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Lejaby

Deux questions à Bernadette Pessemesse, déléguée syndicale CGT à Lejaby Yssingeaux (43)

mercredi 29 février 2012

 

Elle travaille depuis 38 ans à l’usine Lejaby, lingerie féminine, à Yssingeaux. Fille d’agriculteur « des montagnes » de Haute-Loire, elle a été embauchée à 18 ans et a fait toute sa carrière professionnelle derrière sa machine à coudre.

Militante syndicale depuis 30 ans, d’abord à la CFDT, puis, avec le passage de tout son syndicat, à la CGT depuis 2003. La CGT fait 100 % des voix au collège ouvriers dans son entreprise et, au 2ème collège, une élue CFE-CGC avec une suppléante FO.

Cette lutte l’a mise en lumière. Elle a pris la parole devant les 6000 militants CGT réunis au Zénith où elle a fait un tabac et, plus tard, devant le perron de l’Elysée où elle refuse de se faire récupérer pour une opération politique. Elle déclare « nous avons demandé des engagements durables sur le projet de reprise. Les souvenirs de Gandrange, où les emplois qui devaient être sauvés ont finalement étaient supprimés, et les engagements pris dans le cadre du plan social de novembre 2010 pour nos collègues de Lejaby licenciés sont aujourd’hui remis en cause […] nous incitent à la prudence et à la vigilance ». Et de rappeler que depuis 18 mois avec 450 licenciements, chez Lejaby il reste encore 350 postes à sauver. « Une solution est trouvée pour nous, il faut en trouver une pour tous ».

Elle réclame la préretraite pour tous les salariés licenciés à 56 ans « pour éviter de finir au RSA et en fin de droit ». Et de rappeler devant la présidence de la République « Si nous nous réjouissons du résultat de notre lutte, nous n’oublions pas les 900 entreprises qui ont fermé ou licencié, ni les 700 000 chômeurs supplémentaires, soit +&nbsp.33&nbsp.% depuis 5 ans (chiffres du ministère du travail) », et de conclure « Nous ne voulons pas être utilisés pour faire oublier ce bilan ».

Nous avons posé deux questions à Bernadette (article paru dans le numéro de février de la revue Démocratie & Socialisme).

Comment a pu prendre votre mobilisation ?

On était toutes licenciées, on n’avait que 2 choix : ou on restait chez nous pour pleurer, ou on luttait. On a choisi de lutter et tout le monde a suivi. S’il n’y avait eu que 50&nbsp.% de licenciés, peut-être que nous n’aurions rien fait. Mais une fois la lutte démarrée, tout le monde a été partie prenante, les filles ont démontré une force extraordinaire. On discutait de tout en assemblée générale quotidienne. Je crois qu’on a fait peur au pouvoir et surtout on est devenu un exemple. Nos licenciements ont été annoncés le jour où Sarkozy organisait son sommet pour l’emploi ! Toute la presse a couvert notre lutte qui a eu un écho impensable et inimaginable pour nous.

Et le pouvoir a voulu vous récupérer ?

Ce qui a fait mal au gouvernement et au ministre local (Laurent Wauquiez, NDLR), c’est la venue de Montebourg au nom de Hollande. Ils ont eu peur que la gauche utilise notre lutte pour dénoncer la politique du gouvernement et ça nous a beaucoup servi ! On en a profité pour interpeller le gouvernement et exiger une solution.

Notre lutte a reçu le soutien de toute la population d’Yssingeaux (7000 habitants, fief de Jacques Barrot), les commerçants, les associations, les villages alentours, tout le monde affirmait nous soutenir, obligeant le gouvernement à trouver une solution !

Sans notre lutte, nous serions chômeurs. C’est elle qui nous a fait gagner et ça, je crois qu’une grande majorité s’en est aperçu. Mais nous restons solidaires de nos copines des autres sites licenciées comme nous, ou celles qui ont été licenciées il y a 18 mois. Elles aussi ont droit à l’emploi. Comme nous, elles veulent vivre en travaillant. Laurent Wauquiez dit que le cancer c’est l’assistanat. Pour nous, le cancer c’est le chômage : les chômeurs sont des victimes, pas des profiteurs. C’est au chômage qu’il faut s’attaquer !

Merci Bernadette et bravo.

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