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Palestine

Crimes de guerre, désinformation & autres infamies de l’été

mercredi 29 octobre 2014 par Philippe Lewandowski

 
Nous publions ci-dessous la chronique Palestine de notre ami Philippe Lewandowski, paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°217 de septembre 2014.

L’été 2014 s’est rempli de sang et d’amertume. Alors que plus de 2 000 Palestiniens, dont près de 500 enfants, enfermés dans l’immense prison à ciel ouvert que constitue la bande de Gaza, sont tués lors de l’opération « Bordure protectrice », les dirigeants du monde occidental s’obstinent à reprendre à leur compte les fallacieuses explications du gouvernement Netanyahou. Parler du déséquilibre du traitement de l’information ne constituerait pourtant qu’un euphémisme. L’historien israélien Shlomo Sand attire l’attention sur l’étrange manière dont sont relatés les combats : « Le Hamas a tiré indistinctement sur des civils et n’a tué quasiment que des militaires, alors qu’Israël, qui disait vouloir frapper des combattants, a tué massivement des civils. » [1] L’origine des affrontements ne saurait par ailleurs se réduire au prétexte invoqué. Ainsi que le rappelle la députée palestinienne à la Knesset Haneen Zoabi, il est fondamental de se référer au contexte global et à la conjoncture dans lesquels ils se situent. [2]

LE CONTEXTE

Ce n’est pas un hasard si la nouvelle agression israélienne prend son essor au lendemain de la formation d’un gouvernement palestinien d’union, composé de techniciens avalisés par le Fatah et le Hamas, les deux principales organisations politiques présentes. Cette union défaisait la politique du diviser pour régner jusque-là utilisée avec succès par les stratèges de l’État d’Israël : c’était eux qui, dans un premier temps, avaient favorisé l’émergence du Hamas pour affaiblir un Fatah trop puissant selon eux ; puis qui tentaient de se servir de certains éléments du Fatah pour contrer un Hamas dont l’influence, mais surtout le refus de se résigner, les gênait. Le coup était d’autant plus dur que les États-Unis et les gouvernements occidentaux reconnaissaient ce gouvernement d’union, et que les Israéliens n’avaient désormais plus d’excuse acceptable pour refuser des négociations sempiternellement remises.

La tentative antérieure de provoquer des frappes contre l’Iran ayant échoué, Netanyahou devait trouver une autre voie pour satisfaire les faucons d’extrême droite siégeant dans son gouvernement. Elle lui servirait aussi à faire passer sous silence, ou du moins au second rang de l’actualité médiatique, la poursuite ininterrompue de la colonisation et de la purification ethnique, aussi bien en-deçà qu’au-delà de la ligne verte. Elle lui servirait enfin à caresser dans le sens du poil une société dont la droitisation est dénoncée par des critiques allant des opposants comme Michel Warschawski ou Gideon Levy à même des sionistes de conviction tel Zeev Sternhell :

« Sur un arrière-fond de racisme lâché et assumé, d’une nouvelle législation discriminatoire envers la minorité palestinienne d’Israël, et d’un discours politique belliciste formate par l’idéologie du choc des civilisations, l’Etat hébreu est en train de sombrer dans le fascisme », craint Michel Warschawski. [3]

« Finalement, le mot « fascisme », que j’essaie d’utiliser le moins possible, a mérité sa place dans la société israélienne », reconnaît Gideon Levy. [4]

« La droite israélienne ferait passer Mme Le Pen et le Front national pour une bande de gauchistes à côté d’elle », affirme de son côté l’historien Zeev Sternhell. [5]

L’interdiction de siéger signifiée à la députée Haneen Zoabi est à cet égard des plus inquiétantes : « Haneen a récemment été suspendue des plenums de la Knesset pour une période de six mois, ce qui en passant témoigne de la qualité de la « démocratie parlementaire » israélienne ainsi que du concept d’immunité (le professeur Aeyal Gross traite de ce sujet dans un article paru dans le Haaretz du 30 juillet, « Avec la suspension de Zoabi, la Knesset se rapproche du fascisme ») ». [6]

