Démocratie & Socialisme
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100 ans d’histoire : les Jeunesses Socialistes

mardi 1er novembre 2005 par Julien Guérin

 
Il y a 100 ans naissaient la première force socialiste uni en rassemblant dans une même organisation différentes tendances jusqu’ici éclatées en petites chapelles stériles.

La SFIO qui naît à la salle du Globe en avril 1905 ne met cependant en place aucune structure de jeunesse. Cette absence est davantage due à un manque de jeunes qu’à une volonté délibérée de la direction.

Il faut patienter jusqu’en 1912 pour que naissent, sous la pression de l’Internationale socialistes, la première organisation de Jeunes socialistes en France.

Les relations conflictuelles entre le Parti et son organisation de jeunes vont désormais être récurrentes. Au cours de cette période les JS prennent des positions plus radicales que celles affichées par la SFIO. Les JS montrent leur sympathie pour les thèses de Gustave Hervé chef du courant antimilitariste du Parti (qui d’ailleurs va finir ultra belliciste en 1914-18...) et font de l’internationalisme et du pacifisme un axe majeur de leur action. La direction de la SFIO (notamment Guesde mais aussi Jaurès) qui est alors en pleine ascension électorale s’inquiète des débordements anti-patriotiques des JS à plusieurs reprises.

Face à la guerre

Cette tension va encore grandir à partir de l’été 1914 et du ralliement des socialistes à l’Union sacrée après l’assassinat de Jaurès en juillet. Fidèles à l’internationalisme, les jeunes socialistes dénoncent la guerre impérialiste. Même si ils sont muselés par leurs aînés, dans certaines villes, comme à Toulon, les JS prennent officiellement position contre le Parti. En 1915 les JS françaises sont même à l’origine de la fondation de l’organisation internationale des Jeunes socialistes qui rassemblent des allemands, des italiens...Quel bel exemple de fidélité à l’internationalisme prolétarien !

En 1917, les JS prennent position en faveur de la révolution bolchevik russe avant d’être, comme l’ensemble de la gauche européenne, traversés de débats et de clivages face à l’attitude à adopter envers Lénine et ses camarades qui fondent la troisième Internationale communiste. Dés juillet 1920, les étudiants socialistes votent à l’unanimité leur adhésion enthousiaste au Kominterm. Ils sont rejoints quelques semaines plus tard par 75 % du reste de l’organisation. Les Jeunesses socialistes sont décimées pour plusieurs années... En effet, il faut attendre 1928 pour qu’un embryon de JS renaissent (environ 1000 membres) dans le bastion de la jeune gauche intellectuelle : l’école normale supérieure à Ulm. Dans le sillage de la renaissance électorale et militante de la SFIO autour de Blum, de jeunes étudiants, parmi lesquels on compte Lévi Strauss le père de l’anthropologie mais aussi Senghor(futur grand poète et président du Sénégal) et même Georges Pompidou ( !!!), reconstituent les JS. Ils tentent d’obtenir l’autonomie mais Blum et Paul Faure leur oppose un refus constant. D’une organisation essentiellement parisienne et étudiante, les JS vont peu à peu s’élargir en se diversifiant socialement et géographiquement. A partir du 6 février 1934 et du coup d’Etat manqué des fachos et profitant du rapprochement entre les organisations ouvrières (PS-PC, fusion CGT-CGTU), les Jeunes socialistes deviennent une vraie organisation de masse. Leur activité première devient l’antifascisme et la lutte contre l’extrême droite. Controlées par les trotskistes de la fraction Bolchévik-Léniniste (que Trotski lui-même a fait enter au Ps en 1934) et les amis de Marceau Pivert, les JS affichent une ligne nettement plus radicale que celle de Blum. Le journal " Révolution " des JS de la Seine, dirigées par Fred Zeller est alors tiré à 70 000 exemplaires et diffusés aux jeunes prolos des usines parisiennes.

En 1936-37, les JS qui comptent alors plus de 50 000 membres, contestent à plusieurs reprises le gouvernent du Front Populaire. Ils affichent leur opposition à la " pause " de novembre 1936, défendent l’intervention en Espagne... En mars 1937, les JS défilent à Clichy aux côtés de la Gauche Révolutionnaire de Pivert pour protester contre un meeting fasciste. La manif dégénère, la police tire...Le lendemain le journal des JS titre : " 8 milliards pour l’emprunt, 6 morts à Clichy : l’argent de la bourgeoisie se paie du sang des ouvriers ". Les sanctions de la SFIO pleuvent : les Jeunesses socialistes sont dissoutes en même temps que la GR de Pivert qui fondera un an plus tard le PSOP. Les JS sont une nouvelle fois décapitées...

