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Le baiser qui tue !

lundi 6 mars 2017 par Jean-Jacques Chavigné

 

La droite du Parti socialiste et une partie de l’appareil de ce dernier prodiguent leurs affectueux conseils à Benoît Hamon, mais c’est pour mieux l’étouffer.

Le contenu de ces conseils est simple : pour gagner, il faut d’abord rassembler le parti, et pour cela ne rompre ni avec la stratégie de François Hollande, ni avec son bilan.

Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, va jusqu’à réclamer des « preuves d’amour » à Benoît Hamon pour « qu’il rassemble sa famille », n’excluant pas, si les « preuves d’amour » ne sont pas suffisantes, de voter Emmanuel Macron.

Le Guen et les « Réformateurs » de la droite du PS veulent clairement faire échouer la candidature de Benoît Hamon

Le Guen reproche à Hamon de ne pas chercher à être le candidat de toute la gauche, d’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, et de s’être « occupé essentiellement de la gauche de la gauche ».

Emmanuel Macron n’est pas à gauche - son programme ultralibéral en est une nouvelle preuve - et Benoît Hamon ne s’y est pas trompé.

La seule possibilité pour Benoît Hamon de permettre à la gauche de gagner la présidentielle est de d’arriver à un accord, avec Jean-Luc Mélenchon, pour un candidat unique de la gauche, dès le 1er tour de la présidentielle.

Benoît Hamon a déjà réussi à trouver un accord avec Yannick Jadot mais, curieusement, Jean-Marie Le Guen (comme Manuel Valls, d’ailleurs) lui en fait le reproche.

L’« impasse stratégique » de Le Guen et de Bernard Cazeneuve en France

Le Guen reproche à Benoît Hamon de se retrouver dans une « impasse stratégique ». Ce reproche venant d’un député qui a soutenu jusqu’au bout l’orientation de François Hollande, ne manque pas de saveur.

La politique de François Hollande l’a conduit dans un tel cul-de-sac qu’il a décidé de ne pas défendre son propre bilan, après avoir mené la gauche à des défaites en rase campagne aux municipales, aux européennes, aux sénatoriales, aux législatives partielles, aux départementales, aux régionales.

C’est, pourtant, ce bilan que Bernard Cazeneuve demandait à Benoît Hamon d’assumer, lors de leur dernière rencontre, à la sortie de Matignon.

Le Guen et Cazeneuve semblent oublier que si Benoît Hamon a gagné les primaires, c’est, justement, parce qu’il a proposé une politique en rupture avec le bilan et la politique de François Hollande. Comment abroger la loi El Khomri, comme le propose Benoît Hamon, et endosser le bilan du quinquennat ?

Avant les primaires et la victoire de Benoît Hamon, Manuel Valls se retrouvait à 9 % des intentions de vote à l’élection présidentielle. Aujourd’hui, Benoît Hamon se situe entre 13 et 16 %, légèrement devant Jean-Luc Mélenchon. S’il devenait le candidat unique de la gauche, il obtiendrait sans difficulté le soutien de toute la gauche, y compris de tous ceux qui aujourd’hui désespèrent et hésitent, faute de mieux, à apporter leur soutien à Emmanuel Macron. Tous les adhérents et sympathisants du PS, soucieux de faire gagner leur camp, voteraient pour Benoît Hamon et, seuls, quelques députés choisiraient le camp de Macron.

L’« impasse stratégique » en Europe

Quand des partis socialistes ou sociaux-démocrates commencent à sortir la tête hors de l’eau, c’est parce qu’ils rompent avec la stratégie de Merkel, Hollande, Valls ou Moscovici.

En Allemagne, le candidat du SPD, Martin Schulz a gagné 12 points dans les sondages et fait jeu égal avec Angela Merkel depuis qu’il a annoncé qu’il fallait remettre en question la politique menée par Gerhard Schröder au début des années 2000. L’« Agenda 2010 », qui a plongé des millions d’Allemands dans les « mini-jobs » et la pauvreté, était pourtant montré en exemple par Manuel Valls lors du passage en force de la loi El Khomri. Le SPD jusque là condamné à être une force d’appoint de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) dans un gouvernement de « grande coalition » peut, maintenant, envisager la victoire et un gouvernement de coalition avec Die Linke (l’équivalent du PCF et de la France Insoumise) et Die Grünen (les Verts).

Au Portugal, le Parti communiste portugais et le Bloc des gauches gouvernent avec le parti Socialiste.

En Espagne, le PSOE en Espagne est en pleine crise, depuis que les caciques sociaux-libéraux ont obligé Pedro Sànchez à rompre les discussions avec Podemos et obligé les députés du PSOE à s’abstenir pour permettre à la droite de gouverner, bien que minoritaire au congrès des députés.

Dans d’autres pays européenne, les partis socialistes, sociaux-démocrates ou démocrates s’effondrent ou implosent : le Pasok en Grèce ; le Parti démocrate de Mateo Renzi en Italie ; le Parti travailliste au Pays-Bas (où le parti du leader de la droite la plus xénophobe, Geert Wilders, risque fort d’emporter les prochaines élections).

Moscovici, Valls, Cambadélis cherchent aussi à faire échouer Benoît Hamon mais essaient, dans leur propre intérêt, de préserver certains équilibres

François de Rugy, après s’être engagé devant 3,8 millions de téléspectateurs, à soutenir le vainqueur de la primaire de la « Belle alliance populaire », a décidé de rejoindre Emmanuel Macron, au nom de « la cohérence ». Visiblement, le respect de la parole donnée n’a pas, pour lui, la moindre place dans cette « cohérence ».

Manuel Valls est plus respectueux de la parole donnée et ne soutient pas Macron. On peut le comprendre : s’il rejoint Macron, il sera ravalé au 36e rang. Il préfère donc essayer de garder la main sur l’appareil du Parti socialiste pour essayer de préserver quelque poids politique. Mais, dans le même but, il ne soutient pas non plus Benoît Hamon.

Pierre Moscovici, va encore plus loin dans l’hypocrisie et recommande : « Ceux qui n’ont pas gagné la primaire doivent respecter Hamon ». Mais lui-même ne marque guère de respect à l’égard de Benoît Hamon. Il estime que la gauche social-démocrate « n’a pas de candidat » dans cette élection et que Macron est celui qui « a mis le plus en avant l’Europe, qui a essayé de faire une pédagogie pour les Français ».

Quant à Jean-Christophe Cambadélis, il est dans le même bateau que Manuel Valls. S’il rejoint En Marche ! il ne pèsera plus rien. Aussi, essaie-t-il de s’opposer au départ de la droite du PS chez Macron, tout en la ménageant le plus possible. Il menace de sanctions ceux qui donnent leur parrainage à Macron mais il ne demande surtout pas que les statuts du PS soient appliqués aux députés qui ont choisi de rejoindre En Marche ! tel Gérard Collomb, le sénateur-maire de Lyon, qui a fait applaudir Macron, pendant sept minutes lors du show lyonnais de ce dernier. Selon ces statuts, ils devraient tous être immédiatement exclus, car le seul « crime » politique qui ne puisse être pardonné au PS, c’est de prendre position pour un candidat autre que celui du parti.

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