DES MEURTRES AU CARNAGE

Les assassinats de Palestiniens, que ce soit par des colons ou directement par l’armée israélienne, sont monnaie courante, et depuis longtemps ne défraient plus la moindre chronique. La déshumanisation des Palestiniens trouve ses porte-paroles auprès des plus hautes autorités de l’État : « Les Palestiniens sont des bêtes qui marchent sur deux pattes », déclarait en son temps à la Knesset Menahem Begin sous les applaudissements. [7] L’expression est reprise par Netanyahou. La barbarie fleurit à l’université : le chercheur Mordechai Kedar lance un appel aux viols en déclarant à la radio que « la seule chose qui pourrait décourager le candidat à un attentat suicide de passer à l’acte serait de savoir que, s’il le commettait, sa sœur ou sa mère serait violée », oubliant que cette tactique de désespoir était abandonnée depuis plusieurs années. [8] Elle s’épanouit chez des adolescents, qui en viennent à enlever un jeune Palestinien, l’aspergent d’essence, le forcent à en boire, et l’immolent par le feu. Mais Barack Obama, qui n’hésite pas à qualifier de « barbare » la capture d’un prisonnier de guerre (en l’occurrence, un militaire participant à l’incursion terrestre de l’armée israélienne) par les résistants de Gaza, n’y voit pas de quoi s’émouvoir.

La mise en scène de la recherche des coupables d’un enlèvement manqué à Hébron en Cisjordanie (Territoires occupés) permet aux dirigeants israéliens de lancer une nouvelle offensive sur Gaza, prétendant (mais sans parvenir à le prouver) que le Hamas était responsable de la mort des trois jeunes colons. Cette attaque par air, par mer et par terre, est la plus meurtrière de celles subies jusqu’à présent par le ghetto de Gaza. Même Laurent Fabius a fini par y voir un carnage. L’historien israélien Ilan Pappe, quant-à lui, n’hésite pas à employer l’expression idoine pour caractériser cette politique : celle d’un « génocide incrémentiel ». [9]

UNE POLITIQUE CONSTANTE

La phrase rituelle par laquelle s’ouvrent tous les communiqués israéliens, reprise sans sourciller par les dirigeants du monde occidental, ne parvient plus à masquer une réalité qui en est l’exact opposé : « Israël a le droit de se défendre », dit-elle ; alors que depuis ses débuts, Israël est à l’origine de toutes les agressions subies par les Palestiniens et leurs voisins directs. Miko Peled renchérit : « Aujourd’hui encore, les commandants et politiciens israéliens disent toujours la même chose : Israël est destiné à vivre par l’épée et il doit frapper Gaza chaque fois que possible. Peu importe si les Palestiniens n’ont jamais posé un défi militaire, et encore moins une menace pour Israël. Après tout, les Palestiniens n’ont jamais possédé le moindre tank, ni de navire de guerre ni de jet de combat, voire pas même une armée régulière. » [10]

Quels que soient les gouvernements en place, la politique israélienne n’a pas dévié de l’objectif sioniste consistant à occuper le maximum de terres en conservant le minimum de Palestiniens, le nettoyage ethnique ayant pour complément l’étranglement économique et géographique. Seules les modalités de la mise en œuvre peuvent varier. En Cisjordanie occupée, la division en zones distinctes (les meilleures terres étant dévolues aux colons) est devenue l’outil principal de l’expansion israélienne : elle reste crédible aux yeux de la majorité des Israéliens, à condition que les bantoustans palestiniens se résignent à leur sort et que les condamnations internationales ne soient pas trop lourdes.

Il n’en va pas de même à Gaza, où la concentration de Palestiniens (dont plus des deux tiers sont des réfugiés) est si élevée que toute inversion démographique relève de l’impossible. Depuis huit ans, grâce aussi à la complicité égyptienne, l’enclave se retrouve soumise à un blocus impitoyable autant qu’illégal, ses habitants se voyant ainsi privés de tout espoir. Si le seul choix qui leur est laissé est de mourir lentement en raison de la dégradation catastrophique des conditions de vie auxquelles ils sont condamnés ou de mourir rapidement sous les bombes, il est vrai qu’ils n’ont rien à perdre. Leur faute ? Exister, et ne pas se résigner.

DÉSINFORMATION TRIOMPHANTE

Ce n’est bien entendu pas ainsi que les présentent les services de propagande israéliens et les ténors occidentaux. Contrairement à feu le combattant du ghetto de Varsovie Marek Edelman qui y reconnaissait bel et bien des résistants, ils ne disent y voir qu’un nid de « terroristes », comme s’ils ne pouvaient accepter que se débattent des prisonniers dont ils préfèreraient qu’ils s’éteignent dans le calme et en silence.

