Démocratie & Socialisme
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7 jours en Palestine

jeudi 12 avril 2012 par Eric Thouzeau

 

Nous publions ici un article de la revue Démocratie & Socialisme de mars.

Une délégation du Conseil régional des Pays de la Loire est allée en Palestine à l’occasion des assises de la coopération décentralisée franco-palestinienne qui se sont tenues à Hébron et Ramallah. Cela faisait suite à une motion adoptée par ce Conseil régional «  pour la reconnaissance d’un état palestinien  ».


On ne revient jamais tout à fait le même après avoir visité un pays sous occupation. On a beau le savoir avant d’y aller, cela ne suffit pas ! La présence militaire israélienne en Cisjordanie est omniprésente, les nombreux check-points (plus de 700 barrages) avec contrôles tatillons freinent la mobilité d’un village ou d’une ville à l’autre. Les colonies israéliennes, créées en violation du droit international, se développent à toute vitesse. Ces villages poussent comme des champignons et se transforment en vraies villes nouvelles. On recense plus de 150 colonies aujourd’hui, entourées de grillages et protégées par des détachements de l’armée israélienne. Et il y a le mur ! Le mur de l’apartheid, le mur de la honte. Il s’étend sur plus de 760 kms, et a permis à Israël de voler encore un peu plus de terre aux palestiniens. La vallée du Jourdain est largement aux mains des israéliens, qui cherchent à en expulser les habitants, les bédouins notamment (nous avons recueilli des témoignages directs de bédouins, dont les habitations ont été détruites par l’armée). L’objectif est clair : rendre impossible la création d’un état palestinien.

L’impasse actuelle

Nous nous devons bien sûr continuer à exiger la reconnaissance d’un état palestinien à l’ONU. L’entrée de la Palestine à l’UNESCO est un point d’appui. Mais plusieurs des interlocuteurs que nous avons rencontrés l’ont dit : cette perspective est-elle encore viable du fait de la colonisation et du morcellement planifié de la Cisjordanie [1] ? Deux peuples existent aujourd’hui sur un même territoire : le peuple palestinien, dont la conscience nationale s’est forgée dans la lutte contre l’occupant depuis plus de 60 ans, et un peuple israélien, avec une population qui est de plus en plus née en Israël et n’a pas d’autre patrie. Deux peuples pour une même terre. Quelle perspective ? Un état bi-national (UNE Palestine « laïque et démocratique ») ? Ou bien deux états Palestine et Israël ? Aucune de ses deux possibilités ne semble aujourd’hui à portée de mains, du fait du soutien maintenu des États-Unis à Israël. Nous avons rencontré des israéliens luttant contre le mur, ou bien contre les discriminations au sein même de l’état israélien [2]. Leur combat, unissant arabes et juifs, est extrêmement important même s’il est encore bien minoritaire.

La question du droit au retour des réfugiés est également essentielle pour tout règlement pacifique. Nous avons rencontré des représentants de ces réfugiés, le droit au retour est pour eux non négociable. D’abord reconnaître ce droit pour tous les palestiniens expulsés de leurs habitations depuis 1948, car c’est un droit reconnu internationalement pour tout réfugié. Ensuite, bien évidemment, on pourra parler de compensation éventuelle.

Résistance non-violente

Après les deux intifadas (celle de 1987, puis celle de 2000), la société palestinienne cherche à reconstituer ses forces (la situation à Gaza est sans doute différente, nous n’y sommes pas allés et ne sommes restés que 7 jours en Cisjordanie). Mais la situation reste tendue. Le rôle de l’autorité palestinienne est diversement apprécié (il y a eu une manifestation contre la vie chère et les impôts lors de notre séjour). La résistance armée semble, pour l’essentiel, abandonnée. De nombreuses actions se développent aujourd’hui en se réclamant de la résistance non-violente.

Colonisation et nettoyage ethnique

Nous avons pu échanger sur la question de l’eau (sous contrôle israélien) et sur le nettoyage ethnique dans la vallée du Jourdain [3], ou à Jérusalem (4). La question de l’agriculture est aussi un aspect que nous avons approché lors de notre séjour. À Halhul, tout près d’Hébron, nous avons pu échanger avec les animateurs d’une coopérative de production de raisin, qui a le soutien de différentes collectivités de l’Ouest, via les comités de l’association France-Palestine Solidarité.

La visite d’Hébron restera toujours dans nos mémoires. Depuis le début des années 70, des colons israéliens se sont installés en plein cœur de la ville (dite zone H2, sous contrôle de l’armée israélienne). Dans cette zone, ils ont rendu la vie impossible aux palestiniens qui y résident. Seules 45 familles y résistent encore. Les échoppes ont fermé, le centre d’Hébron est devenu une ville fantôme [4]. Mais nous y avons vu de jeunes colons israéliens (à partir de 16 ans) se promenant armés !

Les prisonniers palestiniens

Quant à la situation des prisonniers, le jeune franco-palestinien Salah Hamouri [5] nous en a largement parlé. Salah venait d’être libéré après 7 ans passés en prison. Pour améliorer leurs conditions de détention, ils ont mené une grève de la faim, à l’initiative du FPLP, du 26 septembre au 17 octobre. Israël ne respectant pas l’accord qui a été signé, la reprise de cette grève de la faim est envisagée. Plus que jamais la solidarité internationale est nécessaire. Et comme nous l’a dit Salah, cette solidarité internationale est un encouragement à l’unité des Palestiniens, dont les organisations sont –selon lui– bien trop souvent divisées !

Une priorité : la jeunesse

Développer les coopérations entre collectivités françaises et collectivités ou associations palestiniennes est possible et très utile. C’est ce que nous avons pu constater sur place, avec l’association France-Palestine Solidarité et les CEMEA [6] qui travaillent à un projet d’institut de formation que nous sommes allés présenter au ministère de la jeunesse et des sports palestiniens à Ramallah. Car on retrouve partout le souci de l’action culturelle et éducative (50% de la population a moins de 15 ans !). On a pu le constater à Naplouse : avec l’association Human Supporters, et avec l’association NASSEEJ. Il en va de même avec la ville d’Abu-Dis, avec laquelle une ville de l’agglomération nantaise, Rezé, coopère pour un centre culturel. À Jenine, nous avons pu aussi voir le travail effectué par l’association LOCORE, une structure de réparation des handicaps avec laquelle plusieurs communes de Loire-Atlantique coopèrent. Le centre Al-Phoenix, à Bethléem est un centre culturel situé dans le camp de Deisheh créé pour les activités parascolaires des enfants et adolescents. Nous y avons également été accueillis chaleureusement. En effet, tous les responsables palestiniens que nous avons vus sont conscients de l’importance du soutien international afin de desserrer l’étau israélien et faire mieux comprendre la cause palestinienne.

Eric Thouzeau

Notes

[1] Voir à ce propos le livre : Palestine Israël : Un État, deux États ? sous la direction de Dominique Vidal

[2] Tarabut : http://www.tarabut.info et également le Centre d’Information Alternative animé par Michel Warschawski : http://www.alternativenews.org

[3] ->http://www.jordanvalleysolidarity.org

[4] Voir Démocratie & Socialisme n°191

[5] ->http://www.salah-hamouri.fr]

[6] http://www.cemea-pdll.org (mouvement d’éducation populaire)

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