Démocratie & Socialisme
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Le bras de fer de François Hollande et d’Angela Merkel

lundi 14 mai 2012 par Jean-Jacques Chavigné

 

Nous publions ici un extrait d’un article à paraître dans la revue Démocratie&Socialisme n°195 de mai.

Face à l’échec de sa politique et aux levées de bouclier qu’elle suscite partout en Europe, Angela Merkel va-elle-être obligée de reculer ? Déjà, elle se met à prononcer le terme de « croissance », alors qu’elle s’y était toujours refusée jusqu’alors.

Quelle croissance ?

Mais François Hollande et Angela Merkel ne donnent pas le même contenu au terme « croissance ». Pour François Hollande, il s’agit de s’opposer à l’austérité et de ne réduire les déficits que si la croissance le permet. Pour Angela Merkel, la croissance est renvoyée au long terme, lorsque les « réformes structurelles » auront permis à l’Union européenne de concurrencer les pays émergents. Un objectif totalement hors de portée alors que l’euro cher pénalise gravement les exportations européennes et que la productivité du travail en Europe augmente deux à trois fois moins vite que dans les pays émergents. En attendant, il faut diminuer les salaires et les prestations sociales, tirer un trait sur les systèmes de sécurité sociale, en finir avec le CDI et le salaire minimum. Quand Angela Merkel fait écho à la proposition de François Hollande de financer des projets européens de développement, elle reprend la balle au bond mais en refusant que ces projets puissent être financés par des fonds publics (à l’exception des 80 milliards d’euros soi-disant inemployés des « fonds structurels »). Il est évident, de surcroît, que les projets de développement de Merkel vont de pair avec sa politique de privatisation des entreprises d’énergie et de transports (la Grèce généralisée à toute l’Union européenne) et qu’il s’agit, pour elle, de donner un sérieux coup de pouces aux nouvelles entreprises privées de ces secteurs.

La France de gauche n’est pas isolée

Les élections locales qui ont lieu, aujourd’hui, en Europe, indique dans quelle direction souffle de le vent. La droite risque de perdre aux prochaines échéances électorales nationales dans bien des pays européens, notamment en Allemagne.

Des gouvernements de droite (en Espagne, au Portugal, en Italie…) considèrent l’élection de François Hollande comme un moyen de desserrer l’étau imposé par la politique de réduction prioritaire des déficits, imposée par Sarkozy et Merkel.

En Allemagne, Angela Merkel elle-même est obligée de réunir les 2/3 des suffrages des députés pour pouvoir ratifier le TSCG. Elle est donc obligée de faire des concessions au SPD. Il est donc tout à fait possible de tenir tête à Merkel et de lui imposer un nouveau traité, un compromis, dans un premier temps, mais qui indiquerait clairement une direction différente de celle que suit aujourd’hui l’Union européenne.

Il restera ensuite, à transformer l’essai, à sortir d’une situation intenable où austérité et croissance ne peuvent coexister, cette coexistence ayant autant d’avenir que celle d’un chauffe-plat dans un congélateur. Une situation tout aussi contradictoire où l’on chercherait à « rassurer les marchés » tout en voulant les mettre au pas et « dominer la Finance ».

Jean-Jacques Chavigné

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Forum

Bonjour,

Je pense qu’il faudra du temps pour que François Hollande arrive à se faire respecter par Angela Merkel, mais il a la volonté d’y arriver.
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Sur la réorientation de ce cauchemar qu’est l’UE de Lisbonne.

Une union politique dont les règles conduisent à protéger la finance plutôt que la population ne mérite que du mépris. La ré-orientation de cette construction monstrueuse exige de changer les règles qui ont conduit à la dictature de la finance ; c’est la tâche prioritaire du nouveau quinquennat ! Il me semble que l’enjeu essentiel se situe autour de la gestion du risque de crise franco-allemande. Il convient de rechercher :

- d’une part les mesures "germano-compatibles"... (pas de modification des règles actuelles, ou pas d’opposition de la droite allemande),

- d’autre part, celles qui... ne le sont pas, mais... qui pourraient offrir une "porte de sortie honorable"... à la droite allemande, à ne surtout pas confondre avec le peuple allemand ! (victime, lui aussi, de la déflation compétitive, et des... "jobs à 1 Euro").

Dans la première catégorie se situent :

* la réforme fiscale et la lutte contre l’évasion fiscale  : la suppression des "niches" crées depuis 1993, ainsi que la limitation de la fraude pourraient rétablir les recettes de l’Etat à un niveau supérieur à 21 % du PIB (cf. cette figure)

* la création éventuelle de taxes européennes comme la TTF (Taxe sur les Transactions Financières), ou une Contribution Climat Energie (mal nommée "Taxe Carbone"), 2 dispositions, soutenues par la gauche, (progressiste ou non), qui ont en commun de :

- de "favoriser le bon usage et pénaliser le mésusage"... selon l’excellente formule employée par Paul Ariès,
- d’être de nature fortement redistributive : des plus consommateurs d’énergie et de produits, (dérivés... ou non !), vers tous !

* la création d’un (ou plusieurs) pole(s) public(s) bancaire(s) , de taille suffisante pour mettre à profit la possibilité de prêts directs de la BCE que ménage le 2ieme alinea de l’article 123 du Traité de Lisbonne (cf. page 130 de http://tinyurl.com/T-Lisbonne ). Sinon, la privatisation du privilège de création monétaire par le crédit, intervenue dans le sillage du Traité de Maastricht, (cf. le coefficient multiplicateur proche de 5 entre la masse monétaire M1 et la base monétaire BCE, visible page 5 de ce doc. Natixis), continuera à alourdir de plusieurs dizaines de milliards/an le budget de la dette de l’État.

Dans la seconde catégorie, (imaginer des "couleuvres" que la droite allemande soit... obligée d’avaler !), on trouve la gouvernance économique européenne : même un truc aussi infâme que le Pacte Budgétaire, (cette bombe à retardement... que "Merkozy" ont laissé à leurs successeurs), pourrait, il me semble, être rendu moins inacceptable :

Pour neutraliser cette machine infernale... tout en ménageant à la droite allemande la possibilité de changer d’avis... Quid, par exemple, d’un protocole additionnel... qui préciserait le mode de calcul de cet objet inconnu nommé... Déficit structurel  ?!

Si on demande à 3 économistes, (atterrés ou non...), de le calculer, on risque d’obtenir 4 réponses largement dispersées autour du seuil... fatidique, de 0,5% du PIB ! (celui qui déclenche les sanctions automatiques). Pour l’instant, ce calcul arbitraire est laissé à la discrétion des eurocrates et de la Troïka... Bonjour la démocratie !

Il suffirait, par exemple, d’introduire dans le calcul de cet objet indéterminé, dit "déficit structurel"... un coefficient de pondération lié à la nature des dépenses publiques  : ce coefficient pourrait être proche de zéro pour les dépenses d’investissement consacrées à la transition énergétique... (Transports en commun, isolation des bâtiments), et au contraire ... supérieur à 1 pour les dépenses favorisant l’agriculture intensive, la sur-consommation, et la société du gaspillage ! (on retrouve ici l’idée d’utilité sociale... mise en avant par divers auteurs !)

Le dispositif pourrait être prémuni contre les abus, en limitant par exemple à 5 ou 6 % du PIB, le déficit total non pondéré...

On étendrait ainsi à tout l’appareil d’Etat la "bonne pratique" que vise la CCE : Favoriser le bon usage et Pénaliser le mésusage !

La seule chose que l’actuel gouvernement peut faire, c’est d’ajouter des mesures ou "paquet croissance" à l’austérité dictée par la troïka, le traité de Lisbonne et les MES et TSCG. Or, le traité de Lisbonne en comprenait déjà et bien sur seule l’austérité s’est imposée. Il n’y a aucune raison pour qu’il en soit différemment pour la période à venir même si Obama se déclare d’accord pour des mesures de croissance (il prépare surtout le grand marché transatlantique). De plus, n’oublions pas que pour les libéraux des mesures de croissances signifient : réduction du "coût" du travail pour augmenter la rentabilité du capital et l’innovation (politique de l’offre de Jean Baptiste Say). Pour ces gens là, cela n’enlève rien à la nécessité de retour à l’équilibre des finances publiques par transfert de la charge depuis le capital vers le travail (TVA sociale par ex). C’est le rapport de force capital/travail au sein de l’Union qu’il faut renverser et nous en sommes loin. Il faudrait pour cela déclencher une crise majeure que seule l’utilisation du compromis de Luxembourg par la France pourrait déclencher. Cela n’a jamais été l’intention d’aucun des candidats à la primaire socialiste, et surtout pas Hollande. C’est pourquoi, avant même le premier tour, les financiers du crédit agricole tiraient les conclusions suivantes : http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-br/210412/dapres-les-financiers-du-credit-agricole-le-22-avril-hollande-deja-gag
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