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Onze septembre, une autre histoire...

par Jean Bachèlerie

mercredi 1er octobre 2003

 
Cette année le 11 septembre a été commémoré, un autre onze septembre, une autre histoire : le renversement d’un gouvernement démocratiquement élu. C’était le onze septembre 1973.
30 ans déjà, c’était hier. Aujourd’hui que sommes nous devenus, dans quel monde vivons-nous ?

11 septembre 1973 un tournant de l’histoire ?

Il est aujourd’hui avéré que ce putsch a été pensé, organisé et mis en oeuvre par le gouvernement de Nixon et sa tête pensante Henry Kissinger, prix Nobel de la paix en …1973(1) s’appuyant sur la CIA, et les multinationales : Pepsi Cola, ITT et autres…. Ces multinationales ont directement participé à la préparation, à l’organisation, au financement et à la réalisation du coup d’état.

Ce coup d’état marquait une rupture avec la tradition des putschs sud américains. Il était planifié l’administration américaine et avait un objectif clair, après la défaite de l’armée américaine au Vietnam, montrer aux peuples de l’Amérique du sud, qu’une nouvelle ère commençait. Fini le printemps du peuple chilien, les espoirs de démocratie, la contestation grandissante des peuples d’Amérique latine. L’Empire reprenait la main avec un nouveau modèle, une nouvelle idéologie. Le Chili allait être le laboratoire de ce modèle. Une nouvelle politique économique fut mise en place, sous la direction des Chicago Boy de l’Ecole de Chicago de Milton Friedman(prix Nobel d’économie.) Cette doctrine économique est le monétarisme. Depuis 1973, le monétarisme a fait son chemin : c’est la pensée économique dominante, la pensée unique du monde économique et financier, de la mondialisation libérale..…

Pour réussir ce coup d’état devait détruire les fondements de la démocratie, l’état de droit

La brutalité du régime de Pinochet ne s’explique pas autrement. Elle nous renvoie aux pires des régimes totalitaires des années trente. C’est le retour de la terreur organisée et mise en scène, le retour de la violence étatique, c’est la victoire de l’état de fait sur l’état de droit. C’est le retour de la révolution conservatrice et de son expression politique la dictature fasciste.

De l’Amérique du sud, au monde : le retour de la violence d’état, le recul de l’état de droit, de la démocratie, la montée en puissance de la mondialisation libérale

Pinochet n’était en fait que la première étape d’une remise au pas sanglante de l’Amérique latine( le Chili ouvrit la voie aux dictatures de l’Argentine (76-82), Brésil, Uruguay, Bolivie...les dictatures d’Amérique centrale, les escadrons de la mort, la chasse aux opposants, leur disparition…. Ces dictatures « modernes » avaient un but clair la mise au pas des peuples, la destruction des partis et syndicats, de tous les contre pouvoirs pour permettre aux forces économiques, surtout aux multinationales américaines et leurs alliés locaux de retrouver la paix et la tranquillité pour rentabiliser leurs investissements, augmenter leurs profits et régner sans partage sur la région.

Ce qui caractérise ce retour du fascisme « moderne », c’est le travail en réseau( CIA, services secrets argentins, chiliens, boliviens), les méthodes, l’organisation et l’aide ouvertement apportée par la plus « ancienne démocratie » celle des Etats Unis d’Amérique, avec ses institutions comme la CIA, les administrations américaines successives démocrates ou républicaines. La révolution conservatrice, remise au goût du jour par les cercles de pensée américains et britanniques, faisait son retour sous l’aile protectrice de l’Empire américain, « le pays de la liberté" .

La révolution conservatrice : courant de pensée réactionnaire du XIX° siècle. Cette idéologie reprit du service dans les années 1920 en Allemagne principalement, Italie, Portugal puis Espagne mais aussi en France (Etat Français du Maréchal Pétain) et prit le nom de révolution conservatrice ou révolution nationale ! Cette idéologie se caractérise par la remise en cause du siècle des lumières et de la révolution française, la république, la déclaration des droits de l’homme, la démocratie, la liberté de penser, l’égalité, la justice. Aujourd’hui, « avec un emballage moderne » » c’est l’idéologie de la mondialisation libérale et de ses relais comme le Medef, la droite dite libérale. Elle remet en cause les conquêtes sociales, vante la soumission aux « lois naturelles »de l’économie et du marché, fait l’apologie de l’inégalité nécessaire, des réformes douloureuses, c’est la loi du plus fort, la loi de la jungle, la dérégulation et le recul de l’état de droit, la violence sociale.

Le Chili est encore présenté par les « intellectuels » de la mondialisation libérale, comme un modèle économique, sa politique de réformes économiques et sociales menées par le gouvernement Pinochet est saluée par le FMI et les « publicistes » qui vantent la modernité de la mondialisation libérale. La diffusion de l’idéologie de » la révolution conservatrice », et la mondialisation libérale sont une seule et même politique.

