Démocratie & Socialisme
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Lire le dernier livre de Jacques Généreux

" La Dissociété "

mardi 14 novembre 2006 par Jean-Jacques Chavigné

 
Dans son dernier livre " La Dissociété " qui vient de paraître au " Seuil ", Jacques Généreux analyse tout d’abord, le risque majeur que fait courir le néo-libéralisme à l’humanité, celui de " faire basculer les sociétés développées dans l’inhumanité de " dissociétés ", peuplées d’individus dressés (dans tous les sens du terme) les uns contre les autres ".

Il condamne comme fausse l’idée que les gouvernements nationaux aient été involontairement dépassés par " l’élargisse-ment de l’espace et du pouvoir de l’économie mondiale ". Il considère qu’il leur ait toujours possible de ressaisir la barre et que la guerre économique n’est pas une fatalité. Pour lui, " la politique ne s’est pas retirée ", simplement, elle façonne le monde dans le sens des intérêts du capital financier. Il ne s’agit donc pas de replacer l’économie sous le contrôle de la politique mais de " la remettre au service du bien commun ". Jacques Généreux souligne que l’écart de performance entre les Etats-Unis et l’Europe tient au fait que l’Union européenne se prive d’utiliser les outils politiques de la croissance (droits de douanes, déficits publics, relance de l’investissement...) alors que les Etats-Unis, tout en assurant du contraire, ne s’en privent jamais. Enfin, il règle leur compte aux politiques sécuritaires et affirme : " Quand une société troque la sécurité sociale pour la sécurité tout court, elle prend en réalité le chemin de l’insécurité générale ".

Jacques Généreux, propose, dans la dernière partie de son ouvrage, une " refondation anthropologique du discours politique et économique ". Il appuie ses propositions sur des découvertes scientifiques de l’éthologie, de la théorie de l’évolution, du cerveau humain comme cerveau social. Ces découverts confirment son intuition et son analyse selon lesquelles " l’humanité est mue par deux aspirations en interaction permanente : désir de libération et désir de socialisation, le désir d’être soi et le désir d’être avec ".

C’est sur cette analyse (même si elle se situe après, dans le plan de son ouvrage) que Jacques Généreux s’appuiera pour faire une critique extrêmement détaillée de la théorie néo-libérale et répondre à la question : "Pourquoi et comment des millions d’individus persuadés que la coopération solidaire est cent fois préférable à la compétition solitaire restent-ils impuissants à refonder sur elle leur système économique et politique " ?

Il complète cette critique par la critique de deux autres types de société. En effet, les deux aspirations humaines qu’il a mises en évidence lui permettent de distinguer trois types de sociétés qui entravent l’épanouissement de l’individu. La première, " dont l’archétype est la société de marché néolibérale " réprime " le désir d’être avec". La seconde est l’ ”hyper-société" du système collectiviste ou communiste qui, au nom de la société, étouffe " le désir d’être soi ". La troisième est la société totalitaire qui réprime les deux aspirations.

A ces " sociétés de régression ", Jacques Généreux oppose une " société de progrès humain " qui permet de concilier librement l’aspiration à " être soi " et l’aspiration à " être avec ".

Un bon livre est un livre qui apporte des réponses mais qui suscite aussi des questions. Le livre de Jacques Généreux ne fait pas mentir cette règle. La principale question que pose son livre est sans doute celle-là : "Peut-on vraiment se passer de Marx ?" L’analyse par Marx des contradictions du capitalisme, celle des classes sociales ne sont-elles pas des éléments indispensables à la compréhension du capitalisme contemporain ? Peut-on se passer de l’analyse de Marx de la multiplicité des relations multiples que les individus ont les uns avec les autres (le langage, le travail, l’amour, le conflit...) dans lesquelles se fait et se défait le lien des individus à la société et qui, en retour, les constitue eux-mêmes ? Peut-on, également, considérer comme dépassée la perspective de Marx de la réduction du temps de travail, développée dans les " Grundrisse ", comme but ultime de la société et de l’individu pour qui " l’universalité de son développement, de sa jouissance et de son activité dépend de l’économie de son temps " ?

D’abord par les réponses qu’il apporte, mais aussi par les questions qu’il suscite, le livre de Jacques Généreux est un livre important. A lire, absolument.

Jean-Jacques Chavigné

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