Démocratie & Socialisme
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Le bilan de François Hollande "n’est pas bon", selon Vincent Peillon

et commentaires de Gérard Filoche

vendredi 8 juillet 2005

 

PARIS (AP) - Le bilan de François Hollande au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste "n’est pas bon", estime Vincent Peillon, cofondateur du courant minoritaire "Nouveau PS", dans un entretien publié mardi dans "Le Parisien/Aujourd’hui en France".

"Je pense sincèrement que la question de sa personne se pose. Son bilan n’est pas bon", explique-t-il. "Hollande n’a pas su entretenir des relations de fond avec nos partenaires de gauche et, pour la première fois dans notre histoire, le PS se retrouve, après trois ans d’opposition, sans projet et sans stratégie".

GF : - Non, ce n’est pas la première fois de l’histoire du Ps que cela arrive. Mais il est vrai que le Ps a 100 ans et est plus loin de ses racines. Et de sa base sociale : il urge de retrouver l’aval des salariés, de ceux qui produisent les richesses, qui sont 88 % de la population active et qui ont été dépouillés de 10 % de la valeur ajoutée depuis deux décennies. Pourquoi le bilan de François Hollande n’est-il pas bon ? Parce qu’il a appelé à voter “oui” à contrario de la majorité du peuple et du peuple de gauche. L’intérêt de parler ou pas de la personne de François Hollande n’a pas d’actualité en soi, indépendamment de ces questions de fond : va t on reprendre au capital ce qu’il pris au travail depuis deux décennies ? Attaquer François Hollande sans aborder les questions de fond, ça n’a pas de sens.

François Hollande "doit s’interroger sur sa capacité à rassembler les socialistes. Après trois mandats, il n’est pas indécent de poser la question du renouvellement d’un premier secrétaire", poursuit-il.

GF : - Certes, mais pas par Dsk, ni par un ou une autre défenseur du "oui" : le peuple, le peuple de gauche, l’électorat socialiste ont de la mémoire. Le "non" n’est pas jetable, il est durable. Il a été obtenu par ceux qui ont mouillé leur chemise pour gagner la majorité. On peut s’interroger, sur ceux qui ne l’ont pas fait. Même si le temps de la réflexion aidant, beaucoup de "oui" d’hier peuvent revoir leur position : nous étions tous pour l’Europe sociale, le 29 mai a tranché sur son urgence.

Selon Vincent Peillon, "le congrès du Mans est le congrès de la dernière chance". "Il y a le feu à la maison socialiste. Ou bien on fait un effort pour élever le débat, parler des enjeux de la société et se rassembler. Ou bien, si les uns et les autres continuent leurs jeux stupides et mesquins, on va vers de grandes difficultés, et le pays avec nous", observe-t-il.

GF : - Pour élever le débat, il ne suffit pas de dire qu’il faut l’élever. Il faut dire sur quoi. Abroger les mesures de la droite, retraite, Sécu, durée du travail, code du travail, répartir les richesses, sont des propositions qui élèvent le débat. Ce que François Hollande ne fait pas. Mais que tout opposant à celui-ci devrait dire pour qu’on comprenne là où il va et où il propose d’aller. Ce qui est mesquin c’est de venir après le grand combat qui a fait gagner la gauche le 29 mai et de paraître “au dessus de la mêlée” sans s’engager clairement : oui on non, fait-on les alliances et les choix politiques nécessaires, sur le fond, à la situation créée par la victoire du “non” : Europe sociale, Constituante, Smic européen, Europe des 35 h, de l’harmonisation sociale par le haut... Cela ne met pas seulement en cause Hollande mais aussi Dsk et les sociaux-libéraux...

Il regrette qu’"actuellement, au PS, tout le monde déraille".

GF : - Non, non, c’est totalement faux et inadmissible de dépolitiser les débats en cours avec des propos comme ceux-là. Ceux qui veulent et travaillent à réaliser l’unité de la gauche du parti ne déraillent pas. L’unité Nps, Nm, Fm, n’est pas un déraillement, mais une solution, un pas en avant, un signe donné aux militants dedans et dehors, à la gauche. Renvoyer tout le monde dos à dos n’a jamais rien fait avancer sur le fond des questions politique sérieuses en débat. Il faut arrêter de donner des interviews sur les personnes et pas sur les projets.

"Plutôt que de se préoccuper de leurs destins individuels et de donner collectivement une image déplorable, les présidentiables socialistes feraient mieux de se demander pourquoi, malgré la hausse du chômage et l’impopularité du gouvernement, aucun d’entre eux ne représente, aux yeux de l’opinion, une alternative crédible face à Nicolas Sarkozy ou même face à Dominique de Villepin", souligne M. Peillon.

GF : - Parce qu’il ne disent pas assez, en parlant comme des politiciens, d’images, qu’il faut en revenir aux 35 h pour tous, à la retraite à 60 ans à taux plein, qu’il faut hausser les salaires, la santé gratuite, taxer le capital, redonner des droits syndicaux, permettre aux salariés de recevoir la part qu’ils méritent des richesses qu’ils créent. Que les présidentiables ou candidats au poste de Premier secrétaire socialiste parlent social et on les entendra ! Mais pour cela, il ne faut pas que Nps reste entre deux chaises, à prétendre être le “pivot” d’on ne sait quelle ligne. L’unité de la gauche, l’unité des socialistes, l’unité de la gauche des socialistes sont urgentes. Il faudrait parler de cela quand on a des tribunes pour le faire.

Gérard Filoche

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Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche