Démocratie & Socialisme
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Bureau national du PS, mardi 9 mai 2017

Intervention de Gérard Filoche

On ne peut pas être pour la politique de Macron et socialiste

mercredi 10 mai 2017 par Gérard Filoche

 

Le PS est-il mort, comme le prétendent dehors Manuel Valls, et ici, à l’intérieur du parti, Jean-Marie Le Guen et quelques autres ? Si le PS unitaire d’Épinay meurt, comme le dit Jean-Christophe Cambadelis, ce serait une perte pour toute la gauche, pour toute l’histoire et les intérêts présents du salariat, de celles et ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre, de la force sociale qui produit l’essentiel des richesses de ce pays et qui est exploitée férocement par la finance, la banque, la rente, l’oligarchie, le Medef.

Le Parti socialiste est un élément décisif souvent majoritaire, de la longue bataille émancipatrice d’un siècle pour la journée de 8 h, pour la semaine de 40, 39 et 35 h, pour les 3e, 4e, 5e semaines de congés payés, pour la retraite à 60 ans, pour la Sécurité sociale, l’école et les services publics, pour un droit du travail universel attaché aux besoins humains, pour la redistribution des richesses.

Il faut sauver ce parti socialiste-là !

Bien au-delà de ceux qui sont dans cette salle, la mort de ce parti serait une mauvaise nouvelle tragique et durable pour toute la gauche : ce serait la perte de mémoire, de tradition, de références, de luttes, d’avancées parmi les plus grandes de l’histoire sociale.

Évidemment, pour sauver le meilleur de ce parti-là, ce grand parti pluraliste avec un droit démocratique des courants à la proportionnelle, il faut qu’il revienne à gauche, il faut qu’il rompe avec la déviation libérale, avec ce terrible quinquennat qui a trahi tous nos espoirs. En mai juin 2012, nous avions tout, les électeurs de gauche nous avaient tout donné, la présidence l’assemblée, le sénat, les régions, les départements, les villes ; il a fallu une formidable dose de trahison, de rupture avec nos principes, notre programme, notre histoire, les attentes profondes du salariat, pour que tout soit perdu, et que nous soyons menacés de disparaître même de l’Assemblée nationale.

Entre 7 et 43 députés seraient « sauvables » nous dit-on sur plus de 300 sortants ?

Alors une chose est certaine, pour les sauver et pour reconstruire le parti socialiste et la gauche, il faut revenir aux meilleures sources, il faut défendre davantage de droit du travail, davantage d’impôts directs et progressifs sur la fortune et les multinationales, une hausse des salaires bruts et nets et une baisse des dividendes, davantage de protection sociale et de services publics. C’est ça la politique moderne du XXIe siècle. Il faut arrêter de crier « vive l’entreprise », « entreprises, entreprises », comme les sectes libertariennes. Il faut au contraire imposer un contrôle des entreprises dans l’intérêt général, par la puissance publique, celle des salariés, et des usagers. Il faut que la politique, une économie mixte, l’emporte sur l’ordo-libéralisme, que la démocratie transparente l’emporte sur les manipulations opaques des marchés. Il faut opposer le socialisme au capitalisme, et reprendre la lutte de classes.

Et bien sûr, ne pas tomber dans les bras de Macron, ce Guizot du XIXe siècle.

Macron, c’est le putsch d’un homme de cabinet, gonflé en bulle par les banques, le Medef et les 7 milliardaires qui possèdent 95 % des médias de ce pays. On ne peut être socialiste et approuver la suppression de l’ISF. On ne peut être socialiste et soutenir une nouvelle casse du Code du travail, de l’ordre public social : le droit du travail, c’est la déclaration universelle des droits de l’homme, c’est la déclaration de Philadelphie, c’est la charte européenne des droits des humains en 1999, c’est l’OIT, c’est un droit universel, pas des combines, boutique par boutique, c’est le droit des femmes et des hommes au travail de résister à l’exploitation, c’est la soumission des entreprises au respect des femmes et des hommes qui y sont salarié-e-s et non pas la soumission des humains aux entreprises. C’est le respect des statuts, des lois, des protections républicaines contre les despotismes privés.

On ne peut pas être pour Macron et être socialiste.

Ni philosophiquement, ni idéologiquement, ni socialement. Macron, vous le savez, ce n’est pas seulement le « Jupiter » qui écrase la démocratie, hors parti, hors parlement, et qui annonce un gouvernement par ordonnances en plein été pour éviter les oppositions sociales, les contre-pouvoirs, les syndicats. Il veut détruire tout notre système social basé sur le salaire et le travail. Il veut briser la protection sociale basée sur le salaire, payée par le capital et ses actionnaires, sous forme de salaire brut. Après avoir évacué les allocations familiales, il veut évacuer de la feuille de paie les cotisations chômage, maladie, retraites. Il veut en finir avec tout le système du CNR existant depuis 72 ans. Il veut que l’impôt, c’est-à-dire, nous toutes et tous, les salarié-e-s, payions à la place de l’entreprise et du capital. Pour cela, il veut depuis hier revenir sur le prélèvement de l’impôt à la source afin de réussir en janvier 2018 sa manipulation : baisser formidablement le brut pour hausser légèrement le net.

On ne peut donc pas, comme le propose Jean-Christophe Cambadelis, « souhaiter la réussite du quinquennat ».

Macron, c’est la droite ; il n’y a pas de centre possible. Si on avait souhaité la réussite du septennat Giscard en 1974, on n’aurait sans doute pas gagné en 1981. Si on avait souhaité la réussite du quinquennat Sarkozy en 2007, on n’aurait ans doute pas gagné en 2012. Si on souhaite la réussite du quinquennat, il faut aller à « En marche ! » et se ranger derrière le prétendu Jupiter ! Les électeurs préféreront la copie à l’original. Qu’est-ce que c’est que des candidats qui souhaitent la réussite de leurs adversaires ? Surtout quand on est haïs, nous PS, à cause du quinquennat sortant ; se placer ainsi dans la prochaine campagne législative, c’est courir vers la défaite. C’est suicidaire. Il faut résister, reconstruire, pas s’incliner. Pas voter le budget, pas voter les futurs cadeaux à la Finance et au Medef.

Et pour résister, il faut appeler à l’union de la gauche, comme toujours, rassembler notre camp, pas aller dans celui d’en face.

Stéphane Le Foll vient de dire que la France maintenant, c’est Macron, Le Pen. Bien sûr que non ! Heureusement que non ! Les candidats de ce deuxième tour sont décalés avec la France réelle. La France réelle, c’est 93 % des actifs salariés, 6,6 millions de chômeurs, et 1 % d’oligarques qui possèdent et décident de tout. Toutes les études le précisent : Macron est élu par bien peu de supporters réels de son programme ultra-libéral, mais davantage par la négative, par beaucoup de gens qui ne voulaient ni Fillon, ni Le Pen, et qui faute d’unité à gauche entre Hamon et Mélenchon n’ont pas pu croire que nous allions gagner le 23 avril. Il n’y a pas 33 % de racistes dans ce pays, malgré les voix obtenues par Le Pen, rappelons que 82 % des Français étaient favorables à l’accueil des migrants. Le libéralisme est le fourrier du fascisme, Macron n’est pas un barrage face à Le Pen, mais un marchepied, son bulletin de vote nous a juste permis de gagner du temps, mais toute sa politique libérale pro-finance, chaque jour, va nourrir l’extrême droite. Seule la politique de la gauche peut faire reculer le Front national.

J’entends Alain dire que « Mélenchon n’est pas à gauche ». Allons il faut être sérieux :

Évidemment que oui, quand bien même, à son tour, Mélenchon dissoudrait confusément les frontières de classe de la gauche pour les noyer dans un « peuple » abstrait. Les socialistes devraient toujours préférer l’Internationale à la Marseillaise. La gauche a failli être majoritaire le 23 avril, seule la division l’en a empêché. Il est vrai que Mélenchon a choisi une méthode plébiscitaire qui ne gagnera jamais : sans unité, la gauche ne peut pas gagner. La gauche, ce n’est pas seulement les harangues, c’est un maillage par les partis, les syndicats, les associations, les élus, c’est une union, une addition, un assemblage, une implantation démocratique en profondeur, une fraternité respectueuse enthousiaste et dynamique, ça ne marche pas à la schlague ni à l’épuration. Elle fonctionne au rassemblement, pas sur des ultimatums. Mais ce n’est qu’une divergence, réelle, pas insurmontable. Sur 80 % du programme, notamment social, nous étions et pouvions et aurions dû être d’accord. Et nous aurions gagné, ce qui réglait bien d’autres questions du même coup.

Il ne faut pas s’arrêter au premier obstacle. L’unité de la gauche est un combat durable et opiniâtre. Mieux, c’est une stratégie durable.

Il n’existe pas deux gauches irréconciliables, ni dehors, ni ici dans cette salle. Ceux qui disent cela le font parce qu’ils veulent la mort de la gauche et du PS à la fois. Ils n’y croient plus ; leur intérêts, individuels et collectifs, ne sont plus les nôtres. En fait il y a un seul salariat, il lui faut une seule gauche. Et il n’y a pas d’autre stratégie que l’union de la gauche rose-rouge-verte - ce serait le meilleur sigle pour les législatives - pour résister à Macron, raviver toutes les cultures du meilleur de la gauche, les rassembler, les unir. Le paradoxe, c’est qu’on a perdu à cause des lois El Khomri, et que Macron, petit totalitaire entêté, s’apprête à faire pire : mais les yeux vont vite s’ouvrir sur cette évidence. Dès cet été, contre les ordonnances de destruction des droits de l’homme dans les entreprises, les socialistes devront être dans la rue avec les syndicats ; ce n’est pas parce qu’on a perdu contre et à cause des loi El Khomri-Macron qu’on va forcément perdre contre la surenchère scélérate des ordonnances Macron anti-Code du travail.

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 Sans titre 11 mai 2017, par Gilbert L
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