Ceux qui conservent encore des restes de scrupules vont jusqu’à émettre des réserves sur la proportionnalité de la force mise en œuvre par Israël. Certes. Ils n’en demeurent pas moins dans le cadre de l’argumentaire de l’État dont la politique de fond n’est nullement remise en cause. Ils ne veulent pas voir, ils ne veulent rien savoir de ce qui pourrait déranger une position de confort parfaitement hypocrite. Ainsi, en septembre 2013, lorsqu’une diplomate française a été maintenue à terre par la soldatesque israélienne pour avoir été le témoin du vol, par l’armée israélienne, d’un convoi humanitaire apportant des tentes à des bédouins dont les habitations avaient été détruites par cette même armée, ce n’est pas à une protestation officielle qu’on a assisté, mais au rappel de cette diplomate par le Quai d’Orsay. [11]

Complaisance et complicité semblent aller de pair. La dernière n’est pas nouvelle : la France demeure le seul pays au monde à poursuivre ceux qui prônent la participation à la campagne BDS (Boycott – Désinvestissement – Sanctions) lancée par un la société civile palestinienne et appuyée y compris par des Israéliens conscients ; la circulaire Alliot-Marie est encore en vigueur. Mais l’été 2014 a été le témoin d’une malencontreuse accentuation du déséquilibre complice : au lendemain des premières frappes israéliennes, alors que des dizaines de victimes étaient déjà à déplorer, le premier communiqué de l’Élysée a été si outrancièrement partial qu’il s’est vu décerner un satisfecit du gouvernement israélien.

L’État français n’en est pas resté là, et, seul à le faire dans le monde, est allé jusqu’à interdire des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien. Ce coup a permis à la fois de faire passer au second rang de l’actualité la réalité du massacre en cours ainsi que la teneur des dizaines de manifestations de province. Ces manifestations ont été marquées par la mobilisation non seulement de secteurs traditionnellement militants (associations, syndicats, organisations politiques de gauche – à l’exception du Parti Socialiste), mais aussi de structures et de personnes se revendiquant de leur judéité (qui ne se confond pas avec la politique israélienne), ainsi que de jeunes et de familles venues des quartiers populaires, arborant des drapeaux palestiniens et français, montrant ainsi leur adoption du symbole d’une république qui est aussi la leur.

Le sommet de la désinformation a peut-être été atteint avec les incidents de la rue de la Roquette à Paris, le 13 juillet. Les provocations annoncées d’avance et tenues de la LDJ (Ligue de Défense Juive, une milice violente interdite aux États-Unis et en Israël, mais étrangement tolérée en France) n’ont été accompagnées d’aucune mesure de prévention par les forces de l’ordre. La manifestation réelle de soutien au Palestiniens a disparu des unes des journaux au profit de comptes rendus les plus trompeurs. [12] Le « Daily Mail » britannique du 15 juillet a pu relater des faits dont la majorité des Français n’auront pas entendu parler. [13]

Silence également sur la participation de Français à « Bordure protectrice », une opération militaire apparentée à des crimes de guerre. Seront-ils jugés à l’instar des ressortissants sud-africains coupables des mêmes méfaits, ou des jeunes déboussolés séduits par le jihad islamiste ? Là encore, le deux poids deux mesures semble de mise.

LE CESSEZ-LE-FEU ET APRÈS

Le cessez-le-feu conclu le 26 août apporte un soulagement nécessaire à la population de la bande de Gaza, et, à ce titre, doit être salué. Citons ici un vers splendide de Mahmoud Darwich : « Nous aussi nous aimons la vie quand nous en avons les moyens. » Mais ne nous voilons pas la face : cet arrêt des combats repose sur des bases fragiles. « Aucune des questions de fond n’a été résolue", affirme Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "L’accord est flou et imprécis et on repousse aux calendes grecques les questions qui fâchent", poursuit-il. » [14]

Un allègement du blocus n’est pas une levée du blocus. Et, déjà, le gouvernement israélien a annoncé de nouvelles constructions destinées aux colons à Jérusalem-Est. Sa politique de fond demeure inchangée.

