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La flamme olympique consume quelques valeurs au passage : fric, dopage, viol, violences, sexisme...

Après les Jeux d’Athènes, l’olympisme en question ... en attendant Paris ?

vendredi 12 novembre 2004

 
Pourquoi s’intéresser aux Jeux Olympiques d’Athènes qui viennent de s’achever ? Pas pour discuter du temps au centième près d’un Chinois aux 110 mètres haies mais pour apporter une vision critique sur l’événement qui a préoccupé le monde entier lors de la seconde quinzaine de ce mois d’août 2004. En cette période estivale, les Français ont parlé plus des J.O que des mesures gouvernementales de régression sociale annoncées en plein été et des agitations de Douste-Blazy et Sarkozy voire des Universités d’étés des partis politiques.

Maintenant, les Jeux Olympiques sont finis et le mythe a été entretenu 24 heures sur 24. Peu de voix critiques ont été entendues et les espaces ouverts à l’analyse de la réalité ont été rares. Il est pourtant intéressant d’ouvrir le débat sur l’Olympisme et de dresser le bilan d’un tel événement, des valeurs véhiculées et des beaux discours entendus à l’heure du passage de témoin à la Chine. Ouvrir les yeux des citoyens et ne pas s’aveugler devant un spectacle populaire.

Que ce soit Hippocrate décrivant le sport et l’Olympisme par l’amitié et l’espoir et affirmant "qu’un esprit sain réside dans un corps sain" ou le Baron Pierre de Coubertin avec son fameux "l’essentiel est de participer", le mythe olympique est symbole de vertus telles la loyauté, la moralité, la fraternité, l’absence de chauvinisme - l’Olympisme est un idéal et une idéologie. Nous devons cependant bien souligner que cette belle éthique est désormais complètement dénaturée et controversée.

Les nombreux paradoxes qui apparaissent autour de ces JO athéniens sont en effet frappants, choquants et synonymes d’une société libérale qui engendre toujours de multiples, perverses et injustes pratiques.

Tout d’abord, le choix d’Athènes et de la Grèce comme pays organisateur des JO nous a fait replonger dans la genèse antique de l’Olympisme en terre hellénique, outre quelques tableaux de la cérémonie d’ouverture ou la couronne d’olivier et la médaille pour les glorieux vainqueurs, cela constitue les seules reliques antiques dans le sport moderne. Inutile d’ajouter que l’amateurisme prôné à l’époque est désormais complètement bafoué. Combien de médaillés pointent chaque matin à leur boulot et s’entraînent le soir après le taf’ ? Pas la peine d’évoquer les basketteurs américains issus de la NBA ou les joueurs de tennis !

Plus critiquable et inquiétant encore réside dans les ambigus rapports sport - argent et business Les Jeux Olympiques demeurent l’événement sportif le plus suivi du monde entier (avant la Coupe du monde de football) et mettent donc en évidence une ambivalence. En effet, au nom du résultat, les valeurs affichées sont assurément trahies dans de nombreux cas.

Le dopage reste évidemment le fléau le plus fort - nul ne peut prétendre que les analyses sont incontournables et il suffit d’observer certains résultats (que ce soit des temps impressionnants ou des évolutions de performance étonnantes) pour se douter de la réalité. Mieux encore que le dopage classique, on remarque que certains morphotypes sont étranges ! Dopage voire maintenant clonage persistent et se développent encore !

Personne ne peut vraiment savoir, quelles sont les conséquences pour la santé à moyen terme pour les athlètes, quelles sont les limites du dopage et quelle est la proportion réelle du dopage dans le monde sportif actuel ?

L’image de certains américains ou des 2 stars grecques piqués pour dopage à la veille des JO (ce que tout le monde savait depuis longtemps), on peut penser que le Comité international olympique (Cio) mène une véritable lutte de fond contre la triche. Mais, la véritable lutte et des contrôles longitudinaux tout au long de l’année sont encore absents des règles internationales. Analyser les résultats et les calendriers des athlètes sur plusieurs années serait indispensable.

Remarquons aussi que les sportifs convaincus de dopage proviennent souvent des pays en difficulté économique - si on regarde bien, la dope et les médecins sont bien meilleurs dans les pays riches que dans ceux des pays plus pauvres !

Le rôle de la presse est essentiel et intrinsèque à ce business. En effet durant les mois estivaux, souvent pauvres pour les médias en événements spectaculaires, le show des JO est un instrument parfait pour offrir une couverture dense et riche d’émotion populaire et chauvine...Le nombre de journalistes présents pour couvrir l’événement est aussi important que celui des athlètes et rien qu’en France sur la télévision publique, le nombre total d’heures de retransmission fut de près de 300 heures (sport, journaux TV, émission...) : tout y passe. Après Roland-Garros, le Championnat d’Europe de football au Portugal, le Tour de France et les JO, le rapport entre l’actualité sportive et la culture par exemple, fut durant ces mois ’assez’ déséquilibré !

Ce ne sont pas ces journalistes qui vont évoquer les problèmes (dopage, triche) et incohérences de tels spectacles Audimaticiens. Cela ne se fait pas de cracher dans la soupe !

Les négociations des écrans de publicité se jouent à des niveaux plus élevés que ceux des débats que la 5 proposaient aux mêmes moments.

Cependant pour remonter le mobile du crime, il convient de s’intéresser principalement sur le rôle du Cio dans ce domaine. En effet, fier descendant des instances issues du baron Pierre, l’objectif du Cio n’est pas de montrer la noblesse du sport et de l’olympisme au monde entier. Ainsi en est-il pour le choix de la ville et du pays pour l’attribution des JO. Rappelons-nous d’ailleurs qu’en 1996, la logique aurait voulu que le centenaire des JO se déroule à Athènes mais Atlanta choisie à la surprise de tous - Atlanta ville de l’entreprise Coca-Cola, notons-le. Athènes dut attendre son centenaire + 8 ans. On peut ajouter la corruption de certains membres pour les votes d’attribution de certains récents JO (South Lake City - JO hiver 2002).

D’autre part, il faut savoir que le Cio a le droit d’imposer un nombre limité de sponsors pour son événement - toute autre marque étant totalement proscrite de toutes images émanant du label JO : les stadiers devaient prendre soin qu’aucun spectateur ne porte des marques, des sigles ou des logos provenant d’autres marques que celles affiliées. De même, personne ne devait consommer des boissons différentes de celles des sponsors - dans les travées des stades, on pouvait s’enivrer de la bière H... (il est ailleurs étonnant qu’on ait laissé boire de l’alcool à l’intérieur d’une enceinte sportive) mais l’ouzo grec était proscrit !

Il est clair que pour négocier les dizaines de marques sponsors, le Cio fait monter les prix !

Enfin, les transactions pour les droits télévisés et de la presse en général révèlent les vraies valeurs du Cio. Les tarifs se jouent à hauteur du milliard d’_uro - ceci à l’instar de ce que font depuis plusieurs années les Fédérations nationales et internationales de football pour les droits TV. Il y d’ailleurs des morts dans cette guerre médiatico-financière.

Il serait intéressant de savoir le pourcentage que garde en poche ce Comité avant d’en réattribuer au pays organisateur qui s’endette pour accueillir les Jeux et respecter le cahier des charges de 1000 pages du Cio. Que de douteux procédés pour le Cio et ses responsables !

Revenons un peu à la Grèce si fière voir la flamme illuminer le ciel athénien. Des Grecs qui ont bien souffert pour préparer ces Jeux. On avait peur que rien ne soit prêt, mais il est apparu que fidèlement à l’esprit méditerranéen, tout fut fini au dernier moment. Les sites, les transports et les télécommunications étaient finalisés et fiables. Certes les aménagements urbains extérieurs étaient chaotiques et on doute qu’ils soient achevés un jour (le village olympique faisait un peu village-vacances en travaux et il faudra encore 2 ans de travaux avant que les parcelles soient totalement viabilisées pour être vendues comme cela est prévu dans le programme).