En 39-45, les JS liées au Parti clandestin de Mayer sortent lentement la tête de l’eau et si l’organisation a compté dans ses rangs plusieurs résistants, les JC furent davantage actifs sur ce terrain.

C’est en 1944 que les JS sont officiellement reconstituées et contrôlées par la SFIO. En 1946, les jeunesses socialistes soutiennent la prise du Parti par les minoritaires de gauche (contre les blumistes) conduits par Mollet. Aussitôt les JS contestent la politique de Ramadier en Indochine, critiquent le vote des crédits militaires et soutiennent farouchement la grève des usines Renauld qui sera brisée par le ministre socialiste de l’Intérieur Jules Moch. En mai 1947 les JS défilent au Père Lachaise au cri de " Ramadier démission "... Aussitôt Guy Mollet réagit en dissout les Jeunesses socialistes pour le seconde fois de leur histoire. Beaucoup d’exclus se tourne vers le Rassemblement démocratique révolutionnaire, éphémère formation fondée par Rousset et Sartre. D’autres autour du jeune Pierre Mauroy reconstituent les JS et les tournent essentiellement vers les activités d’éducation populaire et de loisirs.

Sous la houlette de Mauroy les JS sont à l’origine de la création de la Fondation Léo Lagrange. La direction du Parti contrôle totalement les jeunes socialistes, Pierre Mauroy est alors un proche de Guy Mollet. Cette étroite surveillance des JS se traduit par une perte d’influence et par des positions plus modérées. Les JS contestent par exemple peu la politique de Mollet en Algérie en 1956-57 à l’exception des pivertistes et des blumistes qui pour la plupart s’en vont fonder le PSA. Ensuite l’organisation pâtit des positions de la SFIO, ses effectifs sont de plus en plus clairsemés et les JS passent complètement à côté de mai 1968.

Au début des années 70 ce sont les formations d’extrême gauche, mieux en phase avec le contexte de l’époque qui se construisent dans la jeunesse. La refondation du PS en 1971 à Epinay puis le Programme commun qui en fait le premier vecteur du changement social ne profite que très peu au JS. Elles restent étroitement contrôlées par la direction mitterrandiste qui tentent de contrer l’influence des poperénistes et du CERES (courant de gauche du PS des années 70) chez les jeunes. Tout au long des années 70 et 80, c’est un secrétaire national à la jeunesse nommé par le premier secrétaire qui dirige l’organisation de jeunesse...simple courroie de transmission du Parti. Elles ne comptent guère plus de 1000 adhérents.

A partir de 1984-85, des milliers de jeunes s’engagent contre le FN et pour l’égalité des droits et portent le badge jaune de SOS racisme qui est, jusqu’au début des années 90 une organisation de masse dans la jeunesse. C’est en 1993, après la déroute législative, que le JS renaissant de leur cendre. Michel Rocard qui vient de prendre le contrôle du PS sur une ligne rénovatrice décide d’offrir l’autonomie politique et organisationnelle au MJS. Le nouveau MJS tient son premier congrès en décembre 1993 et élit à sa présidence Benoît Hamon. Les Présidents (issus du courant Nouvelle Gauche) se succèdent tous les 2 ans et le MJS se développe lentement mais sûrement, il compte aujourd’hui environ 6000 militants et est présent sur tout le territoire.

Le MJS est à la pointe du combat contre les lois Debré-Pasqua en 1996-97 dont il demande l’abrogation à Jospin et au gouvernement qui tergiverse sur cette question. Entre 1997 et 2002 le MJS soutient l’action de Jospin même si il lui demande d’aller plus loin sur diverses question sociétales (PACS, homoparentalité, Drogues douces...). Après le 21 avril 2002, le MJS connaît un vague d’adhésion et radicalise sa ligne politique (NG compte parmi les fondateurs de NPS fin 2002) à son congrès de Lamoura en décembre 2003. A plus de 80% les militants du MJS rejettent la constitution libérale européenne au moment où sa direction est composée par les courants de gauche du socialisme qui disent NON le 29 mai 2005.

Dans la période, les jeunes socialistes doivent veiller sur leur autonomie mais aussi plus que jamais jouer leur rôle de poil à gratter, ils doivent se placer en situation d’interpeller leurs aînés pour les pousser à aller plus loin sur certains points (questions sociétales mais aussi 35 h, salaires, Europe, services publics...).

C’est dans ce rôle que le MJS est fidèle à son histoire et à sa vocation. Le grand révolutionnaire allemand Karl Liebknecht ne disait il pas que " La jeunesse est la flamme de la révolution socialiste " ?

Julien GUERIN (BN du MJS)

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