Retour de la violence sociale dans les démocraties occidentales : Thatcher et Reagan

Le retour de la violence sociale et économique s’est produit en 1979 avec l’arrivée de Margaret Thatcher, la dame de fer, suivi de Ronald Reagan et leurs politiques « néo-conservatrices » et monétaristes. Leur but affaiblir la démocratie, disqualifier la politique et les hommes politiques. Leur méthode briser les syndicats, les mouvements sociaux, marginaliser les forces politiques qui leur résistent. La révolution conservatrice se veut apolitique, elle se présente comme une science de la bonne gestion économique et sociale, elle remplace la politique par la technique, la bonne gouvernance, la technocratie.(2)...

La disqualification de la politique et des politiques est une tradition de droite qui remonte aux débuts de la démocratie : rappelons les campagnes de l’extrême droite et de la droite (Général Boulanger), puis dans les années trente contre le front populaire et les démocrates, le poujadisme dans les années 50… Margaret Thatcher et Reagan dans la décennie 80.

Révolution conservatrice, mondialisation libérale et régression de la démocratie : la manipulation des idées et des mots :

La révolution conservatrice a perverti les mots et les idées :

- moderne veut dire en fait politiques conservatrices, est moderne ce qui permet au marché de se développer sans contrainte ;

- conservatisme, traditionalisme, corporatisme veut dire syndicat, mouvement social et pensée progressiste.

La mondialisation libérale s’est propagée comme un virus dans le monde politique, ralliant une partie de la social-démocratie à des politiques anti-sociales, anti-économiques et anti-démocratiques. Exemple : les politiques de privatisation, de baisse des impôts, les politiques budgétaires restrictives, la politique de l’offre a succédé à la politique de la demande. La politique s’est soumise aux intérêts des entreprises et institutions multinationales et aux méthodes « apolitiques » des technocrates.

Ces politiques sont imposées par le FMI depuis la fin des années 70, avec l’ exigence de réformes structurelles ( ex modernisation du marché travail, dérégulation, privatisations, baisse des impôts..).Relayé par l’OCDE, l’OMC, la Banque Centrale Européenne la Commission Européenne. Elles ont été facilitées par la démission des hommes politiques . …. La mondialisation libérale chez nous procède en « douceur » depuis 1976 avec Barre jusqu’à Raffarin, elle dépouille systématiquement les citoyens de leur pouvoir de choisir et de contrôler, réduit progressivement l’impuissance toutes les institutions démocratiques : parlement, gouvernements, justice.

Un autre monde est possible :

Un autre monde est non seulement possible, mais nécessaire. La mondialisation libérale n’a apporté ni la prospérité ni la paix, mais le creusement des inégalités, la misère et le chômage, et les guerres. Le retour de la violence d’état, de la loi du plus fort a sévi hier au Chili, aujourd’hui au Proche Orient et en Irak, et dans les entreprises. Avec Bush, l’Empire ne respecte plus ni droit ni démocratie, il sert ouvertement ceux qui l’ont fait roi : les milieux industriels et financiers, comme chez nous Raffarin et ses maîtres à penser du Medef.

Le mouvement social fait reculer la mondialisation libérale à Cancun, et l’Europe libérale à Stockholm.

Aujourd’hui le peuple partout dans le monde se dresse contrela mondialisation libérale. La gauche doit retrouver ses racines, le peuple et le mouvement social. La gauche avec le mouvement social doit entrer en résistance contre la mondialisation libérale, contre l’Europe libérale, contre la révolution conservatrice, et s’interroger sur les dérives sociales libérales et leurs conséquences : le recul de la démocratie au profit d’institutions technocratiques supra nationales, la montée de l’insécurité sociale, le creusement des inégalités, la montée de l’abstention et le vote protestataire.

C’est pour cela que l’on doit se souvenir du 11 septembre 1973, de Salvador Allende, et des milliers de Chiliens, d’Américains du Sud, qui ont payé de leurs vies, leur volonté de bâtir un monde plus juste, un monde où l’homme n’est pas soumis au totalitarisme du marché, du profit, de la création de valeur pour l’actionnaire. Un monde où la politique :

- retrouve sa place pour bâtir un monde de progrès et de liberté ;

- remet l’économie au service des hommes
.

Jean Bachèlerie

1/ Personne n’a demandé et ne demande que le prix Nobel de la paix soit retiré à Kissinger, alors que de nombreuses voix, y compris des gouvernements demandent la déchéance et le meurtre de Yasser Arafat, prix Nobel, et Président de l’Etat Palestinien, étonnant non ?
2/ Il y eut les physiocrates, le scientisme, plus prés de nous la synarchie « les technocrates des années trente » qui ont accédé au pouvoir dans les bagages de l’Etat français en 1940.

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