On a fait venir des ouvriers d’Albanie, d’Afrique, d’Asie, quel sera le devenir de leur visa après septembre 2004 ? Le nombre de morts sur les chantiers fut très important, bien plus qu’à l’habitude sur des chantiers de grands travaux, ce n’était pas les 3x8 mais les 2x12 durant 7 jours par semaine (sans congés ni heures supplémentaires mais avec des salaires de misère). Les agents de maintenance durant les Jeux étaient principalement des Bengalés gérés par des sociétés allemandes et néerlandaises — Viva la mondialisaçion !

Certains stades risquent de ne pas revoir grand monde avant pas mal de temps et certaines lignes de transports (le tram et une des 3 lignes de métro notamment) ne répondent pas aux besoins quotidiens des Athéniens. L’addition est chère pour la ville et le pays. La moitié du peuple grec était très sceptique sur l’intérêt de ces investissements publics et des dettes qu’on leur obligera de rembourser pendant encore de longues années.

Inquiétude que l’on a retrouvé dans les pratiques commerciales durant ces Jeux. Les tarifs hôteliers furent multipliés par trois au minimum ! Inutile de comprendre qu’ajouter le prix du voyage, des transports et des billets (le prix moyen du ticket était de l’ordre de 60 _uros !), beaucoup de touristes sportifs ont eu peur et se sont ravisés pour leur écran TV et une bière (de leur marque préférée !).

Le côté festif de l’Olympisme s’est heurté à une dérive sécuritaire. La Grèce s’est joint à la coalition anglo-américaine pour intervenir en Irak et a envoyé quelques soldats à Bagdad. Dans ce contexte international dominé par la peur, la sécurité la plus totale fut exigée pour ces JO. Le coût de ce choix sécuritaire s’éleva à 2 fois le prix estimé et 4 fois celui de Sydney lors des derniers JO en 2000.

Dans les faits, deux hélicoptères et un Zepellin (qu’on aurait dû surnommer Big Brother) en continu dans le ciel athénien, des policiers à chaque coin de coin de rue, des contrôles fréquents (le village olympique était à plus de 45 minutes du Stade Olympique et ressemblait plus à un cap retranché décoré de barbelé qu’à un espace international fraternel et convivial. Le souvenir de l’attentat et des 7 tués israéliens en 1972 dans le village olympique lors des JO à Munich était encore dans les esprits.

Notons cependant l’immense banderole des altermondialistes grecs qui obligea Colin Powell à passer quelques jours de vacances ailleurs et la présence de 202 pays - ce qui est important pour une reconnaissance des richesses et des diversités ethniques et culturelles si menacées de notre planète.

Notons encore la beauté de la Grèce et les richesses issues de la mythologie et de la civilisation hellène : archéologique, historique et culturelle. Le gouvernement grec a eu la bonne idée de valoriser ses sites et ses musées car ne caricaturons pas, tous les spectateurs sportifs ne sont pas incultes.

D’autre part, l’attitude, l’accueil et le sourire qu’ont offert les Grecs étaient fort appréciables et agréables à tous. Enfin, il est louable que des notions de développement durable sont arrivées à surnager de ce scénario libéral car au niveau du traitement des déchets (tri sélectif, recyclage) et des situations de handicap, de gros efforts furent faits et respectés. Espérons que ce ne seront pas des efforts juste consentis durant 15 jours !

Cet événement majeur est un parfait révélateur de notre société. A l’image des constats proposés sur le coté business, la presse, la sécurité, les JO montrent clairement les travers d’une société ultra-libérale. Si on veut croire à la vocation noble du sport et de l’Olympisme, il faudra impérativement que la société change radicalement !

Les perspectives des prochains Jeux à Pékin en 2008 ne sont certainement pas encore prêt de résoudre tous ces paradoxes, il est à craindre d’ailleurs que l’évolution de ce pays n’augmente plus encore ceux-ci !

La candidature de Paris pour l’organisation des JO en 2012 a suscité peu de débats. Mais si ce choix est retenu en juillet prochain, les questions politiques et sociales en seront davantage mises en lumière !

Jean

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