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Ps et Pcf, rôle et fonction...

dimanche 15 janvier 2006 par Gérard Filoche

 

Le 13.1.2006 DC a écrit :

« A propos de Gérard Filoche et de ses camarades de pensées,...

(Tu).. aurais mieux fais de rester à la LCR plutôt que de passer ton temps à “ancrer à gauche le parti socialiste”. Maintenant tu fais parti de ceux qui distillent un discours "révolutionnaire" auprès de ceux qui n’en veulent pas et n’en voudrons jamais. Si encore tu adhérais au PCF se serait plus crédible, car ce parti reste dans la tradition stratégique de JEAN JAURES contrairement aux sociaux libéraux que tu cautionnes. Moi je suis plutôt Guesdiste.

Je t’ai entendu à la télé, la question n’est pas de se situer sur hémicycle à droite ou à gauche. La question est veut-on transformer socialement la société ou bien accompagner le capitalisme dans son impérialisme libéral et totalitaire. Manifestement, la stratégie que tu développes est assimilable à celle de Jean Jaurès. Tu te déconnecte de la lutte de classe quotidienne pour affirmer de façon pragmatique qu’il vaut mieux se positionner du côté de l’intérêt du plus grand nombre quitte a cohabiter avec la classe dominante.

Cette façon de procéder participe de l’aveuglement de la classe ouvrière. Elle contribue à l’obstruction de l’émergence d’une force politique capable de créer les conditions d’un rapport de force favorable au plus grand nombre. »

Réponse de Gérard Filoche

Jolie arrogance (ou suffisance ?) dans le propos. Classique au demeurant, car c’est le toujours le plus proche qui est l’ennemi, puisqu’il “obscurcit” la vraie voie...

Personne, et pour cause, n’a pu démontrer que la Lcr avait raison, ni quiconque croyant “construire un nouveau parti” hors des partis traditionnels, ni le Pcf (pas si éloigné que cela du Ps...en dépit des apparences, on pourrait faire un congrès de Tours à l’envers, unir au lieu de scissionner car les débats sont les mêmes dans les deux partis) ...

Moi, je n’étais pas “à la Lcr”, j’en étais dés les origines, et même avant, le co-fondateur et un des dirigeants principaux 25 ans durant... (lire “68-98 histoire sans fin”, ED. Flammarion ou récemment la Lcr de 1968 à 1981, Jean-Paul salles, PU de Rennes, 22 euros 425 pages)

La théorie, je connais un peu, c’est moi qui faisait la formation des militants pendant plus de 15 ans.. J’ai donc pris un petit peu de temps pour réfléchir (pas dans le vide mais en militant, on était plutôt actifs et pas manchots, je crois) ... Et pour écrire...

Je sais : “l’expérience est la chose qui se partage le moins”, mais après 43 ans de militantisme, je crois que ce que je fais actuellement est le meilleur chemin, (rapport investissements-résultats militants).

Tout parti a “une nature de classe” : elle se définit en fonction de critères généraux, genèse historique, continuité, contenu programmatique général (même très général), rapport au mouvement social, fonction dans les luttes de classe...

Le Ps, aurait dit Lénine, est un “parti ouvrier-bourgeois”, (expression utilisée par lui à propos de Lloyd Georges déjà) “ouvrier” par ses 100 ans d’histoire (récemment fêtés : y réfléchir, toi qui parles de Jaurès), par ses références générales, par ses liens avec les syndicats, les associations, le mouvement social (dans toutes ses formes, syndical, jeune, femmes, immigrés, etc...), et sa place, même à corps défendant dans la perception par les larges masses des luttes politiques, électorales...

Et sa direction est constante à basculer du côté de l’ordre établi, quelles que soient ses velléités, fluctuations, avancées et reculs... Le Ps est un parti voisin du Pcf, un frère jumeau, parallèle, dans les erreurs comme dans les fonctions électorales... Quoique depuis l’écroulement du stalinisme, très récemment, le Pcf est plutôt en situation de progrès, plus “charnière” (“centriste de gauche” vulnérable aux pressions sociales lui-aussi) même si plus faible...

Le vocabulaire ci-dessus est peu vieillot mais proche de la réalité : le Ps, c’est un parti dont l’immense majorité des adhérents et de l’électorat est salarié, ( 6 à 7 parfois 8 millions... dont 59 % ont voté “non” le 29 mai) mais dont la direction est majoritairement énarque et notable.

Le Ps a un défaut et une qualité, la même : il est électoraliste et il est électoraliste... C’est à dire qu’il ne compte que par les postes, places, influences institutionnelles, et il ne compte que par les voix qu’il arrive à obtenir pour arracher lesdites positions... Ca se paie de lourdes contradictions. Pour arracher ces voix, il faut qu’il promette du changement (s’il ne le fait pas assez, il ne gagne pas, comme en 2002) et pour conserver ses positions il ne faut qu’il aille trop loin dans ledit changement sinon il se heurte aux intérêts de sa propre direction... Et s’il ne va pas assez loin, il reperd lesdites positions...

La question à résoudre (selon nous, Fm-D&S, c-à-d environ 5000 à 8000 voix dans ce parti) pour un vrai rapport de force pour une vraie transformation sociale en France (comme dans beaucoup de pays) c’est le basculement du bon côté, au bon moment, (ça ne se fera pas à froid) de tout ou partie, mais majoritairement, d’un parti comme ça, niché au coeur de la classe salariale, appuyé sur la majorité du salariat, ancré dans les traditions de la gauche française... Un tel basculement est possible dans des circonstances ou le mouvement social pèse très fort, ou lorsque la survie des dirigeants est de lui faire de grandes concessions, et alors l’unité de la gauche toute entière s’impose... Comme un tsunami révolutionnaire... Mais sans ce basculement, sans ce parti, on a “deux gauches”, l’une est certes plus radicale, plus expressive, mais impuissantée et condamnée à dénoncer l’autre, et lui faire porter la responsabilité de sa propre impuissance, et ça peut durer des décennies (ça dure déjà des décennies...) Chaque fois qu’il y a l’unité et le pouvoir, on se rapproche des possibilités d’un basculement et si surgit, en plus, un fort mouvement social, on augmente les chances d’avoir la bonne configuration victorieuse : c’est notre perspective...

Chaque fois qu’il y a division et victoire de la droite, on recule tous, cette perspective de pouvoir s’éloigne, les dénonciations-divisions l’emportent sur la dynamique, et on attend le coup suivant... En attendant le sort quotidien de “ceux d’en bas” se dégrade... Et on peut connaître des défaites ( comme en G-B sous Thatcher... Les différences entre la gauche et la droite sont réelles et les victoires de la droite ont toujours un coût pour le salarié, le chômeur... Avec la gauche, on n’a pas tout ce qu’on veut, avec la droite on a tout ce qu’on ne veut pas... Ca se mesure dans tous les détails, retraites, salaires, secu, durée et droit du travail, fiscalité, droits démocratiques, etc.)

Que nul ne croit qu’on gagne quand on est au bas de l’escalier et divisés, on gagne quand on est unis, au haut de l’escalier et que la poussée d’en-bas est telle qu’elle propulse toutes ses directions (sociales-démocrates, néo staliniennes, et gauchistes... ) et les force à franchir le même palier : l’heure de vérité est à ce moment-là cruelle pour les énarques et notables, cruelles pour les bureaucrates et les gauchistes, mais enthousiasmante pour ceux qui ont accompagné le processus et sont capables, bien placés, à ce moment-là pour le diriger utilement... salutations socialistes,

Gérard Filoche

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