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Bureau national du PS, lundi 15 mai 2017

Intervention de Gérard Filoche

jeudi 18 mai 2017 par Gérard Filoche

 

Bien sûr, qu’est-ce qui se dit à gauche, en ce moment ? Il se dit que le PS incline vers Macron. La faute en revient à la formule sortie du dernier BN : « On souhaite la réussite du quinquennat ». Forcément si on souhaite la réussite de Macron, les gens vont voter Macron. On les encourage à voter pour l’original et pas pour la copie.

Cela revient à saboter la campagne des socialistes, et de la gauche, personne, aucun candidat ne s’en tirera en mettant sur ses affiches ou ses tracts la photo de Macron et en se réclamant de la « majorité présidentielle ».

Didier Guillaume, président du groupe socialiste du Sénat, se voit dans la « majorité présidentielle ». Des dizaines d’élus et dirigeants PS sortants le font. C‘est mortifère.

Pour augmenter les chances de retrouver des voix, il ne faut pas s’adresser à ceux qui ont des illusions envers Macron mais à ceux, des millions, la majorité, qui n’en ont pas et qui n’ont voté pour lui que par défaut.

Mettre Macron sur son affiche, c’est à courte vue, c’est dissuader de voter pour soi, pour nous, les socialistes. Se réclamer de la majorité présidentielle, c’est discréditer notre parti et reculer encore dans les élections de juin.

Pour regagner des voix il faut combattre clairement la droite Macron et Philippe. Il faut dénoncer leur programme, leurs projets, pas s’en réclamer. Il faut redonner envie à nos électeurs d’être librement, démocratiquement à gauche, avec les socialistes redevenant des socialistes. Et aussi en recherchant l’unité à gauche comme dans le Jura.

Moi, je vous le dis, j’explique dans les médias qu’on ne peut être à la fois socialistes et pour Macron, que c’est incompatible.

C’est clair et compréhensible.

Et pour ceux qui ne le comprendraient pas encore, cela va le devenir vite.

Ceux qui vont à contre-courant arrivent souvent avant les autres. Je vous assure que ça aide mieux nos candidats ! Ça aide le PS à redevenir socialiste.

Alain vient de dire que « c’est compliqué parce que Macron part de la gauche ».

Non, Macron ne « part pas de la gauche ». C’est à nous de démystifier cela : il n’a jamais été dans un parti, dans un syndicat, ni militant à gauche. Nulle part, jamais. Rien à voir avec nous. C’est un obscur et détestable trader, devenu homme de cabinet, putschiste contre le président qui l’avait nommé et contre le gouvernement auquel il a appartenu, soutenu par la finance, les banques, le Medef et la curée médiatique des 9 milliardaires possesseurs de 95 % des médias. Il est de droite, de droite et de droite, et il a nommé, comme prévisible, un premier ministre de droite.

D’ailleurs je ne comprends pas que le président sortant lui montre de l’affection, comme s’il était l’organisateur en deus ex machina de la victoire de Macron, alors qu’il s’agit de sa défaite, à lui, Hollande, président sortant.

De la même façon, il faut arrêter de dire « merci » au quinquennat sortant.

Ce quinquennat nous a fait tout perdre.

Tout. Cinq élections. Une sixième.

Et une septième si on ne se distingue pas du bilan.

À cause de lui, et injustement, le PS, notre parti, est haï.

Nous ne nous reconstruirons en tant que socialistes, qu’en nous distinguant de ce quinquennat 2012-2017.

Les électeurs peuvent nous redonner du crédit si on en tire le bilan et qu’on s’en sépare clairement : il faut plus qu’un inventaire, il faut une rupture.

Prenons l’exemple du droit du travail : ici, plusieurs viennent de dire qu’ils vont sans état d’âme combattre les ordonnances Macron qui annoncent la casse du droit du travail ! Bien sûr ! Tant mieux !

Nos députés, si on en a, vont voter contre toute confiance au gouvernement, contre ses ordonnances scélérates de début juillet 2017.

