Démocratie & Socialisme
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À la godille.

Editorial de D&S numéro 200

lundi 17 décembre 2012

 

Pour que la gauche ne soit pas « zappée » !

C’est à la godille que notre gouvernement de gauche a avancé sur Florange : un coup pour ne pas déplaire au Medef, un coup pour ne pas déplaire aux salariés et syndicalistes.

L’accord final signé avec Mittal ne tient pas la route. Expliquer à renfort de méthode Coué que « les emplois sont préservés » ne convainc pas les salariés concernés : ils ne sont « sauvés » qu’en apparence, en échange de pré retraites, de reclassements aléatoires, de mobilité incertaine jusqu’au 31 mars. Car après ça ferme : en avril 13 les hauts fourneaux seront morts. Leur prolongation artificielle à 8 millions d’euros par mois n’est assurée que pour 3 mois. Mittal n’investit pas 180 millions mais 56 millions et ils récupéreront 40 millions de crédits d’impôts.

Mittal ne dépose même pas de dossier auprès de Bruxelles pour le projet Ulcos (Ultra-Low Carbon dioxide (CO2) Steelmaking, processus sidérurgique à très basses émissions de CO2). Mittal a refusé de déposer le dossier avant le 20 décembre comme prévu. Or il s’agit de concourir dans un consortium de 48 entreprises de 15 pays européens, au sein d’une coopération en recherche et développement afin de réduire les émissions de dioxyde de carbone liées à la production d’acier. Ulcos 1 est déjà périmé et un projet Ulcos 2 est en recherche. Tout cela n’aboutira pas avant 2 ans et ne sera éventuellement financé et réalisé qu’en 5 ou 6 ans. C’est un leurre de croire que Florange attendra, Florange sera mort avant. Et Mittal jouera aussi les malfaisants dans ses autres sites et ses 20 000 emplois. Voilà pourquoi il faut nationaliser. Maintenant.

La nationalisation est devenue le seul moyen, en la circonstance, de reprendre la main sur le dossier et de sauver à la fois l’emploi et la filière acier. Nationalisation n’est pas « contraire à l’air du temps », ce n’est pas un « gros mot » encore moins un « mauvais signe » : c’est au contraire une orientation positive, à la fois une sanction, un sauvetage, une nécessité et un exemple ! Il y a une majorité d’idées dans notre pays pour une telle nationalisation, nos concitoyens veulent un état volontaire.


Pour une économie mixte !

Soyons clairs, il ne s’agit pas d’une nationalisation « temporaire » superficielle sorte de tour de passe-passe, visant à nationaliser les pertes et à privatiser ensuite les profits lorsqu’ils seront de retour…Cela doit entrer dans une grande politique, dans un grand plan de redéveloppement de l’économie contre le marasme destructeur qu’impose la finance. Par exemple, il faut inclure Pétroplus dans cette même démarche. De même qu’on a besoin d’acier, on a besoin de raffineries (et d’aluminium) : hors de question de désertifier la France au nom des « ratios » exigés par les banques ! S’il n’y a « besoin » à court terme que de 11000 tonnes d’acier au lieu de 19 000 tonnes hier, demain il n’y en aura pas assez ! Ca vaut le coup d’y placer 1 milliard. De même Pétroplus est irremplaçable et si les spéculateurs versatiles sont défaillants là aussi, le rôle d’un état volontaire c’est d’y faire face de façon durable. C’est l’avenir qui se joue là.

Rappelons que la « déclaration de principe fondamentale » rédigée, discutée, approuvée par le PS sous l’égide de François Hollande en 2008, prônait « une économie mixte ». Nous sommes pour une économie mixte ! Et des nationalisations peuvent être des « modalités » mais aussi des « finalités » car il faut rebâtir un grand périmètre de secteur public cohérent pour protéger, faire vivre l’industrie, l’énergie, un grand pôle financier public, les transports, les communications, les équipements essentiels, la protection sociale, la santé, l’école…

Louvoyer à la godille, sans donner de satisfaction aboutit à ce que la déception se transforme en abstention. Dans les 3 circonscriptions où il y a eu des élections partielles le 9 décembre, même si elles sont différentes, il y a eu le même mouvement : mobilisation à droite, abstention à gauche ! Nous citerons Jean Christophe Cambadelis : "Ce sont des résultats médiocres pour le Parti Socialiste. En baisse voir éliminé, il n’y a pas de quoi pavoiser. Le PS est averti : si il ne donne pas le sens de son action, si il n’indique pas où il va, s’il ne dessine pas dans la crise le modèle de la société de demain, s’il ne martèle pas que la France a pris des retards à cause de la droite qui ne s’est occupé que de libéraliser le marché, nous aurons d’autres déconvenues. Le risque pour le Parti Socialiste c’est d’être zappé".

Nous ne voulons pas que la gauche soit « zappée » ! Si François Hollande et Jean-Marc Ayrault perdent, ce sera toute la gauche qui perdra. Ce ne sera pas une « autre gauche » qui gagnera !

Alors il faut mettre les bouchées doubles pour gagner la bataille d’idées et l’unité de toute la gauche…à gauche. D&S s’y emploie avec la motion 3

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