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Post-it Palestine

Paranoïa d’état ou manœuvre idéologique ?

mardi 12 juin 2012 par Philippe Lewandowski

 
Nous publions ici la chronique « Palestine » parue dans Démocratie&Socialisme n°195

Le 15 avril dernier, une fois de plus, l’État d’Israël s’est lamentablement illustré par une mauvaise foi et une fermeture dont il devient de plus en plus difficile de trouver des équivalents. Ce jour là devaient arriver plusieurs centaines de militants pacifistes invités pas la société civile palestinienne dans le cadre de la campagne « Bienvenue en Palestine ». Leur objectif était d’atteindre les territoires palestiniens occupés, théoriquement sous contrôle de l’Autorité palestinienne, où ils devaient participer à diverses initiatives, parmi lesquelles les débuts de construction d’une école à Bethléem. Il ne s’agissait donc pas, en principe, de forcer un blocus comme celui auquel reste soumise la bande de Gaza. Le passage par Israël ne représentait par conséquent qu’un transit obligatoire, en l’absence de tout accès direct à ces territoires.

Las, les autorités sionistes ont poussé de hauts cris d’orfraie en alertant la population israélienne sur l’arrivée d’une « flytilla » menaçant la sécurité même de leur État, et en prenant toute une série de mesures dites défensives avec la complicité de compagnies aériennes et de gouvernements occidentaux. Plusieurs centaines de personnes ayant régulièrement acheté leurs billets se sont vues empêchées d’embarquer. La compagnie Air France a procédé au débarquement d’une passagère parce qu’elle n’avait pas de passeport israélien et qu’elle avait répondu « non » à la question parfaitement illégale : « Êtes-vous juive ? » [1] À l’aéroport de Tel Aviv, les militants israéliens attendant les invités se sont fait arrêter pour avoir brandi de petites banderoles portant l’inscription « welcome to Palestine ». Les quelques dizaines de voyageurs étant parvenus jusqu’au sol ont été renvoyés après un passage par la case prison. Quelques bavures ont couronné l’ensemble (diplomates français, industriels allemands) : 40% des interdits de vol n’avaient en effet rien à voir avec la campagne « Bienvenue en Palestine ».

Ces grandes manœuvres théâtrales et onéreuses n’empêchent évidemment pas les initiatives de solidarité avec le peuple palestinien de croître. Mais peut-être n’est ce pas ces dernières qu’elles tiennent pour cible principale ?

Un article de Gideon Levy, paru dans le Ha’aretz du 14 avril, permet de mieux apprécier le véritable objectif de ce branle-bas de combat officiel :

« Et avec quoi allons-nous effrayer le public israélien, en prévision du septième et dernier jour de la fête des Azymes (septième jour après Pâques) ? Comment allons-nous nous y prendre pour distiller la dose de peur à laquelle il est accro depuis longtemps ? Après une semaine de vacances sans remous et sans danger, il nous faut quand même trouver quelque chose, non ? […]

On a dit que 2.500 activistes allaient débarquer en Israël et y semer la peur. Bien que le journaliste chargé des affaires criminelles ait expliqué à la nation que les activistes n’avaient pas l’intention de porter des armes ni de recourir à la violence, il serait dommage de se priver de parler de danger, de terreur, de semer l’épouvante. Toutes les forces ont déjà été mises sur pied de guerre pour le grand jour.[…]

Les intentions des organisateurs – une visite de solidarité avec le peuple palestinien, un voyage d’une traite de Ben Gourion à Bethléem sans la moindre intention violente – ont été immédiatement escamotées et remplacées par l’accusation habituellement utilisée par Israël : terrorisme et délégitimation ». [2]

C’est bel et bien la population israélienne qu’il s’agit de convaincre qu’elle est sous la menace constante d’un ennemi protéiforme allant du paysan palestinien exproprié au prix Nobel de la Paix. Autrement dit, il semble bien plus exact de parler de manœuvre idéologique que de paranoïa d’État. Ce bourrage de crâne est digne de figurer parmi les plus brillantes réussites des politiciens mettant en pratique les préceptes d’un Edward Bernays. [3]

Il commence cependant à se fissurer, même si la béance apparaît surtout à l’extérieur du pays. Ainsi que le démontre Alan Hart, « la vérité historique est que l’existence d’Israël n’a jamais, jamais été menacée par quelque combinaison de forces arabes que ce soit. Ni en 1948. Ni en 1967. Ni même en 1973. » [4] En dépit de déclarations diplomatiques de circonstance, aucun chef d’État ne croit plus aux mensonges du gouvernement israélien.

Mais surtout, il est devenu impossible de nier l’existence de ce que l’article cité du Ha’aretz nomme « des cadavres dans le placard ». Le recours à l’excuse de l’ignorance fait donc place au cynisme le plus éhonté, voire à l’ignominie officielle :

La photographie publiée montre Michael Ben-Ari et Aryeh Eldad, tous deux députés de la Knesset, vautrés sur le canapé de la famille Natcheh, qui vient d’être expulsée de son logement par des colons à Beit Hanina, un quartier de Jérusalem-Est [5]. De quoi vomir. Cela ne rappelle-t-il rien ?

Philippe Lewandowski

Notes

[1] Le racisme d’Israël et d’Air France au grand jour, http://www.europalestine.com/spip.p..., consulté le 28-04-2012.

[2] Gideon Levy et « Bienvenue en Palestine » : Israël apporte la preuve qu’il y a des « cadavres dans le placard »,http://www.protection-palestine.org... , consulté le 28-04-2012.

[3] Edward Bernays, « Propaganda : comment manipuler l’opinion en démocratie ».- Paris : Zones, 2007.

[4] Alan Hart, Essence of the suppressed truth, http://www.alanhart.net/essence-of-..., consulté le 28-04-2012.

[5] Mounadil al Djazaïri, Discutons confortablement en attendant le deuxième « holocauste », http://www.ism-france.org/analyses/..., consulté le 28-04-2012.

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Ca serait plus efficace probablement d’aller manifester devant le Capitole avec l’aide des vrais amis usaméricainsdes Palestiniens patriotes puisque le noeud de la subsistance du pseudo-état juif est là.

Tant que la majorité des vecteurs d’opinions et/ou de décisions, (politiques, politologues et journalistes), dans de nombreux grands comme petits pays, penseront que la naissance du pseudo-état israélien (29.11.1947 et 14.05.1948) a été juridiquement légitime, il n’y aura pas de solution éthique et juste , pas d’état palestinien de la Méditerranée au Jourdain. Un état souverain non confessionnel avec aussi des citoyens palestiniens non racistes ou repentis ex-israéliens (peut-être ) juifs (quoique) ne pouvant pas prouver que leurs ascendantes en l’an zéro étaient majoritairement hébreuses et donc qu’ils vivent bien sur la « terre de nos aïeux ».

La résolution 181 de l’ONU n’était qu’une recommandation et pas une injonction de partage ; au moins 9 voix des 33 états qui votèrent « yes » sur 56 ont été obtenues contre des pressions ou de l’argent ; et d’autres états votant « Yes », avec plus ou moins de résignation et d’optimisme, ne savaient pas ou préféraient ne pas savoir que Ben Gourion n’avait aucune intention de respecter la lettre et l’esprit du texte, mais voulait seulement que le texte contienne les mots « état juif ». Et, hélas, la France dont seul le vote a été applaudi fut complice de cette inique atteinte indéfendable aux droits des Palestiniens sous l’influence direct d’un agent sioniste, par ailleurs « éminent » homme politique socialiste français.

L’article cité traitait d’un évènement précis. Il n’en va pas de même pour ce texte :

La première phrase (en gras) émet l’hypothèse d’une manifestation (de qui ? pour quoi ?) à Washington.

La référence au vote de la résolution 181 de l’ONU semble également éloignée du sujet traité.

L’imprécision des termes employés est plutôt consternante : s’il est possible de parler de "pseudo-état juif" (dans la mesure où une proportion importante de sa population n’est pas de confession israélite), c’est un non sens de parler de "pseudo-état israélien", lequel constitue bel et bien une réalité, quand bien même ses contours demeurent singulièrement flous et varient en fonction des projets et des usages.

Enfin, la dernière phrase paraît relever bien plus d’un souci polémique que d’un projet politique positif.

Dommage.

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