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Front National

De la manipulation à la signification réelle d’un sondage

dimanche 6 mars 2011 par Jean-Claude Branchereau

 
Chaque week-end nous abreuve de sondages aux résultats différents. Un week-end c’est DSK vainqueur, un autre c’est M. Le Pen. Cela va continuer jusqu’aux présidentielles. Les techniques de sondages sont discutables surtout 14 mois avant une élection et alors que les candidats ne sont pas connus, les projets non plus.

Si la victoire de la candidate fasciste en 2012 au 2e tour est totalement invraisemblable, il faut essayer de comprendre pourquoi un tel sondage, que celui du Parisien donnant M.Le Pen en tête est aujourd’hui possible.

Le premier enseignement c’est qu’entre Sarkozy et le FN, il n’y a plus grande différence. Sarkozy joue le tout pour le tout et tente de rattraper son électorat le plus à droite en jouant sur les peurs (immigration, insécurité..). Les digues entre la droite et l’extrême-droite ont sautées ! La campagne de 2012 va à nouveau être pourrie par les thèmes xénophobes si la gauche ne sait pas imposer la question sociale comme la question centrale des élections de 2012.

La progression du FN dans les sondages a commencé aux régionales, une partie de l’électorat de Sarkozy de 2007 étant retournée au FN. Mais cette remontée a été confortée depuis avec la préparation de la succession de JM. Le Pen et le congrès du FN. Il ne s’agit pas d’un changement de look ou d’une présentation plus soft comme les médias l’ont présenté. Il s’agit d’un choix stratégique du Front national de se présenter comme le seul parti qui ait les réponses aux angoisses sociales d’une grande majorité de la population en mettant précisément au centre de son discours les questions sociales et économiques.

Il n’y a qu’à regarder les derniers communiqués du Front national pour comprendre sa stratégie.

- Le 3 mars communiqué contre la réforme de l’ISF et le cadeau aux plus riches
- Le 4 mars communiqué contre la hausse des prix du gaz et de l’alimentaire
- Le 5 mars demande d’un plan d’action immédiat contre la hausse de l’essence face à l’immobilisme du gouvernement

Et en face, soyons clairs : il y a certes des éléments d’un projet au Parti socialiste et à gauche, mais quelles en sont les arrêtes ? Où est l’expression commune d’une volonté à répondre aux attentes sociales et à une dégradation au quotidien des conditions de vie ? Où est la clarté ?

Soigneusement et cruellement soulignées par les médias, les insuffisances et parfois même les incohérences de la gauche ne permettent pas, à ce jour, de représenter une alternative suffisante face à la politique de la droite. Et la nature a horreur du vide.

TVA « sociale », retraite à 60 ans mais acceptation des 41,5 annuités, des efforts « justes » face aux déficits publics, les 35 heures « dépassées » … toutes celles et tous ceux qui discutent dans les quartiers populaires, les entreprises savent que ce discours malheureusement tenu par certains responsables de gauche ne fait pas recette. Le « on ne pourra pas tout faire » est parfois compris comme « ils feront pas mieux que les autres ». Et cette situation fait monter le sentiment du « tous les mêmes » et pourrait finir au « tous pourris ». Beaucoup le savent, y compris beaucoup d’élus en campagne pour les cantonales …

Si à gauche les constats sont faits sur le chômage record, les inégalités, les difficultés sociales, les fermetures d’école, les conclusions ne sont pas encore tirées sur le projet socialiste à y opposer.

Il est plus que temps de hausser le ton !

Cela passe par la priorité au programme (voir édito de cette lettre électronique de D&S n°65). Cela passe par une volonté affichée par la gauche toute entière. Car une dégradation de la situation peut ne profiter à aucun candidat potentiel de la gauche fusse-t-elle radicale.

Cela passe par une candidature à la présidentielle capable de créer une dynamique, un élan. Le directeur du FMI n’a pas le profil pour répondre à cet objectif. Il peut plaire aux milieux d’affaires, aux bourgeois éclairés et soucieux de justice sociale mais il n’aura pas l’oreille des couches populaires.

Cela passe aussi par un renouvellement des candidatures aux législatives avec un accord de toute la gauche en s’adressant aux couches populaires, à la majorité des salariés, des jeunes, des chômeurs avec des propositions concrètes et accessibles en quelques mois.

Desserrer la contrainte sur les familles populaires, tel est l’enjeu !

Pour cela il faut un discours clair, porté par toute la gauche avec des réponses aux questions posées y compris par Marine le Pen et le Front National. Il faut faire valoir des réponses sociales avec un vrai projet socialiste qui réponde sur les salaires, l’emploi, la santé, les retraites.

Cela nécessite des mesures de rupture qui bloquent les hausses de prix, réduisent le prix de l’essence, du gaz…C’est possible en redistribuant les richesses autrement à commencer par celles des grands groupes du CAC 40.

Un projet qui ressemble à de l’eau tiède n’endiguera pas une possible remontée du FN, celle qui s’était déjà manifestée le 21 avril 2002.

Dix ans après, le dernier sondage illustre qu’une réédition du 21 avril à l’endroit ou à l’envers est toujours possible. Nous pouvons changer la donne. Pour cela, il faut que la gauche, et le parti socialiste en particulier, donne des réponses concrètes à la question sociale en mettant prioritairement en avant une autre répartition des richesses.

Jean-Claude Branchereau

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