Démocratie & Socialisme
Navigation

Rencontre Hamon-Besancenot : enfin une bonne nouvelle à gauche !

samedi 18 septembre 2010 par Philippe Marlière, Maître de conférences en science politique à l’université de Londres

 

Ne boudons pas notre plaisir, les bonnes nouvelles ont été rares à gauche ces derniers mois. Réjouissons-nous donc de la rencontre entre Olivier Besancenot, le porte-parole du NPA et Benoît Hamon, porte-parole du PS et leader d’Un monde d’avance, le courant de gauche du PS. Besancenot est présent à l’université d’été d’Un monde d’avance au Vieux-Boucau (Landes) (Gérard Filoche avait été invité à l’université d’été du NPA de Port-Leucate le 28 août dernier). Besancenot intervient lors du meeting de clôture consacré aux retraites le dimanche 19 septembre. Il sera entouré de Benoît Hamon et d’Henri Emmanuelli (PS), de Pierre Laurent (PCF) et de Jean-Vincent Placé (Verts). Notons que l’année dernière, Pierre-François Grond, un proche de Besancenot, avait été invité par la gauche du PS sans que cela ne provoque le moindre remous politique et médiatique.

Des deux côtés, on indique que le NPA et le PS sont pour la défense de la retraite à 60 ans. C’est un point de départ, car il existe également des divergences. Ainsi, la majorité du PS a accepté une hausse des annuités, ce que refuse fermement le NPA – UMA aussi d’ailleurs. On pourrait aussi ajouter qu’il s’en est fallu de peu pour que le PS ne suive Sarkozy sur le départ à la retraite à 62 ans. L’aile néolibérale du PS (qui persiste aujourd’hui en sourdine), mais également un court moment Martine Aubry, avaient paru s’aligner sur la droite. Martine Aubry sait qu’en entérinant cette régression sociale historique, elle hypothèquerait toute chance de victoire à l’élection présidentielle. Sur ce dossier, l’influence de l’aile gauche socialiste est donc indiscutable. La rencontre Hamon-Besancenot apparaît dictée par le réalisme politique : l’unité de toutes les forces de gauche est nécessaire pour faire reculer le projet de Nicolas Sarkozy. Olivier Besancenot et Razzy Hammadi, ou Guillaume Bachelay, (et Gérard Filoche) ont partagé de nombreuses tribunes depuis le 6 mai à la Bellevilloise à Paris, dont celle du 8 septembre à Montreuil, à l’occasion d’une grande série de meetings unitaires de toute la gauche pour 60 ans, « pas un an de plus, pas un euro de moins ». Olivier Besancenot a pu ironiser sur le fait que le NPA n’est plus infréquentable pour le PS. Même insuffisamment, la presse l’a noté. C’est positif par rapport à la période antérieure de part et d’autre.

Après la défaite de leur candidate en 2007, les dirigeants du PS se sont lancés dans une course à droite aussi navrante que suicidaire : défections à la chaîne de « socialistes » partis rejoindre le gouvernement Fillon, proposition d’alliance avec le MoDem de François Bayrou (qui en parle encore aujourd’hui ?), vote inique du Traité de Lisbonne par le Congrès obtenu grâce à l’abstention de parlementaires socialistes, discours inaudible lors de la crise capitaliste et de l’élection européenne. Tous ces projets ont été des échecs car leur mise en œuvre (droitière) n’aurait répondu à aucune attente populaire dans le domaine social. Les thèses des néolibéraux du PS ne résistent pas aux événements. Cependant, il en faut plus pour que leurs concepteurs rentrent dans le rang. Dès l’annonce de la rencontre Hamon-Besancenot, deux caciques de la droite sont montés au créneau pour dénoncer l’« irresponsabilité » de Benoît Hamon et affirmer que les positions du PS et du NPA sur les retraites sont « incompatibles » (les deux partis sont pourtant pour le maintien de la retraite à 60 ans !). L’un, Pierre Moscovici, est le lieutenant de Dominique Strauss-Kahn et fervent défenseur du Traité constitutionnel européen rejeté par les Français. L’autre, Gérard Collomb, allié à Ségolène Royal en 2007, est l’homme de toutes les surenchères droitières dans le PS. Il apporta son soutien à Georges Frêche lors des dernières élections régionales. Collomb demanda à son parti de faire un geste d’« apaisement » en faveur du président de la région Languedoc-Roussillon pourtant condamné par la justice pour propos racistes, puis exclu du PS.

Pour stopper la loi sur les retraites et battre le sarkozysme, le PS a besoin du NPA comme de l’ensemble des forces de gauche. Chaque grande victoire législative de la gauche en France (1936, 1981 et 1997) a été acquise à l’issue d’une période de rapprochement entre les principaux partis. Les défaites successives du PS à l’élection présidentielle ne sont pas que des erreurs de casting (Jospin avait l’étoffe d’un président), mais elles ont été essentiellement causées par des stratégies et des programmes en porte-à-faux avec les attentes populaires (Jospin en 2002 et surtout Royal en 2007). L(e) candidat(e) socialiste ne pourra espérer l’emporter en 2012 que s’il/elle prend la pleine mesure de l’exaspération populaire suscitée par un quinquennat de politiques antisociales et sécuritaires. Les électeurs éliront le/la candidat(e) qui donnera un débouché politique à la volonté de rupture avec le sarkozysme.

Après ses contre-performances aux élections européennes et régionales, le NPA va devoir lui aussi trancher entre deux stratégies : l’une « gauchiste » consisterait à confirmer l’isolement et la surenchère verbale à gauche. Celle-ci n’offrirait aucun débouché au vote NPA et entraînerait de nouveaux reculs électoraux et une crise militante.

L’autre « unitaire » (dans la tradition du « front unique » trotskyste) tenterait de canaliser la radicalité des mouvements sociaux (explicite ou diffuse) pour favoriser un « arc » de réformes sociales radicales. Rappelons-nous qu’en 1936, la gauche s’était engagée en guise de programme commun à dissoudre les ligues factieuses. Cette mesure minimaliste ne contenta pas le peuple qui voulait des réformes sociales ambitieuses. Elle le lui fit savoir en lançant des mouvements de grève de grande ampleur. Il en résulta l’instauration des deux semaines de congé payé et la semaine hebdomadaire de 40 heures – qui ne faisait pas partie du programme initial du Rassemblement populaire.

Aujourd’hui encore, la gauche doit urgemment répondre aux attentes sociales du peuple. L’unité d’action sur des questions comme la sauvegarde des retraites est donc cruciale. Espérerons que la rencontre Hamon-Besancenot ne soit qu’un début.

Philippe Marlière

Loading
Abonnez-vous à la revue "Démocratie & Socialisme"
Abonnez-vous à la lettre de D&S par courriel
Rejoindre le groupe des amis de  D&S sur lacoopol.fr
Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche