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Palestine

Échos de la campagne BDS

mercredi 18 juin 2014 par Philippe Lewandowski

 
Nous publions ci-dessous la chronique Palestine de notre ami Philippe Lewandowski, parus dans Démocratie&Socialisme n°215 de mai 2014.

L’échec prévisible des pseudo-négociations sous l’égide des États-Unis entre le gouvernement israélien et l’autorité palestinienne ne constitue pas une surprise : elles n’ont guère freiné les politiques discriminatoires et expansionnistes d’Israël, et ont tout au plus servi à rappeler l’existence d’une direction palestinienne soucieuse avant tout de ses propres intérêts. L’annonce même de la réconciliation entre le Fatah et le Hamas doit également être appréhendée avec circonspection, dans la mesure où elle ne fait que limiter les dégâts pour deux organisations dont les orientations semblent l’une comme l’autre dans l’impasse, faute de visée stratégique dont l’absence se fait cruellement sentir.

La vraie partie se joue derrière ces théâtres d’ombres plus ou moins figées, elle demeure méconnue des grands médias occidentaux qui préfèrent le sanglant et le spectaculaire aux mouvements de fond plus difficilement perceptibles. La fonction de diversion donnée à l’avant de la scène n’est pourtant même pas un secret. En janvier 2014, l’ancien premier ministre israélienne Tzipi Livni expliquait benoîtement : « Les négociations de paix constituent une véritable digue contre cette vague [du boycott international] ». [1]

Déclarations contradictoires

La menace du boycott reste cependant perçue de façons pour le moins différenciées selon les moments et les locuteurs. « C’est du bluff », prétend ainsi un universitaire membre du comité central du Likoud (le parti de Netanyahou) ; « l’économie israélienne est "in-boycottable", parce que beaucoup trop développée, et incontournable, et en particulier pour l’Europe qui a besoin de technologies israéliennes ». [2]

Mais Netanyahou lui-même a déjà parlé du boycott comme d’une « menace stratégique », et a transféré dès juin 2013 la tâche de superviser la riposte médiatique et politique à la campagne BDS du ministère des affaires étrangères à celui des affaires stratégiques.

Or plusieurs petites organisations israéliennes ont ouvertement pris position en faveur de ce boycott ; l’argumentaire de Shir Ever, militant de « Boycott from within », nous paraît particulièrement intéressant : « En tant qu’Israélien, et en tant que Juif, j’ai grandi dans ce pays en estimant que vouloir vivre dans une démocratie, avec les mêmes droits pour tous, n’était pas quelque chose d’incongru, et ne faisait pas de moi quelqu’un de fou ou de radical, confie-t-il. Je comprends que les Palestiniens souhaitent se battre pour leurs droits légitimes. Et je m’interroge : quelle est la meilleure façon pour eux de le faire ? En Algérie, les habitants ont combattu les Français, il y a eu des centaines de milliers des morts. C’est dans mon intérêt, en tant qu’Israélien et en tant que Juif, que les Palestiniens choisissent une méthode pacifique de lutte pour obtenir leur liberté. Et BDS représente cette option. BDS ne fait pas le siège d’Israël comme Israël le fait contre Gaza. BDS est beaucoup plus sélectif, fondé sur les droits de l’homme, et ne vise pas à créer un État seulement ouvert aux musulmans ou aux Arabes. » [3]

De telles idées sont subversives, ceux qui les profèrent se voient donc accusés, selon les cas, de haine d’eux-mêmes, de trahison, ou d’antisémitisme.

Une vague montante

En dépit des pressions politiques et financières ou, comme en France, des poursuites judiciaires, l’appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions, lancé par les organisations civiles de la société palestinienne rencontre un écho qui va grandissant et se diversifiant.

C’est ainsi qu’au boycott des produits se sont ajoutés le boycott culturel, le boycott sportif et le boycott universitaire. Plusieurs artistes de renom (Ken Loach, Roger Waters, Nigel Kennedy,…) refusent de se produire dans un État pratiquant une politique d’apartheid et de nettoyage ethnique. Des footballeurs se prononcent pour le boycott du football en Israël. Le journaliste et militant Ben White rappelle que « les liens intrinsèques entre la promotion de la propagande et l’implication active dans l’occupation de la part des institutions universitaires d’Israël ne sauraient être ignorés. La complicité de ces institutions est une composante stratégique de l’arsenal de l’État d’apartheid responsable de l’oppression quotidienne à laquelle les Palestiniens sont confrontés ». [4]

En mars dernier, l’affaire Sodastream a même percé dans les médias : « Ayant suscité une vive controverse, l’actrice américaine Scarlett Johansson a préféré quitter sa mission d’ambassadrice de l’ONG Oxfam plutôt que de renoncer à son contrat publicitaire avec la compagnie Sodastream, dont l’usine est située en Cisjordanie . […] Que l’on prenne le parti de l’actrice américaine, des militants d’Oxfam ou de ceux de BDS, l’affaire Sodastream a mis en lumière la question du boycott comme jamais auparavant. « Sodastream a révélé au grand public un mouvement de fond, explique le chercheur Julien Salingue. C’est l’image de la taupe, qui creuse ses galeries : ce n’est qu’au moment où elle sort que l’on se rend compte de ce qui a été creusé. Un mouvement massif s’est aujourd’hui développé à l’échelle internationale, et en Israël, on en a conscience depuis un certain temps maintenant, avec notamment la volonté de mettre en place une législation répressive contre BDS. » [5]

Mais les digues que tente de construire le gouvernement israélien avec la complicité des gouvernements occidentaux ne suffiront pas à contenir ce qui s’avère une exigence de justice s’appuyant sur les droits de l’homme. Les refrains paranoïaques ne sont pas de mise. Comme le précise Omar Barghouti : « La justice et l’égalité des droits pour tous détruiraient-elles réellement Israël ? L’égalité a-t-elle également détruit le sud des États-Unis ? Ou l’Afrique du Sud ? Ce qu’elle a certainement détruit, c’est l’ordre raciste et discriminatoire qui avait prévalu en ces deux endroits, mais elle n’a pas détruit les citoyens des pays concernés.

Ce qui est menacé par le BDS, c’est l’ordre inique imposé par Israël ». [6]

À nous de ne pas rester spectateurs ou à l’arrière-garde d’une campagne nécessaire lancée à l’initiative de la résistance populaire palestinienne.

Notes

[1] Cité par Pierre Puchot, Israël s’inquiète du boycott international, in Médiapart, 26-04-2014, consulté le 10-05-2014.

[2] Idem 1

[3] Idem 1

[4] Le boycott universitaire expliqué par Ben White, 28-03-2014, http://www.bdsfrance.org/, consulté le 10-05-2014.

[5] Idem 1

[6] Omar Barghouti, Pourquoi Israël a peur de la campagne internationale de boycott, 05-02-2014, http://www.info-palestine.eu/spip.php ?article14385, consulté le 10-05-2014.

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