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La question du désistement pour le candidat le mieux placé est posée à tous

Une ou deux gauches ?

dimanche 15 janvier 2006 par Gérard Filoche

 

S’il y avait deux gauches, chacun le sait, la droite gagnerait aux prochaines élections, et elle continuerait sa « contre révolution blanche » thatcherienne, telle qu’elle a été engagée depuis le 21 avril 2002...

S’il y avait deux gauches, les éléments sociaux libéraux se permettraient n’importe quoi à visage découvert : s’allier avec Bayrou, ou pourquoi, pas, faire une « grande coalition » comme en Allemagne...

S’il y avait deux gauches, il arriverait ce qui est arrivé en Italie et qui a permis à Berlusconi de diriger le pays depuis de trop longues années...

S’il y avait deux gauches, les prochaines élections verraient une concurrence arbitrée par la droite, le Medef et leurs médias, de façon à isoler la gauche radicale, puis placer en bonne position la gauche modérée, et faire perdre ainsi les deux...

S’il y avait deux gauches, la droite pourrait même se payer le luxe d’avoir deux candidats, au hasard Sarkozy et Villepin, et de les faire arriver juste devant, de façon à écarter la gauche du deuxième tour... ça s’est déjà vu en 1969 et en 2002.

S’il y avait deux gauches, la peur de ne pas avoir de candidat au deuxième tour pourrait même pousser des électeurs de la gauche radicale à voter pour la gauche modérée pour être sûrs d’éviter le pire...

S’il y avait deux gauches, nous perdrons davantage de nos retraites, de notre Sécu, de nos salaires, de notre code du travail, de nos emplois, de tous nos droits démocratiques...

Alors normalement, tout militant soucieux de répondre aux attentes réelles, concrètes, immédiates, urgentes, du peuple de gauche, pour battre la droite à coup sûr, au lieu de souligner qu’il y a deux gauches devrait s’efforcer de les unir !

Ce n’est pas ce que font, hélas, François Hollande et Alain Krivine. Ils ont des attitudes symétriques : l’un, met des exclusives... l’autre met des exclusives... Ils ne discutent pas, ils n’envisagent pas d’agir ensemble contre la droite, ils n’essaient pas de passer leurs divergences, ils inventent des préalables.

L’un dit : l’extrême gauche ne veut pas gouverner ! Formulé comme cela, il a raison ! il se garde de le proposer, et de le mettre en débat, il se garde d‘essayer de convaincre pour que l’extrême gauche change... L’autre dit : le Ps trahit toujours ! Il se garde de créer le rapport de force pour qu’il n’en soit pas ainsi, il affirme d’avance que c’est perdu, et au lieu d’ouvrir le débat, il regroupe la « gauche de la gauche », ceux qui ont « rompu avec le réformisme » et « tout compris » d’avance, tant pis pour les autres, même si ca fait perdre la bataille contre la droite... et ça durera jusqu’à perpétuité...

François Hollande risque d’avoir raison : la Lcr ne va pas vouloir gouverner.

Alain Krivine risque d’avoir raison : le Ps risque de gouverner de façon sociale-libérale.

Le centre de gravité de la gauche, chacun le sait est quelque part entre François Hollande (voir Dsk) et Alain Krivine (voir Arlette Laguillier). Pourtant si on veut une majorité qui reflète la gauche toute entière, ni François Hollande, ni Alain Krivine ne peuvent aujourd’hui, avoir tout à fait raison, qui peut le nier ?

Certains disent : mais non, il n’y a pas « deux gauches » mais davantage encore !

Ni la Lcr ni Lo ne semblent vouloir de candidat commun... deux candidats déjà...Le Pcf est plutôt pour présenter un candidat, les Verts aussi, les Radicaux aussi... gageons qu’il y en aura d’autres. Là on va avoir cinq ou six gauches : du coup, le Ps va désigner un candidat, peut-être le plus mauvais, le moins accepté du reste de la gauche et celui-ci, quel qu’il soit paraîtra le seul moyen « réaliste » d’éviter un second tour droite-droite.

Paradoxalement, la multiplicité des candidatures, nourrira la possibilité de la victoire d’un candidat minoritaire dans la gauche, et ce sera un social-libéral... Alors que le « non » était majoritaire à gauche le 29 mai, on risque d’avoir un candidat du « oui » qui passe en tête... Joli résultat !

Comme la pression unitaire est forte et qu’elle va sans doute l’être de plus en plus au cours de l’année 2006, José Bové propose une candidature unique de la gauche de la gauche...Où ca commence et où ca finit ? Quel va en être le programme ? Ce programme ne peut-il pas se discuter entre toute la gauche ? Et surtout, si José Bové arrive en deuxième position, se désistera t il pour l’autre candidat de la gauche (« modérée ») ? S’il se désiste et appelle à battre la droite, il y aura candidature commune au second tour : mais cette fois sur un programme qui ne sera pas discuté et donc imposé par le candidat arrivé en tête... Si on veut le meilleur programme possible pourquoi ne pas discuter dés le début le meilleur programme possible tous ensemble ?

Et si on discute le meilleur programme possible tous ensemble, ne peut-on gouverner tous ensemble ? Ne peut-on avoir un candidat commun sur un programme commun dés le premier tour ? N’est ce pas le moyen à la fois d’avoir une seule gauche, d’augmenter les chances d’être au second tour et de gagner contre la droite, alors seule à être divisée ? C’est la logique d’une candidature Bové, si elle ne veut pas être une moitié de candidature et se heurter à toutes les questions qui divisent déjà deux gauches...

L’intérêt d’une telle démarche ne concerne pas seulement ceux qui s’appellent « gauche de la gauche » : car si José Bové était candidat, et qu’il arrive devant un candidat Ps, du « oui », un social-libéral, etc...Le Ps pourrait ne pas être, comme en 2002, au deuxième tour (ce jour là le Ps était minoritaire au sein de la gauche). Et alors question : le Ps appellerait il à se désister pour l’autre candidat de la gauche ? Un non-appel assurerait la victoire de la droite ! Mais un appel verrait la gauche « modérée » se déchirer à son tour.

Tout ça pour démontrer que la question du désistement pour un candidat de gauche le mieux placé se pose dans tous les cas de figure. Au lieu d’être confronté à reculons, par la force des choses, à une telle obligation pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes, entamer le travail de construction d’un seul programme de gauche pour un seul candidat, chargé de la défendre et de la mettre en œuvre à la tête d’une gauche unifiée, mobilisée, attentive, exigeante ? Etats généraux, primaires, débats, comités unitaires, quelle que soit la formule, en 2006, c’est ce qu’il faut faire pour imposer l’unification de la gauche.

Gérard Filoche

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Au boulot ! La chronique de Gérard Filoche dans l'Humanité Dimanche