On va manifester, je l’espère, avec tous les syndicats.

Mais croyez-vous qu’on va échapper à la question : quid de la loi El Khomri ?

Notre candidat à la présidentielle, Benoît, a fait campagne pour l’abroger.

Ce n’est pas une petite question, l’avenir immédiat : est-ce que le PS est favorable à l’abrogation de la loi El Khomri ?

Dans mon milieu, quelques milliers d’inspecteurs et agents publics du travail, par exemple, oui, il va falloir dire que le PS se bat contre les ordonnances Macron, il va falloir être clairs : car on vient de recevoir en cadeau de fin de mandat, un décret « déontologique » scélérat du gouvernement Cazeneuve - El Khomri, daté du 12 avril (du 12 avril !) qui casse l’inspection du travail en donnant les moyens aux patrons de contrecarrer ses contrôles.

Et que va-t-on dire dans notre campagne et en juillet ensuite ?

Qu’il faut faciliter les licenciements ? Ou contrôler les licenciements afin de les empêcher au maximum ?

Que va-t-on dire contre Uber ? Qu’il faut laisser passer le retour aux loueurs de bras ? Ou qu’il faut imposer des contrats de travail, avec un salaire brut et net ?

Que va-t-on dire ? Qu’il faut le repos du dimanche ou travailler le dimanche ?

Que va-t-on dire ? Qu’il faut renforcer les IRP, ou les affaiblir ?

Que va-t-on dire ? Que la loi doit l’emporter sur le contrat ? Qu’il faut rétablir la hiérarchie des normes ?

Moi, je le dis, si on veut regagner des voix, reconstruire, il faut défendre le droit du travail universel et pas boutique par boutique, il faut défendre les droits républicains, l’ordre public social, l’état de droit dans l’entreprise, les hommes et les femmes au travail et pas les soumettre au cas par cas au despotisme entrepreneurial privé.

Et puis on me dit qu’il n’y aurait « pas de place entre Macron et Mélenchon ». Ça, c’est totalement faux, il y aura toujours une grande place pour un socialisme authentique démocratique, pluraliste, unitaire. Mais, bien sûr, à condition qu’il soit socialiste, démocratique et unitaire à gauche !

Aller vers Macron, c’est abdiquer sans dignité, se renier, abandonner un siècle d’histoire et disparaitre, comme le PRG. Macron va faire pschitt plus vite qu’on ne croit.

Mais n’ayez pas « peur » non plus, comme vous le dites, ici ou là, de « FI », c’est conjoncturel. Les mouvements plébiscitaires sans ancrage théorique, historique, refluent vite.

Sur les 19 % de Mélenchon, nombreux sont NOS électeurs, l’électorat d’ailleurs est exactement le même entre les 6,5 % et les 19 %, ce sont des vases communicants.

Nous avons perdu à cause du quinquennat et à cause de la division.

Mais l’aspiration unitaire est toujours très forte sinon majoritaire pour une gauche unie rose-rouge-verte, indépendante de Macron et le combattant. Ça va remonter vite.

Et pour ce qui est de « FI », soyons respectueux, patients, attentifs et unitaires, mais en sachant qu’un parti ne peut pas fonctionner dans l’opposition, sans tradition, sans statut, sans programme historique, sans démocratie, de façon plébiscitaire, en se faisant passer pour « peuple » et pas pour « classe », pour « insoumis et patriote » et pas pour « salarié et syndiqué ».

Le clivage droite-gauche et impitoyable, car c’est un clivage de classes, et il ressort toujours, le reste est faribole.

La gauche n’est pas réductible aux estrades et aux harangues, même talentueuses, elle est un maillage de nombreux partis, syndicats, associations, clubs, élus de terrain, luttes, grèves, occupations d’entreprises, et institutions.

Le « centre », ça n’existe pas.

La gauche renaîtra si on le veut, si on redevient socialistes, démocratiques et unitaires pour de bon.

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 Reconstruire le PS ? 21 mai 2017, par
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