison, tu le fais. »

Anelka, qui « aimerait bien habiter en France », juge que ce n’est « pas possible » : « On sait pourquoi, niveau fiscalité. […] Je ne veux pas jouer au foot et payer aux impôts 50% de ce que je gagne. L’argent que j’ai, il est pour mes enfants. Si je peux leur offrir quelque chose, je le ferai là où il n’y a pas de fiscalité […]. Si certains sont choqués tant pis. Mais la France, c’est un pays hypocrite. »

Anelka a dû rater l’épisode du bouclier fiscal, mais passons. Ce qui est intéressant ici, c’est le « franc-parler » du joueur qualifiant les Français d’« hypocrites ». Pour l’attaquant qui ne marque pas, est « hypocrite » celui qui n’appartient pas au monde des très riches et des célébrités.

Les Anelka de l’équipe de France appartiennent en réalité à la grande confrérie sarkozyste, celle qui admire le monde de l’argent facile. Le monde selon Nicolas (pas Anelka, l’autre) se divise en deux : d’une part, il y a ceux qui doivent « travailler plus… pour gagner moins » ; d’autre part, le nec plus ultra de la mondanité sportive, financière et politique à qui on permet de toujours « gagner plus… en travaillant moins ».

Parole, parole, parole…

Ce monde enchanté, c’est encore celui d’Eric Woerth, l’homme de la réforme des retraites, dont la politique s’apprête à faire souffrir les salariés les plus modestes. Monsieur Woerth est un « ami » de la famille Bettencourt. Il s’est un temps occupé des impôts de la famille (lorsqu’il était ministre du Budget) et aurait demandé à madame Bettencourt qu’on embauche sa femme. Mais puisqu’Henri Guaino « n’imagine pas » que Woerth ait pu faire quelque chose de mal, cela doit suffire à nous rassurer. Cessons de voir le mal où il ne saurait se trouver…

Ce goût clinquant de l’argent gagné sans effort, cette morgue jouisseuse et transgressive, au vu et au su de tous, cela ne vous rappelle-t-il rien ? Nicolas ! L’autre, le politique. En effet, cette équipe de France est imprégnée de « morale » sarkozyste jusqu’à la nausée. Comme le sarkozysme, elle arbore le même faux nez populaire, comme le président de la république, elle a beaucoup promis et rien apporté. Dans les deux cas, il s’agit d’un échec pathétique aux frais de la nation.

La France humiliée ! La France martyrisée ! La France… battue par l’Afrique du Sud et enfin éliminée de la Coupe du monde ! Quelle aubaine ! Ceux qui aiment le foot vont enfin pouvoir suivre de belles équipes offrant des matchs de qualité. Mieux encore : avec le départ des Bleus, le pouvoir sarkozyste perd un très commode écran de fumée, celui qui recouvrait l’inique réforme des retraites.

Philippe Marlière

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