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DébatSur le programme, le projet socialiste, le capitalisme...En réponse aux questions d’un camarade sur le forum de D&Slundi 17 novembre 2003 par Pierre RuscassieRenaud, Le gestionnaire du site de D&S m’a transmis tes interrogations. Tu poses explicitement des questions sur le capitalisme et, selon ton message, tu te poses aussi des questions implicites sur le socialisme et sur la stratégie politique à long terme. Mes réponses ne sont pas paroles d’évangile, mais elles ont le mérite de résulter d’une expérience militante collective de la rédaction de D&S qui depuis trente ans (20 ans à la LCR et 10 ans au PS) n’a pas varié sur le programme. Nous n’avons fait qu’en utiliser la méthode pour répondre aux questions d’actualité et donc préciser les mesures qui répondent démocratiquement aux revendications réelles. Sur la stratégie, au contraire, nous avons beaucoup évolué et avons opéré un tournant important en 1994 en entrant au PS.
Je vais d’abord te répondre sur le contenu du programme et ce n’est qu’ensuite que j’expliquerai la stratégie qui nous semble permettre de réaliser ce programme. Sur le programme, le projet socialiste, l’économie sociale de marché, le capitalisme et sur la stratégie d’union de la gauche 1) "Le capitalisme peut-il être régulé, orienté, encadré, pour servir une société véritablement humaine ?" Ma réponse : La société capitaliste n’est pas toujours aussi inhumaine qu’elle l’est actuellement avec son chômage de masse, ses guerres et la corruption croissante qui transforme peu à peu les pays les plus développés en "républiques bananières". 2) "Le capitalisme, éventuellement régulé par la puissance publique, est-il l’horizon indépassable de l’humanité ?" Ma réponse, induite par la précédente : Non, le capitalisme n’est pas un horizon indépassable. Régulation, orientation et encadrement peuvent le dépasser, mais à deux conditions : qu’ils soient démocratiques et qu’ils pénètrent et dominent dans tous les secteurs d’activité en y marginalisant la régulation marchande... Maintenant quelques remarques qui visent à nuancer certaines des formules que tu as utilisées. 3) Le capitalisme n’est pas défini par la propriété privée mais par les rapports marchands
Le capitalisme ne se restreint pas à développer seulement la propriété privée individuelle, il développe la propriété privée collective qui devient de plus en plus dominante (l’actionnariat). Mais on peut même imaginer un capitalisme qui repose sur une propriété publique, c’est-à-dire une propriété collective et obligatoire, par exemple une propriété d’Etat, inégalement répartie, source de profits (privés) qui pourraient être, en tout ou partie, réinvestis en actions dans la propriété d’Etat. Ce serait un capitalisme d’Etat (ce que n’était pas l’ex-URSS, qui n’avait pas développé un tel actionnariat). Comme dans le capitalisme privatif et concurrentiel, le pouvoir de décision résulterait d’un suffrage pondéré selon le nombre d’actions possédées, mais ce suffrage serait étendu à la gestion de l’Etat et le suffrage universel aurait disparu. 4) Acheter c’est voter Acheter, c’est voter pour l’entreprise qui nous propose ses produits et à laquelle on apporte nos voix en proportion de notre pouvoir d’achat. Ces décisions ont lieu tout long du processus de production, de la matière première au produit fini, entre chaque entreprise et celles qui sont en amont, et elles constituent la régulation marchande de la production. Acheter des actions c’est acheter une partie du pouvoir dans l’entreprise : ce pouvoir est réparti par le suffrage censitaire (les salariés n’ont aucune voix) et pondéré (selon le nombre d’actions possédées). 5)
Suffrage universel contre suffrage censitaire ou pondéré
6) Démocratie ou bonapartisme (lire " Démocratie ou bonapartisme " de Domenico Losurdo, éd. Le Temps des Cerises)
En effet, la démocratie a des ennemis influents et, loin de relever du pouvoir du peuple (dêmo-cratie), les institutions publiques obéissent, le plus souvent, à la régulation monarchique (mono-archie = pouvoir d’un seul, au moyen d’un scrutin uninominal, notamment pour l’élection présidentielle) et à la régulation oligarchique (oligo-archie = pouvoir de quelques-uns, au moyen d’un scrutin indirect, allant jusqu’au troisième degré pour les directions des organismes publics, qui ne sont pas élues par leurs salariés mais désignées par le gouvernement). Cette déformation monarchique et oligarchique de la démocratie se présente comme un héritage du jacobinisme, alors qu’elle est du "bonapartisme", héritier du Directoire, du Consulat et de l’Empire. 7)
Le socialisme n’est pas l’administration des choses
Une société socialiste devra pourtant connaître une propriété publique, une législation unifiée et une planification de la production et des projets. Mais sans démocratie, la propriété publique devient pouvoir d’une oligarchie, la législation unifiée devient uniformisation et la planification ne répond qu’aux besoins de la bureaucratie. Friedrich Engels, cédant une fois à une vision scientiste, dans formule malheureuse, a dit que le gouvernement des hommes laisserait place à l’administration des choses. C’était remplacer la démocratie par la technocratie. Toutefois, ni Karl Marx ni lui-même n’ont écrit sur la construction du socialisme : ils n’ont analysé que les réalités sociales qu’ils pouvaient observer ou dont ils connaissaient les données. C’est ainsi que Marx polémiqua contre le "socialisme d’Etat" de Lassalle et que la Commune le conduisit à mettre l’accent sur le contrôle des élus. Mais 150 ans après, nous pouvons tirer les leçons de beaucoup de tentatives et de gouvernements de la gauche. Nous savons que la démocratie est la clé du socialisme. 8)
Les rapports démocratiques sont les rapports sociaux constitutifs du socialisme, de même que les rapports marchands étaient les rapports sociaux constitutifs du capitalisme.
La construction du socialisme n’est que l’extension de la démocratie, c’est-à-dire de l’égalité des droits et de la citoyenneté, notamment du suffrage universel, à toutes les activités sociales (politiques et économiques) : élections pour toutes les fonctions de pouvoir, débat public avant les orientations annuelles, extension du domaine législatif aux dépens des domaines réglementaire et contractuel (à l’inverse des principes de la V° République et de l’actuelle décentralisation). 9)
Les rapports démocratiques doivent peu à peu remplacer les autres rapports sociaux :
Les rapports démocratiques doivent aussi remplacer les rapports bonapartistes, monarchiques et oligarchiques, qui survivent et étouffent la démocratie : suffrage universel, proportionnel et direct au lieu de scrutins uninominaux ou indirects dans des circonscriptions charcutées. En outre le respect du mandat reçu par les élus est indispensable pour restaurer la motivation électorale et réduire l’abstention. 10)
La confusion véhiculée par l’idée d’une économie sociale de marché Ce qui existe, c’est l’insertion d’unités économiques démocratiques (ce qu’on appelle le secteur de l’économie sociale et solidaire : mutuelles, coopératives…) dans le capitalisme, dont elles restent prisonnières. Ce qui est tout autre chose. S’engager dans des réformes (y compris en favorisant "l’économie sociale et solidaire") est indispensable car chaque victoire (qui est évidemment partielle) est un encouragement à conquérir d’autres espaces de démocratie. L’extension des garanties données par les lois qui améliorent les conditions de travail, réduit la peur du chômage et contribue à construire le rapport de forces social. Ça contribue à la construction d’îlots de socialisme (de démocratie) dans le capitalisme. Mais ce n’est pas la construction d’un capitalisme social puisque démarchandiser partiellement la force de travail par les lois sociales, c’est introduire dans le capitalisme les ferments de sa disparition. 11)
A propos du Chili et du gouvernement Mauroy.
Quant à la gauche française de 81 à 83, elle s’est précipitée dans les nationalisations avec rachat et sans instauration de la démocratie pour le secteur public nouvellement élargi et dans la mise des écoles privées sous contrôle d’établissements publics, au lieu de commencer par la mise en ¦uvre de mesures prioritaires et apparemment plus modestes comme la semaine de 35 heures et l’abrogation des lois anti-laïques. Le renforcement des lois sociales et la baisse des profits auraient accentué la fuite des capitaux, fait baisser les cours de la Bourse et permis le rachat des actions à bas prix pour constituer alors un secteur public où l’Etat, ayant économisé, aurait pu investir pour recapitaliser ces entreprises et résoudre la crise de la sidérurgie. 12) Pour Lula, la peur d’affronter le FMI, et donc les USA, le conduit à céder aux exigences qui lui sont présentées. Il n’a pas fait le choix d’accepter la crise inévitable que les USA créerait pour combattre une politique de gauche. Il recule devant la perspective d’une double crise politique majeure : sur la scène internationale face aux USA et à l’intérieur du Brésil face aux secteurs qui, comme lui maintenant, continueraient à céder devant les USA. Bref, il n’a pas envie d’être harcelé comme l’est Chavez au Venezuela. Il ne se rend pas compte qu’il peut sombrer comme Bertrand Aristide en Haïti (dont les milices empruntent la voie qu’occupaient jadis les "tontons macoutes"). En Amérique Latine, seuls quatre régimes ont accepté de s’affronter avec l’impérialisme américain : le régime castriste à Cuba, le régime de l’Unité Populaire au Chili, le régime sandiniste au Nicaragua, et le régime de Chavez au Venezuela. Le premier a cessé de représenter un modèle et n’est plus un danger pour les USA. Le deuxième a été battu après avoir pris Pinochet comme ministre. Le troisième a été battu après être tombé dans la corruption. Le quatrième a été deux fois sauvé par la mobilisation populaire. Le cinquième pourrait être la présidence de Lula, le débat traverse encore le PT. 13)
A propos de ton pessimisme.