Alors oui, nous sommes pour la consolidation du cessez-le-feu. Mais nous ne nous laissons pas abuser par la mascarade d’un soi-disant « processus de paix » qui laisse se poursuivre le nettoyage ethnique et la colonisation.

La campagne BDS constitue le meilleur moyen de pression dont nous disposons pour contraindre Israël à respecter le droit international. Un appel au boycott d’Israël vient d’être lancé par des survivants de la shoah, pour qui le « plus jamais ça » doit signifier « plus jamais ça pour personne ». [15]

Et nous n’oublions pas la Résolution de l’Assemblée Générale de novembre 1974 de l’ONU qui « réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour se libérer d’une domination étrangère et coloniale, y compris par la lutte armée ». [16]

Notre chant d’amour va au peuple opprimé, pas à l’oppresseur.

Notes

[1] Shlomo Sand, « Les muses et la mort », http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200814/les-muses-et-la-mort, consulté le 23-08-2014.

[2] Haneen Zoabi, Interview, http://www.youtube.com/watch ?v=S8UqucganIk, consulté le 23-08-2014. En hébreu, sous-titré en anglais.

[3] Michel Warschawski, « Israël : vers le fascisme », http://www.ujfp.org/spip.php ?article3365, consulté le 24-08-2014.

[4] Cité dans l’article « Gideon Levy menacé de mort en Israël », http://www.europalestine.com/spip.php ?article9713, consulté le 24-08-2014.

[5] Cité par Hélène Sallon dans son interview « L’historien israélien Zeev Sternhell « ne voit pas la fin » de la guerre à Gaza », http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/08/08/l-historien-israelien-zeev-sternhell-ne-voit-pas-la-fin-de-la-guerre-a-gaza_4469397_3218.html, consulté le 24-08-2014.

[6] Michel Warschawski, « Don’t touch my MK, Haneen Zoabi ! », http://www.alternativenews.org/english/index.php/blogs/michael-warschawski/8370-don-t-touch-my-mk-haneen-zoabi, consulté le 24-08-2014.

[7] Cité par Michel Collon, « Les Palestiniens sont des bêtes qui marchent sur deux pattes », http://www.michelcollon.info/Les-Palestiniens-sont-des-betes.html , consulté le 24-08-2014.

[8] Connie Hackbarth, « Israeli academic : raping Palestinian women would deter attacks”, http://www.alternativenews.org/english/index.php/politics/israeli-sosaciety/8314-israeli-academic-raping-palestinian-women-would-deter-attacks, consulté le 24-08-2014.

[9] Ilan Pappe, « La perspective historique du massacre de Gaza de 2014 », http://www.protection-palestine.org/spip.php ?article13085, consulté le 24-08-2014.

[10] Miko Peled, « Gaza nous remet en mémoire le péché originel du sionisme », http://www.info-palestine.net/spip.php ?article14885, consulté le 24-08-2014.

[11] AFPS (Association France Palestine Solidarité), « La France humiliée par l’armée israélienne d’occupation », http://www.france-palestine.org/La-France-humiliee-par-l-armee, consulté le 26-08-2014.

[12] Michèle Sibony, « Intox mensonge et presse écrite », http://www.legrandsoir.info/intox-mensonge-et-presse-ecrite.html, consulté le 29-08-2014.

[13] Peter Allen, “Des scènes choquantes alors que 150 hommes juifs s’en vont saccager dans les rues de Paris et affronter des manifestants pro-palestiniens”, http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2014/07/16/des-scenes-choquantes-alors-que-150-hommes-juifs-sen-vont-saccager-dans-les-rues-de-paris-et-affronter-des-manifestants-pro-palestiniens/, consulté le 29-08-2014.

[14] Cité dans « Gaza : une guerre sans vainqueur », http://www.france-palestine.org/Gaza-une-guerre-sans-vainqueur , consulté le 29-08-2014.

[15] « 327 survivants de l’Holocauste signent une lettre à charge contre Israël et appellent à son boycott total », http://www.france-palestine.org/327-survivants-de-l-Holocauste, consulté le 30-8-2014.

[16] Cité dans Asa Winstanley, « Les "alliés" de la Palestine doivent cesser de condamner la résistance armée », http://www.legrandsoir.info/les-allies-de-la-palestine-doivent-cesser-de-condamner-la-resistance-armee-al-akhbar.html, consulté le 29-08-2014.

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 Sans titre 3 décembre 2014, par chb
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