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Les insupportables contradictions de Lcr-Lo !

L’échec du refus de l’unité de toute la gauche

lundi 29 mars 2004 par Gérard Filoche

 
Ainsi comme nous l’avions annoncé (D&S n°109 de nov. 2003), (et comme la minorité de la Lcr l’avait clairement exprimé au cours du congrès de novembre 2003, sans être entendue par sa majorité), l’alliance Lcr et Lo, au lieu d’être dynamique, s’est écrasée sur le refus d’avoir une position de désistement au 2° tour pour la gauche.

En rompant avec une politique pourtant trotskiste et traditionnelle de front unique, d’unité de la gauche, en se plaçant sous les fourches caudines de Lo, qui a elle-même accentué son sectarisme en la matière, les dirigeants de la Lcr ont commis une grave erreur qu’ils ont payé très cher.

Le Pcf qui était passé derrière la Lcr et Lo en matière d’influence électorale en 2002, est revenu devant, à cause de cette erreur.

Pourtant c’était clair, le 21 avril 2002, et encore plus en juin 2002 : les 4,5 % des voix qui s’étaient portées sur Olivier Besancenot l’ont fait parce que ce candidat avait affirmé qu’au deuxième tour en 1995, il avait voté Jospin...

La majorité de ceux qui étaient encore prêts à se servir du vote extrême gauche en 2004 pour indiquer à la gauche qu’ils voulaient la voir aller plus loin... ont cessé de le faire dès que l’alliance Lcr-Lo a fermé la porte à cette perspective et en fait la caractéristique de la campagne régionale...

On a donc eu des retours d’électeurs en masse (prés de 4 à 5 %) vers le Pcf qui, lui, prenait ce profil...

Un des paradoxes les plus étonnants, c’est l’aller-retour des arguments contradictoires dans lesquels s’enfoncent les dirigeants de la Lcr, dans une grande confusion (d’ailleurs ancienne) :

1°) Krivine, Laguillier et Besancenot, expliquaient qu’ils n’avaient pas de consigne de vote à donner (irresponsabilité étonnante pour des dirigeants révolutionnaires) et que "le Ps n’avait qu’à mériter les voix de leurs électeurs". Alors, est-ce que le Ps et la gauche, en récoltant ce score historique, sans précédent, de plus de 50 % des voix, ont "mérité" les voix des centaines de milliers d’électeurs d’extrême gauche qui se sont reportées sur lui ? S’ils ont mérité ce vote, c’est que le vote massif est un vote sur le fond, d’adhésion, et pas seulement un vote de rejet de la droite....

2°) Évidemment Krivine, Laguillier, Besancenot se rendent compte de l’absurdité de cette position qui vise à créditer ainsi le Ps et la gauche plurielle d’un engouement populaire aveugle et démesuré. Donc, le lendemain de l’élection du 28 mars, voilà nos dirigeants révolutionnaires qui donnent une tout autre explication : "c’est que le Ps et la gauche ont bénéficié d’un vote de rejet mais pas d’adhésion..." Ce en quoi, cette fois, ils ont d’ailleurs raison (même la direction du Ps en est consciente et le dit !) mais ca revient à dire qu’ils ont eu les voix... sans les mériter !

3°) Mais alors pourquoi, dans ces conditions ne pas avoir accompagné les électeurs en les appelant aussi "à battre la droite", sans pour autant idéaliser le Ps ? On peut donc voter Ps, sans que celui-ci ne le mérite, en se servant "utilement" de ce vote pour déstabiliser la droite ? Alors la Lcr et Lo auraient dû faire ce choix en temps utile !

4°) Car peut-on savoir, au fait, comment ont voté en pratique les dirigeants de la Lcr et de Lo, eux, qui n’ont pas pris de position publique ? Ça nous intéresse de comprendre leur responsabilité politique et leur engagement réel !

Se sont-ils abstenus et la gauche a-t-elle eu plus de 50 % des voix, pour la première fois de son histoire... sans eux ? (La gauche aurait donc encore de la réserve si on convainc Krivine et les siens...).

Ou bien ont-ils voté à gauche comme 50 % des électeurs et font-ils partie du mouvement d’ensemble populaire et puissant qui a, ainsi, porté un coup de massue à la politique de Chirac-Raffarin ? Si oui, ils sont eux-mêmes des éléments actifs de la différence gauche-droite, ils font partie de la force et l’impact d’un vote massif à gauche, ils ont une part de légitimité pour vouloir orienter les choix de la gauche gagnante : " - Ca ne nous donne pas de droits, mais des devoirs" à expliqué François Hollande.

5°) Il est probable que de très nombreux électeurs (une majorité écrasante) de la Lcr-Lo ont contribué à cette exceptionnelle victoire de la gauche le 28 mars, mais quid des dirigeants eux-mêmes, Krivine, Laguillier, Besancenot, etc.. ? Même s’ils ne sont pas "propriétaires" des voix de "leurs" électeurs comme ils l’ont dit (ça c’est sûr !) ont-ils fait comme eux, ou se sont-ils isolés en s’abstenant ? Si oui, ce n’était pas le bon jour car il y a eu une progression de 7 % de votants ! Ce n’est pas bon pour des dirigeants "révolutionnaires" de ne pas sentir les élans du peuple...

Difficile de contester le sens et l’élan du 28 mars, mais on voudrait comprendre comment la Lcr et Lo se situent dorénavant par rapport à cette dynamique ? Toujours en extérieur ? S’ils ont voté à gauche, dans l’urne, sans le dire et y appeler publiquement, c’est stupide, parce qu’ils se privent de l’avantage de tirer parti avec tous de la victoire de tous.

Et si Krivine, Laguillier, Besancenot n’ont pas voté, s’ils ne sont pour rien dans ce mouvement anti-Chirac-Raffarin, à les entendre, ce 29 mars, s’en réjouir vigoureusement comme ils le font, on ne peut qu’être surpris : car s’il y a de quoi être aussi enthousiastes de cette défaite de la droite qu’ils le disent, pourquoi n’en avoir pas été partie prenante ?

On a là un langage bien indéchiffrable dans la bouche des dirigeants de la Lcr et de Lo.

A moins qu’ils ne s’en tirent comme Arlette Laguillier qui vient de resimplifier le débat, en affirmant : "- De toute façon, ce n’est qu’une élection".

Ça c’est vrai, bien sûr.

Gérard Filoche, le 29 mars 2004 pour D&S n°114 avril...

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