Démocratie & Socialisme
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Hommage à Yves Sabin

par Bernard Grangeon

mardi 19 avril 2011 par Bernard Grangeon

 

Au nom des Amis de Démocratie et Socialisme, de toutes celles et ceux qui ont milité au côté d’Yves, il était important d’apporter un hommage appuyé à notre copain.

Yves était un enfant des années 60. Il s’était formé au soutien des luttes anti-impérialistes avec son point d’orgue l’indépendance pour l’Algérie. La révolte sociale de la jeunesse en mai 68 modula le militant social et politique.

Personnellement, j’ai connu Yves en 1972 lors du long conflit de la SCPC à Cournon d’Auvergne. Il était alors un militant actif du Parti Socialiste Unifié et le délégué CFDT de cette entreprise au côté de son camarade Jean Lajonchère. Une forte délégation de salariés de cette entreprise, aujourd’hui disparu, est là pour se joindre à notre chagrin. Ses convictions étaient communicatives. Son expérience de terrain en fit un camarade reconnu lorsqu’ensemble, nous sommes réunis sous le drapeau de la Ligue Communiste Révolutionnaire en 1973.

Yves était un élément modérateur, serein en toute occasion. Il évitait de s’enflammer. Pour lui l’unité syndicale, la fusion syndicale CGT CFDT dans une centrale unique, la lutte majoritaire des salariés étaient les vecteurs principiels de la réussite pour réaliser le changement de société. Il était très réservé, dubitatif face aux stratégies castristes et guevaristes qui alimentaient le combat des guérillas de la gauche latino américaines des années 70. Il nous mettait en garde contre le concept réducteur de l’avant-garde éclairée, qui était pourtant le support de la ligne officielle de notre jeune organisation révolutionnaire.

Son engagement était total. Du soutien au Lip, à la lutte pour la mobilisation nationale pour le droit à l’avortement et à la contraception, à la lutte des soldats du contingent pour des droits syndicaux et démocratiques, Yves y consacrait tous ses loisirs. Lors de la rupture de l’Union de la gauche à l’initiative du PCF, il s’engagea dans le débat. Pour lui, la direction du PCF restait stalinienne, la thèse du changement dans sa nature, à savoir sa mutation dans l’eurocommunisme, ne visait qu’à cacher la main de Moscou et à justifier l’attitude des dirigeants du Bureau Politique. Le radicalisme de circonstance, la réactualisation du programme commun pour justifier la rupture avec la social-démocratie mettaient en sourdine l’unité indispensable pour battre la droite et ne visait qu’à maintenir le pouvoir en place. Il fut dans ces circonstances un fervent défenseur de l’unité des socialistes et des communistes sur un programme de revendications immédiates.

La victoire fut au bout de la campagne présidentielle et ouvrait les années Mitterrand. Sa joie fut mesurée, car la dynamique unitaire avait été cassée comme l’atteste les résultats des élections législatives de 1978. La désyndicalisation marqua la conjoncture. Aussi, il nous mit en garde sur nos travers à vouloir dégager à tout prix une gauche à la gauche de la gauche. Il loua le courage de Pierre Juquin, lorsqu’il s’engagea dans les présidentielles de 1988, mais il savait que cette campagne n’aurait pas les résultats escomptés. La parenthèse ouverte par mai 1968 se refermait.

Le printemps tchécoslovaque de 1968 et ses combattants de l’ombre, la lutte des travailleurs polonais avec leur syndicat Solidarnosc, l’aspiration des salariés allemands à la réunification de leur pays, l’affaiblissement des partis communistes européens, et l’ère Gortbatchev eurent raison du rideau de fer et du mur de Berlin. Yves savoura cet instant. Il couronnait tant d’efforts pour en finir avec cette caricature du Communisme. Le monde né des accords de Yalta et du stalinisme triomphant se clôturait, enfin, une grande victoire pour l’humanité... Le courage militant trouvait ainsi sa récompense ultime. Mais, il comprit rapidement que le socialisme ne serait pas à l’ordre du jour dans les pays de l’est européen. Aussi, il nous accompagna avec témérité à créer la revue Démocratie & Socialisme et à rejoindre le Parti Socialiste en 1995.

Yves fut un militant de l’ombre. Il eut un rôle important, pour par exemple, aider à l’éclosion du courant « tout ensemble » dans la CFDT. Ce combat prit corps en 1973, trente ans de travail pour faire émerger un syndicalisme ouvert, démocratique, au service des intérêts du salariat, et c’est sans hésitations qu’il approuva notre démarche de syndicalisme rassemblé, lorsqu’en 2003, il fallut rejoindre la CGT, à la suite de la lutte contre la réforme Fillon sur les régimes de retraite. Il fut le copain qui aida à écrire les contributions, à préparer les interventions dans les congrès, à tirer les synthèses et bilans sur nos difficultés et nos avancées.

Yves était un homme sur le quel on pouvait compter. Syndicaliste à l’Assedic suite à la fermeture de la SCPC, il rendait à son organisation des services inestimables, notamment pour l’aide à constituer des dossiers d’indemnisation, de formation pour des salariés licenciés ou précaires…

Yves merci pour ton travail, ta camaraderie, ta fidélité, ta mémoire restera à jamais gravée dans nos cœurs. Tu nous as quittés en affrontant avec courage et dignité ta longue maladie. Ta vie militante est un exemple, tu étais un vrai militant internationaliste de la cause des prolétaires, et à ce titre le mouvement de la gauche socialiste, syndicale et marxiste de la région Auvergne ne pouvait que répondre présent dans cet instant fatal et douloureux.

Le samedi 9 avril 2013

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