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Macron, Fillon et Le Pen

L’indépendance syndicale en ligne de mire

lundi 20 mars 2017 par Jean-Jacques Chavigné

 
La crise du capitalisme s’approfondit. La financiarisation de l’économie devait lui permettre de trouver une issue : la crise bancaire de 2007-2008 a mis à mal cette perspective. La baisse brutale de la croissance des « émergents » fait capoter l’éventualité que ces pays puissent servir de débouchés à la production des firmes transnationales. Avec le Brexit et l’élection de Trump, la concurrence s’exacerbe entre les principales économies mondiales.

Dans une telle situation, les grands groupes français n’ont pas d’autres solutions, pour préserver leurs taux de profits, que de s’attaquer brutalement à l’indépendance des syndicats. Chacun des candidats, d’extrême droite ou de droite (François Fillon et Emmanuel Macron) offre, pour y parvenir, ses services à la classe dominante.

Emmanuel Macron affirme sa volonté d’imposer « un syndicalisme moins politique »

Il précise que les syndicats, s’ils peuvent être compétents dans l’entreprise ou dans la branche n’ont « pas à se substituer aux détenteurs de l’intérêt général ». Il affirme que les syndicats ont « une représentativité indue au niveau national ».

Emmanuel Macron ignore sans doute qu’il existe, depuis plus d’un siècle, des confédérations syndicales dans notre pays et que leur objet ne se limite pas à l’entreprise et à la branche.

Il ignore sans doute qu’une démocratie exige des contre-pouvoirs et que des lois comme la loi El Khomri ou la loi portant le doux nom de Macron, ne sont pas des lois d’intérêt général, mais des lois dictées par la Finance et le Medef, des lois que le gouvernement a été obligé d’imposer au moyen du 49.3, parce qu’il n’avait pas de majorité à l’Assemblée nationale pour les voter.

Même Michel Noblecourt (proche de la direction de la CFDT) s’indigne dans Le Monde du 10 mars. Il condamne « la rupture » de Macron avec « la démocratie sociale » de François Hollande et rappelle que la loi reconnaît les « missions d’intérêt général » des organisations syndicales.

François Fillon propose d’« instaurer la liberté de candidature au 1er tour des élections professionnelles »

Aujourd’hui un syndicat ne peut pas présenter de candidat au 1er tour des élections professionnelles s’il n’est pas reconnu comme un syndicat indépendant du patronat.

C’est cette obligation, confirmée par la jurisprudence de la Cour de Cassation, que François Fillon veut supprimer, afin de favoriser la floraison de syndicats patronaux dans les entreprises, en particulier les TPE-PME. Un complément parfait à la loi El Khomri qui fait de l’entreprise le lieu où s’écrira l’essentiel du Code du travail. Le lieu où les salariés sont les plus fragiles, les plus soumis au chantage à l’emploi.

La « liberté » pour Fillon, comme pour tous les néolibéraux, est la liberté du renard dans le poulailler.

Marine Le Pen propose d’« instaurer une véritable liberté syndicale par la suppression de la représentativité »

C’est la même proposition que François Fillon, mais les conséquences du 10e engagement de la candidate frontiste seraient d’une autre portée.

Le Front national, au milieu des années 1990, avait essayé de créer des syndicats à la RATP, dans l’Administration pénitentiaire, dans la Police, dans l’Éducation nationale, dans la Presse et avait créé une Coordination française nationale des travailleurs. Heureusement, ces organisations pseudo-syndicales ont été invalidées par les tribunaux.

Le FN n’a pas baissé les bras pour autant. Aux élections prud’homales de 1998, un pseudopode du Front national, la CFNT, obtenait une moyenne de 5,91 % des voix dans les 34 départements où elle avait présenté des candidats. En mars 2011, le Front national annonçait la création d’un Cercle national de défense des travailleurs syndiqués pour « faire face aux exclusions dont sont victimes les militants du FN ».

Le 10e engagement de Marine Le Pen, en changeant la législation et donc la jurisprudence, pourrait permettre de créer partout, dans les entreprises, les branches, au niveau national, des syndicats d’obédience Front national.

Il n’est pas difficile d’imaginer quelle division cela signifierait pour le salariat (surtout après une victoire de Marine Le Pen !) et comment le Medef verrait balayés tous les obstacles à sa politique d’exploitation de plus en plus violente. Ce n’est pas, vraiment, un hasard si le Medef vient, pour la première fois, d’accepter de rencontrer la candidate du FN à l’élection présidentielle.

Tous les militants syndicaux et leurs organisations doivent comprendre et faire connaître le danger que représentent ces trois candidats pour toute forme d’indépendance syndicale.

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