14)
La stratégie.
16)
Premier obstacle rencontré par cette stratégie d’union de la gauche
16)
Second obstacle rencontré par la stratégie d’union de la gauche
17)
Construire le débouché politique pour encourager le mouvement social
18)
Comment surmonter ces obstacles ?
Voilà pourquoi nous attendons que tu viennes nous aider au PS. Amicalement, Message d’origine Bonjour, Je ne sais pas si c’est le lieu, mais je recherche des réponses, même très synthétiques, à quelques interrogations, qui me permettraient peut-être de franchir le pas de l’adhésion au PS. Cette question, concerne "l’économie sociale de marché" et plus généralement le projet socialiste du 21ème siècle. Selon les réponses, le type d’engagement politique est forcément différent. Disons, qu’après un passé de jeune militant trotskiste je suis plutôt au milieu du gué aujourd’hui, intéressé par les expériences de type Ramulaud, PUVG... mais je vois bien aussi qu’elles ne mènent pas loin et ne construisent pas une stratégie politique sur le long terme. A vrai dire ma question est simple :
Voir plus haut les réponses que nous apportons Franchement j’aimerais le croire. Les grands messes révolutionnaires m’ennuient, le stalinisme me fait peur, et jusqu’à présent, aucun système de type "planificateur à tout crin" n’a abouti à autre chose qu’une horreur totalitaire. Pourtant, quelle leçon tirer de l’exemple chilien de l’UP ? Des salaires presque doublés, une relance de la consommation, mais dans le même temps une fuite des capitaux et une paralysie économique orchestrée par les secteurs patronaux, qui amène à une obligation d’importer, donc à un déficit, une crise aggravée et enfin un mécontentement populaire puis un coup d’Etat militaire. Une réponse plus haut Que penser du même scénario, en plus "light", à partir de la victoire de la gauche en 81, qui oblige la gauche à réorienter son action à partir de 83/84 vers une politique d’austérité ? Ça introduirait une crise en Europe (s’il s’agit d’un pays européen) qui permettrait de poser sur le terrain politique la crise sociale (que provoque le néo-libéralisme) et donc de la résoudre démocratiquement. A l’échelle mondiale, ce serait l’ouverture d’un espoir, comme le fut Cuba en 59 ou le Nicaragua en 79, mais on peut l’espérer maintenant, après la chute du mur de Berlin, un espoir appuyé sur une stratégie démocratique Que penser enfin du renoncement, avant même d’essayer, de Lula au Brésil ? Le réformisme n’est-il pas devenu aussi illusoire que le grand soir ? Le réformisme est révolutionnaire s’il fait des réformes ; mais si c’est un réformisme sans réforme, il est aussi illusoire que l’attente du miracle du grand soir ; or, l’écrasante majorité de la population, la masse des salariés, attend des réformes, c’est-à-dire un programme commun de gouvernement Pardon pour cette crise de pessimisme mais ces questions me semblent bien réelles. Je sais que certains d’entre vous ont un passé à la Ligue et qu’eux-mêmes enseignaient qu’on ne pouvait "dompter" le capitalisme (ex-dans "oui, le socialisme" maspéro 1978). Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui qui rendrait cette régulation possible (alors que les "masses" sont encore moins mobilisées et moins conscientes politiquement qu’hier il me semble) ? Réponse plus haut J’espère que quelqu’un aura un peu de temps à me consacrer, ou à défaut, des documents à me faire passer. J’ai lu le programme "vers une économie sociale de marché" de la GS 1999. Merci, |
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